La représentation du seizième siècle dans le théâtre





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Communication de Stéphane Arthur
La représentation du seizième siècle dans le théâtre

de la période romantique : Hugo et les autres


Dans une lettre adressée en juillet 1843 à Nerval, alors au Caire, et publiée par La Presse le 25 juillet 1843, Gautier déclare : « Si l’on voulait il serait facile d’assigner à chaque célébrité d’aujourd’hui non seulement le pays, mais le siècle où aurait dû se passer son existence véritable : […] Hugo est espagnol-flamand  du temps de Charles-Quint »i. Dans son article rendant compte le 5 juillet 1835 dans le n°7 du Monde dramatique de la création d’Angelo de Hugoii, Gautier présente déjà Victor Hugo comme un personnage digne du seizième siècle :
« Ce fier génie s’est trompé en naissant aujourd’hui. Il aurait dû venir au seizième siècle, un peu avant l’apparition du Cid. Ce n’est pas qu’il eût été plus grand, mais il eût été plus heureux. En ce temps, il n’aurait vu ni le Panthéon, ni la Bourse ; il eût été peintre, sculpteur, architecte, ingénieur et poète comme le Vinci, comme Benvenutoiii, comme Buonarottiiv, comme tous les autres, car c’est un génie essentiellement plastique, amoureux et curieux de la forme, ainsi que tout véritable jeune ».v
Hantés par ce que Henri Peyre nomme un véritable « tourment de l’ailleurs et du passé » (dans Qu’est-ce que le romantisme ?), pourquoi les romantiques, et Hugo en premier lieu, ont-ils été attirés par le siècle de Léonard de Vinci, de Benvenuto Cellini et de Michel-Ange, et l’ont-ils choisi si souvent comme cadre de leurs œuvres, théâtrales en particulier ? Quelle est la part du seizième siècle dans la production dramatique romantique ? Que représente le seizième siècle pour Hugo et les autres romantiques, et de quelle manière le représentent-ils dans leurs pièces ? Ces deux dernières questions guideront mon propos.

I Un siècle souvent représenté dans le théâtre romantique
Le concept de romantisme concerne à l’origine la littérature louant le temps des chevaliers, époque où l’on parlait le roman. Or le lien intime entre la notion de romantisme et celle de Moyen Age a quelque peu occulté le goût des romantiques pour le seizième siècle. Dans le domaine théâtral, le drame dont la chute est traditionnellement considérée comme marquant la fin du drame romantique, Les Burgraves de Hugo en 1843, met en scène le Moyen Age, et cela a contribué à maintenir cette illusion.

Or le seizième siècle a particulièrement inspiré les dramaturges romantiques. Les trois premiers grands succès romantiques ont pour cadre le seizième siècle : Henri III et sa cour de Dumas (1829), Le More de Venise, adaptation d’Othello par Vigny (1829) et Hernani de Hugo (1830). On pourrait même remonter à 1820, et à l’adaptation de la Marie Stuart de Schiller par Lebrun.

Après les premières batailles, Hugo et Dumas optent pour des stratégies différentes. Dumas fait dans Antony l’éloge du drame contemporain. L’auteur d’Antony n’en a pas moins écrit, fût-ce en collaboration, six drames mettant en scène le seizième siècle : outre Henri III et sa Cour (1829), Catherine Howard (1834), Le bourgeois de Gand (écrit en collaboration avec Hippolyte Romand, 1838), L’alchimiste (écrit en collaboration avec Gérard de Nerval, 1839), Lorenzino (1842) et, plus tardif, en collaboration avec Paul Meurice, un Benvenuto Cellini (1852). Dumas compose aussi (en collaboration avec Auguste Maquet) des adaptations théâtrales des deux premiers volets de sa trilogie sur les guerres de Religion : La Reine Margot (roman publié en 1844-1845, drame représenté en 1847) et La Dame de Monsoreau (roman publié en 1845-1846, drame représenté en 1860). En revanche, il n’a pas adapté à la scène Les Quarante-Cinq (roman publié en 1847). Peut-être est-ce dû à la difficulté matérielle de faire apparaître sur scène autant de personnages ?

La part du seizième siècle dans le théâtre hugolien représenté est encore plus impressionnante, avec six œuvres sur neuf, soit les deux tiers : Amy Robsart (1828), Hernani (1830), Le roi s’amuse (1832), Lucrèce Borgia (1833), Marie Tudor (1833), Angelo, tyran de Padoue (1835). En outre, la pièce considérée comme le chef-d’œuvre du drame romantique, Lorenzaccio, de Musset, publiée en 1834, a pour cadre Florence en 1536. L’année précédente, en 1833, Musset a publié André del Sarto, drame sur un XVIe siècle décadent. De nombreux autres auteurs, romantiques ou pas, ont par ailleurs choisi le seizième siècle comme période à mettre en scène dans leurs œuvres dramatiques, dans les années 1826-1842.

Remarquons que si dans les années 1826-1830 les auteurs de scènes historiques comme Vitet, ou d’Outrepont, mettent en scène un seizième siècle national (la plupart du temps : la période des guerres de Religion), les auteurs de drames romantiques ont plutôt eu tendance, à partir de 1833, après l’interdiction du Roi s’amuse l’année précédente, à représenter un seizième siècle européen : espagnol, italien, anglais… Dans Racine et Shakspeare, Stendhal préconise pourtant de mettre en scène des sujets nationaux, empruntés en particulier au XVIe siècle. Lorsqu’il réclame l’évocation de périodes de l’histoire nationale négligées au théâtre, Stendhal fait ainsi référence à la fin du Moyen Age et au début du XVIe siècle : « Les règnes de Charles VI, de Charles VII, du noble François Ier, doivent être féconds pour nous en tragédies nationales d’un intérêt profond et durable »vi. Lorsqu’il donne des exemples précis de sujets à exploiter dans des tragédies nationales, tous concernent les guerres de religion du XVIe siècle : «l’Assassinat de Montereau, les Etats de Blois, la Mort de Henri III »vii. Stendhal a commencé à composer un Henri III destiné à être représenté, mais seule l’ébauche du troisième acte nous est parvenueviii. Elle permet d’établir dans quelle mesure Stendhal compose par rapport aux scènes historiques de Vitet, héritage qui lui sert de point de départ historique, telle une matière historique brute à retravailler pour donner au drame le sens politique voulu par Stendhal.

Une absence peut retenir notre attention : si les auteurs du XVIIIe siècle ont mis en scène le XVIe siècle américain dans leurs œuvres théâtrales (songeons à Voltaire ou Pironix), et si le fameux mélodramaturge Pixérécourt a connu un bref succès au début du dix-neuvième siècle avec son Christophe Colombx, les romantiques français n’ont pas exploré cette voie. Une explication possible tient sans doute à ce que Hugo et Dumas, pour citer les deux auteurs romantiques dont les œuvres dominent la scène, composent un théâtre hanté par la nostalgie. Fils de généraux d’Empire, ils cherchent à renouer les fils de la tradition nationale rompus par la Révolution française et ont l’imaginaire imprégné par les exploits de l’armée napoléonienne, dont le cadre est européenxi et non pas américain.

La question qui reste en suspens, maintenant que nous avons vu l’importance de la part prise par la représentation du seizième siècle dans la production dramatique romantique, est la suivante : pourquoi les romantiques ont-ils autant représenté le seizième siècle ?


II Hugo et le seizième siècle

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