Claude et Jacqueline Lagarde Novembre 2002





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2.La prophétie d’Osée


Le prophète Osée (Os 1,2) reçut de Dieu un ordre révoltant : Prends pour femme une prostituée… car la terre ne fait que se prostituer en abandonnant le Seigneur. La terre (autrement dit « la chair ») est en effet mariée à Dieu depuis la première semaine de la création. L’Alliance est son destin, elle a été conçue pour vivre de Dieu. Mais voilà que les créatures humaines ont préféré s’unir au « serpent », acte comparable à un adultère. L’humanité devint ainsi une prostituée.311

Puis Dieu dit aux deux enfants que la prostituée biblique eut du prophète Osée : Accusez votre mère, accusez-la car elle n’est plus ma femme, et je ne suis plus son mari (Os 2,1). Viennent ensuite des menaces et, à l’horizon, le pardon !

« Qu’elle bannisse de sa face ses prostitutions… si non, je la déshabillerais toute nue… et la rendrais semblable au désert… la ferais périr de soif… Elle disait : ‘ce sont mes amants qui me donnent mon pain et mon eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson’ alors que c’est Moi qui les lui donnais. » (Os 2, 4-10).

Ainsi la robe blanche du Cavalier divin, la « première robe »312 que le père du fils prodigue fit revêtir à son fils, fut-elle refusée. Alors la logique de mort s’est développée que symbolisa la succession des quatre chevaux (Cf. Ap 6, 1-7). Le feu du Cavalier rouge brûle d’abord la malheureuse femme, l’âme souffrante qui se retrouve sans lumière dans le noir d’un monde au soleil assombri, et puis, et puis : nous connaissons la suite… Telle est la dramaturgie d’une Alliance refusée, d’une création mal engagée qui court à sa ruine.

Mais perdue dans les épines de ce monde ténébreux où l’odeur des cadavres grandit, l’humanité adultère se souviendra de son Epoux divin. Telle est la prophétie : La femme dira : je veux revenir à mon premier mari car j’étais plus heureuse autrefois qu’aujourd’hui (Os 2,15). Cette dernière phase du drame est celle décrite par ce chapitre clé de l’Apocalypse de Jean.

Dieu poursuit sa diatribe auprès d’Osée son prophète en lui racontant le futur : C’est pourquoi je vais la séduire, la conduire au désert et parler à son cœur. Je lui rendrai ses vignobles… elle me répondra comme au jour de sa jeunesse… En ce jour-là, elle m’appellera : mon mari (Os 2, 16-18). On sait déjà la femme conduite au désert, on verra bientôt le retour inespéré de son chevalier blanc.

Dieu termine sa description du futur en prédisant qu’il reparlera à son épouse lorsque celle-ci aura rejeté toutes ses prostitutions. Il s’adresse à elle d’une façon touchante : « Je te fiancerai à Moi pour toujours … dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et dans l’amour, dans la fidélité et alors tu me connaîtras, Moi ton mari. » (Os 2, 21-22). De quelle manière le divorce va-t-il prendre fin ? Comment la bête adulée par la femme, adorée par la terre entière, va-t-elle être mise à mort ? Voilà ce qui va maintenant nous être raconté.

3.La prostituée et son horrible monture


L’un des sept anges aux sept coupes (ces anges importants qui se tiennent devant Dieu) vint me dire : « Approche que je te montre le jugement de la prostituée fameuse assise au bord des « grandes eaux » (Ap 17,1). La prostituée est montrée du doigt, mais pas seulement elle, ce qui lui arrive aussi alors qu’elle est assise au bord de ces "eaux" profondes qu'elle apprécie et préfère à la terre ferme de l’amour.

Que sont ces « grandes eaux » ? Ce sont toutes les cultures humaines répandues sur la terre en dessous du firmament (Gn 1,7), tous ces « vêtements » culturels qui habillent la chair, ces multiples manières de vivre l’Alliance, différences qui permettent l’amour… au risque de la guerre. C’est ce qu’un peu plus loin, l'ange explique à Jean : Ces eaux que tu as vues, où la prostituée est assise, sont les peuples et les foules, les nations et les langues (Ap 17,15).

L’ange me transporta donc au désert en esprit. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes (Ap 17, 3-4).

C’est du dedans que Jean voit la femme assise sur « la bête » humaine. La contemplation du visionnaire est bien intérieure et spirituelle, il voit la femme en esprit, ce que souligne la Tradition313 : « Elle est assise sur ceux qui sont morts dans leur âme et désertés de Dieu. Jean le dit en esprit parce qu’un abandon de ce genre, qui se produit à l’intérieur de l’âme, ne peut être vu que spirituellement. » Le « désert » ici désigné est intérieur. Ce « désert », nous le savons, est celui, grouillant de monde, où manquent dramatiquement communion et solidarité.

Habillée de la pourpre royale, et couverte d’or et de pierres précieuses, la prostituée ressemble du dehors à une reine. La coupe où elle s’abreuve est en or, mais le breuvage qu’elle boit est ignoble : la vie pourrie qui la nourrit, ses répugnantes impuretés. Toujours cette même opposition entre le dehors et de le dedans, et non pas entre une femme et une autre.314

« La bête », que l’unique femme chevauche, ne nous est pas inconnue, elle est la seconde personne de la fausse trinité diabolique315. Jésus chevauchait un âne pour monter à Jérusalem (Cf. Mc 11,7). Nos Pères voient dans cet animal impur, le corps de l’homme pécheur que le Seigneur mène là-haut dans la Jérusalem céleste. Sur terre, l’Eglise des baptisés chevauche encore l’âne impur, mais elle devient peu à peu le Corps du Christ grâce à l’Eucharistie de la Parole faite chair, qui réalise l’union des membres du Corps, la communion des différences316.

Qu'est-ce que l'Eucharistie ? N'est-ce pas le don de nos "corps" mortels ? Le sentiment qui manque au bourreau lui est offert par sa victime consentante. A la fois, celle-ci pardonne et rend grâce à Dieu de ce pardon qu’elle donne. Ainsi devient-elle, à cause du loup, agneau avec l’Agneau.

Sur son front, un nom était inscrit – un mystère ! – Babylone la grande, la mère de toutes les prostituées de la terre (Ap 17,6). Le front est le lieu de l’esprit où le code de Satan reste longtemps marqué, même si le front du baptisé a reçu par ailleurs la profonde impression du saint-chrême. On peut être étonné par ce mélange de bon grain et d'ivraie, étonné que le front soit aussi un « front » militaire, celui de la bataille où le Christ anéantit la puissance de Satan.

Et, sous mes yeux, la femme se saoulait du sang des saints et des martyrs de Jésus. A cette vue, je fus tout à fait stupéfait, mais l’ange me dit : pourquoi s’étonner ? Jean est lui-même étonné - plus encore : stupéfait - que cette femme magnifique, que cette reine aux beaux atours, se saoule du sang des saints et des martyrs, du sang eucharistique qui nous vient de l’Agneau. Comment peut-on apparaître si belle et être aussi avide du sang des innocents ? Comment peut-on être à la fois et chrétien et pécheur ? Une explication s’impose, que l’ange va proposer à Jean.

Je vais te dire, moi, le mystère de cette femme et de la bête qui la porte, la bête aux sept têtes et aux dix cornes (Ap 17, 6-7). Il s’agit d’un mystère, c’était dit, c’est redit. N'est-ce pas le Mystère eucharistique, ce mystère resté caché depuis les siècles et les générations, et qui maintenant vient d’être manifesté à ses saints… De quelle gloire est riche ce mystère chez les païens : c’est le Christ parmi nous ! L’Espérance de la gloire ! (Col 1, 26-27).

Le sang des saints et des martyrs, cette mystérieuse vie qui coule en eux, n’est autre – nous le croyons - que la tendresse du ciel. Celle-ci vient du Père, elle descend d’en haut dans les cœurs ouverts, dans les cœurs de chair. La femme "humanité" aux "membres" à l'inégale charité, boit cette « semence » divine qui fait mystérieusement effet. Pourtant, semble-t-il, l'effet est à long terme, et même à très long terme.

Et l’ange de continuer son explication par une parole pleine d'optimisme : Cette bête-là, elle était, mais elle n’est plus, elle remonte de l’abîme, mais c’est pour s’en aller à sa perte (Ap 17,8). Dieu est, était et sera ! « La bête » n’est pas Dieu : elle était mais elle n’est plus ! Dieu reste, elle disparaît. Nous constatons en effet que notre animalité remonte des profondeurs de l’inconscient humain317, mais, acceptons cette poussée de fièvre qui vient de l'un ou l'autre des "membres" du "corps" : elle apparaît pour être anéantie et disparaître à jamais. Tel est le Mystère du temps qu’introduit Jésus-Christ. Plus « la bête » remonte, refait surface, plus elle est visible, plus elle fait de dégâts, mais plus elle est aussi reconnue, dénoncée, attaquée, maîtrisée, remplacée par la paix et la communion318. Ce sang neuf coule dans le Corps tout entier.

La médecine eucharistique exige de faire sortir le pus de la plaie purulente pour qu’augmente l’efficacité du sacrement divin. Alors seulement la chair guérira. Telle est la médication du Médecin des âmes, du donneur de l'huile baptismale et du vin eucharistique, imposés dans cet ordre, par notre "Bon Samaritain" qui chevauche l’humanité.319

4.L’intelligence de la foi


Jean va maintenant nous proposer une espèce de charade à cinq tiroirs, que nous allons ouvrir les uns après les autres après avoir écarté la fausse piste historique. En effet, l’authenticité des versets 9 à 17 de ce chapitre 17 de l’Apocalypse sont contestés aujourd’hui. Hans urs von Balthasar320 pense « qu’il faudrait les faire sortir du texte. » Leur rédacteur aurait « identifié la Babylone symbolique avec la ville de Rome en tant que puissance mondiale, les sept têtes de la Bête avec ses sept collines et avec sept rois… ». Un rédacteur ultérieur aurait ajouté ce passage au texte original pour faire œuvre savante. Et le théologien allemand de conclure : « que cette interpolation est « contraire au genre du Livre qui n’est pas lié à une époque mais qui vise toute l’Histoire ». Cette historicisation intempestive réduit l’œuvre de l’évangéliste à un livre de consolation pour les chrétiens d’une époque révolue. L’auteur de « La gloire et la Croix » a certainement raison sur le fond, mais peut-être pas sur la forme littéraire et sur la manière pédagogique du christianisme primitif. Jean, comme beaucoup de ses contemporains, est en effet capable de prêcher le faux pour faire accéder au vrai en obligeant à entendre son texte dans la foi au second degré des images. Jean tendrait donc un piège à l’allégorie historique afin d’aiguiser, d’initier et de développer « l’intelligence de la foi » qui ne reste pas à la surface du texte biblique ni de l’existence humaine.

a)Sept têtes, sept collines, sept rois


Premier tiroir

C’est ici que l’intelligence demande de la sagesse ! Les sept têtes, ce sont les sept collines sur lesquelles la femme est assise (Ap 17,9). Tout le monde le sait : Rome est bâtie sur sept collines, et le rapprochement saute aux yeux. Babylone désignerait alors la capitale de l’empire romain dont les « prostitutions » empoisonnent toute la planète.321

Cette vérité géographique semble évidente, vraie en son ordre concret, mais est-ce cela la sagesse demandée ? L’esprit qui l’élabore opère une simple relation cérébrale en unissant sept à sept en toute extériorité, sans contact avec l’être humain ni impact sur son cœur. Cette pensée tout extérieure n’est pas une sagesse, elle glisse sur les mots. N’est-elle pas un piège pour l’esprit qui confond l’évidence logique avec l’acte de foi ? La sagesse est un acte du cœur qui associe le corps à l'esprit, l'extérieur à l'intérieur, unifiant ainsi l’âme humaine. La Bible tout entière est orientée vers la Sagesse.

Que comprendre alors au-delà du rapprochement mécanique qui identifie les sept collines à la puissante ville de Rome que Dieu devrait punir ? La grande cité sera effectivement deux fois pillée par les barbares322 mais « l’intelligence de la foi » appelle une autre profondeur, un esprit plus rempli de grâce, une parole plus engagée, plus sage, plus eucharistique. Ne pourrions nous pas associer ces sept collines aux sept jours de la création, un peu comme font les Juifs qui orientent les jours ouvrables de la semaine, les désirs de chaque jour, nos "hauts lieux" quotidiens, nos "collines", vers le sabbat. En ce septième jour, tout est repris dans la prière, tout est offert à Dieu, ou au Seigneur, l’unique Tête du corps (Col 1,18) ? La semaine juive est entièrement orientée vers le jour du Seigneur. Ceci est juif. N'est-ce pas aussi chrétien ?

Avant que l’Eglise ne décide la célébration du dimanche qui nous sépare des Juifs, la communion eucharistique était donnée au cours du repas nocturne qui ouvre le sabbat, septième jour de la semaine. Jean le Juif pourrait bien se référer à cette ancienne coutume liturgique qui était encore la sienne, plus essentielle à la foi que la topographie de la ville éternelle, savante mais inutile.

Le chiffre du sabbat éclaire d’une lueur divine ce « sept » des sept collines. Le chiffre de Dieu « 777 » accomplit le temps. Nous proposions plus haut cette clé secrète à l’instigation de Jean323, elle s’enracine dans réalité du sabbat de prière, institué par Dieu à l’issue de la première semaine de la création. Le don céleste du septième sceau rappelle et rénove ce sabbat inaugural. La septième trompette qui sonne à la Pentecôte, renouvelle à son tour l’expérience du Sinaï.324 Cette seconde étape de l’histoire du salut annonce la septième coupe qui se répand sur terre, l’ultime étape, le calice eucharistique. Le chiffre « sept » est bien scandé trois fois au fil de l’histoire biblique du salut en laquelle l’initiation chrétienne fait entrer les baptisés rénovés.

Second tiroir

La charade continue avec un second volet. L’ange poursuit son énigme, invitant Jean (et nous avec lui) à approfondir sa méditation en transformant les sept collines en sept rois, en sept puissances politiques. Ce sont aussi sept rois, dont cinq ont passé, l’un vit toujours, et le dernier n’est pas encore venu et, une fois là, il devra demeurer un peu  (Ap 17,10). Ici encore les historiens se sont lancés dans des calculs précis aux résultats toujours décevants. Les cinq rois morts pourraient être Auguste, Tibère, Caligula, Claude et Néron. Le monarque actuel serait bien Vespasien, tandis que celui qui ne demeurera que peu de temps serait peut-être Titus. Voilà comment la Révélation de Dieu devient prisonnière d’un passé lointain, très extérieur à nous, esclave d’une manière de penser contraire à cette sagesse demandée que la Tradition appelle « l'intelligence de la foi », un acte de tout l’être.325 Les églises se vident quand l’extériorité du monde, sa science, ses certitudes tendent à envahir la vie spirituelle inspirée par la Parole de Dieu. Alors une dichotomie mortifère s’infiltre dans la pensée, gênant l'unification de la personne qui confond l’esprit de sagesse avec la pensée scientifique, le sens avec la science. Telle est Babylone, la confusion326 !

Au lieu de nous perdre dans des spéculations sur un passé disparu, ne pourrait-on pas plutôt rapprocher cette succession de rois des sept « maris » de la Samaritaine ? Rappelons l’anecdote évangélique : Jésus demande à la « femme de Samarie » d’aller chercher son mari, mais celle-ci répond qu’elle n’en a pas. Alors le Seigneur lui rétorque : Tu as raison de dire ‘je n’ai pas de mari’ car tu as eu cinq maris, et l’homme que tu as maintenant, n’est pas ton mari (Jn 4,17). Pour saisir la parole de Jésus, il faut, comme pour l’Apocalypse, avoir de la sagesse et une bonne mémoire biblique.

La Samarie eut en effet cinq « maris » car elle adorait les « baals » sur cinq collines du pays, comme il est écrit : Le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babylone, de Koutta, d’Avva, de Hamat et de Sefarvayim…(2 R 17,24). Puis au retour de l’exil d’Israël, la Samarie accepta la Torah.327 Ce fut son sixième « mari », mais celui-ci (qui vit toujours) ne sera pas son dernier époux car les Samaritains se convertirent à Jésus-Christ328. Le Seigneur serait bien le septième époux, le véritable conjoint, le Roi par excellence, celui qu’il convient d’adorer en esprit et en vérité, celui dont le "corps" est l'humanité en voie de régénération.

Les cinq rois déjà passés semblent correspondre aux cinq premiers « maris » d’une Samaritaine débauchée. Le roi qui vit toujours est l’Ancienne Alliance qui nourrit bien notre « vieil homme ». Le dernier roi est à venir puisqu’il s’agit du Christ, le nouvel Adam.

Cet itinéraire de foi vécue par la Samarie pourrait être celui de toutes les nations. L’être humain encore enfant commence par regarder le monde concrètement et du dehors : c’est l’idolâtrie infantile, un rapport extérieur et affectif au monde, à soi, aux autres et à Dieu329. L’homme extérieur grandit sans que s’éveille l’homme intérieur. Religion et morale restent extérieures. Approuvé par la pratique religieuse, le croyant est sûr de lui comme l’était le pharisien de l’Evangile qui, la tête haute, se hissait au dessus de ses prouesses, se gonflait de lui-même : Mon Dieu, je te rends grâce de ne pas être comme le reste des hommes qui sont rapaces, injustes, adultères… je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus (Lc 18, 11-12). Au lieu de s’unir à Dieu, il pratique l’autosatisfaction, un amour de soi coupé des autres. Mais peut-il faire autrement puisqu’il ignore sa réalité profonde ? Comme la Samarie à ses débuts, le malheureux habite sur cinq collines aux noms prédestinés où trône un roi. Rappelons les noms de ces hauts lieux; chacun évoque le tyran qui y siège. Il y a d’abord Babylone que nous connaissons, puis quatre cités néfastes qui lui sont associées. Leurs noms, bien choisis par le rédacteur, laissent entendre cinq attitudes négatives : un dégoût (kouta)330, la perversité (Avva), une fièvre ou une violence (Hamat), et pour finir : des grenouilles (Sefarvayim)331 Voilà ce que produit la « prostitution » de « la bête », les cinq « doigts » de la malédiction bien connue des musulmans.

Puis l’Ancien Testament est appris; il révèle à tous la véritable Image de Dieu, l’Alliance intime, la chute et l’histoire du salut, et enfin la promesse de la ressemblance divine. Dieu est bien le sixième époux des âmes, il s’écoute dans la méditation des Ecritures. La Samaritaine, a eu ainsi six maris, mais elle demeure pécheresse. Tout n’est pas encore joué, selon ce que nous savons du chiffre « six ».

Il faut donc à la femme un nouveau contrat de mariage, une nouvelle Alliance. Quel est son septième mari, ce dernier qui n’est pas encore venu et qui, une fois là, devra demeurer un peu ? Nous le croyons : c’est le Christ tant attendu, Jésus qui vient et reste là, le temps de convertir la prostituée en Eglise  ?

Le Ressuscité de Pâques ne supprime pas l’Ecriture juive, n’annule pas la promesse, mais l’accomplit. Comment ? En épousant la prostituée comme l’annonçait le prophète Osée. Le Christ ne supprime donc ni la Bible des Juifs ni leur manière traditionnelle d’actualiser les Ecritures. Nous l’avons vu : le Seigneur propose simplement une orientation à la « lecture infinie » toujours en vigueur dans la synagogue : sa passion et sa mort - autrement dit sa croix - orientent notre vie fragile vers la Résurrection de la grande prostituée qu’est notre humanité. Croix à l’extérieur, mais résurrection à l’intérieur.332

Jésus a ainsi renouvelé la lecture juive de la Bible en l’accomplissant jusque dans sa personne, en son corps ressuscité. Jésus a été une Bible vivante. Dès sa sortie d’enfance, à douze ans, il semble avoir été reconnu par les sages d’Israël comme étant un petit prodige d’exégèse biblique. Luc montre l’enfant Jésus dialoguant au temple avec ces grands Juifs. Quand ? Le troisième jour évidemment (Lc 2, 46), car c’est à sa Résurrection que tout fut accompli.333

Aujourd’hui, le Roi des rois la fait vivre dans les « cieux » intérieurs des baptisés, éclairés de la lumière de l’unique Esprit. Grâce à ce sang neuf venu du Père, Jésus-Christ devient l’ultime Epoux de tous les peuples du monde. Cet amour incarné dans des rapports humains « eucharistiés », convertit le monde.

Voilà comment on peut comprendre ce deuxième volet de la charade proposée par Jean. Tandis que le premier volet nous orientait vers le sabbat de prière, le second vise le véritable Seigneur qui nourrit la prière, le Crucifié ressuscité. Nous sommes bien dans la catéchèse chrétienne que l’on découvre si l’on refuse la fausse piste historique pour éclairer le texte de l’Ecriture. L’échange de paroles bibliques est évidemment essentielle dans cette pédagogie judéo-chrétienne.

b)Trois autres rois qui sont deux


Troisième tiroir

La charade poursuit sa provocation : Quant à la bête qui était mais qui n’est plus, elle « fait » (roi) le huitième (roi) : l’un des sept cependant, qui s’en va à sa perte (Ap 17,11).

Après les cinq premiers rois associés à Babylone, il en reste encore deux, mais en fait trois. L’ange en explique à Jean la raison : L’un des sept annoncés semble se dédoubler à la fin de l’histoire.  

Des historiens, désespérément accrochés au passé, pensent que le huitième souverain pourrait être l’horrible Domitien ou mieux encore : Néron qui reviendrait à la vie pour un temps très court334. On expliquerait ainsi le dédoublement.

Une lecture moins enfermée dans l'autrefois du temps, plus intérieure aussi, est possible : « la bête » bien que condamnée, s’accroche à la huitième puissance condamnée elle-aussi. C’est comme scier la branche sur laquelle on est assis. N’est-ce pas le comble de l’ironie ? La solution de cette étrange logique se trouve dans la signification du chiffre « huit ».

Pourquoi « huitième » ? Parce qu’esprit immortel, ce tyran spirituel vivra pour son malheur au-delà du chiffre 7 qui qualifie le temps. Le « huitième jour » est en effet celui de la Résurrection de la chair, il signifie l’éternité335. Bien que condamnée, cette « puissance » maléfique, satanique, anime encore du dedans les royautés d’en bas, leur insufflant sa logique de mort, leur soufflant ses « prostitutions ». Quelle est cette force démoniaque, ce non-amour qui ne peut mourir ? Bien sûr c’est Satan qui s’en va à sa perte, glissant lentement vers un enfer éternel. La bête humaine reste cependant accrochée à ce « père » privé de tout pouvoir, elle couronne l’ancien dompteur déchu, mais elle est déjà maîtrisée par un autre dompteur aux méthodes bien différentes.336

Approfondissons cette curieuse situation. Satan a perdu sa puissance en étant jeté du ciel d’où il tentait le malheureux Job (Jb 1). C’est donc l’animalité humaine qui, seule, couronne Satan, lui assurant sa subsistance, elle s’auto-diabolise. La victoire de la Croix a en effet changé la donne. Désormais, l’homme et seulement l’homme, fait exister en lui la puissance disparue, par habitude sans doute de vivre dans le péché. Le dragon se réduit désormais à un pur fantasme. La branche de l’arbre n’est plus à scier, elle n’est plus accrochée au tronc, pourtant l’homme s’assoit toujours dessus.

On peut encore creuser cette situation rocambolesque pour la rendre plus ridicule encore. L’ancien terrible dragon, privé de son soutien divin, est livré au bon plaisir humain. Tandis que le cœur des baptisés se remplit du feu divin, le « Prince de ce monde », le maître de la terre (Ap 11,4), devient de plus en plus la proie de nos flammes intérieures. C’est l’Enfer pour lui. N’est-ce pas ce que nous suggère la sagesse d’une foi débarrassée du père parasite ?

Grâce à l’Evangile, grâce à la messe où il se donne, les baptisés qui écoutent la Parole de Dieu, se marquent le front, la bouche et le cœur de la croix de Jésus. Pourquoi ce geste hérité de l’antiquité ? Parce que les invités au repas du Seigneur sont conscients de ne pas être unifiés. Leur esprit, leur âme et leur corps ne convergent pas en eux : ils ne font pas ce qu’ils disent, encore moins ce qu’ils pensent. Alors ils tracent sur leur front, sur leur bouche et leur cœur, la croix de leur baptême. A quel moment ? Quand l’Evangile va résonner dans l’église, quand la Parole faite chair va résonner dans les cœurs. La Croix sauve lorsqu’elle est associée à une écoute active de la Parole faite pour nourrir la chair de l’amour du Père.

Il reste un point à éclaircir : La Samaritaine, qui a bénéficié de la Torah, a confessé publiquement son attachement à Jésus-Christ, son septième mari, au point où les Samaritains se sont convertis à leur tour. Il n’est pourtant pas facile de faire l’ultime passage du « haut lieu » géographique « Jérusalem » au culte en esprit et en vérité que Jésus exige : Ce n’est plus ni sur cette montagne (le Garizim) ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… mais en esprit et en vérité (Jn 4, 21-23). Quelques formules agressives du début du Livre laissent entendre de fortes résistances : synagogue de Satan (Ap 2,9; Ap 3,9) et trône de Satan (Ap 2,13), noms pleins de douleurs qui viennent du drame vécu à la fin du premier siècle.

Les Juifs, à la différence des autres peuples, sont attachés à la Palestine, leur terre, et à leur histoire. La Bible est d’abord pour eux le livre de leur histoire, ce qui ne les empêche pas aussi de creuser le texte, de l’actualiser et d’en faire dans la prière, une lecture infinie. Quand les événements politiques l’exigent, la lecture historique peut prendre le pas sur l’écoute de la Parole. Ce fut le cas à la fin du premier siècle, ce l’est encore aujourd’hui. Il n’est pas facile dans une situation de conflit de passer du sixième mari au septième. Nous les païens, gens des pays, nous ne pouvons pas juger une situation qui n’est pas nôtre.

Au delà de cette terrible réalité historique, nous pouvons cependant avoir du mal, nous-aussi, à quitter la « lettre » biblique pour l’Esprit, à creuser le texte pour Dieu. Satan est là qui nous incite à faire du Livre religieux une idole, la pire des idoles.337

Le troisième volet de la charade johannique semble évoquer ce risque d’idolâtrie. S’asseoir sur la branche maîtresse du « bois » sur lequel il faut absolument grimper, arrête l’ascension salutaire. Et si en plus la Bible (la branche) est coupée, séparée du tronc spirituel qui lui donne sa sève, la situation s’avère stupide et dangereuse. Le premier volet introduisait le sabbat de prière, le second l’orientation de cette prière, le troisième un risque de blocage pour les Juifs d’abord, pour les païens ensuite.

c)Dix cornes qui sont les dix rois


Quatrième tiroir

« Et ces dix cornes-là, ce sont dix rois »338 (Ap 17,12) Que sont ces dix cornes posées sur les sept têtes royales de « la bête » humaine ? Elles ne sont bien sûr que des sortes de prothèses plantées au sommet de ces cranes pensants, de simples prolongateurs racornis, privés de pensée propre.

Irénée339 l’avait souligné : Ce verset qui introduit le quatrième tiroir de notre charade, est une citation du prophète Daniel. Juste avant cette phrase mise en exergue, le jeune prophète de Babel décrivait la vision du char d’Adonaï et l’intronisation céleste d’un « fils d’homme » sur tout l’univers (Dn 7, 13-14). Cet homme-Dieu reçoit la mission divine d’écraser la bête aux dix cornes, et établir partout son royaume éternel. Daniel évoquait les événements historiques de son époque, le second siècle avant notre ère. Jean ne les relit pas en historien mais autrement : il les comprend à la lumière de Jésus-Christ, ce que remarquait saint Irénée de Lyon.

D’après Jean qui commente la prophétie de Daniel, ces cornes de boucs, ne sont pas vraiment des rois, ils n’en ont que le titre, et pour une heure seulement. La survie de « la bête » humaine dépend de ces cornes mais qui dépendent elles-même de la bête puisqu’ils lui abandonnent un instant leur pouvoir. Voilà comment le serpent s’étouffe en avalant sa queue. En effet, une puissance qui ne vient que de soi est illusoire, dérisoire même, et elle va forcément à sa perte340. L’énigme, là, semble seulement préciser le volet précédent. Se mordre la queue n’est-ce pas comparable au fait de s’asseoir sur une branche que l’on coupe en même temps ? Même logique stupide qu’au précédent volet. Pourtant un détail supplémentaire fait rebondir la réflexion. Les dix cornes sont les dix rois.

Ces dix rois…n’ont pas encore reçu de royauté, mais ils recevront un pouvoir royal pour une heure seulement avec la bête. Ils sont tous d’accord pour remettre à « la bête » leur puissance et leur pouvoir (Ap 17, 12-13).

Les nouveaux-venus ne sont pas identifiables aux précédents maris de la Samaritaine. D’ailleurs ils sont dix. C’est le chiffre de la réalité existante comme pour les dix vierges (Mt 25,1) ou les dix drachmes (Lc 15,8), ou même les dix paroles de Dieu. Le nombre 10 laisse entendre que le monde entier est concerné. La foi chrétienne est universelle.

Pour identifier ces rois, ne pourrait-on pas les rapprocher de ces rois venus d’orient qui ont traversé l’Euphrate asséché par le déversement de la sixième coupe (Ap 16,12). On en ignore le nombre, mais, le fait qu’ils viennent de l’Orient comme les mages de l’évangile (Cf. Mt 2,1), c’est-à-dire du Soleil levant de Pâques, donc « du Christ », nous les rend sympathiques. Ils ont sans doute participé au combat final sur la montagne de Megiddo où l’Agneau fut vainqueur, mais de quelle façon ?

Ces dix rois mèneront campagne contre l’Agneau, mais l’Agneau les vaincra, car il est le Seigneur des seigneurs, le Roi des rois avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles (Ap 17,14).

Comme à Megiddo, nous sommes en présence d’un combat planétaire, d’une véritable guerre mondiale. Tous les seigneurs et tous les rois sont là face au Roi des rois, face au Seigneur des seigneurs, comme l’annonçait le psaume (Ps 2, 1-2). Lui, il est accompagné des siens, les innombrables croyants vêtus de blanc, « corps » universel de l'Agneau immolé.

Mais les dix cornes et « la bête » vont prendre en haine la prostituée, ils la dépouilleront de ses vêtements – toute nue ! (Ap 17,16).

Les rois, ici, sont appelés « cornes » et non plus rois, sans doute pour souligner leur côté négatif. Cornes racornies, privées de celui qui leur donnait vie et puissance, ils sont encore unies à la bête humaine par le péché résiduel, mais leur attitude est un véritable coup de théâtre. Ils vont prendre en haine la prostituée comme si une autre vie, une puissance inverse les poussait à haïr leurs anciennes amours. Ce retournement est si radical qu’ils dépouilleront la femme de ses vieux habits au point que la-voilà redevenue Eve, la femme d’Adam comme au commencement..

Il y a bien, il y bien eu, un combat entre Dieu et Satan, une guerre planétaire, mais on en voit seulement les effets : un retournement, une sorte de trahison, une étonnante conversion du dynamisme intérieur. Irénée termine sa réflexion sur le sujet (Cf. plus haut) par cette vérité évangélique : Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne saurait se maintenir (Mt 12,25). La vieille « maison » humaine, et l’antique « ville » humanité s’écroulent, pourries de l’intérieur.

La prostituée est maintenant toute nue comme Eve au Paradis, ses vêtements de péché ont été arrachés, les habits intimes de son âme pervertie lui ont été ôtés. Lâchée par « la bête », sa « monture » habituelle, elle peut - elle doit - être revêtue de la robe blanche des élus comme le fut le fils prodigue à son retour dans la maison du père.

La victoire de l’Agneau qui s’opère dans les cœurs brisés par les effets conjugués de la mort et de l’amour, change petit à petit l’âme de l’humanité, non pas du dehors comme avant, mais mystérieusement du dedans. Tel est le Mystère eucharistique qu’effectue la Parole de Dieu jusque dans la chair. Ainsi, cette nouvelle humanité, bien que toujours attirée par ses prostitutions, se revêt peu à peu de blanc. Moins adultère qu’avant, elle commence à reconnaître son véritable époux, à faire mémoire de Lui qui prend bien soin d’elle en lui procurant nourriture et habits, l’essentiel de la vie.

Ce quatrième volet de la charade a montré deux choses : l’universalité du combat et un mystérieux retournement intérieur des rois de partout appelés de l’Orient, par l’Orient. N’est-ce pas cette Parole qui permet de dépasser l’idolâtrie du Livre dénoncée au précédent volet, immobilisme religieux forcément sectaire qui bloque le combat spirituel et empêche toute conversion ? Que sera l’ouverture du dernier et cinquième tiroir de notre énigme catéchétique ?

d)Le repas de l’amour


Le cinquième tiroir

Où se fait cet étrange habillage ? Au cours d’un grand banquet, apparemment sans fin, que président malgré eux les rois de partout, dont la conversion du cœur indique au monde la direction à prendre. Au menu : la prostituée !

Ils en mangeront la chair, ils la consumeront par le feu… (Ap 17,16).

Ces « rois » dévorent la chair de péché qui ainsi disparaît de l’espace visible et extérieur. Alors, au plus profond de leurs cœurs, l’amour grandit. Telle est l’œuvre sacramentelle de la grâce, l’efficacité mystérieuse du sang de l’Agneau servi au banquet universel de Jésus dont la Bible est la chair culturelle. L’adultère a été dénoncé, il fallait le faire. Ensuite la « femme adultère »341 a été pardonnée. Depuis lors, elle boit le vin qui convertit. Dénoncées, mises à jour, puis remplacées par le pardon divin, ses prostitutions diminuent. Ses amants s’évanouissent, ils se retirèrent un à un à commencer par les plus vieux (Jn 8,9)

L’Agneau, attaché en croix, à cette broche de bois, bête rôtie au feu de l’amour, est mangé comme le préfigure mystérieusement le repas de l’agneau pascal (Ex 12, 1-11). Il n’y a pas de restes. Tout est grillé, brûlé, absorbé par le feu.342 Toute la vieille peau de prostitution doit disparaître. Les derniers « rois » affiliés à « la bête » ne sont pas, dit-on, vraiment des rois pour n’avoir encore reçu de royauté (Ap 17,12). Toujours est-il qu’ils dévorent et donc détruisent la chair pleine d'ulcères de la prostituée, celle qui nous colle au corps : en effet, ils en mangeront la chair, ils la consumeront par le feu. Qui sont ces convives invités au grand banquet de Dieu ? Ils ont été oints ou seront oints du chrême royal, mais semblent ignorer l’important travail de nettoyage que leur ressentiment quotidien leur fait accomplir à la grande joie de Dieu.343

Un tel cannibalisme aux effets bénéfiques, qu’exécutent ces « rois » de partout, nous oriente vers le repas eucharistique où catéchumènes et baptisés, rois avec le Christ, modifient à la longue leurs comportements pervers. Se reconnaissant pécheurs, ils abandonnent peu à peu leurs manières idolâtres en mâchant la Parole de Dieu grillée au feu de Pentecôte, en mangeant la chair de l’Agneau pascal : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! ». Les chrétiens ne font pas que le bien. Loin de là ! Mais quand ils se reconnaissent pécheurs non unifiés, le mensonge qui les habite se change mystérieusement en vérité. L’ivraie devient blé : la mauvaise image de Dieu et la haine cachée du Créateur, reconnues, mises au jour, dénoncées, laissent place à l’amour car, en tout amour humain il y a de la haine et, en toute vie humaine il y a de la mort. Plus cette dure vérité est découverte dans les profondeurs abyssales de l’être, plus la communion eucharistique se répand à la plus grande gloire de Dieu : « Béni sois-tu, Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce pain, Toi qui nous donnes ce vin ! »

Ainsi Dieu n’oublie-t-il pas l’antique prostituée, il recrée la femme « humanité » par le souffle de ses trompettes et par le sang de ses calices; il habille sa nudité, notre nullité à tous, des langes épais de la Parole344 : les vêtements intérieurs issus de sa tendresse. N’est ce pas ce que le Seigneur confiait jadis à son prophète : « Je te fiancerai à Moi pour toujours … dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et dans l’amour, dans la fidélité, et alors tu me connaîtras, Moi ton mari. » (Os 2, 21-22).

Et Jean de conclure : Dieu en effet a inspiré à ces derniers rois la résolution de réaliser son propre dessein, de se mettre d’accord pour remettre leur pouvoir royal à la bête jusqu’à l’accomplissement des paroles de Dieu (Ap 17,17).

Ces plus ou moins rois, graciés par Dieu, inspirés par le Christ, viennent bien de l’Orient. Comme les mages de l’Evangile, ils reviennent d’où ils étaient partis, par un autre chemin (Mt 2,12). Telle est bien l’œuvre de la Parole qui descend des cieux… et qui ne revient pas sans résultat, sans avoir fait ce que Dieu veut, sans avoir accompli sa mission (Is 55,11). « La Bible a des vertus », disait saint Augustin. Tout vient du Créateur, tout est inspiré par Lui, même cette idée saugrenue de remettre le pouvoir du pardon à ces derniers « rois », à ces baptisés chevaucheurs de « la bête ». Est-ce si étrange d’attendre des êtres humains bénéficiaires de l’onction royale au comportement peu sûr, une libre et profonde conversion qu’accomplit en eux la Parole de Dieu, et les rend « Bible vivante » à la suite du Christ, agneaux avec l’Agneau ?

La grande Babylone continue de faire tourner la meule du moulin mystique qui écrase les grains humains et fait couler le sang du pardon. Ainsi, à la longue, le mal se change en bien, la division en communion. La Sagesse est indispensable pour comprendre cette stupéfiante folie de la Croix.

La chute de Babylone au profit de Jérusalem est un changement tellement intérieur de nos habitudes de penser et d’être, qu’il faut être discret dans la Révélation de l’amour. Si la réalité humaine était vue clairement, entendue distinctement, expliquée rationnellement, dite et comprise en totalité, le découragement nous guetterait vite, le désespoir nous menacerait. Un monde sans transcendance est un monde mort.

Jean sait dire la vérité en énigmes, en charades comme Jésus lui-même la disait en paraboles, il sait être discret dans des formulations voilées comme en cette dernière phrase de la charade contestée : Cette femme-là, c’est la grande cité, celle qui règne sur les rois de la terre (Ap 17,18). Phrase doublement étrange, d’abord, la femme est une ville et que, dans cette ville apparemment répandue sur toute la terre, ce sont les citadins qui règnent sur les rois de la terre, sur ceux qui ont été chrismés. Le régime politique de cette femme-cité serait-il la démocratie, ce qui n’était guère dans les habitudes de l’antiquité345. Une jeune et grande démocratie aurait remplacé l’ancienne tyrannie. L’Eglise naissante, et toujours renaissante, est restera toujours notre premier étonnement.

D’autre part, si la femme est une cité, c’est que ses habitants sont tous comme des maisons, tous des gens d’intérieur, des hommes et des femmes vivant en intériorité. L’homme extérieur aurait-il ici disparu ? La vie intérieure dynamisée par la Parole, commanderait-elle à ce point les rapports humains ? Alors tout peut changer. Tel est notre second étonnement.

Il y a encore matière à s’étonner. Cette femme-là est une immense cité, mais laquelle ? Nous en connaissons deux : Babylone et Jérusalem. Laquelle des deux villes est désignée par la charade ? Ce n’est pas clair. Une fois de plus, Jean nous incite à l’intelligence de la foi : c’est ici que l’intelligence demande de la sagesse (Ap 17,9). La sagesse n’est pas une logique abstraite : « Toi, baptisé, marqué de l’onction royale, l’as-tu fait entrer dans ta maison pour souper avec toi, elle près de toi ? » (Cf. Ap 3,20)

La charade se termine avec son cinquième volet où le repas eucharistique couronne un trajet qui va du sabbat juif à la prière chrétienne, du risque d’idolâtrie biblique toujours possible au combat spirituel et à la découverte intime de la Sagesse : Quelqu’un !

5.Conclusion


A partir de là, au chapitre 18, Jean se met à raconter la destruction de Babylone. Les murs s’écroulent sur une ville apparemment vide car ses habitants l’ont tous quittée avant qu’elle ne s’effondre. Eperdus, ils assistent de loin à sa ruine. Devant le spectacle inouï de cette incroyable destruction, les plus puissants de ses anciens habitants pleurent à distance ce qui fut jadis leur richesse, ce qui fit leur puissance : des réalités toutes extérieures.

Les marchands de la terre pleurent et prennent le deuil de la ville, parce que personne n’achète plus leur cargaison d’or, d’argent, de pierres précieuses et de perles… des esclaves et des prisonniers (Ap 18,11). Les marchands qui avaient été enrichis par ces choses, se tiendront à distance, par peur de son supplice, pleurant et prenant deuil (Ap 18,15). Capitaines de navires et gens de mer se tinrent à distance… ils criaient, pleurant et prenant deuil (Ap 18,18).

Ce chant de deuil mêle curieusement le présent au futur et au passé, évoquant par là l’Auteur du séisme : Dieu qui est, était et sera, Dieu le Maître du temps. Celui-ci dirige d’en haut sa création, et il a entrepris la re-création de tous. Au fil du temps, il propose sept sceaux qu’il faut ouvrir, sept souffles spirituels qu’il faut capter, et sept calices qu’il faut boire. Le temps devient histoire pour vivre le salut, « histoire du salut » dont l’accomplissement est l’huile baptismale, le souffle de Pentecôte, et la coupe bouillonnante de l’Eucharistie universelle.

Comme pour insister une dernière fois sur l’évocation sacramentelle, sur le Mystère de la Parole faite chair, Jean raconte : « Un ange puissant saisit une énorme pierre semblable à une gigantesque meule de moulin, et la projeta dans la mer. Ainsi, d’un seul coup Babylone la grande ville, sera projetée, et on ne la retrouvera plus (Ap 18,21). La cité désertée par ses habitants, qui avait servi de meule au moulin eucharistique346, qui avait écrasé les chairs mauvaises, sera lancée dans la mer le jour où sa fonction s’arrêtera : on n’aura plus besoin d’elle pour broyer les « grains de blé » de la planète entière. En ce jour qui vient, Babylone sera remplacée par la cité sainte, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel de chez Dieu… belle comme une jeune mariée parée pour son époux (Ap 21,2).
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