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Circonscription de TOUL

Animation 24/02/2015

Cycle 2

« Jour de fête »

Jacques TATI

JOUR de FÊTE

Réalisation : Jacques Tati

1949, France, 78 minutes (hors générique de la restauration), couleurs.
Scénario original : Jacques Tati et Henri Marquet, avec la collaboration de René Wheeler.
Distribution : Les Films de Mon Oncle

Résumé

Fin des années quarante. Les habitants d’un petit bourg, paysans à la moisson, petits commerçants, Monsieur le Maire et François le facteur sont observés avec une bienveillante malice par une vieille femme, accompagnée d’une chèvre. Ce petit monde va être perturbé par l’arrivée des forains qui organisent une fête au village. Ces festivités ne s’achèveront pas sans avoir laissé quelques traces sur les habitants, particulièrement sur le facteur François. Après avoir fait la démonstration de sa sociabilité en participant à la préparation de la fête et en trinquant avec qui veut, le facteur essaie, déjà bien éméché, de faire en vélo une « tournée à l’américaine ». Multipliant les performances, il finit dans l’eau. De retour vers le bourg, il est sollicité par des paysans et c’est le petit garçon, coiffé de son képi de facteur, qui finira la tournée.

Le film met en scène 3 jours consécutifs :

  • J1 : l’arrivée des forains à Ste-Sévère ; les préparatifs de la fête

  • J2 : le jour de la fête

  • J3 : le lendemain de la fête ou la tournée américaine de François


Note d'intention

Jour de fête, tourné en 1947, en couleurs, mais montré pendant des décennies dans sa version noir et blanc a été restauré : depuis 1995, on peut donc découvrir la magnifique copie couleur du premier film de Jacques Tati. (Les classes verront la version en noir et blanc)
Dans cette comédie burlesque, le cinéaste interprète lui-même François le facteur, qui, sur son vélo, provoque mille catastrophes. S’astreignant à un jeu d’acteur burlesque, il accomplit lors de la tournée en vélo, des performances corporelles avec une aisance telle qu’on n’aperçoit pas la difficulté. Pourtant, la performance est bien là : par exemple la tenue incroyablement rigide du vélo mais aussi l’art de ralentir les gestes – art du mime par excellence, qui combiné à l’entraînement d’un sportif, est le signe de l’art de Tati.

Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Jacques Aumont

 « J’avais été requis par les Allemands en 43, et puis je m’étais évadé, et j’étais allé me réfugier au Marembert, qui est situé à six kilomètres de Sainte-Sévère. Là j’ai été surpris, parce qu’il y avait la guerre, mais on avait l’impression qu’à l’intérieur même de Sainte-Sévère, on ne s’en apercevait pas du tout. C’est quand même formidable de voir des gens qui savent vivre. J’ai pensé que si un jour je faisais un film, je viendrais le tourner
là. » Trois ans plus tard, Jacques Tati réalisait ce souhait ; après avoir fait semblant d’en chercher les extérieurs dans le Midi, il finirait par tourner L’École des facteurs presque entièrement dans le sud du département de l’Indre, dans ce qu’il n’était pas besoin alors d’appeler « France profonde », parce que cette profondeur était banale. Tati filme aussitôt après un conflit armé qui a marqué durablement l’histoire de l’Occident, et par contrecoup, l’histoire du monde ; il filme en un moment où les affrontements, pour avoir changé de nature et redéfini autrement les camps, restent violents. Moins brutalement peut-être que dans l’Italie, qui se divise alors entre sa moitié communiste et sa moitié chrétienne, la politique en France connaît pourtant un clivage analogue. Il y a les défenseurs de l’ordre démocratique et libéral, et les tenants d’un ordre nouveau, qui attendent le grand soir ; la presse de 1946 – parce qu’elle est alors le média le plus immédiatement proche de l’actualité politique – est ostensiblement scindée, presse communiste contre presse impérialiste (il n’est jusqu’aux illustrés pour enfants qui le reflètent, avec l’opposition quasi militante entre par exemple le christianisme conquérant de Tintin et l’humanisme marxiste de Vaillant). De la défense de l’Empire, il ne reste dans Jour de fête qu’une trace, marginale et généralement inaperçue, sous la forme d’une affiche qui, dans le bureau de poste de Sainte-Sévère-sur-Indre, annonce discrètement : « Au service de l’Union française » (encore peut-il s’agir d’une union postale). Quant au grand soir, c’en est bien une version, mais absolument carnavalesque, qui est donnée : les rapports sociaux sont redéfinis, le temps de la fête, mais comme dans une parenthèse acceptée et une fois pour toutes réglée. Tati le dit bien : ce qui lui a plu à Sainte-Sévère, ce qui l’a intéressé, c’est précisément qu’il s’agit d’un endroit hors du temps, hors de l’époque et hors de l’histoire, d’un coin de France, et rien d’autre (après tout, le facteur s’appelle exactement François, et même « Françoués »).

La France rurale du milieu du vingtième siècle est prodigieusement attardée : c’est ce dont se souvient quiconque a séjourné à la campagne en ces années-là (pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout, pas toujours l’électricité, jamais de téléphone évidemment). Un pays pas très riche, qui en outre sort de la guerre, où par conséquent les gens sont encore maigres, plutôt mal nourris (les grandes grèves de 1946 à 48 n’arrangèrent rien, ce fut par moments une pénurie pire que celle du temps de guerre). Les paysans y labourent avec un unique cheval, y moissonnent avec d’antiques instruments de bois, fourches et râteaux rudimentaires, à force de bras. Jour de fête ne parle pas de tout cela, mais il l’enregistre avec le reste ; les gestes des paysans que fugitivement l’on aperçoit, avant et juste après la fête, sont les vrais gestes qu’accomplissaient journellement des familles qu’il fallait nombreuses pour avoir des bras (ces bras dont, dans les discours des ministres, manquait l’agriculture) ; les tracteurs sont absents, et seul le forain en possède un – ce qui dès le premier plan le distingue et dit déjà que la fête est une greffe toute provisoire sur le corps rural.


Ce pays « où les gens savent vivre », et où – c’est le sens de la remarque de Tati – ils savent vivre parce qu’ils échappent aux vicissitudes du temps, c’est donc le pays où perdure en dépit de tout un certain état d’innocence. Le pays où se déroule la fête est un pays inexistant au milieu de nulle part, habité par des êtres qui n’ont pas d’histoire, et par conséquent pas d’âge…

SYNOPSIS


Un petit village de province prépare sa fête patronale. Les enfants se réjouissent et les adultes s'affairent, tandis que les forains installent leurs attractions. Gentil mais maladroit, François, le facteur, offre à tout le monde une aide embarrassante. Sa contribution à l'élévation du mât de cocagne l'emplit de fierté et de commentaires pour le reste de la journée. Le grand jour venu, François voit dans une baraque foraine un documentaire sur la poste aérienne aux États-Unis. Piqué au vif par les quolibets, il annonce son intention de faire une tournée «à l'américaine» et s'élance aussitôt sur son vélo. Le résultat tient plus de la comédie burlesque que de l'exploit technologique...
Voir des extraits du film : ici

Transmettre le cinéma

http://www.transmettrelecinema.com/film/jour-de-fete/#video


Mise en scène


L’école du regard

La force, la puissance et l’originalité du cinéma de Jacques Tati, dont Jour de fête pose les premières bases, tient non seulement au renouvellement du burlesque et du gag en particulier, ou à l’invention d’un personnage, mais à la constitution d’un univers personnel, spécifiquement cinématographique, et qui ne cesse pourtant de renvoyer à la plus contemporaine des réalités.

Rétrospectivement, Jour de fête apparaît à la majorité des commentateurs comme un premier pas encore hésitant vers l’univers de Hulot. Le film n’est pourtant pas un brouillon mais repose sur des éléments qui lui sont propres. Tati n’a pas abandonné François parce qu’imparfait, mais parce que ce personnage et son univers rural se trouvaient épuisés par ce seul film. En 1947 (début du tournage), le monde rural français est encore important. Le facteur et le village ont encore toute leur signification. En 1952, le centre d’intérêt se déplace vers les loisirs de la classe moyenne et citadine, Hulot succède naturellement à François comme bientôt le pavillon de Mon oncle et les tours de Playtime au village et à la station balnéaire. Et le Hulot des Vacances est-il bien le même que celui qui se dissout dans la foule anonyme de Playtime ?

Jour de fête est donc incontestablement marqué par son époque et s’appuie sur l’observation minutieuse de la vie quotidienne d’un petit village de l’Indre en 1947, des travaux des champs au comportement des commerçants (cafetier, boucher, couturière…), en passant par la vie animale et l’atmosphère visuelle et sonore en général. Mais cette succession de scènes brèves et parfois anodines en apparence ouvre en fait une brèche dans ce quotidien. L’arrivée des forains brise la succession monotone des jours de labeur, au point de faire rentrer les volailles. Dans cette interruption de ses activités ordinaires, chacun révèle son désir de changer d’occupation, d’échapper à sa condition, sociale ou simplement familiale. L’épouse du cafetier Bondu se fait faire une robe selon une gravure de mode parisienne. Son mari a embelli la terrasse en repeignant les chaises. Jeannette rêve sans doute à des aventures et à des amours “ exotiques ” que lui suggère Roger, le forain, sur fond de bande sonore de western.

Avec leurs toilettes et leurs chaussures neuves, les jeunes filles ne veulent plus avoir l’air de paysannes. Dans cette fête se cristallisent les espoirs de la Libération, comme le suggère le long plan de François, saluant de dos le drapeau au son de la Marseillaise, dont la silhouette évoque de Gaulle, comme la stupéfaction des deux soldats américains devant la haute technicité française lorsque François téléphone tout en pédalant. Mais François tombera dans la rivière, les chaises ne sèchent pas, Mme Bondu n’a pas la silhouette élancée du mannequin, les chaussures neuves font mal après le bal, et la moisson reprend son cours. Comme le dit la commère : “ C’est pas les Américains qui feront pousser le blé plus vite ! ”

Le village de Sainte-Sévère avait particulièrement séduit Tati parce qu’il semblait vivre aussi bien à l’écart de la guerre que de toute forme d’évolution technique, moins figé dans le passé que situé hors du temps. Le gag célèbre de la bicyclette poursuivant seule sa trajectoire une fois lancée par le mouvement de la camionnette contre laquelle elle avait été posée illustre, dans une forme de raisonnement par l’absurde, la démarche du cinéaste. Le monde “ tatiesque” semble réglé selon un mouvement autonome dont la logique interne fait ressortir les bizarreries du monde dit réel. Lorsque le vélo s’arrête tout naturellement, en fin de course, le long de la façade d’un bistrot, le spectateur, se souvenant de la récente cuite de François, attribue à l’engin sinon une âme, du moins une mémoire, animale. Filmé sans trucage décelable, ce gag ne fait que mieux ressortir le décalage entre l’irréalité de la tournée à l’américaine et la vie du village, le rythme moderne et le rythme ancestral.

Le film est à l’image du tout premier gag. La vision des têtes des chevaux de bois du manège à l’arrière du camion fait s’enfuir en hennissant les vrais chevaux.
Le plan large auquel recourt Tati n’est jamais confus. Tout y est net, précis, tout y a sa place. Et pourtant le spectateur n’y voit pas tout, ou plutôt n’y voit pas immédiatement (surtout à première vision) ce qu’il faudrait voir, ce qui se met en place en vue du gag, qui éclatera parfois quelques minutes plus tard (comme ce téléphone que Bondu remet à François pour faire gag, deux séquences après. C’est parfois le rire des autres qui signale à retardement ce qu’il fallait voir (d’où le choix du genre comique, le plus approprié à ce type de démarche). Le spectateur doit adapter sa vision, plus exactement passer par la vision des autres pour comprendre la nature réelle des choses. François doit comprendre pourquoi l’homme qui louche frappe régulièrement à côté du piquet et en tenir compte, décaler la cible. C’est en nous faisant saisir les décalages entre le réel et sa représentation que Tati nous apprend à regarder.
Joël Magny

Autres points de vue

Si Jour de fête reste aujourd’hui encore le film le plus populaire de Tati, c’est que l’univers qu’il met en scène et le comique qui s’y joue nous rapprochent sans doute plus que tout autre, d’un  « paradis perdu » , d’un «  monde de l’enfance » , chers à nos cœurs nostalgiques. Il offre le tableau presque  « édénique  » d’une époque heureuse parce que baignée d’innocence primordiale : la bonhomie villageoise, la fraîcheur campagnarde, les animaux familiers et les ribambelles d’enfants qui galopent librement. Et puis ce «  benêt  » de facteur dont l’héroïque candeur transforme les mauvaises farces qu’on lui joue en exploits épiques dignes des plus grands comiques.

Tati renoue ici avec le burlesque des  « premiers temps  » du cinéma. Celui aussi des  «  premiers temps  » tout court, où l’homme animé d’un invincible esprit d’enfance, recréé le monde à l’image de ses désirs. Ceux d’une éternelle, immédiate et libre joie de vivre. Mais au delà des ces qualités « transhistoriques », il y a dans Jour de fête une ironie, d’ailleurs plus malicieuse que méchante, à l’égard des modèles américains, dont la saveur critique peut-être encore plus sensible aujourd’hui qu’hier où ils faisaient à la fois figure de libérateurs et de messagers d’un  » progrès  » quelque peu démonétisé depuis…
France Demarcy

Le burlesque : carnaval tous les jours

Jour de fête est un film proliférant, qui laisse déjà entrevoir, par moments, l‘ampleur que pourra prendre, dans Playtime, et encore, différemment, dans Parade, le principe de la dissémination du burlesque, de son  « feuilletage  » : comme un feuilleté peut offrir plusieurs goûts à la fois, tout en les ayant matériellement individualisés dans la cuisson, la mise en scène disséminée de Tati offre plusieurs gags en même temps, mais de saveur et de  « cuisson » variées. Donc tout l’art de Tati est là : faire proliférer les gags — y compris à l’état naissant, juste indiqué, parfois comme effleuré ou à peine suggéré — mais en même temps avoir imaginé des principes qui permettent de gérer cette prolifération, sans aller jusqu’à maîtriser le comportement du moindre figurant : Tati n’est pas De Mille, il ne se prend par pour Dieu (sa conduite des affaires du monde ressemble plutôt, à tout prendre, à

celle de la nature).
Jacques Aumont, Cahier de notes sur… Jour de fête, Les enfants de cinéma.

Une métaphore de la Libération

“ On comprend mieux maintenant que le film a un contenu métaphorique qu’on ne saurait ignorer. Le titre lui-même est en soi une métaphore de la Libération – n’oublions pas que le film fut tourné trois ans après –, de l’euphorie et des célébrations qu’elle génère dans toute la France. La longue scène de l’érection d’un mât supportant le drapeau tricolore a une valeur symbolique indéniable. Il est à cet égard symptomatique que lorsque Tati colorie le film au pochoir en 1961, les couleurs dominantes ajoutées au noir et blanc sont justement le bleu et le rouge. […] Dans le même ordre d’idée, on pourrait assimiler les prouesses physiques du facteur qui cherche à rivaliser avec la poste américaine, aux efforts de de Gaulle pour préserver l’identité, la grandeur de la France face à l’hégémonie américaine de l’après-guerre en Europe. Mais cette comparaison n’explique certes pas tout le film… ”

Vincent Ostria, in “ Cahiers du cinéma ”, n° 487, janvier 1995.

Rôles


Quoique moins nettement que dans Les Vacances de Monsieur Hulot et dans Playtime, Jour de fête fait une grande place aux personnages secondaires même si le film repose beaucoup sur François. Chacun laisse deviner derrière un comportement, une histoire.

François le facteur

Il existe d’abord par sa silhouette dégingandée, aux jambes et bras immenses. La position verticale, en particulier à bicyclette, n’est que transitoire, menacée, instable. Sa psychologie se déduit de ce physique, qui l’élève hors du commun mais en fait la cible des plaisanteries des enfants comme des adultes et crée chez lui un besoin incessant de reconnaissance sociale. Seul, avec les forains, à ne pas être paysan, il occupe un poste à responsabilité, mais il est sans racines et sans habitation autre que provisoire (comme le wagon de marchandises où il passe une nuit). Il surgit de nulle part (une route de campagne) pour se fondre parmi les moissonneurs.

Est-ce son métier qui lui donne de l’importance ou lui-même qui se l’attribue en prétextant sa mission administrative ? Une annonce de décès peut bien attendre ou une chèvre dévorer une lettre sans que le village en soit perturbé. La faiblesse de François, n’est pas de vouloir “ bien faire ” – le veut-il vraiment ? –, mais faire de façon à être considéré, se croire indispensable. La pose d’un mât sur la place du village ne réussit que par une série d’essais et d’erreurs mais l’exploit sera revendiqué par François avec force gestes. Le bistrot lui permet moins de s’intégrer à la vie des paysans que de manifester sa vanité un peu ridicule. La tournée “ à l’américaine ” les laisse indifférents ou tourne à la catastrophe. François n’est pas un personnage “ achevé ”, en aucun cas un type à la façon de Charlot. Il n’existe que dans sa relation aux autres, au décor, aux objets.

Les forains

Le plus important est Roger, celui qui tient la loterie. Peu intéressé par son travail, il s’accroche à tout ce qui pourrait le distraire, une jolie fille, un facteur naïf et hâbleur à rouler… Les constants rappels à l’ordre de sa femme décrivent en quelques traits une vie déchirée entre le devoir et une rêverie qui l’apparente à François. Pour Marcel, l’homme du manège, plus question de rêver d’amourette de passage, un regard plus ironique sur le village et une attitude plus cynique à l’égard de François. Ce que sera sans doute Roger dans quelques années.

La commère

Parmi les villageois, la commère (inspirée d’un personnage réel d’un hameau proche) est l’un des rares personnages à être interprété par un comédien professionnel (Delcassan), qui de plus est un homme. Son statut est à part. Elle observe le village en retrait, ne participant pas à la fête et se levant avant tout le monde le lendemain… Le personnage est également en retrait du film : on la voit fréquemment en premier plan, jugeant et commentant les événements. C’est elle qui ramène le héros parmi les moissonneurs lorsque son comportement l’a sorti du parcours quotidien.

Les autres

Si les acteurs amateurs et les habitants de Sainte-Sévère interprètent à la perfection les villageois, c’est qu’ils relèvent moins de l’observation que de l’imagination du spectateur qui reconstitue dans sa tête le cheminement mental de chacun : l’épicière qui vide ses eaux sales après un regard furtif à droite et à gauche, le vieux paysan tentant de monter dans sa carriole en tenant avec soin la robe immaculée de sa petite-fille, les chaussures neuves des jeunes filles après le bal…

Pistes de travail


Un comique quotidien et original

  • Le personnage

On peut cerner les principaux traits de François, au physique comme au moral. Sa silhouette, son habillement, ses moustaches, sa démarche, la façon dont il demeura attaché physiquement à son vélo, sa façon de monter en relevant à chaque fois la pédale, de rouler le buste droit (sauf dans la séquence de la tournée américaine). Son attitude à l’égard des autres : il est toujours prêt à rendre service, planter un mât, tenir la lance d’arrosage pendant que le paysan va lire son courrier, réparer le piano mécanique… Dans le même temps, il ne voit pratiquement jamais les catastrophes qu’il produit ou, s’il les voit, n’en comprend pas l’origine, seulement préoccupé de ses propres problèmes.

  • Le comique

Il faut tenter de montrer les principales différences avec le comique classique du cinéma français, non seulement verbal, mais n’hésitant pas à étirer un gag, à le répéter, à le souligner (il serait utile de puiser aux sources contemporaines, du type Les Visiteurs ou des “ classiques ” comme Le Corniaud ou La Grande Vadrouille). On peut montrer comment certains gags qui pourraient donner lieu à une exploitation évidente ne sont pas poursuivis : François pourrait ainsi être poursuivi après avoir confondu la vitrine du boucher et le stand de jeu de massacre. On peut faire percevoir des gags qui se passent en arrière-plan et ne sont pas immédiatement perçus comme tels, parce que non soulignés : le cafetier tombant lorsqu’il accroche ses guirlandes. Il est important de montrer comment Tati fait travailler le cerveau du spectateur qui reconstitue le cheminement mental des personnages : le vieil homme tentant de monter sur sa charrette sans salir le corsage de sa petite-fille… Une comparaison s’impose entre ces gags et ceux, plus classiques, plus proches du burlesque traditionnel, de la tournée à l’américaine.


  • Mélange de comédie et de vie quotidienne

On peut répertorier tout ce qui, intégré au comique ou non, relève de la description de la vie quotidienne d’un village dans les années 40, les activités de chaque habitant, les véhicules, les instruments, les travaux des champs, les habitations, bistrots, halle aux grains, fermes…


  • Le rythme

Le rythme est un élément important du film. Il peut, surtout au début, dérouter par une certaine lenteur. Il est nécessaire de lier cette lenteur avec la vie paysanne ancienne, de montrer l’accélération progressive du film (à partir de la séquence du frelon), due à la perturbation de la fête, qui culmine avec la tournée à l’américaine.


  • Les objets

Comme dans le burlesque en général, les objets jouent un grand rôle : bicyclette du facteur, chevaux de bois, téléphone à réparer, ballons, mât, chaussures… La relation entre objet et humain est importante (mécanisation de François par sa bicyclette, jusque sur le manège), mais aussi avec les animaux, chèvre, poules, chiens, chevaux (opposés aux chevaux de bois)…

  • Le son

L’univers sonore a une importance capitale, de la sonnette du vélo de François au craquement du mât, en passant par les “ cris ” des animaux (poules, coqs, chiens, vaches…). Le dialogue est également traité de façon très originale et variée : commentaires de la commère, dialogue classique des forains, phrases brèves des habitants, mots répétés (“ rapidité, rapidité… ”, “ Roger… ”, “ Roger ! ”) et onomatopées de François… Tout aussi importantes sont les scènes où le dialogue est remplacé par des bruits ou des gestes : bande son de western lorsque Roger fait le joli cœur en roulant des mécaniques, François racontant par gestes, de loin, son exploit avec le mât.

Ce premier long-métrage de Tati est devenu un « film culte ». Il révéla, lors de sa sortie tardive (faute de distributeur) mais triomphale, un nouveau et remarquable talent comique (perdu depuis Max Linder) dans le cinéma français. Ce coup de maître n’était cependant pas un coup d’essai. Son auteur et principal interprète, longtemps rôdé au comique de music-hall, après mainte expérience filmique, avait réalisé deux ans avant, un court métrage primé par les professionnels, intitulé L’École des facteurs, qui préfigurait le personnage de François. Résistant aux alléchantes propositions des producteurs qui veulent une suite aux aventures du populaire facteur, Tati, qui restera toujours un cinéaste indépendant malgré le lourd prix à payer, poursuivra ses recherches en créant avec Les Vacances de Monsieur Hulot, un nouveau personnage plus proche des réalités de ce temps. Jour de fête, film le plus purement burlesque de l’œuvre du cinéaste, en reste aussi le plus populaire.
France Demarcy

Un hommage à Jacques Tati

https://www.youtube.com/watch?v=vbP3IfDI97Y
la bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=6MocOt8xBjo


Propositions pédagogiques (nicole.fraga@ac-nancy-metz.fr )
Avant le film :

  • La fête foraine au village : petit brainstorming collectif, histoire de mobiliser et de compléter les connaissances des élèves. Les enfants de cycle deux proposeront des éléments forcément contemporains, mais on pourra tout de même récolter un certain nombre de mots qui seront utiles à la description du film (manège, chevaux de bois, confettis, lampions, guirlandes, chamboule-tout, loterie, stand de tir à la carabine, les forains, la fanfare, l’orgue de barbarie, le mât de cocagne, le bal, etc.) Dans le film, on aura en plus un cinéma sous tente. La liste obtenue permettra de caractériser la fête foraine du film en barrant ou en ajoutant des choses après la séance.

  • Le petit village de l’enfance de vos grands-parents

    • Un monde rural où tout le monde se connaît, où on s’endimanche

    • Très peu de voitures ou de motos, on se déplace à pied, en vélo ou en charrette tirée par un cheval

    • Des animaux en liberté dans la rue, dans les cours de ferme (basse-cour, chiens et chats, chèvre,…)

    • Pas encore d’électricité partout (donc pas d’éclairage public), peu de téléphone (mairie, bistrot,…) ; pas d’eau courante partout (puits, pompe à bras, fontaine publique), pas de réseau d’égout (on jette les eaux dans la rigole de la rue)

    • Les gens travaillent sur place (fermiers pour la plupart, petits commerçants : cafetier, couturière, boulanger, boucher, maréchal-ferrant, facteur…) ;

    • Le travail de la terre n’est pas mécanisé : labour avec le cheval de trait, fenaison et moisson avec faux (même si dans le film on voit une antique moissonneuse)




    • Les enfants, vêtus d’une blouse, jouent en liberté dehors pendant que les mères au foyer tiennent la maison, lavent le linge au lavoir et participent aux travaux des champs




  • Montrer la bande-annonce originale : cela permettra aux enfants de situer le film jute après la guerre de 39/45. De quoi a-t-on envie après la guerre ? de joie, de légèreté, d’allégresse, de fête, de rires, de jeux…




  • Montrer les deux affiches du film : ce qui permettra aux enfants de tirer un certain nombre d’informations sur le film :

    • Le personnage principal est un facteur car il occupe une place centrale sur les deux affiches (ressemble-t-il à un facteur d’aujourd’hui ?)

    • L’action se passe dans un village rural (village avec son clocher, vache)

    • Ce qui évoque la fête (le titre, le manège, le mat avec le drapeau français, les fanions dispersés comme des confettis)

    • Ce qui est bizarre : un vieux téléphone à fil sur le vélo, la taille disproportionnée du facteur, les ronds jaunes de la première affiche


La question est : comment relier un facteur à bicyclette et une fête dans un village ?

Recueillir les réponses des enfants qu’on pourra reprendre après la séance au cinéma.


  • Pour faire connaissance avec le personnage de François le facteur, on pourra montrer un extrait du film précédent de Tati « l’école des facteurs »

http://www.video11.com/film/jacques-tatis-the-school-for-postmen-watch-the-exclusive-short-film-that-showcases-tatis-comedy-genius-h83102.html (film en entier 15’)

On reconnaîtra l’univers de Jour de fête, certains gags de la tournée à l’américaine qui seront repris tels quels ou améliorés (lettre sous la queue du cheval, dans le chapeau, bicyclette et barrière, la musique….)


  • écouter deux musiques : le générique et la musique associée aux déplacements à vélo de François :

Écouter le générique

https://www.youtube.com/watch?v=PhXpdulSxoY

La mélodie associée au facteur

https://www.youtube.com/watch?v=CNbjW7oi1V0
Après la séance :

  • comme toujours, un entretien libre après le film permet aux enfants une expression non-orientée qui nous renseigne sur leur réception du film. Ce moment peut être assorti d’un dessin de la scène préférée.

  • Des activités pour mieux comprendre ensemble

    • Organiser le temps de la narration :

      • Numéroter les sous-titres suivants dans l’ordre du film

        • …… : le jour de la fête

        • ……. : l’arrivée des forains

        • ……: les préparatifs

        • ….. … : la tournée américaine

        • ……… : une nuit agitée


    • Caractériser le personnage de François le facteur : allure dégingandée, maladresse, envie de se rendre utile, volontaire, naïf, moqué par les forains et les habitants, blagueur (scène avec les militaires américains). Distinguer l’acteur du personnage : pour jouer François, quelles qualités faut-il à un acteur ? (sportif, expressif, cascadeur, résistant…). Sur les autres personnages, on pourra utiliser le document pdf «  les personnages »



    • Sur le propos du film : comment apparaissent les Américains aux Français ruraux à l’après-guerre ? (symbole de modernité, de rapidité, de prouesses…) Veut-on leur ressembler ou les moque-t-on ? (François essaie sa tournée à l’américaine, qui se voudrait plus rapide, mais on se moque aussi de ces modes venues d’ailleurs (les soldats américains sont raillés dans la scène de la jeep et du téléphone, la commère émet un commentaire négatif et résistant à la modernité). Si la mécanisation va complètement transformer la France d’après guerre, est-ce que nos vies actuelles vivent elles aussi une profonde transformation ? (cf la révolution numérique). On pourra demander aux élèves de réfléchir autour d’une question de ce genre : auriez-vous aimé vivre enfant dans les années 50 ? Pourquoi ?



  • Réalisations possibles, en guise de clins d’œil à Tati

    • Dessins du facteur

    • La scène du bourdon en classe (scénario à écrire ensemble)

    • Pédaler comme François dans la cour sur un petit vélo (buste droit, jambes écartées)

    • Avec une sacoche, en plan américain, la fameuse réplique « hélicoptère »

    • Poster des lettres pour chaque classe dans le couloir de l’école (directeur à chapeau, sur une plante, la lettre collante….)

    • Etc.

On pourra utiliser un simple appareil photographique, puis mettre bout à bout ces quelques clins d’œil sur la musique du film.

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