Résumé : L’université de Toulouse, reconstituée en 1896, était la seule avec celle de Paris à comporter les cinq facultés grâce au rattachement de la faculté de théologie protestante de Montauban.





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La vaine défense du caractère universitaire de la faculté de théologie par ses doyens.


Dans ces rapports successifs au cours de son décanat, Bruston n’a cessé de chercher des alliances pour préserver le caractère universitaire de son établissement. En 1897, il signale que les bâtiments ont été réparés grâce à des dons de coreligionnaires, et « pour bien marquer le caractère à la fois protestant, c'est-à-dire biblique, et universitaire, c'est-à-dire scientifique de notre Ecole, nous avons placé [..] une Bible ouverte, avec le titre de l’Ancien et du Nouveau Testament dans leurs langues originales.. (Bruston, 1897, p.189 – les italiques sont de Bruston). Deux ans plus tard, c’est du côté du ministre au nom de la lutte pour la liberté de pensée que se tourne Bruston égratignant au passage les catholiques :

« Qu'il nous soit permis de présenter aussi nos sincères remerciements à M. Georges Leygues, Ministre de l'Instruction publique, qui a défendu avec tant de netteté et de succès devant les Chambres les Facultés de théologie protestantes, si souvent attaquées, soi-disant au nom de l'équité. L'équité exige, au contraire, qu'on respecte des établissements institués par la loi et auxquels les protestants français tiennent essentiellement. Nous ne réclamons aucun privilège. Mais où en serions-nous, s'il suffisait à un groupe plus ou moins nombreux de citoyens de renoncer à un droit pour être autorisés, ensuite, à en dépouiller aussi les autres? En vérité, ce n'est pas de notre faute si les Facultés de théologie catholiques ont été supprimées. Ceux qui demandent avec tant d'acharnement la suppression des nôtres pourraient-ils en dire autant? » Notre glorieuse Révolution de 1789 a décrété pour jamais dans notre patrie l'égalité de tous les citoyens devant la loi, Nous ne demandons rien de plus; mais nous ne réclamons aussi rien de moins. Nos ancêtres ont assez lutté et assez souffert pour nous conquérir ce bien précieux. Nous qui avons le privilège d'en jouir depuis un siècle, ne le laissons pas péricliter entre nos mains. (Bruston, 1898/9, p. 21)

Dans le rapport sur l’année 1900/1, le représentant de la faculté de Montauban signale que 1901 fut pour la faculté celle de son tricentenaire. Pour le doyen Bruston, en effet, la théologie protestante réformée a commencé à être enseigné à Montauban en 1601 et il divise ses trois siècles en deux parties d’un siècle et demi, puisque c’est en 1660 que l’académie avait été déplacée à Puy-Laurens avant d’être supprimée « par les ennemis acharnés de la liberté de conscience » (Bruston, p13) pour un intermède qui devait se prolonger jusqu’à 1810. Perroud avait représenté le ministre de l’instruction publique à ces manifestations et y avait rendu un témoignage dont le remercient les descendants de ceux que l’on vit « avec une stoïque et inébranlable endurance, de génération en génération, souffrir pour leur foi, tout sacrifier, tout livrer, excepté les consciences ». (p.14)

A la fin de ces fêtes, Bruston signale qu’un « télégramme fut adressé au Président de la République au nom de tous les assistants, pour l’assurer en même temps que de leur profond respect, de leur invincible attachement aux principes de liberté et d’équité, qui sont la principale raison d’être et l’essence même du régime républicain » (p.15). Mais la posture est déjà défensive et Bruston en est réduit à espérer que ce message « contribuera à montrer le vrai caractère de ces protestants français si indignement insultés et calomniés depuis trop longtemps par une presse sans pudeur ». (p.15)

En 1902, à l’occasion du même rapport au conseil de l’université, la faculté de théologie développe une défense plus étayée de son caractère scientifique et universitaire.. Le rapporteur fait observer, d’abord, que le pasteur doit pour des raisons « professionnelles » pouvoir disposer des écritures dans le texte original ce qui implique un texte critique en raison des erreurs que contiennent différentes versions. Il rappelle ensuite que les « écritures renferment des trésors inépuisables non seulement de vérité religieuse et morale mais aussi de poésie et d’éloquence ». Il peut alors rapprocher les chaires de sa faculté de celles des facultés de lettres. Il en tire argument pour justifier le maintien de l’étude de la littérature biblique à côté des autres grandes langues et littérature. Il en va de même pour l’histoire : comment concevoir une université dans laquelle l’histoire des Églises et de la religion chrétienne ne serait pas enseignée ? Cette défense « des facultés protestantes que l’on veut exclure » de l’université s’accompagne d’un regret que la place du fait religieux ait été si réduite et il estime que ce sont les facultés catholiques qui ont été imprudemment, aveuglément supprimées qu’il faudrait y rétablir » (ibidem, p. 23) et de conclure « la théologie scientifique, plus que jamais nécessaire aux différentes Églises chrétiennes, ne l’est guère moins à l’université et à la patrie ». (ibidem, p.24).

Finalement, le 22 décembre 1905, le doyen Bruston dans son rapport de l’année 1904/5, s’adressait pour la dernière fois au conseil de l’université et au-delà au ministre et à la République. Les arguments avaient été rodés au cours des précédentes années, mais une fois encore, il plaida pour que soient maintenus dans le cadre de l’université au moins en partie des « études critiques, historiques, philologiques, exégétiques » car « s’il est utile, indispensable qu’Homère, Démosthène et Cicéron, [..] soient étudiés dans l’Université, est-il naturel que les prophètes, les psalmistese, que les évangiles et les épîtres des apôtres en soient bannis ? » Prenant date pour l’histoire, Bruston affirmait « il faut qu’il soit bien entendu, si nous devons être exclus de l’Université, que nous avons demandé instamment à y être maintenus, et que le jour où l’Université ou la République auraient besoin de nous [..] nous serions tout prêts à les servir encore et à les défendre, s’il le fallait » (pp. 25/27).

Il revenait au doyen Caubet de présenter le rapport du conseil d’université au ministre de l’instruction publique pour l’année 1904/5. Le préambule du rapport fait part de « l’émotion profonde qu’avait ressentie le conseil en écoutant les adieux du doyen Bruston » et signale que le recteur Perroud exprima « la véritable douleur  que le corps enseignant tout entier ressentait de l’éloignement de ces professeurs éminents » (pp. 5/6).

La faculté de théologie acheva l’année 1905/1906 comme faculté d’état puis poursuivit ses activités comme faculté libre,
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