L’emprise lorraine sur le domaine de monthureux





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L’EMPRISE LORRAINE SUR LE DOMAINE DE MONTHUREUX Depuis le XIIIème siècle, les ducs de Lorraine étaient maîtres souverains de la châtellenie de Darney. En qualité de duc de Bar, René I tenait celle de Châtillon sur Saône. La réunion de ces deux duchés sous son autorité à la mort de Charles II, mis l'une et l'autre en son pouvoir. Mais entre les deux, la petite forteresse de Monthureux interrompait et affaiblissait la ligne de frontière, si des étrangers, français ou Bourguignons, pouvaient en revendiquer le domaine. Aussi l'effort politique des ducs même avant la réunion avec Bar, porta-t-il constamment sur cet objet: s'assurer la possession de cette position intermédiaire. Mais cet effort restait vain en proportion de l'importance que gardait le fief monastique. Après avoir marqué peu à peu la distinction du fief laïque attaché au château, après en avoir accentué et obtenu définitivement l'autonomie, il fallait l'affranchir de la dépendance dans laquelle le tenait le droit de gardienneté vis-à vis du souverain à qui l'abbaye de Luxeuil conférait, plus ou moins librement, ce droit si onéreux pour elle, de plus en plus avantageux pour le haut gardien. Nous avons vu Charles II se rendre acquéreur, portion par portion, de l'héritage des sires de Monthureux. Ceux-ci, possesseurs de Nonville et de Belmont, en avaient fait des parties intégrantes de la seigneurie laïque, avec assujettissement de leurs habitants à certaines prestations, notamment à la garde du château et à la main forte en cas d'exécution capitale. Par le fait, on ne se trouvait plus en présence d'un château sans fief seigneurial, ni d'une seigneurie sans château. Dès lors le domaine de Luxeuil passait insensiblement dans la condition inférieure d'une simple terre de rapport. Et quand le duc Jean de Lorraine avait été appelé en 1387, à ratifier la vente de la seigneurie, une habile confusion avait enveloppé Monthureux dans la vassalité lorraine bien réelle de Nonville et de Belmont. A quoi eussent servi des protestations et des réclamations, en cette époque si difficile de la guerre de Cent ans? C'est donc à une belle apparence de légalité féodale que Charles II avait pu se poser en suzerain de Monthureux après en avoir acquis le fief et que ses successeurs exploitèrent les avantages de cette fiction. Portant le droit n'était pas assez incontestable, il avait contre lui le poids de trop de présomptions antérieures, pour être reconnu, d'abord par les Gardiens de Luxeuil et ensuite par les souverains de Bourgogne et de France. Au traîté d'Arras, en 1435, qui mit fin à la Guerre de Cent Ans, un article fut expressément rédigé, qui transporta au duc de Bourgogne Philippe le Bon, en tant que détenteur du Comté, la garde de Luxeuil et de ses dépendances. Le transport était fait de plein pouvoir par le roi de France, successeur dans les droits des comtes de Champagne à qui cette garde avait été solennellement dévolue par l'acte de pariage de 1258. Or, Monthureux était formellement compris dans cet acte antique et il n'était nullement mis à part et en exception dans le traité de 1435. Ce qui restait du domaine luxovien à Monthureux, et cela constituait un beau canton, ne pouvait donc pas encore entrer sous l'autorité souveraine des duc de Lorraine. De plus, il était à craindre que les puissants gardiens ne s'avisassent de revendiquer le droit primitif de suzeraineté, même sur le château et le fief laïque. Et certes la France ne s'en fit pas faute à l'occasion, jusque dans tout le XVIIème siècle. Avant de raconter les agissements des ducs de Lorraine, il ne serait peut être pas hors de propos et sans intérêt de mentionner ici le rôle joué par un personnage en qui certaines probabilités permettent de supposer une origine monthurolaise. On lit dans une nécrologie de l'abbaye de Remiremont, malheureusement sans indication précise de l'année mais certainement, d'après l'écriture, dans le cours déjà avancé du XVèmè siècle: « Idibus Julii (15 juillet) Obit de Parix de Mostereux-sur-Saone, maistre de l'höpital, qui ait donné L (50) florins d'or pour son anniversaire. » Il faut observer que ce titre de « Maître de l'Hopital » caractérisait une fonction ou plutôt une dignité de retraite honorable. Sous le bénéfice de cette remarque, rapprochons de cette inscription, celle qui a été lue sur une tombe de l'église abbatiale de Luxeuil, par Mgr de Beauséjour, alors curé de cette paroisse, aujourd'hui évêque de Carcassonne, et qu'il a transcrite dans son bel ouvrage sur ce monument: « Cy-gist-monsire-Paris-de-Montreuil,-curé,-jadis-de-Falcoigny-qui-trépassa-l'an-nre-Seigneur-MCCCCXXXIX-Priez-pour-l'aime-de-luy-Amen. » Selon toute vraisemblance, à mon avis, il s'agit, de part et d'autre d'un même personnage, d'ailleurs très notable, mort en 1439, quatre ans après le traité d'Arras. Dès lors, il y a intérêt pour nous à nous informer de ce qui le concerne. Or voici ce que l'histoire nous apprend de ce Paris de Montreuil, curé de Faucogney. Lorsque le traité d'Arras, et notamment l'article 19, concernant la garde de l'Abbaye de Luxeuil, dont Guy Briffaut était abbé, ce fût Paris qui pris la parole au nom des religieux. Il retraça devant les représentants du duc de Bourgogne, chargés de prendre possession, toute l'histoire de l'abbaye, depuis ses origines jusqu'au traité d'association conclu avec le comte de Champagne en 1258. Il montra que ce traité ayant accordé « pour toujours » aux comtes de Champagne et à leurs successeurs la garde de l'abbaye, nul n'avait le droit de la transférer à d'autres sans l'agrément du monastère. Il ajouta que les religieux, tout en étant décidés à affirmer hautement leurs droits, n'avaient pas l'intention de protester contre le traité d'Arras mais qu'ils désiraient savoir si ce traité accordait réellement la garde de Luxeuil au duc de Bourgogne, si le roi très chrétien consentait à cette cession, enfin si les représentants du duc de Bourgogne avaient reçu de leur maître les pouvoirs nécessaires pour agir en son nom. Paris termina en disant que, quels que fussent d'ailleurs ces pouvoirs, le duc de Bourgogne devait prêter, en personne, serment de défendre les franchises et libertés de l'église de Luxeuil et d'observer dans son intégrité le traité de 1258. Voilà ce que rapporte textuellement l'Etude historique de M. H. Baumont sur l'abbaye de Luxeuil, d'après Dom Grappin et les documents conservés aux archives du Doubs. Nous avons parlé en son temps, de ce fameux traité de pariage, qui devait causer tant de difficultés et de troubles. Maintenant que les droits du roi de France sur Luxeuil et ses dépendances, étaient remis entre les mains du duc de Bourgogne, le voisinage de ce puissant gardien rendait de plus en plus désirable le maintien de ce qui restait à l'abbaye, comme la clause de réserve pour tout ce qu'elle avait perdu depuis 1258. En ceci pouvait être compris le transport du château de Monthureux au duc de Lorraine, dont les Etats allaient subir un sérieux préjudice, si la trouée, entre Chatillon sur Saône et Darney, cessait d'être en possession des Lorrains. Le curé de Faucogney, en même temps Maître d'Hôpital de Remiremont, appartenait-il de près ou de loin, à la famille des anciens possesseurs de la châtellenie de Monthureux ? Etait-il simplement originaire de cette localité, où les bénédictins l'auraient distingué, élevé et promu aux postes importants qu'il occupa? Dans l'un ou l'autre cas, on se rend quelque compte du rôle qu'il joua, comme principal acteur, en cette circonstance. Il y fut manifestement le conseiller, le délégué et le porte parole de l'abbé de Luxeuil. C'est grâce à son intervention qu'il fut fait droit à sa requête, en ménageant diplomatiquement tous les intérêts. Les serments réclamés furent prêtés, les assurances demandées ponctuellement accordées, malgré le ton impérieux avec lequel ces conditions avaient été exigées. Il y eu des ordres pour déloger les soldats qui s'étaient établis sur les terres de l'abbaye et en dévoraient toutes les ressources. Malheureusement, toutes ces garnisons licenciées restèrent dans la région; elles formèrent le noyau des terribles bandes dévastatrices que le peuple et l'histoire ont désignées sous le nom abhorré d'Ecorcheurs. Ces pillards étaient dignes de se joindre aux Routiers dont nous avons déjà dit comment Charles VII en débarrassa la France en les dirigeant vers la Suisse, à travers la Comté et la Lorraine. Qui voudra se faire une idée de leur conduite et de leurs dévastations dans le voisinage comtois, sera pleinement édifié en consultant un ouvrage paru en 1874. Les deux volumes qui le composent font connaître les principales pièces de l'enquête que le duc de Bourgogne fit faire, après le passage des aventuriers, sur leurs dégradations. Les magistrats chargés de cette information entendirent de nombreux témoins dont les dépositions furent écrites. Le duc René II voulut faire droit aux réclamations du seigneur dépossédé de Monthureux. Par acte daté de Nancy, le 15 décembre 1486, il lui donna main levée de la saisie qui avait été mise sur le fief, nombre d'années auparavant et l'on investit de nouveau, selon toute la teneur de la concession accordée par le duc Jean. Naturellement le prince gardait, avec la suzeraineté, le droit de disposer de la forteresse selon les exigences ou l'utilité de la défense. Il fallait maintenant dégager ce bien en s'acquittant des mille florins dus à Pierre du Fays. Dès le surlendemain de la main-levée, par un autre acte, également daté de Nancy le 17 décembre 1486, René II convenait avec son créancier de le satisfaire en 4 échéances annuelles de 250 florins, dont le premier terme était fixé au 1er octobre 1487. Jean d'Amboise et Catherine de Saint Blin visitèrent sans doute bien des fois, leur terre de Monthureux. Mais ils n'y firent que de courts séjours. Un châtelain les y représentait, avec résidence, capitaine et régisseur en même temps, il tenait la forteresse en état, avec sa petite garnison; il percevait les revenus qui y étaient attachés, ainsi qu'à Nonville et à Belmont. Le fonds de Relanges, aux archives des Vosges, renseigne un dossier qui témoigne de contestation entre le prieur de Relanges, qui était alors, Philippe de Viry et Jean d'Amboise, plus ordinairement appelé sieur de Bussy, au sujet des « communailles », c'est à dire des droits communaux dans les bois, que plusieurs habitants de Nonville, sujet du prieur, revendiquaient contre ceux du seigneur de Monthureux. Ce dernier avait chargé son représentant, « noble homme Jean Tisoy, chastelain de Monstreuil sur Saonne », de procéder aux enquêtes nécessaires pour l'éclaircissement du différent. On entendit nombre de témoins en février 1490.Parmi ceux-ci il y eu des ecclésiastiques, entre autres « Jean Michel » âgé de 40 ans, curé de Bonvillet et Jehan Petit, curé de Theys sous Monfort, originaire de Bonvillet. Mais la plupart étaient d'honnêtes paysans, de préférence les plus âgés. Ceci prouve bien en passant, à l'encontre des détracteurs de l'ancien régime, qu'il était tenu un compte sérieux des témoignages du peuple et que les intéressés avaient le droit de présenter, sous la foi du serment, les preuves de fait que leur mémoire avait conservées. Les choses traînèrent en longueur par suite de ces interminables dépositions. On finit de part et d'autre, par s'en remettre au jugement d'un arbitre. Celui-ci fit en la circonstance, Geoffroy de Bassompierre. Il rendit sa sentence le 22 avril 1491, par lequel fut reconnu le droit des « manans et habitants de Nonville, d'avoir leurs usances, allées et venues », etc., dans les bois litigieux. Il fut donc suffisamment prouvé que, de temps immémorial, un large droit de jouissance faisait en quelque sorte, des sujets du seigneur, des copropriétaires des forêts.. Par suite le seigneur propriétaire du fonds et gardien tuteur de la conservation, ne pouvait disposer de ce domaine que dans la mesure qui ne rendait pas illusoire le droit d'usage. Il faut se reporter à ces procès antiques pour se rendre un compte exact du domaine forestier. Sur un même territoire, les sujets d'une communauté pouvaient relever de plusieurs seigneurs mais il y avait un ensemble de jouissances qui formaient un patrimoine commun, indivis et inaliénable, lequel remontait évidemment au premier établissement de la colonie rurale et en avait assuré l'entretien. Jean d'Amboise tenait le fief de Monthureux du chef de sa femme, qui le tenait elle même conjointement avec sa mère, Marguerite de Baudricourt, veuve de Geoffroy de Saint Blin. Or celle-ci survécut à sa fille. C'est pourquoi lorsque la vente de la seigneurie fut décidée, il fallut l'intervention, avec Jean d'Amboise, de sa belle mère. Nous arrivons ainsi à la date où s'opéra la transmission de la châtellenie et du fief à un membre de la famille du Chatelet. Le trésor des cartes de Lorraine nous a conservé l'acte de vente qui fut passé au château des Sexfontaines le 23 décembre 1493. Sexfontaines est aujourd'hui une commune de Juzennecourt 52, vers Bologne. C'était le chef lieu d'une ancienne baronnie qui avait appartenu, avec son antique château fort, à une ancienne famille puissante qui était aux sires de Jonvelle. L'acte de 1493 nous révèle ainsi la résidence habituelle des seigneurs de Monthureux à cette époque. Leur voyage vers cette terre les faisait passer vraisemblablement par Chaumont, Montigny le Roi et Bourbonne. Ainsi de loin en loin, apparaissait entre les murgers, vers la belle saison, une troupe de cavaliers escortant un chef sur son destrier et une élégante dame sur sa haquenée au brillant palefroi ? C'était les nobles personnages dont les parents occupaient les plus belles places du royaume de France. Surtout dans le clergé, Jean d'Amboise n'était-il pas le frère des évêques de Langres, de Poitiers, de Clermont et même de l'Archevêque de Rouen, le célèbre Georges d'Amboise qui fut en son temps, le premier ministre du roi Louis XII ? Ces entrées toujours impressionnantes pour le peuple, allaient devenir plus fréquentes par le nouvel acquéreur de souche lorraine et résident principalement au château de Vauvillers, Vauvelet , comme on disait alors, beaucoup plus voisin de Monthureux que ne pouvait l'être Sexfontaine. Or donc, le surlendemain de Noël, la grande salle de ce dernier manoir vit se réunir de graves personnages, d'abord, le propriétaire Jean d'Amboise, seigneur de Bussy, puis sa belle mère Marguerite de Baudricourt, vénérable châtelaine, la propre fille du fameux capitaine qui conduisit Jeanne d'Arc à Charles VII; ensuite les tabellions royaux, Jaquin Gennyer et Adam Bonnardel tous deux en office à Chaumont, encore, pour assister l'acquéreur, deux autres tabellions-notaires, Thévenin Cosson et Jehan Cosson, avec leurs témoins; en suite Nicolas du Chatelet seigneur de Vauvillers accompagné d'un écuyer, seigneur de Cerizières qui était probablement de sa parenté car il est dénommé « Jehan batard du Chatelet » Informons nous donc de ce que nous pouvons apprendre de Nicolas, souvent appelé « Colart du Chatelet », puisque ce personnage devient pour nous le plus intéressant de ceux que nous trouvons rassemblés pour la transmission du château et de la seigneurie de Monthureux. Beaucoup mais non tous, savent que le famille du Chatelet aujourd'hui éteinte, était une branche puinée de la maison de Lorraine et qu'elle avait pour tige Ferry de Bitche, second fils de Mathieu I, lequel gouverna de 1139 à 1176. Toutefois, se fut seulement son fils, « Tierry d'enfer », qui prit le titre du « Chatelet » pour le passer à sa descendance. A la fin du XIVème siècle, le représentant de la ligne directe était « Renaud du Chatelet » qui par son mariage avec Jeanne de Chauffour, héritière en partie de Deuilly, entre en possession des terres situées dans notre région. Ce Renaud, seigneur du Chatelet, de Deuilly en partie, de Removille, de Thuillières, en même temps bailli du Bassigny, fut père d'Erard III, dont il a été question au court de cette histoire. Et Philbert du Chatelet qui fut la tige des deux branches de Sorcy et de Vauvillers, continuées comme il suit, Renaud, son fils de sa première femme Claude de Parroye, porta le titre de Sorcy, Nicolas son autre fils issu de son second mariage avec Loouise de Granson, dont les frères avaient contracté alliance avec les nièces de son époux. C'est de ce dernier que nous avons signalé la présence au château de Sexfontaines le 27 décembre 1493, pour l'acquisition de Monthureux. Dix ans auparavant, le 8 février 1483, nous le trouvions engagé avec ses cousins Pierre et Guillaume du Chatelet, dans une action d'arbitrage commise au bailli du Bassigny, pour mettre fin à des contestations déjà anciennes, entre l'abbaye de Flabémont et ses opposants, seigneurs de Deuilly, de Sérécourt et d'Isches. Nicolas du Chatelet dans son dénombrement, affirme la possession indivise avec le prieur de Monthureux, de « environ 30 masgnies d'omes », c'est à dire 30 ménages. Pour nous rendre compte de la population totale, il faudrait ajouter les familles dont le seigneur prétend avoir le domaine exclusif et celles qui relèvent uniquement du prieuré. Ces données ne nous sont pas fournies par le document. Sur ces habitants, communs quant aux revenus des tailles ou impôts, le seigneur laïque a la haute justice, c'est à dire la juridiction au criminel et sans partage, l'exécution des condamnés. En règle générale, tout ce qui réclame le bras séculier n'est jamais disputé au seigneur laïque. Celui-ci touchait annuellement sur la population une rente totale de 6 francs, appelée le « reces » ou « receot ». Ce tribut s'appela aussi la « rentes des fontaines » parce qu'il était habituellement perçu le « dimanche des fontaines, qui étaient en certaines régions le troisième, en d'autres le quatrième dimanche de carême. Le « reces » était le droit pour les habitants de se réfugier, en cas de péril imminent, avec leur le meilleur de leur avoir, dans l'enceinte du château; Quand l'alarme était donnée tous accouraient de leurs hardes, suivis de leurs troupeaux, leurs chars amenant des provisions et surtout les vastes huches de blé. Les basses-cours, entre le pied du château, les fossés et la Saône, hébergeaient le bétail. Les personnes s'établissaient sur le plateau fortifié. Une tour avec escalier tournant et poterne en bas, donnait à la fois, la communication de la place à la basse cour, un poste d'observation pour surveiller celle-ci, un défense contre les envahisseurs. Voilà ce qu'il faut savoir pour comprendre la mention insérée au dénombrement: « Et doient lesdits hommes pour le recpet de mamaison dudit Monstereul, la somme de 6 francs forte monnoie, par chascung an, au terme de la mi quarasme ». Le seigneur déclare en outre qu'il lui appartient 20 jours de terres labourables et 8 fauchées de prés comme dépendance nécessaire au château. Tel qu'il est ainsi présenté, le fief n'a pas ou n'a plus lui même, il s'en faut de beaucoup, l'importance que la suite des temps lui assurera. Mais il faut lui joindre les domaines qui lui sont unis déjà depuis longtemps, à Nonville et à Belmont, en concurrence avec le prieur de Relanges. Le seigneur de Monthureux déclare posséder, dans chacune de ces localités, un certain nombre de « masgnies » ou ménages, soit 12 familles sujettes à Nonville et 10 à Belmont. Chacun doit annuellement la « taille » ou l'impôt direct d'un « franc de Lorraine », payable en 2 termes, à Pâques et à la Saint Rémy; de plus, un demi résal de grain, moitié froment moitié avoine, trois corvée de charrues en « tramoix, verseroit et wayin », deux corvées de faux, deux de faucilles, deux de « sarcle », deux gros à Noël pour le droit de four, pour le pâturage des porcs, 12 deniers par tête s'il s'agit d'un porc d'achat, 6 seulement pour chaque porc « nory », c'est à dire élevé à la maison. En ce qui regarde les sujets dépendants de Relanges, ceux de Nonville doivent au seigneur de Monthureux les 3 corvées de charrues et le même droit de pâture des porcs que les hommes de ce dernier, habitant le territoire. Encore, les uns et les autres ne peuvent-ils mettre « au bois » plus de 28 bêtes. Un détail du dénombrement qu'il faut se garder de négliger, c'est qu'il mentionne au total pour Nonville et Belmont réunis, environ 50 places qui ne sont point « masonnées ». Il faut entendre par là, comme ailleurs sous le nom de « chasaux », les emplacements de maisons ruinées et détruites, sur lesquels on ne peut construire sans se reconnaître par le fait, sujet du seigneur qui en reste à perpétuité le propriétaire foncier. Le nombre des ménages qui sont encore du domaine est presque inférieur de moitié à ce total. Il n'est pas vraisemblable qu'il s'agisse de simples abandons et transports de domicile, pour se mettre dans une seigneurie jugée plus avantageuse, comme c'était le droit féodal, trop méconnu et oublié de ceux qui ne voient la liberté que dans le présent. On peut donc conjecturer que le pays se remet lentement et difficilement des désastres causés par la Guerre des Bourguignons, succédant à la terrible guerre de Cent ans. Cela explique également le nombre de « masgnies » réduit de la seigneurie commune, à Monthureux. En outre, l'acte de dénombrement parle aussi de 3 étangs ruinés sur Nonville et Belmont. Le même sort est échu à une grange seigneuriale, avec 100 jours de terre, située entre les deux villages. Il y a heureusement mille arpents de bois appartenant au seigneur, ouverts dans les conditions indiquées, à la pâture des porcs. Quelques autres charges viennent encore s'ajouter aux précédentes. Il est dû en tout 240 poules par an en 2 termes, à Pâques et à la Saint Martin. Si on ajoute les 50 ménages disparus au 20 qui restent, ce chiffre global représentera une condition déjà lourde mais supportable. Mais s'il faut que les 20 « masgnies » fournissent annuellement 20 douzaines de gélines, la situation est fort peu enviable. A moins que dans ce temps, les poules n'aient eu que trop peu de valeur, ce qui est possible à la rigueur. Nicolas du Chatelet possédait à Landaville d'importantes dépendances de sa seigneurie de Deuilly. Il détenait des fiefs encore bien plus considérables à Girancourt. De tous ces domaines sis en territoire lorrain, il fit encore hommage dans son dénombrement de 1498. Par le fait, il reconnaissait formellement la suzeraineté du duc de Lorraine sur ce qui était, à Monthureux, la seigneurie du château. Dans le nombre des seigneuries qu'il possédait par indivis avec plusieurs membres de la famille du Chatelet, celle de Sérécourt se trouvait menacée de désertion, la plupart des sujets ayant été, à ce point extrême du duché de Bar, ruinés et dispersés par les guerres précédentes. Ceux qui avaient émigré ne pouvaient être attiré au retour que s'il leur était offert de sérieuses décharges de leurs redevances. Les seigneurs, agissant de concert, promirent de les affranchirent de ce qui leur restait de la condition servile et spécialement des tailles de Pâques et de la Saint Remy, ainsi que des corvées de bras. Cet affranchissement fut approuvé et ratifié par le duc René ii le 16 janvier 1501. Nicolas du Chatelet et Bonne Cicon sa femme, traitaient à l'occasion avec les détenteurs de biens qui pouvaient entrer par acquet dans leur domaine. Nous les voyons acheter de Jean Bolange de Darney, une vigne sise au « Cray », sans doute le Cras de Nonville, le 11 juin 1502 pour 8 francs de Lorraine. Les témoins de l'acte sont Gérard Lombard et Jean Diot de Nonville. De même le 15 janvier 1504 un particulier de Sérécourt vend deux fauchées de pré pour 9 francs. Ces chiffres ont une portée historique pour la valeur de l'argent en ce pays, au commencement du XVIème siècle. Quelques années plus tard, le 16 juin 1511, un certain Claude Roloit de Monthureux, cède pour 12 gros au seigneur « Colas du Chastellet », un journal de terre séant en « la Herguille ». La convention est certifiée par Jean Favelot, prêtre, chapelain de Monthureux qui remplit l'office de tabellion. Ce terme de chapelain nous indique que le curé en titre ne résidait probablement pas à Monthureux et qu'il en faisait acquitter le service paroissial par un remplaçant à solde. Il est possible toutefois que le titre officiel ait été retenu par l'abbé de Luxeuil qui en qualité de curé primitif, comme prieur de Monthureux, avait canoniquement le droit de déléguer les fonctions à un vicaire résident. Favelot eut un successeur dans les mêmes conditions que nous voyons désigné, tantôt sous le nom de Messire Pierre, tantôt sous celui de Pierre Paste. Nicolas du Chatelet vivait encore en 1516 si l'on s'en rapporte à une pièce des archives de Romains aux Bois qui est la copie d'une charte relative à la pâture en forêt, octroyée à cette communauté par Nicolas du Chatelet, écuyer, seigneur de Monthureux. Dom Calmet n'a pas donné la date de sa mort ce qui est la meilleure excuse de ne pouvoir le faire à notre tour. Mais elle est certainement antérieure à 1518, puisque son fils, Erard du Chatelet porte le titre et exerce les droits de seigneur de Vauvillers et autres lieux dès cette année. On ne lui connaît d'autres enfants, outre ce fils que Béatrix du Chatelet, abbesse de l'Etanche, monastère cistercien des environs de Neufchâteau. Les droits bien amoindris de l'abbaye de Luxeuil faisaient néanmoins obstacle à l'absorption totale de Monthureux par la Lorraine. Après Jean Jouffroy, abbé de 1449 à 1468, son successeur Antoine de Neufchatel, qui avait déjà été nommé à l'évêché de Toul par le pape, malgré les Lorrains, ne put échapper à l'odieux des ravages causés par son père, le maréchal de Bourgogne, pour soutenir sa promotion. Les ducs de Lorraine ne manquèrent pas de s'assurer définitivement de la forteresse de Monthureux quand le péril bourguignon surtout eut disparu avec Charles le Téméraire. Mais ce fut sans doute, pour Antoine de Neufchatel, évêque du diocèse auquel appartenait la paroisse de Monthureux et abbé de Luxeuil de qui dépendaient, avec l'église et le presbytère, les biens et les sujets du prieuré, l'occasion de favoriser ces derniers. Nous inclinons à croire que ce prélat abandonna à la communauté des habitants, sans participation privilégiée du seigneur laïque, la propriété des forêts où du moins, en rendit la cession foncière totale et irrévocable. Qu'il est ou non voulu consacrer la mémoire de cette donation par une bizarre formalité, comme celle de battre la Saône pendant les très courts séjours de l'abbé à Monthureux, si la tradition n'en est pas controuvée, cela ne diminue guère l'importance de cette générosité, Antoine de Neufchatel mourut en 1495. Jean de Palud de Varambon qui lui succéda, fut l'élu de l'empereur Maximilien et de son fils Philippe le Beau, qui gouvernait la Franche-Comté. Le pape Alexandre VI, après une velléité d'opposition, agréa le candidat. Si donc la Lorraine tenait ferme, d'un côté, à ses droits de suzeraineté que sa dépendance nominale de l'Empire rendait encore quelque peu précaire, l'Empire de son côté s'affirmait explicitement souverain de Luxeuil st de ses dépendances. L'emprise Lorraine ne perdait pas son objet de vue mais de nouvelles contestations étaient en perspective. Par le traité de Senlis (23 mai 1493), le roi de France, Charles VIII, avait abandonné la Franche-Comté à l'empereur Maximillien et du même coup, la gardienneté de l'abbaye de Luxeuil et de ses dépendances, parmi lesquelles comptait la seigneurie prieurale de Monthureux, avait passé à la Maison d'Autriche. Le nouvel abbé ayant été nommé par l'appui du prince, ne pouvait guère l'empêcher de se comporter à son égard, non seulement comme un protecteur, mais comme un maître. Le Parlement de Dôle donna corps à cette prétention en intentant un procès à l'abbé, pour que celui-ci renonçât aux droits « régaliens », tout en payant le droit de garde. Jean de Palud commit la faute d'accepter la juridiction du Parlement, ce qui était un commencement d'abandon de la suzeraineté; Mais le procès ayant traîné en longueur, il eut le temps de réparer ce tort. Lorsque Marguerite, fille de Maximillien eut succédé à son père dans le gouvernement de la Franche-Comté, et qu'elle prit des précautions pour préserver ce pays des horreurs de la guerre qui avait éclaté entre François Ier et Charles-Quint, elle fit reconnaître la neutralité de ses états au traité de Saint Jean de Losne (1522). Or il se trouva que l'un des plénipotentiaires pour la conclusion de ce traité, fut précisément Jean de la Palud. Il sut habilement faire insérer, dans la convention, une clause qui assurait le bénéfice de la neutralité au domaine de Luxeuil, distingué des autres Etats. Par le fait, le Parlement de Dôle ne pouvait plus poursuivre le procès entamé, puisque l'abbaye de Luxeuil, haute justice, souveraine par elle-même, échappait à sa juridiction. L'incorporation de l'abbaye de Luxeuil à la Franche-Comté, ne devait toutefois pas tarder longtemps. La souveraineté de l'abbé était plutôt honorifique et illusoire car elle manquait de puissance et par conséquent, elle finissait par être plus embarrassante que profitable. A Marguerite d'Autriche succéda Charles-Quint, en 1530. Après Jean de la Palud, mort le 15 novembre 1533, la crosse abbatiale passa aux mains de son neveu François de la Palud. Une transaction intervint entre le souverain et l'abbé le 20 avril 1534. Moyennant certains avantages sûrs, toute la terre de Luxeuil fut déliée de son serment de fidélité envers le seigneur monastique et prêta celui d'allégeance à l'empereur. Ainsi une partie au moins de Monthureux, la plus fondée en droit ancien, entrait dans la dépendance de l'empire. Charles-Quint n'avait pas attendu ce traité pour y agir en souverain car nous avons dit que dès 1532, il avait écrit de Bruxelles au Parlement de Dôle, pour lui ordonner d'intervenir dans les démêlés de Nicole de Lenoncourt avec les sujet du prieuré. Cette intervention devait aboutir à de graves conséquences, jeter les seigneurs dans de fâcheux embarras pour leurs relations avec le duc de Lorraine et tout au moins, inaugurer une série de procès dont on ne pouvait prévoir la conclusion. Ce fut sans doute aussi l'appréhension du seigneur monastique. Comme en 1525, les voies de transaction furent préférées. Les archives de Vesoul gardent l'immense parchemin sur lequel furent consignées les conditions d'accord résolues dans une assemblée solennelle qui se tint à Monthureux, le 6 octobre 1532 (c'est à dire le lundi de la fête patronale) et dont nous avons à parler amplement.



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