Leçon introductive : L’historien et les mémoires de la Guerre d’Algérie





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Document 14 : GENERAL AUSSARESSES « Où est Maurice Audin ? Où est-il ? »

La disparition du communiste torturé par les paras reste un mystère

La mémoire de Maurice Audin, disparu l'été 1957 dans la bataille d'Alger, hante depuis deux jours le tribunal correctionnel de Paris. Qu'est devenu ce jeune mathématicien communiste, enlevé puis torturé par les parachutistes français sous les ordres du général Massu? Il s'est évadé, a dit l'armée, dont l'un de ses représentants, le général Paul Aussaresses, 83 ans, est jugé depuis lundi pour «complicité d'apologie de crimes de guerre». Les parachutistes l'ont assassiné, affirment les amis d'Audin et son épouse Josette, qui l'a vu partir entre deux paras, et qui ne l'a jamais vu revenir.

Dans le livre de «révélations» sur la torture en Algérie pour lequel il est poursuivi, Aussaresses se contente d'écrire qu'Audin «disparut le 21 juin». «Pour moi qui étais un de ses amis intimes, dire qu'il ne sait pas comment Audin est mort est un mensonge insoutenable», s'est indigné hier Henri Alleg, journaliste, militant communiste, qui fut lui aussi torturé par les parachutistes l'été 1957. L'ancien directeur d'Alger républicain a 80 ans. Sa colère est intacte: «Aussaresses sait parfaitement qui a tué Audin, et comment il a été tué. On peut parler de révélations bien sélectives.» Alleg n'a pas caché au tribunal son mépris pour les souvenirs du vieux général: «Je ne suis absolument pas d'accord pour dire que ce livre a une quelconque utilité. Il est nocif. Il intéressera beaucoup plus les psychologues que les historiens.» «C'est comme lors des procès de Moscou, ironise l'avocat d'Aussaresses, Gilbert Collard, vous êtes en train de nous dire que le général est un malade mental.»

Malade non, mais silencieux. La veille, l'historien Pierre Vidal-Naquet, qui avait démontré dès 1957 la fabrication du mensonge de l'armée dans l'Affaire Audin, avait demandé solennellement au vieux général de dire la vérité. Aussaresses s'était tu. Comme il s'est tu hier, lorsque Simone de Bollardière, 79 ans, veuve du général, seul officier de son rang à avoir refusé de recourir à la torture, l'a supplié de parler. «Est-ce que je peux poser une question?», a demandé ce témoin des parties civiles. La présidente acquiesce. Alors, elle élève la voix, pleine de courage: «Où est Maurice Audin? Qui l'a tué? Je connais madame Audin, quand je la vois, je suis bouleversée, vous la martyrisez avec vos mensonges. Où est Maurice Audin?», répète-t-elle encore. «Où l'avez-vous mis? Ben M'Hidi (l'un des chefs du FLN), vous avez dit que vous l'avez pendu et enterré dans le jardin. Audin, où l'avez-vous mis?» […]

Brigitte Vital-Durand, Libération, 28 novembre 2001

3. 50 ans après, des plaies encore ouvertes

une loi controversée

Document 15 : la loi du 23 février 2005

L'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté, Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit : Article 1 La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'oeuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. Elle reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés, les disparus et les victimes civiles et militaires des événements liés au processus d'indépendance de ces anciens départements et territoires et leur rend, ainsi qu'à leurs familles, solennellement hommage.[…] Article 4 Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l'étranger est encouragée. Article 5 Sont interdites : - toute injure ou diffamation commise envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur qualité vraie ou supposée de harki, d'ancien membre des formations supplétives ou assimilés ; - toute apologie des crimes commis contre les harkis et les membres des formations supplétives après les accords d'Evian. L'Etat assure le respect de ce principe dans le cadre des lois en vigueur. Site Journal officiel

Quelle date pour commémorer la fin de la guerre d'Algérie ?
Document 16 : Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit

La « journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d'Algérie ? Uniquement parce que, l'an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l'agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre...», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. « C'est bien la première fois que l'inauguration d'un monument devient une date historique», s'insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d'Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d'Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d'anciens combattants. «La guerre ne s'est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C'est aussi l'avis du secrétaire d'Etat, qui était officier à l'époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D'où l'idée de l'inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d'anciens combattants sur douze.

«C'est parfaitement arbitraire, constate l'historien Guy Pervillé, auteur d'un Atlas de la guerre d'Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n'ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C'est la date limite pour l'attribution de la carte de combattant d'Afrique du Nord. «Mais c'est aussi l'indépendance de l'Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D'autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d'Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.[…]

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n'aurait jamais fait l'unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d'Algérie, c'est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.»

D’après Jean-Dominique MERCHET, journal « Libération » , jeudi 18 septembre 2003.

Les question des harkis.
Document 17 : Commentaire sur les propos sur les Harkis du président algérien M Bouteflika en juin 2001.
En ce qui concerne le dossier des harkis (supplétifs algériens de l'armée française pendant la guerre de libération), qui avaient dénoncé le 15 juin l'attitude des autorités n'ayant "rien fait pour qu'il y ait une rencontre" entre eux et Abdelaziz Bouteflika, et accusé Jacques Chirac et Lionel Jospin de les considérer encore comme des "sous-citoyens" français, le président algérien a déclaré le 16 juin à la télévision française que le peuple algérien n'était pas "encore" prêt à accepter que des harkis puissent revenir en Algérie. Le président algérien a comparé les harkis aux "collaborateurs" français sous l'occupation nazie, de 1940 à 1944, ce qui a suscité la colère des représentants de la communauté "harki", refusant cette comparaison.

AFP - 16 juin 2000

La question de l’immigration. Le malaise des jeunes immigrés d’origine algérienne
Document 18 : Le match de football France Algérie du 7 octobre 2001. « Marseillaise » sifflée. Match interrompu suite à l’invasion du terrain.
Ina sport football


Un mémorial contesté à l’heure du 50e anniversaire de la fin de la Guerre
Document 19 : La FNACA dénonce "un détournement" du mémorial de la Guerre d'Algérie

Par AFP le 27/02/12

La FNACA, l'une des principales associations d'anciens combattants d'Afrique du nord, a dénoncé "un détournement de la vocation" du mémorial national de la guerre d'Algérie, après la décision du gouvernement d'y inscrire 1.585 noms de victimes civiles disparues durant le conflit.

Mardi, le secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Marc Laffineur, "présidera la cérémonie d'installation d'une liste supplémentaire de 1.585 noms de victimes civiles disparues pendant la guerre d'Algérie, notamment après le cessez-le-feu" du 19 mars 1962, "contesté et combattu par l'organisation criminelle OAS", écrit-elle dans un communiqué.

La FNACA considère qu'une telle initiative "contribue à la confusion des mémoires et au détournement de la vocation initiale de ce mémorial sur lequel ne figurent même pas tous les noms des soldats morts en Afrique du Nord".

Selon l'association, "le gouvernement cède ainsi aux pressions des mouvements extrémistes, à la veille d'une élection importante".

La FNACA, qui revendique environ 350.000 adhérents, dit que le Mémorial national de la guerre d'Algérie, créé en 2002 quai Branly à Paris, "est destiné à rendre hommage aux seuls militaires et supplétifs ayant trouvé la mort au service de la France".

Notre temps

CONCLUSION
Document : Le passage du témoignage à l'histoire

Ainsi, les enjeux de mémoire qui ont longtemps concerné les deux guerres mondiales, se sont progressivement déplacés sur la guerre d'Algérie, pour laquelle, comme pour les deux guerres mondiales, les victimes, leurs descendants, leurs associations, mais aussi les personnalités qui s'expriment à l'occasion des différentes commémorations ( le président de la République, le Premier ministre, le secrétaire d'État à la Défense chargé des anciens combattants, les préfets, les maires… ), invoquent à leur tour le « devoir de mémoire ».

Même s'ils continuent d'exprimer leurs réticences à l'égard de ce concept de « devoir de mémoire », les historiens et plus particulièrement les historiens de la guerre d'Algérie, français et algériens, constatent qu'il s'inscrit dans un processus de retour de mémoire qui a contribué à lancer ou relancer le débat au sein de la communauté des historiens, permis de passer du témoignage à l'histoire, et nourri de nombreux travaux et publications, tels que ceux de Guy PERVILLÉ, Benjamin STORA, Mohammed HARBI, Gilbert MEYNIER, Raphaëlle BRANCHE.

Selon Jean-Charles JAUFFRET, « ceux qui ont vécu directement la guerre d'Algérie », après avoir longtemps refusé de parler, ressentent le besoin avec l'âge de faire un retour sur eux-mêmes, devenant après avoir été longtemps « hommes mémoire » et « hommes silences », des « hommes témoins ». La multiplication des mémoires particulières, cloisonnées, celles des officiers, des soldats appelés du contingent, des pieds-noirs, des harkis, et l'irruption d'un nouveau groupe social, porteur à son tour de la mémoire algérienne, celui des enfants issus de l'immigration algérienne, ceux qu'on appelle les " Beurs ", constituent pour Benjamin STORA « un redoutable défi à la société française », avec le risque de voir se développer « une mémoire communautarisée autour de la question algérienne ».

Dans le même temps, on a vu s'effectuer une relève au niveau des historiens qui, comme le rappelle Jacques FRÉMEAUX, n'ont d'ailleurs jamais cessé de travailler sur la guerre d'Algérie, relève stimulée par l'ouverture depuis 1992 des archives de l'Armée, de la Justice et de la Police, et qui a débouché sur de nombreux travaux universitaires.

CRDP de Reims


Aucune commémoration, cérémonie nationale officielle le 19 mars 2012 malgré le 50e anniversaire des accords d’Evian
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