Claude et Jacqueline Lagarde Novembre 2002





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CHAPITRE III : LA NOUVELLE CREATION


Notre premier chapitre a montré l’impasse dans laquelle l’humanité était engagée. La situation du monde était alors désespérée, mais l’Agneau de Dieu s’est incarné, à l’injonction des quatre Vivants, il a monté les quatre chevaux. En clair, le Cavalier divin a fait lui-même l’expérience de l’enchaînement diabolique de la logique de mort qui l’a enchaîné jusqu’à la croix. Ainsi l’Agneau de Dieu, ayant vécu lui-même l’absurdité d’une existence condamnée aux ténèbres extérieures, a-t-il pu faire sauter les quatre premiers sceaux d’une terre scellée, fermée au don de Dieu, close sur elle-même, ignorante du ciel.

Puis, avec notre second chapitre, nous sommes passés directement à la fin de la vision, et nous avons appris que l’impasse était dépassée, que l’amour a été plus fort que la mort101 et que, désormais, une avenue de lumière remplace.

Il nous faut voir maintenant comment l’Agneau fait sauter les trois derniers sceaux. Tandis que les quatre premiers sceaux laissaient entendre une terre sans ciel, des chevaux sans ailes, un monde coupé de Dieu, les trois derniers sceaux dévoilent un ciel engagé dans un corps à corps contre la logique de mort. L’enjeu est considérable. Ne s’agit-il pas en effet de la re-création de toute l’humanité dans le coeur de Dieu ?

1.Le cinquième sceau : « la chair » est au ciel !


Après que Jean eut entendu chacun des quatre Vivants réclamer au Cavalier de venir : « Viens ! », la demande va se faire plus pressante102.

Lorsque l’Agneau ouvrit le cinquième sceau, j’aperçus sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu (Ap 6,9).

Les yeux du visionnaire sont maintenant levés vers le ciel, car l’autel est en haut. Les victimes innocentes de la logique de mort sont déposées pantelantes sous l’autel des sacrifices, elles ressemblent aux agneaux pascals égorgés. Elles ont été sacrifiées mais sont cependant vivantes grâce à la Parole de Dieu qu’elles ont vécue dans leur chair, une chair qui n’est pas restée sur terre, une chair montée au ciel. La « résurrection de la chair » semble donc avoir déjà eu lieu. Cette nouvelle gigantesque, cette bonne nouvelle, dépasse l’attente juive qui attend encore la Résurrection des morts après les mille ans à vivre avec le Messie attendu.

Les victimes se mirent à crier à toute force : Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? (Ap 6,10) Le Dieu du ciel a entendu le cri des innocents comme il avait jadis entendu les clameurs qui montaient d’Egypte103. Voilà le point de départ de l’opération de salut que la justice divine va lancer sur la terre.

Alors on leur donna à chacun une robe blanche (Ap 6,11). On peut sourire de la réponse divine mais ce détail est important. Des mortels sont maintenant revêtus de l’habit du ciel, accueillis comme des vivants dans le sein de Dieu. La « résurrection de la chair » est maintenant bien lancée, ouverte au grand nombre104.

Quand ces premiers ressuscités reçurent le vêtement d’en haut, il leur fut dit de patienter encore un peu, le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux.

Dieu a donc décidé un temps nouveau, où la logique de mort est remplacée par une raison d’être toute neuve, que Lui, le Seigneur, introduira. La mort ne peut évidemment pas être supprimée puisque nos corps sont mortels. Leur réalité ne peut donc pas changer, mais le corps limité et fragile aura un rôle essentiel dans la logique de communion que suppose la voie de la vie. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15,13).

2.Le sixième sceau : la terre en est toute secouée


C’est alors l’ouverture du sixième sceau. Le ciel se déverse sur la terre qui se met aussitôt à trembler. Les repères habituels sont bouleversés, l’être humain vacille, tremble intérieurement.

Lorsque l’Agneau ouvrit le sixième sceau, il y eut un immense séisme. Le soleil devint aussi noir qu’une étoffe de crin, la lune devint tout entière couleur de sang, et les astres du ciel s’abattirent sur la terre comme les figues avortées que projette un figuier tordu par la bourrasque, puis le ciel disparut comme un livre qu’on roule… (Ap 6, 12-14).

Que signifient ces images cruelles ? L’enfant sans culture désigne du doigt le ciel atmosphérique, et il dit : « c’est le ciel ». Il montre l’astre du jour, et dit : « c’est le soleil ». Il tend sa main vers la lune, et dit : « voici la lune ». L’enfant encore sans culture biblique, sans parole intérieure, vit en totale extériorité, livré à sa seule affectivité. Il ne sait pas encore que sa vie intime est une sorte de ciel qui accompagne sa marche comme un livre secret.

Si le soleil noircit, si la lune rougit, si les astres s’écroulent, c’est la fin du premier monde où seules existent les choses visibles du dehors. L’enfant ignore l’invisible. Cependant, bien catéchisé, initié à la Bible, à l’écoute de la Parole de Dieu, il émerge peu à peu de son enfance religieuse et prend conscience de sa foi. Au plus profond de lui, il découvre émerveillé un autre « ciel », un autre « soleil », une autre « lune » et d’autres « étoiles ». Son enthousiasme développe en lui le ciel biblique de l’esprit, il fait grandir en son cœur la lumière divine du jour UN (Gn 1,1). Adulte dans la foi, il délaissera le « lait » biblique de son enfance, et ressemblera à Abraham qui avançait sur la route du temps comme s’il voyait l’invisible (Hé 11,27).

Dans le temps de l’Avent, les apocalypses évangéliques105 résonnent en nos églises. Le soleil s’obscurcira, la lune perdra son éclat, les étoiles se mettront à tomber du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et gloire (Mc 13, 24-26). Le soleil tombe ou noircit, mais le Fils de l’homme monte dans le cœur des baptisés, le « Soleil de justice » met sa lumière à la place de celle de ce monde, sa charité pour remplacer celle de la jungle d’en bas. Pâques est en marche : C’est Noël !

Les astres du ciel s’abattirent sur la terre comme les figues avortées que projette un figuier tordu par la bourrasque. Quelle phrase étrange ! L’image du figuier, bien connue des traditions juives et chrétiennes, évoque la chute d’Adam et Eve et leur nudité, leur nullité. Il est écrit : Ils se cousirent des feuilles de figuier et s’en couvrirent (Gn 3,7). L’arbre sous lequel l’homme et sa femme se tenaient est évidemment le figuier que la femme croyait être « l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur ». Quel est cet arbre central de tous nos jardins secrets ? C’est celui qui procure la science de la Loi divine quand il grandit dans le cœur nourri de la Parole. En christianisme, cet arbre devint la Croix, le Christ, le bois vert106 de notre foi, le Vivant de nos cœurs.

Le figuier a cette caractéristique unique de ne pas avoir de fleurs, il passe tout de suite aux fruits mais les premiers venus souvent avortent et tombent à terre. Que sont les « fruits » de ce « figuier » biblique ? Ce sont les croyants107 qui pratiquent le don de soi, l’offrande de leur vie, les sacrifices d’action de grâce. La sève divine coule dans leurs ramures et, de desséchés qu’ils étaient pendant l’hiver de la foi, ils deviennent au « printemps » flexibles et vivants. Ainsi parle l’apocalypse de Matthieu en 24,32 : Du figuier, apprenez cette parabole ! Dès que sa ramure devient flexible et que ses feuilles poussent, vous vous rendez compte que l’été est proche… De même, rendez-vous compte que le Fils de l’Homme est aux portes. Oui, l’Agneau frappe aux portes de nos âmes quand la Parole de Dieu fait écho en nos cœurs.108

Les astres du premier ciel, nos premières « stars » au « look » tout extérieur, s’écroulent remplacés par ces innombrables « étoiles » qu’Abraham contemplait dans un « ciel » lumineux. Ce « ciel » biblique n’est pas celui premier des savoirs extérieurs, seuls les yeux de la foi l’aperçoivent 109.

Le vent de l’Esprit souffle, et cette bourrasque divine fait tomber à terre toutes les « figues » non irriguées par la sève d’en haut. Puis le ciel disparut comme un livre qu’on roule. Le « ciel » de nos certitudes extérieures, le ciel où la logique de mort prend appui.

Les êtres humains ne savent plus où donner de la tête, et d’abord les profiteurs de ce monde, les exécuteurs de la logique de mort, mais pas seulement eux : nous tous ! Les rois de la terre et les hauts personnages, et les grands capitaines, et les gens enrichis, et les gens influents, et tous enfin, esclaves ou hommes libres disent aux montagnes : Croulez sur nous, cachez nous loin de Celui qui siège sur le trône, loin de la colère de l’Agneau… Le grand jour de sa colère est venu (Ap 6, 15-17). Que va-t-il maintenant se passer : on s’attend à une action brûlante du « Dieu vengeur » qui fera fondre le septième cachet de cire. Mais avant que cela n’arrive, le ciel s’active curieusement comme s’il apprêtait la terre, y préparait quelque chose. C’est ce que Jean regarde.

3.Le sceau qui manquait


J’aperçus quatre anges debout aux quatre coins de la terre, ils retenaient les quatre vents de la terre pour qu’il ne soufflât point de vent, ni sur terre, ni sur mer, ni sur aucun arbre (Ap 7,1). La bourrasque qui soufflait en tempête s’arrêta soudain, et ce fut le grand silence : pas un souffle de vent sur toute l’étendue de la terre, ni même sur le grand océan d’où viennent les ouragans.

Silence ! Dieu va parler.

J’aperçus ensuite un "autre ange", il montait de l’Orient et portait le sceau du Dieu vivant (Ap 7,2). "L’autre ange", cet être divin, semble important, c’est peut-être un archange, il monta du « soleil levant » comme si un soleil venait de se lever sur le sombre pays de la mort. L’ange tenait en main un sceau semblable à celui qui ferma de sept poinçons le vieux Livre scellé. Quel est donc ce sceau qu’il transporte ? Ne serait-ce pas le septième sceau qui nous viendrait du lieu dit « soleil levant », une contrée de printemps qui évoquerait bien Pâques ?

On attendait d’une manière un peu routinière la dernière ouverture du vieux Livre, mais il s’agirait de tout autre chose. Si le sceau a été transporté sur la terre, c’est pour sceller et non pas pour ouvrir. Quel étonnant renversement ! Dieu aurait pris une initiative inouïe qui bouleverse toutes nos attentes. Nous ne savons plus où donner de la tête.

L’ange cria d’une voix puissante aux quatre anges auxquels il fut donné l’ordre de malmener la terre et la mer… « Attendez que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu »… (Ap 7, 2-3). La vengeance de Dieu est retardée par une opération importante liée au sceau. L’ange, tout comme l’homme en blanc d’Ezechiel (Ez 9,2), doit marquer au front les serviteurs de Dieu, graver en leurs têtes, buriner dans leurs esprits le signe du Dieu vivant, le sceau ineffaçable de leur appartenance divine, la brûlure de l’amour. Ce sceau110 qui vient du ciel va stopper à tout jamais la vieille logique de mort et enrayer l’histoire désespérante qu’elle inscrivait dans les cœurs, dans le corps d’une humanité violente mais combien souffrante de sa propre violence.

Cent quarante quatre mille furent marqués du sceau; ils étaient de toutes les tribus d’Israël (Ap 7,4), douze mille êtres humains pour chaque tribu de l’ancien Israël. Et comme pour les Hébreux à la sortie d’Egypte (Ex 12,38), une foule de gens de tous les pays du monde bénéficièrent avec le peuple élu du don puissant de Dieu. Cette foule immense, impossible à dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues, est debout devant le trône et devant l’Agneau (Ap 7, 9-10).

A l’ouverture du cinquième sceau, il n’y avait que peu de mortels au ciel, seules quelques malheureuses victimes de la logique de mort qui réclamaient justice. Quand le septième sceau fut donné, le ciel contient soudain un océan d’hommes et de femmes qui tous, comme l’Agneau, sont habillés de blanc. D’innombrables êtres humains participent déjà à la gloire de Dieu et au règne de l’Agneau. Que penser de ce peuplement du ciel aussi instantané ? D’où viennent tous ces gens ? Peut-être que les enfers se sont brusquement ouverts lorsque le Soleil s’est levé111.

Cette nouveauté devrait étonner Jean. Pour réveiller sa curiosité endormie (et aussi la nôtre), l’un des vingt-quatre vieillards interpelle le voyant et l’interroge : Ces gens vêtus de robes blanches, d’où sont-ils et d’où viennent-ils ? Et moi de répondre : Monseigneur, c’est toi qui le sais. Le vieillard reprit : ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau (Ap 7, 13-14).

Quelle est cette grande épreuve ? Les historiens, savants du passé, pensent qu’il s’agirait peut-être de la persécution de Néron : elle fut en effet terrible. Mais l’événement nommé ici « épreuve » est peut-être infiniment plus large que cet affreux fait divers du premier siècle. L’événement n'est-il pas toujours actuel, et les êtres humains ne sont-ils pas tous invités à l’affronter ? L’épreuve qu’il appartient à chacun de vivre, n’est-elle pas la mort qui entraînait l’ancienne humanité dans une logique inacceptable ?

Il y a bien des façons de refuser la logique de mort, de laver sa robe, rouge, noire ou blême, car chaque être humain a son histoire, et il y a mille manières de donner sa vie. Que sont belles ces histoires où l’être humain se donne à l’autre, qu’il est réconfortant de les lire ! Si le sceau est descendu du ciel, n’est-ce pas pour sceller les anciens livres où la mort régnait, et ouvrir enfin les vies humaines à un tout autre destin.

Car la mort n’est pas simplement le dernier instant de notre existence terrestre. Tous les jours, depuis notre adolescence, la mort nous travaille en profondeur. Elle est active, incisive, elle grignote, elle murmure, elle nous fait frissonner, fantasmer, elle initie même des projets, les pires des projets. Quand la mort mène le monde, elle devient l’unique phare de la vie, elle sert de visée à ceux qui tuent ou désirent abaisser la vie de leurs semblables. Ainsi grandissent violence et logique de guerre. Voici la grande épreuve, elle est quotidienne. Certains jours, elle est plus insistante que d’autres, soit pour satisfaire quelque égoïsme caché, soit plutôt pour répondre à la demande pressante d’un malheureux dans le besoin. Ainsi la mort du corps, prise au sens large, est-elle l’aiguillon112 et même l’aiguillage de notre route sur terre. Le corps a bien un rôle déterminant dans l’accès à la vie divine, facilité par le sceau de feu que l’ange offrit à la terre de la part du Soleil levant.

Le don du sceau divin apporté du ciel est la main tendue du Créateur, il permet à la créature, confirmée par le don, de faire le choix de la Vie et non celui de la mort. Ils ont blanchi leur robe dans le sang de l'Agneau, ils ont choisi en toute liberté d'aimer leurs ennemis et de prendre le risque d'être "victimes", autrement dit : "hosties" vivantes (Rm 12,1), hosties unie à l’Hostie. Le sceau divin était apposé sur leur front, dans leur esprit, leur laissant libre la main droite, une action droite. Le corps qui porte en lui la mort, s’engage malgré tout vers le Soleil. Alors la nuit recule. C’est par ce bon choix du corps que la mort est essentielle à la réception du don. Seule cette logique évangélique fera qu’un jour Dieu essuiera toute larme de nos yeux (Ap 7,17), ce qu’avait annoncé Isaïe.

4.L’ouverture du septième sceau


Lorsque l’Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel d’environ une demi-heure… (Ap 8,1)

L’ouverture du sceau qu’apporta l’ange ressemble à l’ouverture de la cassette d’un trésor. Que de scintillements, d’éclats, de richesse, de lumière, de beauté, ! Que d’amitié, de solidarité, de compassion, de communion ! Le ciel lui-même en est bouche-bée. Et quelle est cette cassette ? N’est-ce pas le vieux Livre scellé auquel il manquait une dernière clé, une porte d’entrée, une finale qui éclairerait l’ensemble113 ? Ca y est, c’est fait : désormais la Bible qui raconte l’histoire de l’antique humanité, peut être lue en toutes ses dimensions, lue dans les corps de ceux montés au ciel, venus des quatre vents du monde.

Sept anges, que nous reverrons plus loin, sont ici introduits. Ce sont les préposés au temps. Il y en a sept car la durée du monde reprend en bien plus grand la première semaine de la création (Gn 1) : sept millénaires, pourrait-on dire.

Je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu. On leur remit sept trompettes (Ap 8,2). L’ouverture du septième sceau donné par Dieu introduit une succession de souffles, ou d’esprits brûlants soufflés d’en haut. La Pentecôte sonne sur le monde, et l’Esprit va partout se répandre.

On voit alors paraître le huitième Ange, Celui qui agit, qui exécute le plan de Dieu. Serait-ce cette sorte d’Archange qui a déjà apporté à la terre le sceau brûlant de Dieu ?

Un "autre ange" vint se placer sur l’autel, muni d’une pelle en or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrit avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu avec la prière des saints (Ap 8, 3-4).

Cet "autre ange" aux multiples senteurs, prêtre préposé à l’autel des parfums, offre le sacrifice permanent dans le Temple du ciel. Il mêle des arômes, sans doute divins, à la prière des créatures sanctifiées qui ont accueilli la Parole et en ont vécu l’exigeante logique, certaines même jusqu’au sacrifice suprême. Ainsi le ciel s’est-il joint à la terre pour faire monter devant Dieu une blancheur d’amour. On dirait une eucharistie que cet Ange préside.

Puis l’Ange saisit la pelle, et l’emplit du feu de l’autel, qu’il jeta sur la terre. Ce furent alors des coups de tonnerre, des voix et des éclairs, et tout trembla (Ap 8,5).

La prière monte, la Pentecôte descend, elle commence comme au jour du Sinaï, par le déversement sur terre des flammes de l’incroyable charité. La descente de Dieu avait, à l’époque, effrayé le peuple massé au bas de la montagne114. Comment va être reçue cette nouvelle initiative du ciel, associée désormais aux « hosties115 » d’en bas, à toutes ces victimes de la logique de mort ?

5.Les quatre premières trompettes


Les sept anges aux sept trompettes s’apprêtèrent à sonner, et le premier sonna (Ap 8,6). Après la quadruple chevauchée du Cavalier sur terre, les créatures célestes vont agir à sept reprises, dirigées sans doute par l’Agneau qui est désormais assis au centre du trône (Ap 7,17).

Le chiffre sept se décompose toujours en deux périodes distinctes : quatre d’abord, trois ensuite. Une séquences de quatre souffles ouvrira donc ce nouveau scénario, elle sera suivie de trois bouffées de vent. Les quatre premières trompes s’adressent au cosmos, les trois dernières dirigeront leur souffle vers le « ciel » biblique (l’esprit) que tout être humain porte en lui.

Les jours de la « première création », ou « première Genèse », traitent successivement de la Lumière (jour I), des eaux et de la terre sèche (second jour), de l’herbe verte et des arbres fruitiers (troisième jour), du soleil, de la lune et des étoiles (quatrième), des êtres vivants de l’enfer116 et du ciel (cinquième), et enfin des êtres vivants de la terre dont l’homme (sixième). Le septième jour reste pour nous un mystère : Dieu le lança puis se reposa. On dirait que le Créateur interrompit le processus de création pour pouvoir, un jour, parfaire sa grande œuvre.117

Au rythme des trompettes, ces mêmes images cosmiques vont défiler, mais leur ordre sera comme inversé118. Le premier souffle consume les arbres et l’herbe verte. Le deuxième souffle est dirigé sur la masse des eaux dormantes. Le troisième souffle atteint les eaux vives d’en bas (fleuves et sources). Le quatrième souffle s’en prend aux anciens luminaires des cieux atmosphériques, qui étaient en germe dans la lumière du jour UN. Voyons cela.

a)La première trompette


Le premier des sept Anges sonna : Ce furent alors de la grêle et du feu mêlés de sang qui furent jetés sur la terre (Ap 9, 7-8). Telle est la riposte conjointe du ciel et des victimes habillées de blanc contre la logique de mort qui enchaînait toute la création119.

Le tiers de la terre fut consumé, et le tiers des arbres fut consumé, et toute herbe verte fut consumée. La qualité de la terre se révèle dans la fertilité de la vie végétale qui s’y développe. Terre et vie sont toujours associées pour le meilleur et pour le pire. Ici, elles sont brûlées ensemble. La première vie (la végétale) apparaît le « troisième jour » de la création. Pour les baptisés, tout commence aussi en ce troisième jour où le Christ est ressuscité, où l’Arbre vert de la Croix offrit au monde le fruit eucharistique120. Ainsi la création fut-elle libérée de la logique de mort qui l’enchaînait.

b)La deuxième trompette


Le deuxième Ange sonna : alors une masse embrasée, énorme comme une montagne, fut projetée dans la mer, et le tiers de la mer devint du sang. Il périt le tiers des créatures vivant dans la mer, et le tiers des navires fut détruit (Ap 8, 8-9). On dirait que la création recule du troisième jour au second jour. La qualité des arbres dépend de celle de la terre, et aussi la qualité de la terre dépend de celle des « eaux » qui la constituent, ces « eaux » bibliques étant comme nous le savons, les cultures humaines121. La miséricorde et le pardon dépendent de la bonne disposition des êtres en présence. Comme ces « eaux » trop habituées à la logique de mort, n’étaient pas vraiment limpides, il a fallu que la montagne de feu descende pour les purifier, elles, tout ce qu’elles contiennent et aussi tout ce qu’elles supportent.

Le tiers des « eaux » touchées par ce feu d’en haut est transformé en sang, tout comme les eaux du Nil, richesse de l’Egypte, étaient devenues du sang sous l’action de Moïse (Ex 7, 14-21). Le grand prophète s’était opposé au pouvoir politique qui fondait son gouvernement sur la seule logique économique122. Il y eut forcément des réactions, peut-être une répression violente : « l’eau » humaine se transforma en « sang ». Jésus rappelle la dureté de ce combat aux disciples : On vous livrera aux souffrances et à la mort, vous serez haïs par tous les peuples à cause de mon nom… (Mt 24,9). Quand Dieu descend dans la « jungle » humaine, celle-ci désire le dévorer pour s’en débarrasser.

c)La troisième trompette


Le troisième Ange sonna : Alors tomba du ciel un grand astre comme un globe de feu; il tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources. L’astre se nomme « absinthe » : le tiers des eaux se changea donc en absinthe, et bien des gens moururent de ces eaux devenues amères (Ap 8, 10-11).

Les « eaux d’en bas » jaillissent normalement du grand abîme123 pour alimenter la vie humaine124. Mais un phénomène nouveau survient : une boule de feu tombe du ciel et voilà les sources d’en bas infectées par le pardon. Du coup, les eaux vives, essentielles à l’existence humaine, deviennent amères comme du fiel. L'ancien Israël vécut cela aux eaux salées de Mara (Ex 15, 22-27). Attention : on ne dit pas que le corps céleste est un poison, mais qu’il est nommé : « absinthe », un nom plein d’amertume pour des êtres humains. Cette humanité est familière de la logique de mort, habituée à se désaltérer à une source sans amour, qui le désigne de ce nom négatif. Maintenant que le feu de Dieu s’est mêlé aux « eaux d’en bas », le goût des mortels doit changer. A Mara, Moïse avait adouci l’amertume des eaux en y jetant une sorte de bois, puis il avait incité chacun à changer ses comportements en écoutant en soi la voix de Dieu et sa justice. La Tradition voit en cette anecdote l'expérience pascale de la Croix qui transforme une existence amère en joie.

Comme lors des deux précédentes, cette troisième descente du feu de Dieu ne détruit qu’un tiers de la terre. Les deux autres tiers sont invités à réfléchir sur les événements en cours, et à se convertir à la nouvelle « boisson » qui est désormais salée par le feu du ciel. Jésus avait prévenu ses disciples : Tous seront salés par le feu : c’est une bonne chose que le sel… (Mc 9,49).

d)La quatrième trompette


Le quatrième Ange sonna : alors furent frappés le tiers du soleil, le tiers de la lune et le tiers des étoiles. Ils s’assombrirent d’un tiers : le jour perdit le tiers de sa clarté, et la nuit de même (Ap 8,12).

Les « eaux » ont été séparées le deuxième jour de la création, et juste avant, la lumière a jailli au jour UN, lumière qui se difracte au quatrième jour dans les astres du cosmos125. Nous rétrogradons encore, en revenant à la racine spirituelle de la création, à la Lumière. Ce retour en arrière ressemble à l’avant-dernière plaie d’Egypte où la terre devînt ténébreuse. Il ne s’agit pas - nous le savons - d’un événement physique ou d’un cataclysme cosmique, mais de la lumière spirituelle du « Soleil de justice », de la « lune » qui éclaire nos « nuits » humaines, et des « étoiles » intimes qui brillent par milliers dans le ciel de nos vies.

Un feu céleste tombe sur les astres : la scène est si surréaliste, si inimaginable, qu’elle nous invite, plus encore que les précédentes, à traduire les images bibliques en termes existentiels. Ces images impossibles pointent dans la direction du combat intérieur. Ne sommes-nous pas engagés corps, âme et esprit, dans le combat de l’amour contre le non-amour ? La guerre sera longue. Pourtant, peu à peu, en nous, un sens nouveau nous éveille à la Vie, il éclaire d’une étrange clarté une vision toute neuve de l’existence. Petit à petit, le dévoilement se fait, l’apocalypse se réalise en nous, nos relations se libèrent de la peur et de la mort. Nous aimer les uns les autres devient une réalité possible !

En quatre étapes successives, quatre souffles ont lancé une sorte de dé-création, mais ce n’est qu’apparence car il s’agit d’une véritable re-création. C’est en effet le mélange contre-nature de l’amour de Dieu et du péché de l’homme, de la manière d’être évangélique plongée dans la logique de mort, qui produit la « nuit » des esprits refroidis par la raison raisonnante, cérébralité sans corps qui chasse l’amour au profit de la mort.

Une parole de Dieu, clamée par le prophète Isaïe (Is 5,20), établit ce lien, traditionnel dans la Bible, entre la lumière et l’éthique.

« Malheur à ceux qui appellent le mal : « bien », et le bien : « mal » !

Qui changent les ténèbres en lumière !

Et la lumière en ténèbres !

Qui changent l’amertume en douceur !

Et la douceur en amertume ! »

Le feu divin descend, et la logique matérialiste d’en bas est prise en défaut. Celle qui se croyait supérieure, éternelle, universelle, fondée sur l’évidence extérieure, sur la force militaire, sur la rentabilité et le profit, sur la science triomphante126, soudain vacille et recule malgré ses certitudes. Ce « soleil » d’en bas, si familier à tous, s’écroule comme l’annonçait déjà le séisme qui accompagna l’ouverture du sixième sceau.

L’autre Soleil brille maintenant à l’horizon, appelé par les sept souffles de l’Esprit qui sont cadeaux de Dieu. Quatre ont déjà préparé le terrain, mais l’intérieur de l’homme est encore ténébreux, seulement interpellé par le spectacle désolant du monde souvent injuste et violent. Il faudra encore trois autres souffles, plus forts, plus puissants, plus profonds, pour que s’accomplisse la prophétie du prophète Malachie (Mal 3,20) : Pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice brillera, le salut dans ses rayons.127 Vous sortirez en bondissant comme des veaux à l’engrais…

6.La cinquième trompette : Satan jeté du ciel


Puis je vis et j’entendis la voix d’un aigle qui volait par le milieu du ciel…(Ap 8,13) Les quatre premières bouffées de feu, semblent s’être produites en silence. Le spectacle était grandiose mais sans parole, il atteignait le seul cosmos, la matière muette, pas les êtres humains doués d’écoute et de parole128. L’homme va maintenant être personnellement concerné, le cri de l’aigle est pour lui.

L’oiseau qui vole dans les hauteurs, cet oiseau qui voit de loin, criait d’une voix forte : Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre lorsque sonneront les trompettes des trois Anges qui doivent encore sonner (Ap 8,14).

Les trois malheurs qui vont bientôt arriver aux oreilles des hommes semblent correspondre aux trois derniers jours de la création comme si celle-ci allait repartir dans le bon sens. Nous assisterions donc aux trois dernières étapes d’une re-création engagée par Dieu malgré le malheureux état dans lequel la créature est tombée.

Le cinquième jour de la première Genèse nous avait révélé le grouillement des êtres vivants129 un foisonnement de vie qui remplit les profondeurs insondables de l’abîme marin; il faisait voir aussi les oiseaux qui volent en nos cieux humains130. Le sixième jour est essentiel puisqu’au delà des animaux terrestres, il expose la création de l’homme : Manquée, en tout cas inachevée !131. Le septième jour, nous le savons, n’a pas de matin, pas encore d’aurore, pas de fin132.

Le cinquième Ange sonna. Alors j’aperçus un astre du ciel qui avait chu sur la terre (Ap 9,1). Ce n’est plus de la matière qui tombe du ciel mais quelqu’un de vivant, un « astre », une « star », « l’Etoile » par excellence : Lucifer, l’ancien porte-lumière. Le prophète Isaïe avait chanté ce poème moqueur au roi de Babylone; il prend ici un tout autre sens.

Comment es-tu tombé du ciel,

Etoile du matin, fils de l’aurore ?

Comment as-tu été jeté à terre,

Vainqueur des nations ? … (Is 14,12-15)

Guidés par une phrase de Jésus133, nos Pères ont transposé ces quelques vers adressés à Nabuchodonosor, au « Prince de ce monde ». La foi s’intéresse à la vie intérieure bien plus qu’au passé historique, au malheur de l’homme qu’il faut sauver plus qu’à un monarque oriental disparu depuis longtemps. L’Astre est donc une créature spirituelle, l’insatiable revenant qui hante nos esprits, elle va recevoir une étrange mission dans le cadre de la nouvelle création.

On lui remit la clé du puits de l’Abîme. Lorsqu’il eut ouvert cette fosse sans fond, monta une fumée, c’était comme une fournaise ardente Le soleil et l’atmosphère en furent obscurcis… Ce n’est pas tout : de la fumée sulfureuse, des sauterelles se répandirent sur la terre; on leur donna un pouvoir pareil à celui des scorpions de la terre. On leur recommanda d’épargner les prairies, toute verdure et tout arbre et de s’en prendre seulement aux hommes… (Ap 9, 1-3).

Une fois encore, l’image de la vision est surréaliste et invraisemblable. Comme souvent dans la Bible, quand une scène ne décrit pas le monde extérieur, elle évoque alors une autre réalité. Ici : l’humanité malade de ses pulsions bestiales. Ces sauterelles qui ne mangent que de l’homme, ressemblent à celles qui maltraitèrent l’Egypte, leur champ d’action n’est pas la verte nature mais le tissu humain.134 Ces insectes de nos esprits sont aussi scorpions car les pensées mauvaises reviennent sans cesse, piquent toujours par derrière quand on ne s’y attend pas, semant ainsi une mort lente et d’atroces souffrances intérieures, et aussi plus qu’intérieures.135

Ainsi le puits de l’Abîme n’est-il pas dehors mais au dedans de nous, il n’est pas cosmique mais spirituel. Il symbolise les profondeurs abyssales de l’inconscient humain, le gouffre sans fond d’où jaillissent nos pulsions animales. L’Ange rebelle, jeté du ciel, est devenu le Prince de ces « enfers » psychiques où grouille une faune étrange comme dans les eaux du cinquième jour de la Création..

Quand l’humanité vit en extériorité, ignorante d’elle-même, naïve et inconsciente, optimiste même, elle n’imagine pas les horreurs qui peuvent sortir du cœur des hommes. Mais quand l’abîme s’ouvre, quand l’être humain se connaît mieux, quand il n’est plus un enfant à la sexualité latente, tout se met à changer car la « bête » devient active.

La psychanalyse a exhibé l’inconscient humain, et les génocides du XX° siècle nous laissent désormais sans illusion sur ce qu’il y a dans l’homme et que le Seigneur savait (Jn 2,25). Jésus révélait aux scribes de son époque le contenu du « vase » d’argile : Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, adultères, cupidité, méchancetés, ruses, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison (Mc 7, 20-22).

La raison raisonnante, aseptisée, qui limite l’homme à son esprit, fait mine d’ignorer cet aspect noir de l’être humain, elle n’en parle jamais et préfère jongler avec de belles et grandes idées qui volètent dans les cerveaux comme ces oiseaux du cinquième jour. Mais ignorer nos ténèbres intérieures, c’est supprimer la pression du corps, c’est croire qu’un peu de volonté suffit à juguler les passions. L’homme est certes un esprit, il pense, mais c’est aussi une plante fragile, agitée à tous les vents, c’est un « roseau pensant ». En oubliant le corps, on risque de sous-estimer la menace de ces puissances obscures que l’Apocalypse met en scène.

Nous voilà mis en garde contre l’illusion cérébrale, contre ces idées qui s’envolent au ciel de notre esprit, incapables de lutter contre ce qui sort du puits de l’abîme et qui fait naître du dedans la logique de mort. Si Satan est quelqu’un, si Satan est vivant comme la Bible l’affirme, autrement dit si les ténèbres sont actives, la pire des tactiques serait de faire l’autruche, de faire comme si l’Ennemi n’existait pas. Profitant de la situation, le Serpent maudit se glisserait partout. L’Apocalypse dévoile donc un danger bien réel : les belles idées ne sont qu’un leurre face à une « bête humaine » privée de charité. Seul l’amour sauve.

Il existe bien un grouillement d’êtres vivants dans nos profondeurs intérieures, et il en sort aussi des oiseaux spirituels qui se cognent contre le firmament du ciel (Gn 1,20). Le cinquième souffle semble reprendre le cinquième jour de la première Genèse mais pour y apporter deux choses nouvelles :

- Nous alerter sur la dangerosité de ces êtres vivants qui se multiplient dans l’inconscient humain, sauterelles par leur nombre et scorpions par leur venin. Elles grouillent !

- Nous inciter à faire descendre la charité dans une « bête humaine » devenue parfois plus bestiale qu’un animal sans raison.

Nous les connaissons bien ces sauterelles-scorpions, équipées pour la guerre… avec leur cuirasse de fer. Leurs visages d’êtres humains laissent apparaître des crocs de lion (Ap 9, 7-11). Fantasmes toujours prêts à l’action, impulsions irrésistibles, ces puissances jaillissent des profondeurs, et nous voilà tout entier enchaîné dans la logique de mort. Parfois, le couvercle de l’esprit se referme et c’est alors la nuit, l’univers morbide de la faute, des piqûres en retour, des morsures qui ne lâchent pas facilement la proie qui les fit naître, avec en plus toutes sortes de conséquences concrètes. Le berceau de la logique de mort est ainsi dévoilé, mais n’oublions pas que cette apocalypse est accompagnée par le feu d’en haut, par le souffle qui est plus fort que la mort.

Quand la force de mort devient prégnante, omniprésente, la puissance de la miséricorde et du pardon peut être ignorée. En ces jours-là, les hommes rechercheront la mort sans la trouver, ils souhaiteront mourir, et voilà que la mort les fuit ! (Ap 9,6) Les « sauterelles-scorpions » ne tuent pas, elles rendent nerveux, tourmentent si fort que parfois le suicide menace. Ces insectes innombrables assiègent nuit et jour des têtes malades, rongent des esprits souffrants, grignotent les derniers lambeaux de vie, des restes de compassion qui végétaient dans les replis du cerveau. Perversité, cupidité, malice, ne respirant qu’envie, meurtre, dispute, fourberie, méchanceté136

Et ces bestioles venimeuses sont d’autant plus dangereuses que nous les savons dirigées par une intelligence mauvaise, le Prince de ce monde. A leur tête, elles ont comme roi : l’Ange de l’abîme (Ap 9,11). Voilà ce que l’Apocalypse dévoile pour que nous nous tournions vers Dieu, que nous le priions de venir nous tirer d’un très mauvais pas.

L’ancienne Genèse s’est maintenant clarifiée. Nous avons appris en effet que le Tentateur a été jeté du ciel, d’où il dirigeait tel un dieu tous les esprits humains137. Comme sa place était en Dieu, son statut était divin, et l’on pouvait alors le confondre avec une puissance d’en haut tant il s’ingéniait à imiter Dieu.

Satan - nous en reparlerons - fut donc basculé dans le vide, jeté à terre, mieux encore : jeté sous terre. Le Prince de ce monde perdit ainsi toute force surnaturelle, il règne désormais sur un royaume dérisoire, celui de la mort, le seul lieu dont il a la clé, le profond abîme sur lequel notre humanité a été créée. Le grand Dragon y est désormais cantonné. Un jour vient : il y sera enfermé, et nous savons qu’il y brûle dès que le feu de la charité descend dans la créature.

Certes, le Dragon se déchaîne dans les sous-sols humains, mais les horreurs qu’il inspire touchent aujourd’hui la conscience mondiale, et commencent à recevoir une désapprobation universelle. Devant tant de crimes, aidée par Dieu, l’humanité se ressaisit, ce que le Créateur prévoyait. Tout ici bas a une fin. L’action des sauterelles-scorpions a reçu sa limite : elles ont le pouvoir de torturer les êtres humains cinq mois (Ap 9,10), seulement cinq mois, un temps qui se compte sur les doigts de la main… de la main de Dieu. L’emprise du Prince de ce monde est donc bien mesurée car la Parole de Dieu se déverse du ciel comme un feu. Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé : tout comme le péché a régné dans la mort, la grâce règne par la justice pour la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur (Rm 5, 20-21).

De nombreux être humains sont hors d’atteinte de ces affreux « insectes » : ces âmes portent sur le front la marque de Dieu (Ap 9,4). Leur esprit et leur corps, nourris de la Parole, sont sanctifiés par le don de l’Esprit. Ces mortels, blanchis par l’Agneau, semblent vivre déjà sous l’arbre de la Vie dans une verte prairie située au-delà d’une guerre que la foi « sait » victorieuse, malgré son paroxysme. Le don du septième sceau a eu déjà cette première conséquence de rassembler une foule heureuse qui se multiplie en s’ouvrant peu à peu à l’humanité souffrante. Encore faut-il avoir conscience de l’enjeu du conflit : la re-création en Dieu de toute l’humanité.

7.La sixième trompette


Le sixième Ange sonna. Alors j’entendis une voix venant des quatre cornes de l’autel d’or placé devant Dieu (Ap 9,13). Dans la pratique antique, on attachait les bêtes sacrifiées à ces « cornes » situées aux quatre coins de l’autel.138 Leur mention évoque donc de nouvelles victimes, un durcissement de la guerre. D’ailleurs, l’ordre est donné : Relâche les quatre anges enchaînés sur le grand fleuve Euphrate, et l’on déchaîna les quatre anges qui se tenaient prêts pour l’heure, le jour et le mois de l’année, afin d’exterminer le tiers des hommes (Ap 9,15).

L’Euphrate est la frontière du bout du monde dont la mémoire biblique garde le souvenir épouvantable d’invasions dévastatrices.139 Dans la tradition chrétienne on a assimilé l’Euphrate au pays d’où vient l’Antéchrist ou à la puissance ténébreuse de ce monde.140

En tout cas, le combat, cette dernière bataille prévue de toute éternité, est gigantesque. Deux cents millions de cavaliers revêtus de soufre et de feu se répandent sur un tiers de l’humanité. L’énormité du chiffre indique une fois de plus qu’il s’agit d’une guerre avant tout spirituelle, même si elle a des conséquences très concrètes.

Ces soldats vêtus de soufre et de feu dirigent d’étranges chevaux : Des figures humaines avec des cheveux comme des cheveux de femme. Leur tête est comme celle du lion, et leur bouche crache feu, fumée et souffre… La puissance des chevaux réside dans leurs bouches, et aussi dans leurs queues qui, semblables à des serpents, sont munies de têtes nuisibles (Ap 9, 17-19).

L’humanité est devenue terrifiante141. L’être humain vomit des horreurs de sa bouche, sa langue… souille tout le corps, enflamme le cycle de la Création, enflammée qu’elle est par la Géhenne (Jc 3,6). Et l’image sexuelle de la queue de serpent complète le tableau d’une humanité dominée par « la bête ».

Comment cette description suggestive du souffle brûlant de la sixième trompette rejoint-elle le sixième jour d’une création repartie dans le bon sens ?

En ce sixième jour, le Créateur donna à sa créature une âme divine, douée de parole, mais Adam préféra l’arbre du savoir à celui de la Vie.142 Le projet de Dieu est de créer la « bête humaine » à son Image pour que la créature reflète son infinie miséricorde dans toute la création143. L’œuvre de ce premier vendredi se déroule sur terre et non plus dans les eaux ni au firmament comme au jour précédent. C’est même de cette terre – la nôtre - que doit naître l’amour du Père. Ainsi Dieu dit : Que la terre produire des êtres vivants selon leur espèce… Et Dieu vit que cela était bon ! (Gn 1, 24-25)

Mais cette terre est devenue un enfer, elle est menacée par ce qui jaillit de nos profondeurs humaines dans l’oubli de l’amour qui descend pourtant d’en haut. C’est cette terre qu’il faut ré-orienter, qu’il faut libérer de l’attirance du bas, délivrer de ces fumées nauséabondes qui sortent de l’abîme animal, et c’est à elle qu’il faut apprendre à goûter les parfums d’en haut, à élever vers le ciel une prière nourrie des Ecritures, la bonne odeur du Christ (2 Cor 2,15)144.

Un tiers de l’humanité fut donc anéantie. C’est énorme ! Pourtant les hommes échappés à l’hécatombe de ces fléaux ne renoncèrent pas aux œuvres de leurs mains, ils ne cessèrent pas d’adorer ces idoles d’or et d’argent… Ils n’abandonnèrent ni leurs meurtres, ni leurs sorcelleries, ni leurs débauches, ni leurs vols (Ap 9, 20-21)145.

Bien que le corps de l’humanité soit sérieusement touché, les habitudes demeurent comme si ce qui touche les autres ne nous atteignait guère, comme si l’amour de soi occultait la solidarité et la compassion.

Les liens sont forts, qui nous unissent aux richesses, qui nous enchaînent à « l’en-bas », si forts que l’argent et les choses ont souvent plus d’importance que les êtres humains. Dès lors, la logique de mort est dominante, et ce sont des crimes de tous genres, la montée de la violence.

Aimez-vous les uns les autres, dit Jésus. Nos esprits sont bien d’accord avec cette belle formule, mais seulement nos esprits. Alors Jésus ajoute : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jn 15,12) c’est-à-dire en associant le corps à l’esprit afin que l’âme, autant corporelle que spirituelle146, soit totalement engagée dans l’opération de salut. D’ailleurs, le chemin qui mène à Dieu passe par le corps mortel, par le don de soi aux autres. N’est-ce pas ce qu’on appelle « la Croix » ?

Méfions-nous donc des conseilleurs de ce monde, des utilisateurs de belles formules qu’aiment employer les « rois de la terre ». Ils promettent la liberté, alors qu’eux-mêmes sont restés esclaves de la pourriture, car on est esclave de ce par quoi on est dominé (2 P 2,19). L’inconscience devient mensonge ! Sous un ciel de plomb, Jésus en croix nous l’a crié : Ils ne savent pas ce qu’ils font. Ceux-là n’ignoraient-ils pas, comme beaucoup d’entre nous, ce qu’est vraiment le pardon et la communion, le don de Dieu agissant au cœur du corps ?

8.Conclusion


Les six souffles violents de ces trompes célestes qui crachent le feu de Dieu semblent avoir assaini la première création. Les trois premières frappes divines nous ont ramené au point de départ de tout, à la Lumière du Dieu « UN » qui se réfracte dans nos cieux spirituels. Les « arbres » et les « plantes » de la terre sont en feu, la grande « mer » des eaux humaines a reçu d’en haut une montagne de feu sur laquelle l’offensive céleste prend appui, les sources devenues brûlantes, ne sont guère appréciées en ce temps de chaleur : écoutons l’amertume qui se dit parmi nous.

Après que les trois premiers souffles aient rappelé aux esprits réalistes et trop rationnels, la véritable réalité et la logique de vie que la Bible révèle, les trois suivants explorent le cœur de l’homme, l’intériorité d’un être humain fort esclave du dehors, si endurci parfois, que même généreux, il ne renonce pas vraiment à ses habitudes.

Le septième souffle se fait attendre. Un intermède semblable à celui qui avait prolongé l’ouverture du sixième sceau et précédé le don du septième, va maintenant se dérouler. Une fois encore, Dieu va agir et nous surprendre en nous faisant un magnifique cadeau et une nouvelle révélation. Ce sera l’objet du prochain chapitre.
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