Thèse de doctorat en sociologie





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. : Comme quoi, euh si t’as un problème avec un client, t’appelles le PC et le PC arrivera, quoi ! T’es là rien que pour être un intermédiaire quoi ! Mais en fait rien du tout ! T’es obligé de régler le problème toi-même ! »139

Placés dans des situations où ils ont à faire la preuve qu’ils font respecter la règle du service public de transport, les agents de Vivre en Ville sont aussi positionnés comme étant en période de probation. C’est bien ainsi que certains salariés de la SEMVAT perçoivent ces emplois. Pour L., que nous avons précédemment cité, le passage par Vivre en Ville est la première étape avant d’intégrer la SEMVAT. Il parle d’un cursus qui commencerait par le poste d’agent de médiation à Vivre en Ville. Il parle d’ailleurs plus souvent d’agent de station que d’agent de médiation concernant Vivre en Ville. Il ne saisit pas la différence. On accorde aux jeunes salariés de Vivre en Ville, un rôle de gestion des relations avec les publics problématiques. On retrouve bien ici la notion de « sale boulot ».

L’accomplissement de ce sale boulot apparaît comme le moyen de faire la preuve de leur socialisation avec le monde du travail. « …Mon collègue (ancien agent Vivre en Ville devenu vérificateur à la SEMVAT) en a fait partie et il a suivi un cursus qui lui a permis d’intégrer… la boîte quand même. Ce qui est bien. Bon, mais ça passe aussi par des contraintes euh… je me rends compte – pas uniquement au travers des jeunes qui travaillent à la médiation, tout ça – que les contraintes euh ! Mais le travail c’est des contraintes ! C’est des horaires à respecter, c’est euh, je veux dire quand au niveau de la hiérarchie ou autre, on vous demande quelque chose euh, ça fait partie du boulot ! C’est pas un manque de respect ça ! Ils ont tendance des fois à faire un peu l’amalgame… On leur manque de respect parce qu’on leur demande quelque chose. (…) Les contraintes, ça c’est… je trouve que les gens de cette génération-là, pas tous mais la plupart, ça leur est quelque peu difficile. »140

Il y aurait selon lui, chez les jeunes en général, un refus des contraintes qui, chez les jeunes Maghrébins en particulier, se mélangerait avec le sentiment de ne pas être respectés dès qu’on leur demande de faire quelque chose. Les valeurs que sa génération admettait sont de son point de vue complètement inexistantes chez certains jeunes aujourd’hui. Il lui paraît incompréhensible qu’une bagarre soit déclenchée à cause d’un ticket de bus. « Bon, quand j’avais une quinzaine d’années, je prenais le bus et je le payais jamais ! Donc là, à la différence que si je m’étais fait, si je m’étais fait plomber, je joue, je perds, je perds. Je veux dire, je vais pas engager une bagarre pour un ticket ! Je crois qu’ils ont pas, qu’ils ont pas une notion des valeurs… »141

Malgré un refus déclaré de catégoriser, notre interviewé manifeste une vision de Vivre en Ville appuyée sur des classifications basées sur l’âge et l’appartenance ethnique et résidentielle. Les différences créent les catégorisations sociales. Et pour en sortir, le jeune des quartiers doit faire la preuve de sa bonne volonté142. Pour cela, on place des jeunes comme ceux de Vivre en Ville, dans des situations où ils ont à faire preuve de leur volonté de « s’insérer ». Et ce, en montrant qu’ils ont choisi le bon camp, en l’occurrence celui de faire respecter la norme du service public.

Suzanne Rosenberg143 lorsqu’elle étudie la manière dont l’insécurité est traitée dans les services publics montre que ceux-ci agissent toujours dans une démarche de protection de leur territoire. Pour elle, la violence des jeunes dans les « quartiers sensibles » est à analyser comme une revendication de reconnaissance sociale. Deux cultures cohabitent : celle d’avant la crise et celle d’après la crise. Les valeurs ont changé, du fait de la crise dans laquelle la jeunesse est née. Et l’un des moyens de revendiquer le droit à exister et à être reconnus passe par la violence. Celle-ci se manifeste en particulier vis-à-vis des services publics.

Seulement, cette violence est toujours gérée en faisant appel à des valeurs qui n’ont aucun sens pour les jeunes. Les services publics réagissent la plupart du temps à la violence qui leur est faite de manière défensive en faisant appel à la police, à des formations à la gestion des conflits pour les salariés ou en embauchant des jeunes de ces quartiers pour apaiser les relations sociales. Et si l’on fait le bilan, les services publics passent plus de temps à se protéger des populations qu’à s’en occuper.

L’auteur montre alors le besoin de passeur entre ces deux cultures. Les médiateurs qui interviennent dans plusieurs villes, devraient avoir ce rôle-là. Mais, en réalité, ils « ont le plus souvent mission de faire passer aux délinquants les normes de la société, celles des générations d’avant 1977, sans qu’inversement il leur soit demandé de faire passer aux institutions les points de vue de ces jeunes usagers en colère ».144 En effet, ne peut-on penser que de réelles transformations du service public devraient passer par la prise en compte de tous les usagers, même les « mauvais » ? Si la reconnaissance, le respect des agents des services publics est nécessaire, celles des usagers par les agents de service public ne l’est-elle pas tout autant ?

Or, aujourd’hui à en croire certains discours que nous avons pu recueillir, il s’agit pour le service public de normaliser ses usagers. C’est encore ce que montre le discours de L. sur le contrat emploi-jeune. Selon lui, avoir un emploi à Vivre en Ville, est à la fois un moyen de faire ses preuves pour des jeunes, mais encore de se socialiser avec le monde du travail. En bref, un moyen de rentrer dans la norme du service public. La jeunesse actuelle forme une génération qui n’accepterait plus la place que lui a fait la société depuis longtemps, celle d’être un individu en formation. Et, il explique cela par le mythe de l’enfant-roi qui s’est développé dans la société. Ce mythe forge des individus qui veulent tout, tout de suite, qui refusent les contraintes, les règles, et le fait de ne pas être reconnus de suite. De son point de vue, les jeunes ne se construisent plus dans la conflictualité comme auparavant. C’est pourtant nécessaire, dit-il. Ce sont ces arguments qui lui permettent de justifier que les agents de Vivre en Ville aient à se socialiser avec le monde du travail (puisque les jeunes refusent les contraintes, il faut leur apprendre), et ne puissent bénéficier de la reconnaissance qu’ils demandent. L’emploi - jeune serait alors un statut qui permettrait aux jeunes de se socialiser, de retrouver les valeurs qu’ils n’ont pas acquises, et de rentrer dans la normalité. Leurs activités sont finalement peu différentes de celles des agents de la SEMVAT, dans le métro. C’est le statut qui les différencie.

On peut néanmoins, remarquer que cette position « d’ayant à faire ses preuves » est acceptée par les jeunes agents de médiation. Un ancien salarié de Vivre en Ville parle d’agents de station dans le métro. Et il y a d’une part, les agents de station salariés de la SEMVAT, et d’autre part, les agents de station salariés de Vivre en Ville – ces derniers pouvant être qualifiés d’agents de médiation, mais l’appellation finalement a peu d’importance.

Les premiers ont des perspectives d’avenir, puisqu’il parle d’une filière professionnelle dans laquelle ils seraient intégrés et dont le premier niveau serait d’être agent de station. Les seconds, eux, ne sont sûrs de rien. Ils ont des preuves à fournir de leur employabilité, et de leur bonne volonté. Tous ne seront pas intégrés à la SEMVAT et une sélection s’opère. « Et comment vous êtes rentrés à la SEMVAT ? H.D. : Ben c’est Vivre en Ville qui m’a proposé. Ah oui, parce que bon faut savoir, moi à mon avis ils ont sélectionné les meilleurs. Ils m’ont proposé à moi parce que… -on était plusieurs, on était 3 à avoir passé les tests - euh, je pense qu’à ce moment ils avaient pas pris les meilleurs, ils avaient pris les moins pires. C’est pas pour… je dis pas ça pour mes collègues hein ? Mais euh… - Les moins pires... c’est quoi les critères ? HD : Les moins pires, c’est, on va dire, le minimum, je pensais que c’était… déjà la ponctualité, arriver à l’heure, et on nous demandait de faire un petit peu de contrôle aux entrées. Et donc, ça fait que du contrôle tout le monde en faisait pas. Donc, c’était un peu… c’était vite fait pour sortir du lot quoi ! Il suffisait seulement de faire un minimum et ça allait. Il fallait se tenir… et bon, tout le monde le faisait pas. Mais bon, je veux pas donner un jugement par rapport à mes collègues hein ? S’ils le faisaient pas, chacun à ses raisons. - Et c’était pas difficile de faire du contrôle justement en se disant qu’on est agent de médiation ? H.D. : Ouais, ouais mais c’est pas le problème qui me gênait, d’en faire à la limite, ça me gênait pas trop. Ce qui me gênait, c’était sur le plan juridique. »145

Pour être sélectionné, il faut répondre aux normes du monde du travail, ici celles de la SEMVAT. Il faut être ponctuel et appliquer les directives de la hiérarchie, ici faire du contrôle. Mais, il y a une valeur symbolique derrière cet acte de contrôle. En leur demandant de contrôler, on demande aux agents de Vivre en Ville de prouver qu’ils sont bien « dans le bon camp », qu’ils ont renoncé à celui de leurs pairs qui semblent au contraire vouloir nuire au bon fonctionnement du service public. Le passage à Vivre en Ville a alors un rôle de normalisation pour des « jeunes des quartiers ».

On peut cependant discuter les conditions de cette normalisation. Les agents de Vivre en Ville, alors qu’on leur demande de choisir leur camp, se voient aussi placés dans des situations de travail plus difficiles que celles de leurs collègues de la SEMVAT. La question du contrôle des titres par les agents de Vivre en Ville est de ce point de vue assez significative. Quelle est leur légitimité en effet, pour faire cela ? Pourquoi contrôleraient-ils les titres de transport alors qu’ils ne sont pas assermentés ? Pourquoi les laisse-t-on seuls dans les stations alors que les vérificateurs ne sont jamais seuls lorsqu’ils font du contrôle ?

Les agents de Vivre en Ville soulignent aussi le peu de formation dont ils bénéficient pour leur travail. Ils se forment en réalité, sur le terrain. « …On est un peu jeté comme ça sur le terrain… après c’est voilà, c’est celui qui veut savoir. Celui qui veut savoir, il pose la question, on va lui répondre mais celui qui veut pas savoir, on lui dit rien. Mais le jour où il a un problème… On se forme énormément sur le terrain. »146

2.3.2. Les agents de médiation de Vivre en Ville : des passeurs

Les agents de Vivre en Ville se révèlent indispensables pour beaucoup de salariés de la SEMVAT. Des conducteurs de bus sur le secteur de Basso Cambo notamment, soulignent cette nécessité de la présence des agents de Vivre en Ville de manière plus évidente que dans le métro. Pour eux, les difficultés qu’ils rencontrent viennent des jeunes. Il y a un problème relationnel entre la jeunesse et les services publics en général, des valeurs qui auraient disparu, et qui feraient que le respect des agents de service public n’existerait plus. Cela se révèle de manière plus accrûe dans les quartiers du Mirail, étant donnée la forte densité de jeunes et les problèmes sociaux qui s’ajoutent à cette disparition des valeurs.

Il semble que l’enjeu de cette relation difficile soit l’appropriation du territoire du transporteur. Un contrôleur faisait l’analyse suivante : « … On retrouve ça au guichet de la Poste, partout. Tout ce qui représente le service public… C’est quelque chose dont ils ont l’impression d’être exclus…Pour eux c’est quelque chose qu’il faut faire tomber quoi ! »147

Et cela se traduit par des occupations abusives des abri-bus de Basso Cambo, des trafics, des insultes aux conducteurs, des jets de pierres au passage des bus, le refus de valider son titre de transport… Pour la SEMVAT, il faut alors veiller au respect de son territoire, mais cela est d’autant difficile que les jeunes adoptent eux aussi une stratégie défensive. Ils se retrouvent souvent en groupe, et le dialogue devient impossible pour l’agent SEMVAT.

« … Moi, ce que j’ai constaté quand je suis intervenu sur des incidents - on est entraîné de suite sur un terrain un peu… euh comment on va dire ? De suite, c’est le racisme tatati, tatata ! Alors que quand c’est un jeune de la même origine, je veux dire, ça… Ce dialogue-là il existe pas. Déjà ça, ils en parlent pas, ils sont obligés de parler des règles… et du respect. »148 Les agents de la SEMVAT ont l’impression qu’on les provoque sans raison apparente. Pour le contrôleur que venons de citer, ce serait le signe d’une crise identitaire de ces jeunes adolescents. Et on sent dans son discours un dilemme entre une analyse de l’origine du comportement des jeunes à l’égard de la SEMVAT, et la nécessité de préserver le territoire de son entreprise.

Pour lui, les jeunes sont en mal d’autorité, et le service public a perdu de sa légitimité. Pour la restaurer, il faut que les jeunes sentent la présence des représentants du service public et que cette présence soit respectée, et respectable. « Je pense qu’on peut pas se permettre de… le luxe de laisser dériver euh certaines choses. Il faut être présent quoi ! Euh… Sans aucune psychose, aucune hein ? Il faut être présent parce que bon, ces jeunes ont besoin d’aide… Ils le font ressentir par rapport à leur manière de fonctionner, par leur provocation, par leur attitude, par leurs questionnements. Parce qu’il y a des jeunes que je connais qui sont très très bien ! Quand ils sont seuls, ils sont très bien ! »149

C’est dans cette tension entre des jeunes pour qui le service public ne mérite pas le respect, et des agents de service public qui voudraient bien faire leur travail dans une ambiance apaisée avec la jeunesse, que se situent les agents de médiation de Vivre en Ville. Le dispositif Vivre en Ville est alors perçu comme une solution aux problèmes rencontrés sur les lignes de bus dans les quartiers du Grand Mirail.

Leur présence à la sortie du Lycée Polyvalent  illustre le rôle qu’ils ont à jouer entre les jeunes et les agents SEMVAT. Outre le rôle de régulation pour la sécurité des conducteurs et des usagers, ils sont attentifs aux éventuels litiges entre jeunes et conducteurs. « Bon quand y avait un jeune, parce qu’on n’est pas quand même ! Quand y avait un jeune qui avait oublié sa carte ou qui l’avait pas bon…Ils avaient un rôle pédagogique aussi en disant : « Bon c’est pas moi le patron, le patron c’est le conducteur. Tu vas voir le conducteur, tu lui expliques ton problème. »150 L’agent Vivre en Ville se place entre la SEMVAT et le jeune, et les amène à dialoguer.

Ils expliquent aussi aux jeunes les raisons de certaines règles comme la validation du ticket même s’il est gratuit pour les scolaires. Ce travail d’explication ainsi que le dialogue avec les conducteurs, contribuent à restaurer l’image des agents de la SEMVAT.

Les agents Vivre en Ville qui sont bien identifiés et légitimés aux yeux des jeunes, sont vus travaillant aux côtés des agents SEMVAT. Ces derniers deviennent alors pour les jeunes des collaborateurs des agents Vivre en Ville. Et par là, leur image en devient positive. « Voilà, ils faisaient le relais et c’est ce qui a permis de créer, si vous voulez, c’est un grand mot, mais de créer des contacts. De faire que les jeunes identifient le conducteur, que c’est pas un robot parce qu’il conduit un bus, c’est une personne à part entière, on peut aller le voir, lui expliquer son problème. Il est à même de comprendre, de pouvoir justifier, de dire : « Bon tu montes pour cette fois, méfie-toi la prochaine fois si t’as pas la carte. » Tandis qu’avant, ils montaient, ils validaient pas, ils passaient, le conducteur il était inexistant. Si vous voulez, ça a été des relais. Des relais forts et ce qui a permis aux conducteurs de… mieux connaître les jeunes et inversement aux jeunes de mieux connaître le métier de conducteur. »151

Ce travail d’explication et de dialogue mené par les agents de Vivre en Ville, n’est cependant jamais définitif. Et ce, simplement par le fait que chaque année voit arriver au Polyvalent de nouvelles générations de jeunes, qui n’ont pas le respect des règles de fonctionnement du transporteur.

On est vraiment dans un problème lié aux représentations collectives du service public, et des institutions, plus globalement. Les animateurs de ligne se sont même aperçus combien il était important de ne pas perdre le contact avec le terrain. Dès que la présence de Vivre en Ville se fait moins forte ou que les agents SEMVAT clairement identifiés par les jeunes se détachent du terrain, les incivilités reprennent.

« Si vous voulez, y a jamais rien d’acquis. Ça demande une présence de tous les instants. »152 Les interviewés insistent sur « une présence de tous les instants ». Les agents de médiation sont-ils des passeurs au sens où ils amènent deux mondes à se connaître et à dialoguer ? Leur action est-elle ponctuelle ? Ou bien sont-ils une nouvelle fonction dans la chaîne de travail de la SEMVAT, et un maillon indispensable à son bon fonctionnement ? Cela ne pose-t-il pas aussi la question de la délégation à Vivre en Ville, du relationnel avec les publics problématiques ?

Ces réflexions posent à nouveau la question des conséquences à long terme de politiques encourageant la gestion interpersonnelle des conflits là où ce sont en réalité les institutions françaises et le modèle de citoyenneté qui sont remis en question.153

Pour les responsables de ligne interviewés, les agents Vivre en Ville font partie de leur équipe de travail. Ce qui en fait la démonstration, c’est qu’ils ne laissent pas les agents Vivre en Ville aller seuls sur le terrain, où ils se retrouveraient seuls à affronter les masses de lycéens notamment. Leur idée n’est pas de déléguer ce travail de « socialisation » des jeunes aux normes du service public de transport, mais d’avoir avec eux des passeurs. « Je suis solidaire avec eux, et par exemple au Polyvalent… Même au début, ils (les agents de Vivre en Ville) me disaient : « Mais c’est bon, j’y vais ! » J’ai dit non ! Premièrement ça me fait du bien d’être avec vous parce que les jeunes m’identifient. Donc ils savent qui je suis (…) Ensuite, vous, vous les connaissez donc pareil, c’est un trait d'union avec moi donc ça fait que (…) ils connaissent mon rôle et y a des contacts qui se créent. »154 Pour eux, il est important que Vivre en Ville ne se voit pas déléguer le « sale boulot ». Ils veulent montrer qu’eux aussi affrontent le terrain, mais qu’ils ont besoin de passeur à certains moments, pour les relier aux jeunes.

Vivre en Ville fait donc partie de leur équipe de travail. Du moins, c’est leur souhait. Les laisser seuls sur le terrain voudrait dire – étant donné leur statut très différent de celui des agents SEMVAT – qu’on leur délègue ce que personne ne veut faire à la SEMVAT. Alors les responsables de ligne se font un devoir d’être aux côtés des agents Vivre en Ville. C’est pensent-ils, une forme de valorisation du travail des agents de Vivre en Ville, et le signe de leur intégration dans l’équipe de travail de la SEMVAT.

Et ce, d’autant plus qu’ils n’ont pas été facilement acceptés par les agents de base au début. Certains salariés de la SEMVAT en effet, ont regardé d’un mauvais œil que des jeunes pour la plupart issus des quartiers du Mirail, donc identifiés comme des jeunes avec qui ils peuvent potentiellement avoir des difficultés, viennent travailler à leurs côtés. Et, pour les agents de Vivre en Ville, cela a été interprété comme une forme de racisme. C’est en tous cas un argument qui justifie à leurs yeux le fait que des salariés de la SEMVAT les rejettent encore aujourd’hui, alors qu’ils ont fait la preuve de leur efficacité sur le réseau des bus.

Pour les responsables du site de Basso Cambo, la sécurité de leurs territoires d’intervention est devenue complètement dépendante de la présence des agents de Vivre en Ville. C’est la quasi-unanimité parmi les conducteurs du site : « Les agents Vivre en Ville, ils sont efficaces, ils sont crédibles, ils font bien leur boulot, et si jamais on les a pas là, demain, et bien on a du souci à se faire. (…) Si Vivre en Ville se retirait demain, c’est sûr que les conducteurs aujourd’hui ayant perçu leur utilité, je pense que… y aurait certainement une levée de bouclier parce que bon, faudra mettre autre chose en place. »155

Ce n’est pas d’interventions d’urgence dont les personnels des bus ont le plus besoin, mais d’une présence de tous les instants sur le terrain afin de bien montrer quel est le territoire du service public, et les règles qui le régissent. Le service Prévention de la SEMVAT ne pourrait pas remplacer à leurs yeux les agents de médiation de Vivre en Ville. En effet, les agents de la prévention n’interviennent que sur appel. Et ce, contrairement aux agents de Vivre en Ville qui assurent une présence à des endroits ciblés. Leur présence à ces endroits-là, dissuade les jeunes en particulier, de commettre des incivilités et les encourage au respect du territoire du transporteur.

Tout cela donne à penser qu’on est dans une espèce de logique de guerre entre jeunes des quartiers et services publics. Une guerre qui se joue sur le territoire du service public qui se sent envahi par des jeunes qu’il ne peut maîtriser.

Un agent de maîtrise notera d’ailleurs, la confusion dans les appellations. Le service Prévention intervient lorsqu’il y a un problème, et joue donc un rôle de réparation. Alors que les agents de Vivre en Ville dénommés agents de médiation, préviennent les problèmes éventuels par leur présence. « …Ça fait plus flicage… je veux dire, dans la mentalité de ces jeunes. Faire venir la Prévention, euh c’est souvent suite à un problème qui s’est passé. Alors que Vivre en Ville, le fait qu’ils soient présents en permanence ici, ils jouent un rôle de« Bon, je le vois, il est là, donc euh… » Il empêche le problème ! Vous voyez ? Il empêche le problème de se produire parce qu’il est présent dans le secteur. Alors que l’autre, on l’envoie souvent pas par prévention – c’est un faux nom prévention ! Parce qu’ils y sont pas sur le moment. Donc quand on le fait venir, c’est déjà trop tard, y a déjà eu agression du conducteur ou autre chose. - Et c’est Vivre en Ville qui fait la prévention en fait. M : Voilà, oui, tout à fait ! C’est plutôt, enfin, moi, c’est ce que je vois, c’est Vivre en Ville qui fait de la prévention… Et Prévention qui fait du curatif (rire) ! C’est pas tout à fait euh… les noms c’est pas bon du tout. »156

Mais on peut cependant se demander si la présence des agents de médiation a réellement réussi à imposer le respect des personnels de la SEMVAT ou si au fond les jeunes ne font que respecter les agents Vivre en Ville qu’ils sont identifiés comme leurs pairs. Car en l’absence de Vivre en Ville, il semble que les incivilités reprennent au lycée Polyvalent notamment. Dans ce cas, la « médiation » de Vivre en Ville ne fait-elle pas écran entre la SEMVAT et les jeunes ?

Pour les personnes interrogées, conducteurs et responsables de ligne, la présence de Vivre en Ville ne paraît pas avoir réglé le problème de l’insécurité de certaines lignes. Il est certain que les interventions de Vivre en Ville sur la ligne 12 par exemple, ont fait baisser les incivilités. Mais il reste qu’en l’absence des agents Vivre en Ville, les responsables de ligne avouent être dépassés. « Donc en laissant une latitude et en remontant au quotidien les problèmes, on s’aperçoit que les problèmes si on les traite au jour le jour, les problèmes disparaissent. Maintenant, on peut pas dire que ces problèmes sont réglés. Parce qu’on me dit, est-ce qu’on pourrait pas alléger le dispositif ? J’ai dit non, parce que dès que le dispositif ne fonctionne pas, je l’ai vu moi cette année avec la piscine, croyant que la piscine ne fonctionnait pas, j’avais prévu personne et le 1er jour où elle a fonctionné, on a eu des problèmes. »157 Les personnels de la SEMVAT ne parviennent pas à faire respecter le rite de la validation, et les gros afflux de jeunes usagers sont source de problèmes (insultes, dégradations…). Ce qui ne se produit pas en présence de Vivre en Ville.

Les agents de médiation parviennent eux, à rappeler les consignes d’entrée et de sortie des bus, à faire respecter les personnels de la SEMVAT, et le matériel. Ce qui fait dire aux responsables interviewés que Vivre en Ville est reconnue comme étant là pour rappeler la règle. « Finalement, Vivre en Ville, c’est toujours… C’est le rappel à la règle. C’est toujours le rappel à la règle. (…) « Montez pas au milieu, montez par devant… » Rappel à la règle de valider, laisser descendre les gens avant de monter quand arrivent les articulés. C’est toujours le rappel à la règle. Ne faites pas le zouave sur la route parce que le bus passe, vous êtes nombreux, il peut en toucher un. C’est toujours le rappel à la règle… Rappel à la règle. Et ils sont reconnus comme ça. B. : Ils sont reconnus comme ça par les clients. Moi, j’ai reçu un courrier d’une cliente qui était dans le 13, qui disait qu’on pourrait demander aux agents Vivre en Ville qui sont au Polyvalent de laisser un peu le Polyvalent, d’alléger un peu le Polyvalent pour aller au Collège Cépière. Même les clients ! (…) Ils les ont identifiés à ces jeunes, ils savent pourquoi ils sont là (…) Ils sont garants de la règle, de la règle de bonne utilisation des transports en commun. »158

Dès lors, on peut dire que Viivre en Ville vient pallier l’autorité perdue du service public. Les agents de médiation sont immédiatement reconnus par les jeunes parce qu’ils se connaissent dans le quartier ou simplement à cause de leurs origines ethniques.

Leur compétence pour faire respecter la règle du service public paraît donc fondée sur leur origine sociale et ethnique. Pour certains, il est évident que l’origine sociale et ethnique joue comme compétence professionnelle. Il est nécessaire pour s’adresser aux jeunes des quartiers d’en être soi-même originaire. La relation des agents de Vivre en Ville avec les jeunes qui posent problème aux agents SEMVAT est particulière. « …Je pense qu’au début, ça devait être un genre de boulot médiateur qui devait se faire. Bon, et puis là, à l’heure actuelle, ils se situent entre le médiateur, le copain – parce qu’ils sont connus hein, ils sont du quartier ! Le copain, et puis euh… je veux dire, bon euh… je vois des fois, ils les prennent, ils sanctionnent hein ? Ils… Enfin, moi, je le vois des fois comme ils se traitent des fois ! Nous, on ferait la même chose qu’eux, ça serait du racisme. (…) Alors qu’eux, … ils vont lui foutre euh… une claque (rire) le gosse, il va rien dire parce qu’il le connaît, il le traite comme un grand frère et donc… Et en plus, c’est quelqu’un qui a bien tourné parce qu’il a du boulot ! Ah oui, par rapport aux mecs du quartier. Ce sont des gens qui ont du boulot. Dans un monde où y a je sais pas combien de chômeurs, je veux dire ce sont des gens qui ont du boulot. Donc, ils passent pour… un point à atteindre et pas le contraire ! »159

Les agents de Vivre en Ville utilisent des méthodes que la SEMVAT ne peut se permettre d’utiliser par manque de légitimité. Et on voit ainsi se dessiner un monde, celui des « jeunes des quartiers » dans lequel aucune personne étrangère n’a d’accès. L’agent Vivre en Ville fait partie de ce monde tout en y étant maintenant extérieur puisqu’il a du travail. Cela fait de lui un modèle de réussite et lui confère de la légitimité.

L’agent Vivre en Ville est sorti de la « galère » : il est entré dans la « normalité » que donne l’accès au travail. L’insécurité ou le seul sentiment d’insécurité, que provoquent les jeunes, est donc fortement corrélé à la question de l’emploi des jeunes. Il semble bien que l’enjeu de ces deux univers qui s’affrontent sur le territoire du service public, soit l’accès à la « normalité » par le travail. Le travail représente le signe de l’intégration sociale.

Le régulateur de lignes que nous venons de citer, souligne encore l’incompréhension et les malentendus qui existent entre le monde social des jeunes des quartiers et celui des personnels de service public qui représente la société « normale », celle qui a un emploi et la reconnaissance qui l’accompagne. Aucun des deux ne connaît réellement l’autre. Alors, il y a beaucoup de suspicions. Le recrutement des agents de Vivre en Ville sur la base de leur appartenance au monde social de la jeunesse des quartiers, devient somme toute logique. « Je pense qu’il faut pour ce genre de personnages, euh… on n’est pas adapté. On n’a pas la même mentalité de pensée. Et donc euh… pour savoir ce que l’autre, il a dans la tête, je pense qu’il faut quelqu’un qui sache ce qu’il a dans la tête. C’est… Et eux, ils savent comment les autres en face, ils pensent ! D’ailleurs, ils se permettent de… de faire des choses que nous, on se permettrait pas euh… par rapport à notre façon de voir les choses et de vivre. »160

On a donc deux mondes, et deux types de mentalité qui semblent hermétiques l’un à l’autre. Mais ils ne se comprennent pas par méconnaissance. C’est pourquoi, il est indispensable que des passeurs soient mis en place. Sans cela, le conflit reste la seule relation entre ces deux mondes. L’agent Vivre en Ville apparaît tout à fait approprié pour occuper ce rôle, car il connaît les deux mondes par sa position d’entre-deux.

Ce qui confère légitimité aux agents de Vivre en Ville vis-à-vis des jeunes des quartiers, c’est qu’ils sont sortis du monde de l’exclusion puisqu’ils ont un emploi, et un emploi dans un service public. Leur exemple donne l’espoir à leurs pairs de sortir à leur tour de la « galère ». C’est un peu une image de grand frère que véhiculent les agents de Vivre en Ville, sur le site de Basso Cambo ou dans les bus. Il est un grand frère que l’on respecte parce qu’il a une place dans la société, et qu’il montre qu’il y a de l’espoir d’avoir un emploi.

Cet espoir reste néanmoins fragile, car Vivre en Ville est plus que dans l’incertitude quant à son devenir. Pour les salariés de la SEMVAT interrogés, laisser tomber Vivre en Ville après l’aide qu’ils leur ont apportée, aurait un effet de boomerang dans les quartiers.

« Le jour où ils vont partir euh… ça va repartir à l’envers mais beaucoup plus fort.(…) Il faut pas les lâcher. Si on les lâche, ça y est ! Et puis en plus pour peu qu’eux, ils disent que… ils ont fait des trucs et qu’après ils se sont fait traiter comme des malpropres, qu’on s’en est débarrassé comme on les a vus venir… Euh… je veux dire ça la foutrait mal ! ça la foutrait mal. »161

Il y avait donc un enjeu fort autour de Vivre en Ville. En n’utilisant cette association que de manière ponctuelle, sans réelle prise en compte de la plus value des agents de médiation, les entreprises partenaires de l’association n’ont-elles pas amoindri le message qu’elles ont voulu faire passer dans les quartiers en créant Vivre en Ville ? L’action de Vivre en Ville a apporté une solution superficielle aux difficultés du service public et aux problèmes de la jeunesse des quartiers. Les problèmes n’ont pas été traités en profondeur.

Certains avaient envisagé le passage par Vivre en Ville comme un tremplin vers un emploi stable. Vivre en Ville se voulait une période de transition pour des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle. L’action d’un service public comme la SEMVAT en direction des jeunes, ne peut réussir que dans la mesure où des perspectives professionnelles existent réellement pour les agents de médiation. Les agents de base estiment qu’une contrepartie devait être donnée aux agents de Vivre en Ville en échange de leur aide apportée pour dialoguer avec les jeunes des quartiers. Les salariés de la SEMVAT qui travaillent en étroite collaboration avec Vivre en Ville, et qui ont reconnu leur efficacité revendiquent cela pour les salariés de Vivre en Ville. Si on ne donnait aucune perspective aux agents de médiation, l’espoir qu’ont pu donner les jeunes de Vivre en Ville à d’autres serait déçu, et alors quelles relations s’instaureraient, avec la jeunesse des quartiers vers laquelle la SEMVAT a dit vouloir aller ? « Je crois que si on veut que ça marche, faudrait que ces jeunes qui font de la médiation puissent obtenir après X temps, peut-être pas tous mais certains, des postes ailleurs, à EDF, Motorola (…) Oui un tremplin pour aller quelque part parce que bon tous n’en ont pas les capacités mais un certain nombre oui, pour faire du contrôle chez nous ou autre… il faudrait ouvrir des espoirs. Je crois qu’au niveau des quartiers, il faudrait ouvrir des perspectives à ces jeunes en voie d’intégration, bon… après 3 ou 4 ans à Vivre en Ville, il a certainement envie de faire autre chose. »162

En passant par Vivre en Ville plusieurs jeunes se trouvent en situation de faire leurs preuves de bonne conduite, de bonne volonté aussi à vouloir « s’insérer ». Les problèmes d’insécurité sur le réseau des transports urbains étant fortement liés à la question de l’emploi des jeunes, négliger de reconnaître les efforts de jeunes comme ceux de Vivre en Ville, justifieraient le sentiment d’exclusion de la jeunesse des quartiers. Car les agents de médiation ont souvent été en première ligne des difficultés avec les voyageurs, et ils ont montré leur bonne volonté malgré un positionnement difficile à tenir à certains moments.

« Ils en prennent plein la figure. Bon, il leur faut être en position de recul ! Parce qu’ils ont pas un côté… euh nous on voit que le côté professionnel. Mais ils ont pas un côté facile comme il disait. Quand ils reviennent le soir, bon maintenant ça s’est calmé mais au départ on leur disait : « Vous vous êtes vendus euh… ! » - Oui, c’est comme s’ils avaient changé de camp ? B : Voilà, voilà ! Donc maintenant au bout de 3, 4 ans, bon les choses se sont calmées. On les reconnaît. Mais au départ c’était pas facile pour eux. Ils avaient : « Mais qu’est-ce que tu m’emmerdes quand je prends le bus, tu m’as fait payer ! T’es pas SEMVAT, etc. Et t’es contrôleur ? » Il faut le reconnaître que c’est pas facile pour eux ! Parce que ça, il faut avoir une vue d’ensemble ! Et donc, ça ils se sont défoncés là-dessus et ils ont eu des positions qui étaient pas toujours faciles et bon, maintenant, ils sont un peu déçus. Parce que même si c’est vrai que l’entreprise avait aucune obligation de les embaucher, mais bon… A : C’est de la reconnaissance. - Ils vous le font ressentir ce manque de reconnaissance ? A et B : Ah oui ! B : Oui ils le font ressentir à tout le monde hein ? Bon, suite au conflit… et comme nous donc, justement, c’est pas pour nous jeter des fleurs, mais comme on est assez bien avec eux et on est assez bien reconnu – parce que nous on a su dire d’abord aux personnes qu’il fallait… « C’est des gens bien. » Et on a su reconnaître euh… Et y a eu un rapport de confiance entre eux et nous. »163

Les emplois-jeunes se sont donc révélés indispensables, pensent les salariés de la SEMVAT que nous avons interrogés. Ils ont permis de désamorcer de nombreuses situations.

« Nous, on a reconnu leur professionnalisme, on l’a dit à leurs supérieurs, on l’a dit qu’on était très content de leurs services. On dit : attention ! Si la structure existe plus en 2003, on va vers de gros problèmes, et de graves désillusions ! On pourra pas fonctionner sans ! Qu’ils s’appellent Vivre en Ville, machin, chouette ! Si on nous enlève la structure des quartiers, on pourra pas, on va repartir sur des graves problèmes. A : On pense que si c’est pas des gens qui touchent aux quartiers… De toute façon, nous on pénétrera pas les quartiers. Moi, je crois qu’il faut être issu de ces quartiers ! B : C’est un vase clos quand même ! C’est un vase clos. »164

Pour les acteurs, le traitement de la question des quartiers « sensibles » appelle des réponses différentes du reste de leur territoire d’intervention. On demeure dans une logique de discrimination positive. Or, la crise que traverse l’ensemble des services publics dans leur relation avec cette jeunesse menaçante et étrangère n’est-elle pas une demande de traitement égalitaire que l’on soit jeune d’origine africaine ou non ?

Les acteurs que nous avons interrogés veulent voir se pérenniser un système d’aide à l’insertion socio - professionnelle. L’analyse repose sur le lien entre le manque d’emploi, l’inadaptation des jeunes à la société « normale » et la violence de ces mêmes jeunes. Dès lors, il est question de leur donner l’occasion de faire la preuve de leur bonne volonté à rentrer dans la société « normale » et à la suite de cela, de leur proposer un emploi « normal ». Durant cette période de probation, ils pourront réparer un peu de la violence qui existe entre les agents des services publics et leurs pairs. Le jeune des quartiers demeure aux yeux des agents des services publics, un jeune qu’il faut traiter différemment. Que les jeunes des quartiers sentent qu’ils ont des possibilités de faire leurs preuves, et de trouver une place sociale et la violence somme toute symbolique à l’égard du service public trouvera un apaisement.

Vivre en Ville révèle en tous les cas un vide social dans la relation entre les institutions et les jeunes des quartiers en particulier. « Alors, je sais pas si c’est vraiment une volonté politique de continuer dans ce, dans ce statut. Il faut pas qu’ils rêvent, hein ? ça s’arrête, ça re-pète ! ça ! S’ils croient qu’ils ont résolu le problème, alors là, ils peuvent se mettre les doigts dans le nez hein ? ça c’est tranquille hein ! - C’est pas un problème qui se règlerait comme ça. M. : Non, c’est un boulot de tous les jours. De tous les jours. - Il faut toujours un intermédiaire. M. : Tout à fait, c’est un peu comme euh… si c’était une prison, ici, hein ? C’est un peu comme si c’était une prison. Ils ont tout dans leur secteur et… s’il y a pas de médiateur euh… »165

La fonction de médiation est envisagée comme un pont qui relie deux mondes sociaux. «  Je veux dire, la Direction doit les considérer comme ça, comme des pièces rapportées. (…) Et puis peut-être qu’on pourrait leur donner d’autres missions hein ? Des missions plus pédagogiques hein ? Pas forcément de la surveillance. - Oui parce que là vous avez l’impression qu’ils sont cantonnés à…M. : Ils font de la surveillance. Alors qu’ils pourraient avoir des missions de médiateurs, de… de pédagogie euh… peut-être même d’instruction. De l’instruction. (…) Je veux dire c’est une volonté (la volonté d’apporter des solutions aux problèmes dans l’espace public des villes) qui doit suivre de politicien en politicien, les uns derrière les autres. Comme un mec qui passe la tondeuse à la Ville, comme quelqu’un qui fait euh l’élagage des arbres, qui travaillent pour la Ville, il est payé pour ça. Pourquoi pas ce secteur aussi ? Disons, voilà ! Les embaucher ! Les embaucher carrément. Qu’ils soient là et qu’ils gèrent… Qu’ils mettent quelqu’un pas forcément de la SEMVAT pour les gérer, mais quelqu’un de la ville qui les gère. Peut-être un ancien policier, ou un policier municipal… les fixer sur la Police municipale par exemple, avec une mission plus pédagogique que la Police municipale a. - Oui les répartir que l’espace public en général. M. : Tout à fait Travailler pour le public, et les mettre partout. Mais j’ai pas l’impression que ce soit comme ça. Mais de toute façon, faut pas qu’ils se leurrent hein ? Quand ils vont partir, la casse va recommencer. »166
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