Compte rendu de la séance du 26 juin 2008





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M. GOSNAT.- « Merci, Philippe. Est-ce qu’il y a des observations ? Donc, on a le texte initial présenté par Monsieur Aberdam avec une proposition de modulation proposée par Philippe Bouyssou, au nom du Groupe communiste. Sylvain. »
M. BARON.- « Un peu comme vous tous, je pense, je découvre la proposition de modifications et d’amendements faite par Philippe Bouyssou. Nous avions analysé le texte du vœu de Serge Aberdam et en l’état, effectivement, il nous paraissait irrecevable pour quelques raisons que je vais évoquer. Nous reviendrons après sur la nouvelle proposition de Philippe Bouyssou. Ce n’est pas seulement Sétif et Guelma, en 1945 : Kherrata, Djidjelli, beaucoup d’autres villes et évidemment, la campagne algérienne où, pendant deux mois, une répression sanglante et des massacres effroyables furent perpétués contre les Algériens par des milices de colons français, soutenues par l’armée et la police française.

Cela commence effectivement le 8 mai 1945, au cours du défilé de la victoire, où la police française réprime brutalement, plus que brutalement, des intervenants indépendantistes puisque cinq d’entre eux sont tués : un à Sétif et quatre à Guelma.
Suivirent alors, de la part des colons, deux mois durant, des massacres insoutenables. Quand on lit des livres sur ce sujet-là, on a des choses qui font frémir : des gens attachés par paquet de 5 ou 6, arrosés d’essence et brûlés tels quels. C’est là qu’on a inauguré de jeter des gens vivants d’avion pour faire peur, pour effrayer les foules ; enfin, des choses insupportables et alors que les historiens avancent à peu près 40 000 morts, les Oulémas, qui sont les docteurs de la foi qui étaient proches de la population, parlent plutôt de 80 000 morts. On imagine cette horreur en 1945 ! La liste des massacres coloniaux venait ainsi de s’accroître épouvantablement, mais combien d’autres massacres coloniaux ont encore lieux aujourd’hui ? Pourtant, le 8 mai 1945, c’était la victoire sur le nazisme, le premier 8 mai commémoré près de la fin de la Guerre mondiale et là, en Algérie, c’était le début sanglant de dix-sept années de marche vers l’indépendance. Voilà pour la concomitance des dates entre presque la fin de la Guerre mondiale et les prémices effroyables de la Guerre d’indépendance d’Algérie.
Venons-en au vœu proposé par Serge Aberdam. Pourquoi ce vœu ne demande-t-il pas une cérémonie à la mémoire de tous les massacres coloniaux ? Pourquoi ce vœu ne demande-t-il pas une cérémonie particulière, le 8 mai, à la mémoire des massacres de Sétif et de Guelma ? Pourquoi méconnaître la cérémonie, par exemple, que la ville fait le 19 mars, pour commémorer la fin de la Guerre d’Algérie où ces journées de Sétif et de Guelma sont évoquées ? S’il faut dire que la barbarie est toujours là, parce qu’elle est en nous, en chacun de nous, derrière une très fine couche de civilisation, la commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie, la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, de juillet 1942 ; la commémoration du 19 mars 1962 et bien sûr, celle du 11 novembre 1918 le font avec gravité, chaque année, à Ivry. Les historiques de nos discours font foi de ce que l’on dit, à ces moments-là ! Pourquoi, alors, le 8 mai, devrait-on exiger et là, je cite le vœu : " D’associer systématiquement, dans le même acte, la mémoire de ces deux commémorations. " ? Là, il y a un autre aspect qui n’a pas été évoqué, mais qui nous a quand même frappés et nous avons une espèce de lassitude de voir encore arriver toujours les mêmes arguments, les bonnes dates : Madagascar-1947, avec le Gouvernement Ramadier, un Socialiste avec des ministres radicaux et communistes ; Indochine-1946, alors que Georges Gosnat était sous-secrétaire d’État à l’armement du 2 juin au 28 novembre 1946 et c’est le 23 novembre, cinq jours avant, qu’a eu lieu le bombardement du port d’Haïphong ! Alors, pourquoi ne pas se pencher aussi sur le passé de Trotsky et de tout ce qu’on a dit sur lui, y compris au moment où il a mis en place l’Armée Rouge, il y a eu quelques massacres à Cronstadt ? Quelle lassitude devant ce jeu stérile ! Quelle lassitude devant ces finasseries pour savoir toujours quelle Gauche lave plus blanc ! Cette finasserie est une fois de plus à l’œuvre dans ce vœu œcuménique et apparemment angélique et là, on ne peut penser qu’à Pascal : " L’Homme n’est ni ange, ni bête et le malheur veut que qui fait l’ange, fait la bête. "
Dans notre programme municipal, nous avons inscrit notre volonté de commémorer le souvenir du massacre parisien des Algériens, le 17 octobre 1961.

Vous vous souvenez des fameuses " ratonnades Papon "… Le Groupe socialiste propose qu’Ivry en fasse la date d’une journée de la Mémoire pour toutes les victimes des crimes coloniaux, mais qu’on n’aille pas, pour de mauvaises raisons, la glisser en sous-main de la victoire du 8 mai 1945.
C’est pourquoi le Groupe socialiste ne votera pas ce vœu en l’état, mais nous restons ouverts à toute proposition d’amendements, notamment à celle que Philippe Bouyssou vient d’évoquer. Je vous remercie de votre attention. »
M. GOSNAT.- « Élisabeth Loichot, s’il vous plaît. »
Mme LOICHOT.- « Merci, Monsieur le Maire. Nous partageons, nous aussi, le souci que l’Histoire de France intègre tous les événements qui l’ont constituée : des pages glorieuses comme la proclamation des Droits de l’Homme, ou la résistance à l’occupation nazie et aux décrets racistes de Pétain ; mais aussi les pages honteuses comme son opposition à l’abrogation de l’esclavage, au début du XIXème siècle et plus tard, la répression inouïe, démesurée, envers tout mouvement d’indépendance dans ses colonies.
Pour autant, la commémoration du 8 mai 1945 marque la victoire contre le fascisme avec la défaite des régimes totalitaires et racistes. Elle marque l’arrêt de la planification industrielle du génocide des peuples décrétés racialement inférieurs par le régime nazi. Elle marque la fin d’une Guerre mondiale qui a tué 60 millions de personnes dont 6 millions de juifs. Et accoler à cette commémoration tout autre événement, fut-il tragique et barbare, nous semble extrêmement dangereux et susceptible d’ouvrir des portes à tous ceux qui proposent une version expurgée et relativisée des camps d’extermination nazis. Nous ne pouvons donc pas voter ce vœu. En revanche, pensant que nous avons le devoir d’inscrire dans la mémoire collective, ce qui fut la politique française envers ces colonies et particulièrement envers l’Algérie, nous proposons de commémorer une barbarie qui a eu lieu à Paris : la répression sauvage de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 parce qu’elle s’est passée au vu et au su de toute la classe politique et d’une partie de la population parisienne qui, dans leur très grande majorité, ont laissé faire et ont maintenu ces crimes dans l’oubli. Nous pensons que cette date est un symbole fort qu’il faut rappeler aux Français. Cette commémoration pourrait s’accompagner d’une exposition relatant l’histoire des guerres d’indépendance dans les colonies françaises et notamment la répression de la manifestation du 8 mai 1945 à Sétif qui dégénère en massacres, bombardements de villages et exécutions sommaires provoquant la mort de 30 000 à 45 000 Algériens.
Nous partageons la proposition du Groupe socialiste de faire du 17 octobre 1961 le moment fort du symbole de la répression envers les mouvements d’indépendance algériens et je pense que c’est extrêmement important parce que cela s’est passé dans notre pays. Cela s’est passé au vu et au su de toute la classe politique – comme je l’ai déjà dit – et on le sait déjà depuis plusieurs années. Moi, je me souviens de la première manifestation, qui date d’il y a six ans, où les Verts ont été. On a défilé, en partant à peu près du Rex jusqu’à Saint-Germain avec le drapeau algérien, etc. C’était extraordinairement émouvant et tous les gens, autour, dans la rue, demandaient ce que représentait le mois d’octobre 1961 et pourquoi ce défilé, etc.

Donc, je pense que c’est extrêmement important non seulement pour la mémoire des Algériens, mais surtout parce qu’il faut que les Français se souviennent de ce qui s’est passé dans leurs rues. Voilà. »
M. GOSNAT.- « Y a-t-il d’autres interventions ? Mehdy et Gisèle. D’abord, Gisèle, si tu es d’accord, Mehdy. »
Mme PERNIN.- « Je voulais intervenir parce que je suis très embêtée. Moi, je vais vous dire : je voterai les deux vœux parce que je les trouve très proches l’un de l’autre, sur le fond et je ne vois pas tellement de différence. Peut-être que sur la forme, il y a des différences, mais sur le fond, est-ce que je peux voter les deux ? »
M. GOSNAT.- « Mehdy. »
M. BELABBAS.- « Merci, Monsieur le Maire. Moi, je n’ai découvert que tardivement la version du Groupe communiste et partenaires. Donc, j’attendrai que le débat se poursuive et c’est à Monsieur Aberdam qu’il appartient de déterminer s’il veut amender son vœu, ou pas. En l’occurrence, je vais vous donner la position du Groupe de la Gauche Radicale, Écologiste et Citoyenne.
Mesdames et Messieurs, chaque année, le 8 mai, notre pays fête la défaite des armées nazies et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous fêtons ainsi la défaite d’une idéologie raciste et barbare qui poussa l’ignoble du potentiel humain jusqu’à des limites jamais atteintes dans notre histoire ; mais le 8 mai 1945 est aussi un jour noir dans notre histoire. En effet, au même moment, en Algérie, alors colonie française, le 8 mai 1945 est aussi un jour de deuil, un jour de massacre. Alors qu’ils fêtaient la fin de la guerre, comme en Métropole, des centaines d’indigènes – car c’est ainsi qu’on les appelait – vont être massacrés par les forces de l’ordre. Leur crime : avoir voulu s’exprimer librement et avoir manifesté pour obtenir la même liberté que les autres citoyens français ; une liberté qu’on leur avait promise durant la guerre ; mais la notion d’autodétermination des peuples colonisés n’était pas une priorité pour les autorités coloniales. C’est ainsi que le Gouverneur militaire d’Alger et le Général de Gaulle cacheront cette vérité pendant plusieurs jours au peuple français et aux autres membres du Gouvernement Provisoire. On parlera, à l’époque : " D’émeutes, de provocateurs et de quelques dizaines de morts. " Dans la réalité, la répression va être implacable et va durer plusieurs jours et plusieurs semaines. Les estimations des historiens parlent, aujourd’hui, dans les premières heures des massacres, de 8 000 à 12 000 morts et ensuite, de 45 000 morts.
Comme toujours en France, des hommes et des femmes se sont élevés contre cette injustice flagrante qu’on faisait à ces peuples que l’on avait jugés moins civilisés. Ils ont soutenu le combat anti-colonialiste et ils ont soutenu les luttes d’indépendance des peuples opprimés ; et ce n’est pas à Ivry qu’on a à rougir de ce passé tant notre ville et ses habitants savent bien ce qu’est la lutte et tant sont ceux, ici, qui ont soutenu ce combat contre le colonialisme. J’ai bien entendu ici certains parler d’amalgame entre deux événements qui n’auraient aucune relation : pourtant, les massacres de Sétif et Guelma sont intimement liés à la capitulation des armées allemandes. Il n’y a pas qu’une coïncidence de date entre ces deux événements, mais il y a bien une causalité.
En effet, les populations indigènes, colonisées, privées de leurs droits fondamentaux, ont contribué de façon importante à l’effort de guerre et à la libération de la France.
Sur les fronts d’Italie, de Provence et d’ailleurs, les tirailleurs ont payé de leur sang la liberté de la mère-patrie ; et ce sont les colonies qui ont incarné la France libre quand la Métropole était occupée. Les populations indigènes étaient convaincues que la fin du régime nazi serait une chance pour elles d’obtenir une égalité de droits à laquelle elles aspiraient, à juste titre, depuis bien longtemps. En ce jour du 8 mai 1945, des milliers d’Algériens sortirent donc de chez eux pour fêter cette victoire qui était synonyme, pour eux, d’espérance, de nouveaux droits, de liberté et surtout, d’égalité. Ils n’eurent droit comme réponse qu’à la poudre et aux bombes.
Il y a deux ans, toute la France saluait unanimement le film Indigènes, de Rachid Bouchareb et découvrait l’injustice faite aux combattants des colonies qui ne percevaient pas les mêmes pensions que les autres vétérans français. Cette situation a ému jusqu’au Président de la République qui décida de faire réparer cette injustice. Devrons-nous attendre la sortie d’un film sur les massacres de Sétif et Guelma pour honorer la mémoire des milliers de personnes victimes de cette logique de domination qu’est le colonialisme ? Et qu’y a-t-il de gênant à commémorer la victoire du 8 mai 1945 et à honorer la mémoire des victimes d’une répression aveugle et sanglante ? Certes, il peut apparaître difficile d’associer, dans un même acte de mémoire, la mémoire de la victoire sur le nazisme et la froide réalité des massacres en Algérie. Pour autant, à Ivry, notre Député-maire n’a pas attendu ce vœu pour commémorer ces événements. Depuis plusieurs années déjà, dans ses discours pour les commémorations, il cite les massacres de Sétif et Guelma et tant d’autres événements encore, qui ont entaché la fin de la guerre, tel que le bombardement des villes d’Hiroshima et de Nagasaki.
Il ne s’agit pas de repentance, mais de mémoire et là, Sylvain, c’est à toi que je vais répondre parce que ce que tu disais, tout à l’heure, m’a un peu interpellé. Notre pays connaît les plus grandes difficultés à assumer collectivement les pages sombres de son Histoire. Le colonialisme est une de ces pages sombres. J’en veux pour exemple la fameuse loi du 23 février 2005, que le Parlement avait adoptée à propos des programmes scolaires et qui demandait aux enseignants qu’ils insistent sur le rôle positif de la colonisation. Alors, bien peu s’étaient élevés, même malheureusement à Gauche, contre ce retour en arrière et contre ces mensonges scandaleux visant à réhabiliter le colonialisme. Il avait fallu que des historiens et des militants associatifs montent au créneau pour faire reculer le Gouvernement et dénoncer les nostalgiques de l’Algérie française. Encore une fois, la Droite refusait de prendre en compte la mémoire partagée qui est celle de la population française aujourd’hui. Heureusement que nous n’en sommes pas là, à Ivry !
Il ne s’agit pas non plus de désigner des coupables ou des responsables : les acteurs de l’époque ne sont plus et il n’appartient pas à leurs descendants d’assumer des actes qu’ils n’ont pas commis ; mais nous devons nous souvenir de cette page peu glorieuse de notre histoire ; nous souvenir pour dire : " Plus jamais cela ! " et porter haut les valeurs qui sont les nôtres : le respect, la solidarité, l’entraide et le progrès pour tous. Pour autant, il ne s’agit pas non plus de mémoires opposées, comme le dit Serge Aberdam, dans son texte.

Nous devons avoir, en France, une mémoire commune et partagée, ce qui implique l’acceptation de la souffrance de l’autre et le respect de son vécu.

Une mémoire frappée du sceau du secret et frappée par le refus d’être accepté par l’autre : voilà ce que nous avons, aujourd’hui et voilà ce que nous devons réparer.
La victoire du 8 mai 1945 fut une victoire pour la liberté et la démocratie et pourtant, le même jour, la démocratie et la liberté étaient de nouveau foulées aux pieds. Ivry est une ville métissée où les cultures se mêlent pour les plus grands avantages de notre commune. Le mieux-vivre ensemble qui nous est cher passe par la reconnaissance de ce passé douloureux, mais commun, afin que chacun puisse prendre pleinement sa place dans la société en étant accepté tel qu’il est. C’est pour toutes ces raisons et a priori, avant que le vœu ne soit changé, que le Groupe des Élus de la Gauche Radicale, Écologiste et Citoyenne avait décidé de soutenir le vœu de Monsieur Aberdam.
Je voudrais poursuivre sur la proposition de mes collègues de faire du 17 octobre 1961 une journée de commémoration particulière. Je suis heureux et satisfait de cet intérêt nouveau pour le 17 octobre 1961, mais il n’occulte pas ce qui s’est passé le 8 mai 1945. Avec ce film, on a aidé une association qui a travaillé de façon importante sur les événements du 17 octobre 1961 en proposant la diffusion de films documentaires, l’organisation de débats et de commémorations et ce, depuis 2004 ; et je suis tout à fait satisfait qu’aujourd’hui, enfin, on prenne conscience de cette mémoire partagée, de cette mémoire commune, qui est notre héritage, bon ou mauvais. Voilà. Merci. »
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