Claude et Jacqueline Lagarde Novembre 2002





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3.La fuite de la femme au désert


L’enfant est enlevé au ciel, tandis que sa mère se sauve au désert juste après l’accouchement. La femme s’est enfuie au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie 1260 jours, trois années et demie (Ap 12,6), la moitié de la durée des siècles.

La nouvelle humanité est obligée de fuir dans ce « désert » d’en bas où l’amour est absent car il s’y trafique des choses qui n’engendrent que mort et corruption. Fuir au désert, c’est refuser la logique commerciale où tout se paie, c’est accepter d’adhérer à une tout autre raison d’être fondée sur la solidarité humaine et non sur l’argent. Ce choix de la foi comporte des risques car le croyant qui vient du dehors ressent, aussitôt au désert, le vide intérieur et le manque de communion. Mais dans ce « désert » du cœur, Dieu descend nourrir la « nouvelle Eve », la nouvelle mère des vivants (Gn 3,20) de sa vie invisible qui n’est plus seulement biologique, mais d’abord divine.

Attention : ce « désert » n’est pas vide d’êtres humains, seulement d’amour; il est au contraire rempli de monde, peuplé de tous ces « autres » nécessaires à la réalisation du plan de Celui qui mène toutes choses (Ep 1,11). Jésus disait : Aimez-vous les uns les autresaimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs (Mt 5,44). Saint Paul y voit la dimension sacramentelle de la vie chrétienne : Soyez une victime vivante sainte, agréable à Dieu (Rm 12,1). Disons plutôt une « hostie » vivante car le don du corps mortel apporte en échange une grâce éternelle. 209

En fait, ce « désert » intérieur, irrigué par l’eau vive de l’Esprit et le sang eucharistique, devient vite une oasis de verdure. Le prophète Isaïe avait annoncé ce retour d’exil : De son désert, Dieu fera un Eden, de sa steppe, le jardin du Seigneur (Is 51,3).

Alors une bataille s’engagea dans le ciel : Michel et ses anges combattirent le dragon (Ap 12,8). Pour la Tradition, ce « ciel » n’est évidemment pas la transcendance d’en haut où le Père réside, échappant à toute emprise humaine. Ainsi Césaire210 : « Que Dieu nous préserve de croire que le diable (avec ses anges) a osé combattre dans le ciel, lui qui n’a pu tenter sur la terre le seul Job qu’après avoir demandé au Seigneur la permission de lui nuire. » (Cf. Jb 2,5)

Michel - en hébreu « Qui est comme Dieu ? » - semble être une métaphore déguisée du Christ. L’évêque d’Arles, qui connaît la Tradition, explique ceci aux baptisés de son diocèse : « Dans Michel, vois le Christ ! Et dans ses anges, vois les saints ! »

Le dragon riposta, appuyé par ses anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel… On le jeta sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui (Ap 12, 8-9). Ce combat de la foi se mène du haut en bas, et non de bas en haut, puisque la Trinité divine le dirige de la communion où elle se tient, de sa transcendance divine qui nous échappe. La Jérusalem nouvelle descend (Cf. Ap 21,2) Ce combat suppose qu’en notre âme, la terre soit bien unie au ciel, que notre corps soit bien associé à notre esprit cultivé d’Ecriture, préparé, éduqué, à recevoir l’Esprit-Dieu et sa Parole biblique211.

En revanche, la « terre » où Satan et les siens sont jetés est une « terre » sans « ciel », une chair pourrissante, privée de l’intériorité lumineuse de la foi. L’être humain y est tronqué, ses racines divines ont été arrachées, ou tout au moins abîmées. C’est ce qu’Augustin212 explique : « Le démon et tous les esprits immondes ont été chassés avec leur chef du cœur des saints, et sont alors entrés dans les hommes qui ont des goûts terrestres et qui placent toute leur espérance dans la terre. »

J’entendis une voix clamer dans le ciel : Désormais la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la maîtrise à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères… (Ap 12,10). Le dragon vaincu, son espace vital diminue, se réduit comme une peau de chagrin quand les consciences où s’épanche le cœur de Dieu, débusquent Satan en elles. Alors le Seigneur vient nourrir au « désert » : les âmes se convertissent, les comportements se modifient. La victoire du Créateur est bien en marche sur cette terre « mariée » au « ciel » de nos esprits, « ciel » qui, encore une fois, n’est pas à confondre avec le « lieu » inaccessible où trône le Père, et dont nous ne savons rien.

Si la Tradition insiste tant sur ce « ciel » de nos esprits, c’est que nombre de gens sombrent dans l’hérésie en prenant les images bibliques au pied de la lettre, en les percevant du dehors sans rapport avec leur vie213. Si le « ciel » évoqué dans le combat spirituel, était fixé en haut et si la terre était isolée en bas, l’amour désolé et solitaire résiderait en haut tandis que l’homme vivrait en bas, abandonné aux griffes des prédateurs comme le fut Jésus en croix. Cet échec apparent du plan divin rendrait l’Alliance impossible. Alors la logique de mort continuerait de s’étendre partout.

Augustin, que Césaire suit fidèlement, argumente ainsi : « Ce ciel dans lequel ces choses arrivent, c’est l’Eglise. Chez Dieu, en effet, il y a toujours eu la force, le règne et la puissance de son Fils, mais il a dit que dans l’Eglise, le salut a été accompli par la victoire du Christ… »

Le « ciel » est donc l’Eglise intérieure qui commande la « terre » nouvelle, les corps convertis, une humanité ouverte à tous les habitants du monde, créée pour accueillir tous les êtres humains, oui : tous ! Telle est la « femme », la jeune reine qui fait grandir Jésus-Christ dans le désert du monde.

Satan a été jeté au dehors d’innombrables « cieux » intérieurs, mais où est-il tombé ? Où règne-t-il aujourd’hui ? Dans une « terre » fangeuse, encore étroitement unie à l’abîme marin, liée aux seules pulsions animales de l’inconscient humain, coupée de Dieu, pas encore « mariée » avec l’Epoux divin. Malheur à vous la terre et la mer, car le diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés (Ap 12,12).

Ecoutons ce commentaire d’Augustin : « Nous tous sommes dans le ciel, c’est-à-dire dans l’Eglise qui, à juste titre, est appelée « ciel ». C’est du cœur des saints, c’est de là que le démon est chassé; il descend dans les siens, dans ceux que leur amour des choses terrestres rend semblables à la terre. Il est dit qu’il est jeté du ciel, non que les âmes d’où il est chassé, soient déjà devenues « ciel », car les saints ne peuvent devenir « ciel » que lorsqu’ils ont chassé le démon de leur cœur. »

Il faut vaincre les esprits impurs qui rendent nos têtes mauvaises mais, pour les vaincre, il faut d’abord les voir. Repérés puis combattus avec l’aide de Dieu, ils sont jetés dehors. Le « ciel » se dégage des nuages noirs de l’orage, le soleil pointe et la « terre » s’éclaircit et se renouvelle, elle devient belle comme un jardin d’Eden. La terre, c’est le corps qui prend peu à peu, et de l’intérieur, la ressemblance de l’amour aux mille rayons. L’Agneau se fait chair et l’humanité, blanchie par la grâce, s’unifie en chacun. Peu à peu, tous deviennent UN comme Dieu est UN. En Jésus-Christ, tous communient en tous.

Le Fils de Dieu fit l’expérience intime de ce désert d’amour, il fut le marié fidèle de la vie spirituelle, de l’action céleste de l’Esprit-saint, l’autre Témoin. Jésus demeura dans le désert quarante jours, tenté par Satan; Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient (Mc 1,13). Quarante jours qui résument et symbolisent la totalité de son existence terrestre, ce temps inaugural où l’amour domina Satan pour la première fois dans le corps d’un être humain fragile.

Pour gagner le combat spirituel, il faut accepter de quitter les lieux où la terre d’en bas refuse le vis à vis d’en haut214, des lieux humains souvent prestigieux, mais qui comblent l’aridité du cœur par de multiples artifices, par des trompe-l’œil, des miroirs aux alouettes, des drogues qui se substituent à l’absence de charité au point d’en cacher la douloureuse vacuité.

Le dragon se lança à la poursuite de la femme, la mère de l’enfant mâle. Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie… (Ap 12, 13-14) Durant toute sa vie terrestre, Jésus-Christ a vécu dans le désert sans pitié de ce monde. L’Eglise qui chemine en bas, cherche à suivre Jésus, à l’imiter, elle accepte l’inconfort de ce trajet, la faim et la soif, car c’est là, sur cette route difficile, que la grâce descend, c’est en ce refuge que la Parole nourrit et que la mort est vaincue par l’amour.

L’Eglise des baptisés reçoit les deux ailes de ce même grand aigle qui transporta Israël d’Egypte jusqu’au pied de la montagne de la Loi (Cf. Ex 19,4). L’Eglise (intérieure) reçoit, dit la Tradition, les deux Testaments : ce sont les deux ailes qui transportent les baptisés dans les cieux spirituels de la prière biblique. La prière chrétienne suppose en effet l'union intime de ces deux moitiés de Bible. Du contact des deux Testaments, jaillit en effet l'étincelle spirituelle, le même Dieu, le même amour. Cette harmonie intime des deux Testaments bibliques est au cœur de la théologie d’Irénée215. L’évêque de Lyon se bat contre les gnostiques qui tendent à ne garder que l’Evangile en négligeant l’Ancien Testament qu’ils pensent dépassé. Pourtant le chemin tortueux d’Israël est l’histoire concrète, passée certes, mais cependant actuelle car, de l’intérieur, nous y reconnaissons la nôtre.216 En fait, les chrétiens dualistes sont plus attachés au message abstrait qu’au corps mortel, à l’idée spirituelle qu’à la pratique concrète, ils opposent l’esprit au corps. L’hérésie qui s’ignore est de tous les temps.217

Où la femme « Eglise » est-elle menée ? Au « désert » explique Césaire218, « c’est à dire dans ce monde où habitent serpents et scorpions…Ainsi Dieu dit à Ezéchiel (Ez 2,6) : Fils d’homme, tu habites parmi les scorpions ». Le désert à un « ciel » : Feu de Dieu au dedans, qui brûle le venin du dehors, et éponge aussi les vomissures des abîmes humains : Aimez vos ennemis !

Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la femme pour l’entraîner dans ses flots, mais la terre engloutit le fleuve vomi par la gueule du dragon (Ap 12, 15-16). Ces « eaux » d’égout viennent du fond de l’abîme, elles ne sont pas encore celles, limpides comme du cristal qui, un jour, jailliront du trône de l’Agneau… qui jaillissent déjà (Ap 22,1). Nous sommes ces « eaux » comme le souligne Victorin de Poetovio219

La vieille Bible nous avait habitués aux débordements du grand fleuve Euphrate. Comme le Nil, il enrichissait la terre d’esclavage. Ces eaux violentes grossissent régulièrement et débordent partout. Puissantes et grandes eaux, dit Isaïe (Is 8,7) évoquant avec cette image le rouleau compresseur que faisait subir l’empire babylonien aux peuples colonisés. Aujourd’hui, le fleuve puissant n’est plus qu’un minable petit jet vite asséché par une « terre » bien unie à Dieu, une « femme » ensoleillée dont la tête est couronnée des étoiles bibliques.

La femme n’est pas atteinte par l’eau sale que vomit l’abîme. Elle semblerait descendre, mais au contraire, grâce à ses ailes d’aigle offertes par Dieu, elle monte, s’élève en une assomption qui la rapproche du Père. Quelques siècles plus tard, la Tradition verra en Marie l’exemple parfait de la nouvelle humanité qui monte vers le Père avec son corps régénéré. La fille de la terre s’élève vers un « ciel » qu’à la différence de son fils, elle n’a jamais connu. L’Ascension du Fils de Dieu va de soi, mais pas la montée de la petite galiléenne. Mère, elle fut dépassée par son garçon, elle ne comprenait pas ses comportements, elle tremblait pour lui en voyant les risques qu’il prenait quand il s’attaquait aux pouvoirs humains. Elle croyait même qu’il avait perdu la raison (Mc 3,21), alors qu’il préparait une maison, pour elle et pour ses innombrables frères et sœurs en humanité.

La Résurrection et de l’Ascension du Fils de Dieu, sont orientées vers l’assomption de Marie, la nouvelle mère des Vivants. N’est-ce pas pour cette assomption du « corps » entier, cette montée de toute l’humanité que Dieu s’est fait chair ? Le 15 août est comme la fête des mères qui n’ont pas perdu de vue la miséricorde du Père.

Si la « terre » vient en aide à la femme comme le dit Jean, c’est que cette terre est ferme, solidifiée par l’action d’en haut qui éponge facilement les débordements de l’abîme. « C’est une terre sainte, disent Augustin et Césaire, c’est-à-dire les saints »220. Le vieux marécage de mort s’assèche, la victoire de la Trinité grandit, et ce n’est pas la caricature de trinité que le dragon invente, qui va changer le cours du temps décidé par Dieu de toute éternité. Voyons maintenant cette singerie diabolique.221

4.Le Fils du Dragon, son image toute crachée


Alors, furieux de dépit contre la femme, le dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui obéissent aux ordres de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus (Ap 12,17). La femme « nouvelle humanité » est devenue une mère de famille nombreuse. Jésus, le fils aîné, a eu depuis sa naissance aux cieux, de multiples frères et sœurs222.

Et je me tenais sur le bord de la mer. Alors je vis surgir de la mer une bête portant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires (Ap 12,18 à 13,1).

Le bord de la mer est ce sable détrempé où nos pieds s’enfoncent, cette « terre » proche de l’abîme humain, ce lieu marécageux où les "eaux" humaines s'unissent toujours avec difficulté, pour devenir "le sec" (Cf. Gn 1,10). De ces sables mouvants, Jean voit sortir "la bête ". Elle émerge de notre abîme psychique, de l’inconscient humain et de ses pulsions animales, et enfante la jungle.

« La bête » ressemble à s’y méprendre à son géniteur. Comme lui, elle a sept têtes et dix cornes. Comme lui, ses têtes sont coiffées d’une couronne, têtes royales en lesquelles sont inscrites des blasphèmes, c’est-à-dire des idées fausses sur Dieu, de mauvaises représentations de l’Autre divin, des injures à l’amour. Voilà pourquoi nos anciens associent « la bête » aux hérésies qu’il faut voir chez nous avant de les dénicher chez les autres. « La bête » humaine est notre point commun. Les rois seraient-ils des baptisés chrismés mais qui auraient dévié, sombré dans l'hérésie, refusant ou ignorant l'anthropologie biblique de l’homme image de Dieu ?

Et la bête que je vis était semblable à un léopard, ses pieds étaient comme ceux de l’ours, et sa gueule comme celle du lion (Ap 13,2).

Décidément allégorisante, la Tradition catéchétique223 traduit ces images animales en éclairages pour la vie de l’Eglise. La robe tachetée du léopard pourraient évoquer la multiplicité des peuples de la terre. Les pieds de l’ours pesant représenteraient, non le poids de la culture dominante mais plutôt « la malice et la folie ». La gueule du lion serait peut-être « l’orgueil de la parole » unique et totalitaire, une parole imposée, « commandée » à tous. Ainsi les images de l’Apocalypse prennent-elles sens dans nos existences, un sens à l’intérieur des cœurs.

Le Dragon transmit à la bête sa puissance et, avec son trône, son immense pouvoir (Ap 13,2). « La bête » née de l’abîme est bien l’image inversée de « l’Agneau » 224. Celui-ci est descendu du ciel225, celle-là est « montée » des profondeurs ténébreuses de notre humanité. Celui-ci s’est incarné pour faire participer les corps à la vie d’en haut, celle-là pour les anéantir dans la mort d’en bas. Le Fils de Dieu et celui du dragon ont tous deux une puissance gigantesque conférée226 par leur géniteur respectif, et cette puissance leur donne un pouvoir sur la terre entière. D’où le combat acharné que mènent entre eux les deux fils « incarnés », chacun agissant pour sa propre mondialisation.227

L’une des têtes paraissait blessée à mort mais sa plaie mortelle avait été guérie : alors émerveillée, la terre entière suivit la bête (Ap 13,3). Les historiens228 nous disent qu’aux alentours des années 100, on parlait ainsi de Néron, affirmant qu’il avait échappé à sa mort suicidaire et qu’il était toujours vivant. Comme Jésus est la tête du corps qu’est l’Eglise229, Satan est la tête principale de « la bête ». A la Croix, notre « tête » est décapitée, celle aussi de notre ancienne humanité. L’une et l’autre, mortes et ressuscitées, paraissent se ressembler tout au moins du dehors. Jean utiliserait donc cette légende pour illustrer son message : Satan singe Dieu, il se transforme en ange de lumière (2 Cor 11,14), et la « bête » humaine ignore qu’elle est née de Satan; elle peut même s’imaginer bonne et religieuse alors qu’elle est sous l’influence prégnante du Prince de ce monde.230

On se prosterna devant le dragon parce qu’il avait remis son pouvoir à la bête. Et l’on se prosterna devant la bête en disant « Qui est semblable à la bête ? Et qui peut lutter contre elle ? » (Ap 13,4)

Rappelons-nous que l’Agneau qui combat a pris les traits de l’archange Michel (Mi-ka-El) dont le nom est une question : « Qui est comme Dieu ? »231. Est-ce Lucifer ou est-ce Jésus-Christ ? Est-ce l’Agneau égorgé ou bien est-ce le fauve au triple aspect ? Tout dépend de l’idée que l’on se fait de Dieu et de ce don qu’il fait. Tout dépend de nos représentations religieuses. Voilà pourquoi la Tradition évoque ici les hérétiques au quotidien : « Les hérétiques se flattent en effet que personne n’a une meilleure croyance qu’eux, et que personne ne triomphe de leur peuple qui est appelé du nom de la bête… Mais il faut qu’il y ait des hérésies pour que ceux qui ont été éprouvés soient manifestés chez vous (1 Cor 11,19) »

Comme Satan singe Dieu, et comme « la bête » humaine que nous sommes tous se fait souvent une fausse idée de Dieu, le baptisé doit rester vigilant sur sa foi, et sans cesse discerner en lui si l’image qu’il a – l’image qu’il est - vient de Dieu, naît de l’amour ou de son contraire. L’épreuve est quotidienne car l’erreur sur Dieu est vivante et incessante. Ne s’appelle-t-elle pas Satan ? 232

On lui donna de proférer des paroles d’orgueil et de blasphème, on lui donna d’agir pendant quarante-deux mois : alors elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa tente que sont ceux qui demeurent au ciel. On lui donna de mener campagne contre les saints et de les vaincre. On lui donna pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation (Ap 13, 6-7).

Les attaques de tout genre agressent le baptisé qui règne avec le Christ233. Ces agressions permettent d’éclairer en Eglise les représentations de Dieu trop refermées sur l’humain ou au contraire trop fermées à l’humain, trop religieuses ou bien trop profanes, trop extérieures aux questions de la vie ou seulement psychologiques. La critique agressive de la foi arrive partout dans le « ciel » d’en bas, dans le « ciel » de tous les esprits humains qui se confrontent, se heurtent et se divisent sur la question essentielle « Qui est comme Dieu ? ». Bien des hommes, parfois baptisés, s’en prennent, et de bonne foi, à ceux qui sont le Temple du Dieu vivant (2 Cor 6,16), ceux qui sont en vérité sa « tente » dans le monde mêlé des mortels.

Depuis l’Incarnation, le Créateur et ses créatures, sont liés à un même destin234, ils encourent la même réprobation de toute cette « terre » soumise à la royauté d’en bas, encore esclave des conditionnements d’ici-bas. La « chair » soumise à « la bête » reste attachée à la genèse animale car elle ignore le don de l’amour. Cependant, pour le baptisé, marqué par l’huile sainte et illuminé par la lumière pascale qu’évoque le cierge liturgique, l’amour est une expérience de chaque jour, le pain quotidien du sacrement de la Parole faite chair.

La guerre entre les deux « pères » (l’amour et le néant) et leurs deux « fils » incarnés promet d’être longue. La voilà bien lancée depuis l’Incarnation du Fils de Dieu qui vient sauver nos âmes corporelles. Heureusement, le temps de cette guerre est compté : elle durera cette moitié des sept années qui représentent la durée totale du drame de l’humanité soumise à la mort, quarante-deux mois et pas un jour de plus !

Et tous adoreront la bête, tous les habitants de la terre dont le nom n’est pas inscrit, dès l’origine du monde, dans le livre de Vie de l’Agneau égorgé (Ap 13, 7-8).

Cette parole est terrible surtout quand on la comprend de travers. Elle ne supporte pas d’exception : tous les habitants de la terre sont concernés. En effet, tout être humain est assujetti à Satan, attaché dès sa naissance à l’extériorité des choses. Mais, heureusement, nous sommes aussi tous créés à l’Image de Dieu même si « la bête » reste une évidente référence, même si cette image nous tient en profondeur. La Bible nous révèle que tout être humain est créé à l’Image de l’invisible amour. Ainsi sommes-nous tous inscrits dès l’origine dans le livre de vie, devenu depuis une histoire concrète, l’Evangile de l’Agneau égorgé. Césaire235 peut alors oser ces deux mots remplis d’amour : d’abord que le nom absent du livre de vie, « c’est celui du diable ou de son peuple ». Ensuite que ceux qui sont marqués dès l’origine du monde, c’est l’humanité tout entière « car, d’avance, dans la prescience de Dieu, l’Eglise a été prédestinée et marquée ». L’Image que le baptisé a de l’humanité n’est pas celle du monde pour qui l’être humain n’est qu’un animal supérieur : « la bête » canalisée par sa seule volonté, une volonté enténébrée !

Que celui qui a des oreilles, écoute ! Les chaînes pour qui doit être enchaîné ! La mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive ! Voilà ce qui fonde la confiance et la constance des saints ! (Ap 13, 9-10).

La confiance est la foi de l’Eglise : Tout homme est une Image de Dieu, beaucoup plus qu’une simple image, mais une composition de corps, d’esprit et d’âme. La constance provient de l’incessante sollicitude du Créateur qui transforme cette structure en ressemblance intérieure, le cœur de l’homme en celui de Dieu. Tout baptisé est appelé à faire cette étonnante expérience : le « sang » de l’Agneau est plus fort que cette logique de mort qui fait couler dans notre corps un « mauvais sang » qui nous anéantit. Seul le diable sera enchaîné en bas pour l’éternité, seul il subira les affres de l’épée brûlante de la Parole de Dieu. En revanche, tous les êtres humains deviendront le Corps du Christ, chacun à sa place, quand enfin nos esprits vivront en communion grâce à la charité, à l’huile sainte de la royauté divine qui nous transforme en cette Lumière du jour UN.

5.L’esprit du dragon


Le fils du dragon, tout comme le Fils de Dieu, a commencé par montrer ce qu’il était capable de faire sur terre : prodiges, miracles, une action bien visible. Mais cette action ne se comprend qu’à partir d’un arrière-plan spirituel : les pensées du cœur, les paroles vraies qui jaillissent de la « boite noire » de nos cerveaux.236

C’est ainsi qu'apparaît sur la scène de la vision, une nouvelle personne de la triade diabolique, la troisième. Je vis ensuite surgir de la terre une autre bête, portant deux cornes comme un agneau, mais parlant comme un dragon (Ap 13,11). Ce nouveau monstre sort de la terre, et non plus de la mer d’où sortait le fils du Dragon. Il n’émerge pas de l’inconscient car il est déjà bien installé sur terre, dans la chair, tout à fait établi en chacun de nous.

L’aspect extérieur de l’esprit du dragon est celui d’un étrange petit agneau cornu, un monstre de la nature, agneau dehors, bélier dedans. Il fait petit mais il est grand. Il semble doux et faible, mais son esprit est dur et fort. Sa véritable identité se révèle dans ses propos de serpent qui énoncent en mots humains son mépris des autres, sa logique de mort qu’il désire imposer du dehors à toute l’humanité, une tournure d’esprit mais seulement d’esprit. Cette bête spirituelle est plus dangereuse que la précédente; elle se croit invulnérable parce qu’elle est totalement invisible. Ce faux agneau est bien le pendant malfaisant de l’Esprit-saint.

Jésus nous a mis en garde contre de tels monstres humains habités par l’esprit du Dragon : Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en moutons, mais ils sont des loups rapaces au dedans (Mt 7,15). Leurs comportements extérieurs ne sont que miroir aux alouettes, et leur langue venimeuse est celle-même du Menteur des origines.

Cet esprit est diabolique parce qu’il n’embrasse pas la totalité de la réalité humaine, il ignore l’essentiel que révèle la Bible, il refuse de croire que l’homme créé à l’Image de Dieu, est convié à lui ressembler en acceptant jusqu’au bout le don de soi. L’esprit démoniaque ne touche que les cerveaux, pas les cœurs ni le corps mortel et vieillissant. Pour lui, l’offrande de soi n’a aucun sens puisque l’âme humaine se réduit au seul esprit; et la vérité du corps lui semble être la mort, et la mort fatale 237. Alors tout s’enchaîne sur ces fausses prémisses : la vie se limite à être une logique tout extérieure qui se vérifie aux réalisations techniques, pourvoyeuses de richesses et de pouvoirs sur l’autre, le contraire de la charité. Les résultats de nos savoirs sont si patents, si évidents, si convaincants, que l’on ne voit plus vraiment où se situe la faille : que la vérité humaine se reçoit dans le temps par l’engagement du corps sur le chemin ouvert par Jésus. Les hommes adorent savoir. Oui : adorent ! Ils s’attachent en effet à l’esprit scientifique, précis et rigoureux, qui ne les engage pas personnellement dans la voie étroite que désigne l’Evangile. Alors la logique de mort se répand, et c’est l’enchaînement grandissant qu'exprime la ronde démoniaque des quatre cavaliers dont l’Agneau a stoppé l'expansion en venant dans le monde.

Jean constate les redoutables méfaits de la troisième personne de la triade diabolique : Au service de la première bête, elle en établit partout l’empire, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première bête dont la plaie mortelle fut guérie (Ap 13,12).

Cette bête spirituelle accomplit des prodiges étonnants : jusqu’à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre. Et par ces prodiges qu’il lui a été donné d’accomplir au service de la bête, elle fourvoie les habitants de la terre, leur conseillant de dresser une image en l’honneur de cette bête qui, frappée du glaive, a repris vie (Ap 13, 13-14).

Une fois encore, la Tradition nous invite à décrypter, à allégoriser ces lignes qu’on pourrait lire de l’extérieur et comprendre de travers. Ecoutons Césaire238 qui nous rappelle le vocabulaire symbolique : « Puisque le ciel, c’est l’Eglise, que veut dire faire descendre le feu du ciel sinon faire tomber les hérésies de l’Eglise ? Comme il est écrit : Ils sont sortis de chez nous mais ils n’étaient pas des nôtres (1 Jn 2,19)… Donc la bête avec ses deux cornes fit en sorte que le peuple adorât l’image de la bête. »

Le point commun de toutes les hérésies est le refus de la Révélation biblique. Pour tous ces chrétiens du dehors, il serait impensable que l’âme humaine charnelle puisse être créée à l’Image de Dieu. Seule une foi vivante, nourrie de la Parole, enrichie de la prière, accepte que l’animal humain soit aussi un ange. Hors de cette foi qui vient du cœur, on préfère ne voir en l’homme que l’animal supérieur, donc se fier à la seule science au mépris de la Bible. Nous nous séparons donc sur la conception de l’homme : biblique ou bien pragmatique.

Combien d’êtres humains se feront marquer sur la main droite ou sur le front… (Ap 13,17). L’image biblique de la main droite239 évoque la droiture des actions humaines, tandis que le front symbolise notre façon de penser. « Les saints, rappelle Césaire240, reçoivent le Christ dans la main et sur le front; mais les hypocrites reçoivent la bête sous le nom du Christ. » L’évêque d’Arles évoque la liturgie sacramentelle : l’onction baptismale est imposée sur le front, et les chrétiens de l’antiquité recevaient l’hostie dans la main droite241. « Les justes n’adorent pas la bête, ne se soumettent pas à elle; et ils ne reçoivent pas « l’inscription » (mensongère), c’est-à-dire la marque du crime, sur le front à cause de ce qu’ils professent, et sur la main à cause de ce qu’ils font. »242

La marque de l’Agneau a été inscrite seulement sur le front des 144.000 justes vêtus de blanc, mais pas sur leur main droite243. En revanche, celle de la bête est inscrite sur la main droite ou sur le front, sur le corps ou sur l’esprit. Une différence sans doute importante est ici soulignée, mais pour nous dire quoi ? Pourquoi ce « ou » alternatif ? Serait-ce simplement parce que l’être humain observé de l’extérieur par la science, n’est pas une âme composée d’un corps animal et d’un esprit « capable de Dieu » (capax Dei). L’homme extérieur, nous le savons, est l’individu brut, physique et psychique, le mammifère supérieur que l’on décrit et que l’on analyse du dehors. L’observateur constate et retient seulement son intelligence supérieure à celle des animaux. L’esprit extraordinaire de cet homme-là le place bien au-dessus des autres animaux puisqu’il est capable d’une vie morale qui dirige le corps et maîtrise les pulsions. Voici comment l’Homme Image de Dieu est réduit à être un mammifère supérieur.

Les croyants de toutes les religions ajoutent à cette grave erreur que l’esprit exceptionnel de l’homme ne peut pas mourir, ils croient donc à la vie éternelle de l’âme spirituelle244. Ils deviennent dualistes car, pour eux en effet, le corps humain n’a pas droit à tous ces égards réservés à l’esprit. Semblable à celui des animaux, la chair est corruptible et corruptrice, vieillissante, c’est une évidence : elle s’en retourne à la terre alors que l’âme monte au ciel. La fonction principale du corps serait seulement d’habiller l’âme, d’être son vêtement de peau (Gn 3,21), le temps toujours trop court d'une existence humaine.245 Cette idée de l’homme n’est pas ce que la Bible révèle.

La représentation savante de l’homme n’éclaire-elle pas le « ou » alternatif de Jean, un « ou » quelque peu ironique qui laisse entendre que « la bête » dirige autant l’esprit que le corps, l’un et l’autre étant coupés de Dieu, séparés de sa miséricorde divine. Non seulement le corps est esclave des instincts animaux mais le bel esprit aussi, le bel esprit d’abord.

En effet, un esprit qui ne fait pas un avec le corps est vite privé de sentiments, vite enfermé dans une logique cérébrale séparée du cœur parce que coupée du corps. Et, paradoxalement, c’est l’esprit qui impose sa logique de mort au corps, car l’insensibilité à la souffrance de l’autre, le refus de toute solidarité, le manque de cœur conduit à l’anéantissement du don de Dieu. L’esprit humain devient alors plus bestial que le corps, lui qui aurait dû le conduire vers les bras ouverts du Créateur. C'est de cet éclatement de l’humain que vient nous sauver l'Incarnation de Dieu. Maintenant que Dieu a pris un corps d’homme, qu’il a intégré la chair en Lui, l’homme tout entier, corps inclus, est appelé à la Résurrection.

Voilà pourquoi l’initiation chrétienne antique visait d’abord la conversion de l’esprit pour changer la fausse représentation que l’homme a de lui-même. L’esprit changeait au cours d’un long apprentissage de l’écoute intérieure de la Parole de Dieu, régulièrement alimentée par la liturgie dominicale des Ecritures. Venait ensuite après de longues années, la réception des sacrements d’initiation. Ceux-ci introduisaient le néophyte dans la vie eucharistique où son esprit converti par la Parole était devenu apte à orienter le corps vers la résurrection de la chair. Le nouveau baptisé recevait l’hostie dans sa main droite et devenait membre à part entière du Corps du Christ. Juste avant, lors de son Baptême, il avait reçu l’onction sur le front, celle-ci lui rappelait son expérience de la Parole de Dieu, lui rappelait combien l’Esprit agit en profondeur sur son propre esprit, lui ouvrant l’accès au Corps et au Sang du Christ. Ainsi la marque de l’Agneau est-elle mise seulement sur le front des baptisés, rendus libres de tendre la main droite vers Celui qui se donne et pardonne.

Âme à la fois corporelle et spirituelle, l’homme biblique est une micro-trinité. La Trinité divine lui insuffle sa tendresse par trois canaux vides au départ : L’enfant du Père rené en Jésus-Christ, s’oriente vers son véritable géniteur sur la route du temps, tandis que son esprit cherche à capter l’Esprit-saint, et son corps à imiter la Parole incarnée.246 Cette triade humaine a bien été créée à l’Image du Dieu Trinité.

Quand les dualistes ne donnent au corps aucune importance, ils l’excluent de l’amour d’en haut, le vouent seulement à vieillir pour disparaître un jour. Voilà ce qui arrive quand l’Image triadique de Dieu est remplacée par « l’individu » animal observé du dehors. La Trinité divine nous devient totalement et définitivement incompréhensible. Pourquoi ? Parce que fixés sur l’image de « la bête », nous nous sommes détournés de l’Image de Dieu pourtant révélée dans la Bible.

En fait, la trinité inventée par le dragon pour singer Dieu, est un leurre, une mascarade. Le fils du Serpent et son esprit ne sont en fait que des clones du géniteur, des aspects, des apparences de son esprit logique qui n’a pas compris que la créature charnelle est si importante aux yeux du Créateur qui n’hésita pas à se faire créature pour la sauver tout entière de la mort : esprit, corps et âme.

et nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est pas marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom (Ap 13,17).

Il s’agit d’acheter et de vendre… Un jour, sur l’esplanade du Temple, des pharisiens très politisés ont voulu piéger Jésus, ils lui ont présenté une pièce d’argent à l’effigie de César, pièce interdite dans le lieu sacré qui avait sa propre monnaie, dont l’effigie était autre247. Leur question fut celle-ci : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César (Mc 12,14) autrement dit de référer sa vie à l’image gravée dans le métal ? Nous connaissons tous la réponse subtile de Jésus : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mc 12,17). Le Juif et le baptisé savent bien que le monde entier appartient à Dieu, y compris César, et que la question des pharisiens n’a pas sa raison d’être. César n’est qu’une créature, et son règne n’est qu’une caricature de la véritable royauté. Il y a donc vie et Vie, image et Image : d’un côté un dieu muet, de l’autre Quelqu’un qui parle au cœur.

La main droite de celui qui vit de la Parole ne peut rester esclave de ce que pense le monde politiquement correct qui sépare César et Dieu. Le baptisé ne sépare pas en lui, la politique et la foi, il cherche à unir son corps à son esprit nourri de l’amour, il s’unifie au fil du temps. Jésus, Lui, était l’Image vivante du Père, et ses paroles révélaient que l’Image qu’il était, se doublait d’une ressemblance intime avec son Père, le Créateur. On comprend alors que devant la vérité qu’il vivait - qu’il était - nul n’osait plus l’interroger. Il suffisait de le regarder de l’intérieur pour comprendre sa surprenante sagesse.

Quelques lignes de Balthasar248 soulignent bien que les personnes de la trinité du mal ne sont pas intérieures l’une à l’autre, ne participent pas de la même communion, et sont donc mensongères : « Parce qu'il n'y a pas de lien d’amour entre le père satanique et son fils, la propagande de l'esprit de mensonge ne peut pas être intérieure aux deux pour lesquels il fait de la publicité, mais seulement extérieure. Et si l'esprit de mensonge possède la « même jouissance » que le Dragon et l'Antéchrist, il apparaît que la puissance sans amour ne peut être que mauvaise. C'est pourquoi le troisième ange volant au zénith (Ap 14, 6-12) proclame d'une voix puissante : "Quiconque adore la Bête et son image, et se fait marquer sur le front ou sur la main, lui aussi boira le vin de la fureur de Dieu, qui se trouve préparé, pur, dans la coupe de sa colère, et il subira le supplice du feu et du soufre... pour les siècles des siècles" (Ap 14, 9-11).

6.Le chiffre de la bête


C’est ici qu’il faut de la sagesse ! Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme : son chiffre, c’est 666 ! (Ap 13,18). A vos calculettes ! Dieu sait les innombrables calculs des savants d’ici-bas, qui s’y connaissent en chiffres mais se réfèrent seulement au monde, rarement à ce que Dieu révèle au cœur des Ecritures.

C’est un chiffre d’homme ! Donc le chiffre désignerait un affreux tyran de ce monde. Et tous les savants de chercher quel est le monarque désigné en additionnant la valeur numérique des lettres du nom. On a beaucoup pensé à Néron à partir d’acrobaties arithmétiques, d’autant que certains manuscrits latins portent 616 au lieu de 666. En latin, NERON se dit en effet NERO, ce qui diminue la valeur du mot de 50, valeur de la lettre « n », et 666 devient bien 616. L’interprétation « Néron », traduite du grec en latin, indique sa grande antiquité, mais est-elle la bonne ? Un chiffre d’homme pourrait qualifier un type d’humanité et non l’identité de quelqu’un.

Pierre Prigent249 relativise ce qui n’est, dit-il à juste titre, qu’une hypothèse, et constate qu’Irénée (II°s)250 refuse cette interprétation mais cherche à lier le chiffre secret à la symbolique juive.

Saint Irénée, que nous avons déjà rencontré, fulmine contre l’identification de 666 à Néron que manifeste sa transcription latine en 616251. Pour l’évêque de Lyon, ce chiffre n’a rien à voir avec Néron mais renvoie à une antique tradition qu’il reprend à son compte pour l’éclairer du Christ.

Dans la tradition juive, le nombre 6 renvoie au sixième jour de la création, jour essentiel où Dieu créa l’homme à son Image pour le faire accéder au septième jour. Le passage de « l’homme – animal » à « l’homme - Image de Dieu », s’est fait au sixième jour de la Création, et nous savons que le « serpent » fit échouer l’entreprise. A chaque sabbat, le croyant s’oriente dans la prière biblique vers la lumière de Dieu252, il change ainsi de chiffre, laisse le 6 pour le 7, le serpent pour le Seigneur.

Dès le lancement du temps, le nombre 6 exprime la difficulté qui est au cœur de la créature humaine, mi-bête par son corps, et mi-ange par l’esprit qui l’habite, cet esprit capable d’une parole de sens, doué d’une intelligence relationnelle qui rend possible la communion entre les êtres humains.

A l’ouverture du sixième sceau, Dieu prit l’initiative inouïe de nous faire don du septième sceau. Cette création nouvelle nous fit passer du chiffre 6 au chiffre 7. Ce fut une reprise de la première Création. Quand la sixième trompette souffla son feu, Dieu introduisit le petit livre évangélique qui fut défendu par les deux grands Témoins divins, ce qui permit à la femme d’enfanter l’Enfant-roi à la croix. Cette nouvelle initiative de la grâce fait passer le baptisé marqué de la Croix, du « 6 » au « 7 », c’est encore une dernière reprise de la première Création. Ainsi, à trois reprises, le Créateur transforme-t-il le chiffre 6 en chiffre 7, comme si, au fil du temps, son acte créateur était repris, retravaillé et approfondi. Irénée appelle « récapitulation » l’accomplissement en Jésus-Christ de toute l’œuvre d’amour lancée par Dieu au commencement. Ecoutons le théologien de la récapitulation : « Le chiffre 6 conservé partout pareillement, indique bien la récapitulation de toute l’apostasie perpétrée au commencement, puis au milieu des temps, et à la fin. »253

Nous sommes tous Adam et nous participons tous à la chute, et sommes donc marqués dès notre naissance par le chiffre 6 du sixième jour. Embarqué dans la logique de mort, chacun de nous peut rester enfermé dans les antres de sa terre adamique (sa chair), caché dans la caverne de la mort, faute d’avoir reçu le don du septième sceau. Toujours glissant sur la même pente infernale, chacun de nous peut enfin subir les assauts des 20 millions de cavaliers intérieurs libérés de l’Euphrate. Si c’est le cas, notre chiffre est bien celui de « la bête » : 666 !

Mais si nous acceptons d’entrer dans le septième jour, de célébrer ce jour du Seigneur, et si nous avons reçu sur le front le sceau de l’Esprit-saint, et bénéficié enfin du feu de Pentecôte soufflé par la septième trompette, alors notre chiffre n’est plus 666 mais 777.254 Ne sommes-nous pas trois fois recréés par l’amour, avec l’amour, dans l’amour.255

7.Conclusion


Depuis la venue de Dieu sur terre en Jésus-Christ, cette Incarnation se prolonge dans l’Eglise « Corps du Christ » grâce à l’Evangile que les deux Témoins divins défendent en nous contre Satan. Ainsi le fils de la femme, le Roi du ciel et de la terre, naît en nous pour nous sauver. La mascarade de trinité inventée par le Dragon rampant, est incapable d’élever en nous les trois composantes de l’Image de Dieu qui constituent notre être : le corps, l’âme et l’esprit qui les unit. Au contraire, elle les fait éclater. Alors notre maison de chair s’écroule comme s’écroulera demain l’antique Babel qui confond tout, qui uniformise tout selon la logique de mort propagée par Satan. Grâce à l’Evangile et à la Trinité divine qui le fait vivre et exister en notre humanité, ce que je dis correspond à ce que je pense et à ce que je fais du fond du cœur. Croix sur la bouche, croix sur le front, croix sur le cœur. Le chiffre de Dieu s’inscrit en moi quand mon corps, mon esprit et mon âme vibrent à l’unisson de la Parole, aux accents conjoints des deux Testaments, cette harmonie divine qui émerveillait tant Irénée.

Après l’huile et le feu, le sang va couler des cieux. La grâce va descendre avec les sept calices qui vont répandre sur une terre humaine trop humaine, le sang divin de sa tendresse. Après l’onction du septième sceau, le souffle de la septième trompette, vient ce moment ultime où le sang du Christ s’unit à celui des baptisés au sein du Corps du Christ qu’est l’humanité réconciliée avec son Créateur. Telle est la dernière étape qui mène l’Agneau de Dieu à la victoire sur le péché et sur la mort.
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