Thèse de doctorat en sociologie





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1.1. Petite histoire de Vivre en Ville

1.1.1. Une crise latente


L’association Vivre en Ville a grandi très rapidement. D’une dizaine de salariés en 1997, elle en compte une cinquantaine dès 1999. Tous les agents de médiation sont en contrat emploi - jeune, ainsi que les responsables d’équipe, la chargée du recrutement, et le responsable du suivi-formation. Seuls la directrice, la comptable, le coordonnateur sont sous contrat de droit commun. On peut noter la jeunesse de cette association tant par son personnel – qui a en moyenne 25 ans – que par son histoire.

Les prestations de Vivre en Ville sont différentes selon les entreprises où elle intervient. Ainsi, on a une équipe d’agents RIM (Relais Information Médiation) dans les stations de métro et les bus, une équipe de correspondants de quartier dans les agences EDF qui se déplace chez les clients, et des agents de médiation qui travaillent avec l’OPAC et la S.A. Languedocienne dans certains quartiers d’habitat social. Les agents de médiation des quartiers HLM peuvent aussi être amenés à accompagner des agents du gaz lors de leurs interventions dans les « quartiers sensibles ». Il y a enfin les agents d’ambiance qui travaillent pour les entreprises de TOP, club d’entreprises de l’Ouest Toulousain, dans la zone d’activités de Basso Cambo.

Dans le courant de l’année 2000, des agents se sont vus confier la location de vélos pour le compte de la SEMVAT, à la sortie des stations de métro de Basso Cambo et d’Esquirol (au centre ville) : c’est une mission expérimentale que le transporteur toulousain a souhaité confier à Vivre en Ville, l’association étant perçue quelquefois comme un laboratoire d’expérimentations, pour l’amélioration de l’environnement urbain.

Chaque équipe a son responsable chargé de l’animation de l’équipe, des plannings, de la communication avec les partenaires et avec la direction de l’association. Le coordonnateur est responsable de toutes les missions, et gère le relationnel avec les partenaires au niveau décisionnel. Le personnel de terrain est relayé par une équipe de direction en charge de la gestion administrative de l’association, et son développement.

De 1997 à 2000, l’association a été dirigée par G.G., directrice recrutée au moment de sa création. Celle-ci menait Vivre en Ville de façon assez indépendante du conseil d’administration, qui de toute façon se manifestait très peu. Elle avait des perspectives de développement pour l’association, notamment en développant le partenariat avec d’autres entreprises comme La Poste ou France Télécom. Le développement très rapide de la structure demandait néanmoins une phase de stabilisation, et de réflexion sur son devenir.

Les objectifs n’étaient, en effet, pas toujours très clairs quant au devenir des jeunes embauchés : quel devenir pour leurs emplois, quelle insertion professionnelle… ? Et pour la première directrice de Vivre en Ville, l’association pouvait fermer ses portes lorsque les contrats emplois - jeunes s’achèveraient.

En 1999, à trois ans de la fin des subventions de l’État pour les emplois - jeunes, la directrice met en place une nouvelle équipe de direction. Pour cette équipe, il semblait au premier abord qu’il y ait des choses innovantes à créer en matière d’insertion professionnelle, mais aussi de développement de nouvelles activités. À ce moment-là, les orientations de l’association vont dans deux directions : un objectif d’aide à l’insertion professionnelle de jeunes en difficulté, et le développement de partenariats avec d’autres entreprises de services publics pour l’amélioration des relations avec le public et la restauration du lien social sur les territoires urbains.

Cependant, très vite, certains membres de l’équipe prennent conscience des limites du système constitué autour de Vivre en Ville. C’est la question de la formation des agents de médiation qui servira de révélateur. En effet, la volonté de la direction de Vivre en Ville était de développer un véritable pôle de suivi et de formation des jeunes agents de médiation de l’association alors que le conseil d’administration apparaissait enclin à suivre cette orientation.

Mais de quelle formation parlait-on ? Etait-ce de formation pour améliorer la qualité, la compétence des agents de médiation sur leur poste de travail en vue de faire de cette activité une profession ? Ou bien parlait-on de formation pour des jeunes sortis du système scolaire sans qualification, et dont on pensait qu’il fallait leur faire acquérir un niveau de qualification pour faciliter leur insertion professionnelle en dehors de Vivre en Ville ?

Cette initiative ne pouvait faire abstraction d’une réflexion sur le sens des emplois créés à Vivre en Ville, la volonté ou non de les pérenniser, les objectifs des entreprises partenaires. La question est alors celle du sens donné aux activités des agents de médiation. Leur rôle et leur compétence étaient-ils importants au point de leur donner une véritable assise professionnelle ou bien voulait-on seulement utiliser ces emplois pour donner du travail à des jeunes, occuper des jeunes désœuvrés dont on pense qu’ils doivent faire la preuve de leur bonne volonté à s’insérer socialement et professionnellement ?

C’est la rencontre avec la responsable d’un organisme de formation parisien, Cap Ville, qui contribuera à mettre en lumière la valeur réellement accordée à cette réflexion sur la formation au sein de Vivre en Ville. À la demande de la directrice, et alors que l’association cherchait des pistes de réflexion pour développer la formation et le suivi socio - professionnel des agents de médiation, le responsable du suivi-formation rencontre donc Cap Ville qui est un organisme créé à l’initiative de la RATP pour la formation des agents de prévention et de médiation. Au terme d’un cursus, Cap Ville dispense un diplôme agréé par l’Education Nationale visant la reconnaissance du métier d’agent de prévention et de médiation.

Il est évident pour H., la responsable de Cap Ville, qu’il est impossible de conduire une réflexion à la fois sur la création de nouveaux métiers, et l’insertion professionnelle de jeunes en difficulté. Ce que semble faire Vivre en Ville.

H. considère qu’à Vivre en Ville l’enjeu tourne autour de la reconnaissance des jeunes agents de médiation. Les considérer comme des « jeunes en insertion », avant de les considérer comme des médiateurs, ne fait que grossir le nombre d’associations d’aide à l’insertion. Or, pour elle, il est urgent de travailler à la reconnaissance de ces métiers de la médiation.

Au retour de cette rencontre, sur la base d’un compte-rendu, plusieurs membres de l’équipe de direction sollicitent la directrice pour une discussion sur les véritables objectifs de Vivre en Ville et les enjeux autour de la notion d’insertion. « On a beaucoup parlé de notre rencontre avec H. de Cap Ville. G.G. nous a demandé un compte-rendu. Ça a réveillé le côté militant de A. (responsable suivi formation). Il était remonté aujourd’hui. Il a réalisé qu’il y avait des enjeux pour lesquels il faut se battre à Vivre en Ville. Il remet en cause cette notion d’insertion attachée à son poste. Il revendique une prestation de qualité, des formations de qualité pour les jeunes. Il ne veut surtout pas servir l’image des partenaires. Il faut montrer le besoin de médiation et la faire payer à un prix normal et non plus au rabais comme jusqu’à présent. On a pris conscience (…) du besoin de clarifier les choses dans cette association. Que veut-on réellement faire ? De l’insertion ? C’est continuer à dévaloriser la médiation, en faire un sous-métier réservé aux Arabes en échec !!! ».83

Cependant, la réaction est à la hauteur de l’engagement que l’équipe y a mis, G.G., la directrice de Vivre en Ville, est furieuse, et refuse toute discussion au sujet de ces questions. Ce serait pour elle, en effet, remettre en cause les fondements de Vivre en Ville, et la dérive éventuelle de son objet. Et elle n’y est pas du tout prête. « En bref, elle ne croit pas trop à cette idée de nouveaux métiers et elle est vraiment dans une logique d’insertion de jeunes « inadaptés » (…) A. était donc très dégoutté de la réaction de G.G. Il a compris qu’il n’avait plus grand chose à faire puisqu’apparemment on ne travaille pas vraiment pour des valeurs, mais essentiellement pour que Vivre en Ville tourne financièrement et que les partenaires soient satisfaits. C’est très raccourci, mais ça donne ça au final. »84

Le décalage est grand entre les discours sur une éventuelle création de nouveaux métiers de médiation, et la réalité des moyens mis en œuvre pour cela.
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