Thèse de doctorat en sociologie





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Entretien 13A, mercredi 20 février 2002.


K. (garçon, origine maghrébine) est agent RIM dans le métro depuis novembre 2001.

L’entretien a lieu dans le local de sécurité de la station du métro Jolimont. La consigne est : « Raconter ton parcours jusqu’à Vivre en Ville et ton expérience de travail à Vivre en Ville ».

- Est-ce que tu peux me raconter ce que tu as fait comme études, les diplômes que tu as et les 1ers emplois que tu as occupés ?

K : Ok, bon ben j’ai été au collège à Stendhal, j’y suis resté jusqu’à la 3ème. Ensuite, je suis parti au lycée Polyvalent euh en études de compta, en technologie. Donc j’ai fait mes trois ans là-bas, j’ai eu mon bac. Après mon bac, euh je suis allé à la fac. J’avais demandé un BTS avant.

- T’avais demandé quoi comme BTS ?

K : J’avais demandé un BTS compta et un BTS commerce. Le compta, on m’avait accepté mais j’ai pas voulu le faire, et le commerce on m’a refusé. C’était plutôt le commerce que je voulais faire.

- Oui, et on t’a dit pourquoi on t’avait refusé ?

K : Pour le BTS commerce ? Non. Liste d’attente… et puis après ils m’ont renvoyé mon dossier en me disant que c’était pas la peine.

- Du coup, tu t’es inscrit à la fac…

K : Du coup, je suis parti à la fac qui m’a… qui m’a strictement donné. La plupart des cours je les avais pas bûché… Moi, si j’avais demandé un BTS, c’est parce qu’il me fallait un encadrement. Donc à partir de là… Après ça, je me suis mis à travailler vu que je foutais rien, quoi !

- Qu’est-ce que tu avais commencé comme études à la fac ?

K : A la fac, sciences éco. J’avais fait AES la 1ère année, je l’avais raté. Et l’année suivante, j’ai pris sciences éco et j’y suis pratiquement pas allé, quoi. Je me suis mis à bosser. La 2ème année, j’ai vu que c’était impossible. Et c’est là où j’ai commencé l’intérim. J’ai fait deux ans d’intérim pratiquement.

- Dans quel domaine ?

K : Ouh ! Manutention, distribution, commerce… j’ai tout fait. En 2 ans, j’ai touché à tous les boulots.

- D’accord. Et donc tu as fait ces petits boulots-là et puis… Comment ça se fait que tu as décidé de postuler à Vivre en Ville ? Comment t’en as entendu parler ?

K Comment j’en ai entendu parler ? Ben, déjà les ¾ des employés je les connais.

- D’accord.

K : Si ce n’est pas plus ! Donc, moi ça fait un moment que j’avais ça en tête, mais euh… comme j’avais eu, comme j’ai vu que j’avais mon bac, c’est pas que j’avais de la prétention mais quand même je me suis dit peut-être que je trouverai mieux que l’emploi-jeune. Je me suis dit peut-être avec le niveau de mes études… enfin tu vois ?

- Oui…

K : Et quand j’ai vu que mes études euh…

- Oui que ça marchait pas ?

K : J’allais plus en cours, alors je me suis retrouvé en intérim et j’ai galéré en intérim…

- Alors tu t’es dit que Vivre en Ville…

K : Je me suis… j’ai postulé un peu partout, et petit à petit mes collègues qui étaient à Vivre en Ville, ils m’ont… Ils m’ont relancé sur ça. Ils m’ont dit que je devrais le faire et tout ça. Et je me suis lancé, j’ai postulé.

- Et comment tu voyais ce travail à Vivre en Ville ? ça représentait quoi pour toi Vivre en Ville ?

K : De travailler à Vivre en Ville… Pour moi, de toute façon, même si… pour moi à la base, même avant de rentrer, c’était temporaire ! C’était temporaire. C’était rentrer à Vivre en Ville, j’avais des conditions… Passer une formation, et ensuite m’en aller.

- Oui, Vivre en Ville pour toi, c’est un moyen de suivre une formation ?

K : Ah oui ! J’ai pas envie d’y faire ma carrière ! C’était pour passer ma formation et… partir.

- Et pour toi avant de rentrer à Vivre en Ville, le travail d’agent dans le métro, ça consistait en quoi ?

K : En gros, c’était de la sécurité. C’est même pas de la médiation qu’on fait, c’est rarement de la médiation ! C’est du renseignement, vérifier les tickets, le distributeur…

- Et tu le voyais comme ça avant de rentrer à Vivre en Ville ?

K : Non, je le voyais pas comme ça. Maintenant, je le vois plus dur.

- Oui ?

K : Parce que c’est nous, le 1er bouclier de la SEMVAT c’est nous. C’est-à-dire les clients c’est nous qu’on les reçoit, les insultes, c’est nous qu’on se les prend. Euh… quand les gens sont pas contents, ils le font savoir à nous. C’est nous d’abord qu’on encaisse et après nous, on le fait remonter.

- Ah oui, tu as vraiment l’impression que vous êtes un bouclier ?

K : Oui, oui on est le bouclier. Quand y a une décision qui est prise par la SEMVAT, comme là pour le passage à l’euro, on en a pris plein la gueule.

- Ah oui ?

K : Oui, la moitié des distributeurs qui marchaient pas, euh… les cartes bancaires qui voulaient pas fonctionner ! Et sur qui, ça tombait ? C’était sur nous !

- Oui, et donc toi, tu pensais pas que c’était aussi difficile ?

K : Non, non, pas du tout, pas du tout. Moi, quand je voyais mes collègues, je me disais : « Oui, ils sont en station, ils sont tranquilles… des fois y a un ami qui passe, ils l’arrêtent, ils discutent… » Moi, c’était vraiment tranquille mais après quand j’y suis venu, j’ai souffert, hein ! Ah ! J’ai vraiment souffert.

- Oui.

K : Oui, même physiquement j’ai souffert. Les maux de dos à force de rester debout 7 heures.

- Et comment ça s’est passé quand t’as commencé à Vivre en Ville, comment on t’a formé ?

K : On m’a formé la 1ère semaine… Mon 1er contact ? Moi, ce qui était bien, c’est que je connaissais déjà mes… mes futurs collègues, donc l’ambiance était déjà détendue. Ensuite, j’ai passé une semaine avec les chefs d’équipe, ils m’ont fait tourner, ils m’ont fait… Chaque jour, ils me mettaient avec un agent différent, avec des agents d’expérience. ça veut dire que ça faisait plus d’un an, deux ans qu’ils y étaient. Donc, après ils m’ont appris les tickets, comment il fallait faire, les petites astuces pour pas se faire embobiner tout ça. Et après c’est parti. De toute façon, c’est sur le tas qu’on apprend.

- Oui… Tu penses que vous êtes suffisamment formés  pour faire ce travail ?

K : Non pas suffisamment, non.

- Qu’est-ce qu’il vous faudrait comme formation ?

K : Moi, la 1ère chose qui me faudrait, moi déjà, c’est les 1ers secours.

- Ah oui, parce que ça arrive souvent… ?

K : Ben moi, ça m’est déjà arrivé, j’ai déjà vu une femme tomber, elle saignait de la tête, elle saignait de partout et je savais pas quoi faire. A part appeler le PC et demander les secours… Si une femme, elle a eu un malaise, ce que je sais moi, en gros, c’est la mettre sur le côté et la couvrir, hein ! A part ça, je sais rien d’autre.

- Alors, t’as appelé le PC ?

K : Oui, j’ai appelé le PC, et je leur ai demandé d’appeler les secours. Et je l’ai accompagnée en attendant que…

- T’as quel genre de problèmes à gérer dans une station ?

K : Des fraudes, en grande partie des fraudes.

- C’est le problème le plus important ?

K : L’un des problèmes les plus importants.

- Et comment tu le gères alors ?

K : Comment je le gère ? … Aucun sentiment.

- Aucun sentiment, c’est-à-dire commet ça se passe, tu fais du contrôle de titres ?

K : ça m’est déjà arrivé de payer des tickets de ma poche.

- Ah oui ?

K : Oui. Plusieurs fois.

- Et pourquoi ?

K : J’en ai tellement marre de me prendre la tête que des fois la personne qui vient me saouler, je lui dis : « Tiens, s’il te plaît prends un ticket et parle pas avec moi, s’il te plait ! »

- Oui, parce que les gens ils vous disent qu’ils ont pas de sous…

K : Ils ont 35 ans, ils ont pas de sous et ils ont des vestes en cuir, des chaussures qui brillent et ils ont pas un euro pour prendre le métro ! Donc pour pas que ça dégénère, je me suis déjà engueulé plusieurs fois… alors je préfère lui donner un euro. Et la plupart du temps, quand je donnais un euro, c’était… c’était euh… des personnes de la cité, quoi, qui… ou sa carte elle marche pas ou il l’a pas renouvelée, quelqu’un qui est pressé, ou quelqu’un qui a pas de monnaie sur lui. ça m’est déjà arrivé de dépanner comme ça d’un euro.

- Tu le fais quand c’est quelqu’un que tu connais…que tu as déjà vu…

K : Non… quand c’est quelqu’un que je connais, oui je le dépanne d’un euro, si je les ai, je lui donne. Si je les ai pas je peux rien faire pour lui. Et puis d’un autre côté, moi si ça m’arrive, si c’est mon ami, il va pas me mettre dans la merde !

- Oui. Tu connais souvent des gens qui passent dans le métro ?

K : Oui, j’en connais beaucoup, oui.

- Et tu penses que ça facilite les choses de connaître beaucoup de monde ?

K : Non, justement parce qu’ils nous connaissent, donc d’un autre côté, ils peuvent en profiter aussi.

- Oui… Et ils vous respectent plus parce qu’ils vous connaissent, ils vous respectent moins.

K : Si au niveau du respect oui ! C’est vrai, quand y a des gens de la cité qui viennent et qui me voient moi, dans la station, ils remontent. Tandis que si c’était un autre, ils auraient insisté, ils auraient essayé de passer.

- Oui, et là ils payent leur ticket…

K : Ils payent leur ticket.

- Qu’est-ce que tu penses qu’il faut avoir comme compétences, comme qualités pour faire ce travail ?

K : Le dialogue principalement. Ah oui ! Savoir calmer les gens. ça, c’est… quand y a une panne, ah oui, il faut savoir parler, il faut savoir calmer les gens. Si tu y arrives pas, après t’es débordé. Il m’est déjà arrivé d’être à Mirail Université avec 500 étudiants devant moi, et j’ai été obligé de monter sur les valideurs, de bout sur les valideurs pour leur dire de pas valider leur ticket… et de crier et… !

- Ah oui ! Et t’es souvent seul en station ?

K : Oui, la plupart du temps, on est seul.

- Donc, oui il faut savoir dialoguer…

K : Etre patient et savoir encaisser aussi.

- Oui ?

K : Oui ! Savoir se maîtriser parce qu’oui, quand on se fait insulter ou quoi !

- ça arrive souvent, ça de se faire insulter ?

K : Ben oui quand y a des personnes, elles veulent passer de force et qu’on les refoule… On les stoppe quoi ! En remontant, on se prend les insultes… Quand eux, ils remontent et qu’ils s’en vont, on se prend des insultes la plupart du temps.

- D’accord. Qu’est-ce qui te paraît le plus difficile dans ce travail ?

K : Le plus difficile ? … C’est euh… le physique, le fait de rester debout.

- Oui, le fait de rester debout.

K : Oui, parce que même avant de rentrer à Vivre en Ville, j’ai eu un lumbago en travaillant, parce que je portais des charges lourdes. Et le 1er mois où je suis arrivé, j’ai vraiment souffert, j’avais les talons morts, j’avais le dos ! J’en pouvais plus !

- Et après avec le temps ?

K : Après avec le temps, oui on s’habitue. Je me suis habitué. Mais le fait d’avoir sept heures et de pas avoir de pause, des fois quand tu demandes au PC une pause de cinq minutes, ils sont là : « pff ! » Et eux, ils sont assis confortablement en train de nous regarder ! C’est lourd.

- Oui, et les relations avec la SEMVAT, ça se passe comment ?

K : En ce moment, c’est tendu.

- Oui, pourquoi en ce moment ?

K : Je sais pas. Y a une équipe de nouveaux qui est rentrée et ils ont l’air de vouloir faire leur boulot trop bien. Bon, peut-être c’est avec le temps, ils vont se recaler mais bon, pour l’instant, ils veulent le faire trop parfaitement. Donc, la moindre… le moindre petit décalage, ils sont là à t’appeler, et ils te crient dessus.

- Ah oui ?

K : Oui, oui !

- Ils sont plus exigeants avec vous ?

K : Plus exigeants oui. Mais vu qu’ils sont nouveaux,, alors peut-être ils se disent : « Oui, il faut que je fasse mes preuves, il faut que je montre que je suis sérieux, que je suis carré, je laisse rien passer. »

- Oui et donc du coup…

K : Oui, donc du coup, c’est nous qu’on subit !

- Et ça t’arrives de travailler en collaboration avec eux ?

K : Oui, oui bien sûr !

- Et c’est eux qui vous appellent, c’est toi qui fais appel à eux ?

K : Ah ça vient tout seul, ça dépend. S’ils font, s’ils font les contrôles des sorties, nous on n’a pas le droit de faire les contrôles des sorties, donc… On assiste. Les sorties, là où les gens sortent, nous on n’a pas le droit de les contrôler, on contrôle que les entrées.

Donc, la plupart du temps, des fois quand ils sont trois, y en a deux qui font les sorties et le dernier il fait les entrées avec moi. Donc je donne un petit coup de main.

- Oui, c’est eux qui font appel à vous.

K : Oui, c’est ça.

- Et toi, ça t’arrives de les appeler ?

K : Oui, si je fais un contrôle, si je vois qu’il y a un problème avec le ticket, euh je les appelle.

- D’accord. Mais tu les appelles pas pour venir t’aider à contrôler ou… ?

K : Non, non, du moment que… si je vois que tout se passe bien. Si je contrôle et que les tickets sont bons, je les appelle pas, ça sert à rien. Je le fais tout seul.

- Tandis qu’eux ils peuvent t’appeler s’ils décident de faire du contrôle dans telle station ?

K : Sur la station où je suis moi, ils peuvent me demander de l’aide, oui.

- Tu as un exemple de problème que tu as eu à gérer dans le métro ?

K : Un problème que j’ai eu à gérer ? … Oui, ben une fois ici, à Jolimont, y avait tous les distributeurs et sur les trois ou les quatre qu’il y a – il y en a deux en haut et trois en bas- et ben sur les cinq, y en avait qu’un qui marchait. Et y avait une queue de peut-être quinze ou vingt personnes, pour acheter un ticket. Donc, ce que j’ai fait, j’ai intuité. Y avait un OTCM, lui, il a pas pensé à ça. J’ai regroupé les commandes, c’est-à-dire que les personnes qui prenaient un ticket chacun, parce qu’on peut les prendre par cinq maximum. Donc, j’ai demandé qui c’est qui prenait un déplacement, je prenais cinq personnes, et je leur prenais leurs euros. J’achetais… Je regroupais les personnes pour les faire circuler plus vite. Et même l’OTCM, ça l’a étonné.

- Et qu’est-ce que tu penses que vous faîtes de différent par rapport aux agents de sécurité, aux agents de station, aux vérificateurs, qu’est-ce que Vivre en Ville fait de différent ?

K : La prévention, le week-end. C’est la seule différence, sinon, en station c’est la même chose.

- Oui, c’est la même chose…

K : Oui, c’est la même chose, à part que nous, on peut faire des roulements, on peut changer de station, c’est la seule différence qu’il y a avec nous, sinon on a le même travail.

- Et dans la façon de la faire, vous le faîtes tous de la même manière… vous abordez peut-être les clients différemment ?

K : Non, je pense que c’est tous pareil.

- Et pourquoi à la SEMVAT alors, ils font pas faire ça par leurs agents à eux ?

K : Je sais pas du tout. Je sais pas du tout… En gros, ils nous font faire le sale boulot.

- Oui ?

K : Oui, déjà les stations… les stations de cités c’est nous qu’on se les fait.

- Oui… vous arrivez mieux à les gérer qu’eux ?

K : Ah oui ! Beaucoup mieux, oui !

- Et pourquoi ?

K : Parce que dans la cité, 80% c’est des Maghrébins comme nous.

- Parce que vous connaissez les gens…

K : On connaît les gens. Même le fait d’avoir la même nationalité qu’eux, ça apaise déjà. Euh, dans les cités, je sais mais vous devez vous en douter quand même, ils sont très… ils sont anti-français en gros.

- Ah oui et alors tu penses que ça facilite les choses ?

K : Oui, oui. Déjà, si y a un agent de station français, il va pas être regardé comme moi. Moi, même quand y a des types de cités qui me connaissent pas, ils me disent bonjour… même s’ils nous connaissent pas. Tout ça parce que je suis comme eux. Oui, et y a une certaine solidarité qui se fait avec les Français. C’est dommage mais bon !

- Oui, c’est dommage, et donc les agents SEMVAT, ils font…

K : Ils font que les bonnes stations où y a beaucoup de monde, où c’est très mélangé, tu sais. Parce que les stations comme Bellefontaine, Reynerie, Bagatelle tout ça, les ¾ c’est des étrangers qui circulent, dans ces stations.

- Et les problèmes que tu peux avoir à gérer dans ces stations, c’est plutôt avec des jeunes ou… avec des personnes âgées… ?

K : Des jeunes. Euh… et en ce moment, y a une mode au niveau des clandestins et eux aussi, ils nous mettent assez la pression.

- Et à quoi tu vois que c’est des clandestins ?

K : ça se voit de suite, oui, ils parlent arabe entre eux et ils s’habillent différemment. Ils sont plus âgés que les jeunes. C’est plutôt autour de la trentaine, 35 ans. Oui, moi ce qui me désole c’est que c’est des types de 35 ans qui viennent négocier un ticket à un euro !

- Ah oui, ils viennent te voir !

K : Oui, oui, oui ! Sinon, je sais pas, ils prennent un ticket dehors : « Oui, je l’ai acheté, il marche pas ! » Toujours en train de négocier ! Moi, ça m’est déjà arrivé d’en faire sortir, ils passaient deux en même temps. Tu sais quand il passait le ticket dans le valideur, ils se collaient. ça m’est déjà arrivé de les refouler, quoi, de les faire sortir. Et ils ont 40 ans ! Et moi, je leur dis : « Mais vous avez pas honte ! Enfin, je sais pas, vous vous sapez comme des rois et vous êtes pas capables de vous acheter un ticket à un euro ! » Alors de suite, quand tu leur dis ça, ils montent que ses grands chevaux. « T’es qui toi ? na ni na na ! C’est quoi le boulot que tu fais ? C’est un boulot de merde ! »

- Et les clients, t’as l’impression qu’ils ont vraiment identifié Vivre en Ville ou ils vous prennent pour des gens de la SEMVAT ?

K : Non, on est identifié.

- Oui, ils savent que vous êtes Vivre en Ville ?

K : Ils savent qu’on est Vivre en Ville oui.

- Comment tu penses qu’ils vous perçoivent ?

K : Nous, ils nous perçoivent bien. A ce niveau-là, y a pas de problème. C’est plutôt au niveau des fraudeurs, eux, oui ! Ils nous aiment pas ! Eux c’est presque si on n’est pas de la Police pour eux. Les fraudeurs, c’est nous leur pire ennemi parce qu’ils savent qu’avec nous, nous quand on est en station, y a personne qui passe. Tu peux faire le beau, crier, sauter en l’air, ce que tu veux, tu passeras pas. Les agents de sécurité, des fois quand ils arrivent, les jeunes quand ils sont trois ou quatre, des fois, ils ont peur ! C’est pas qu’ils ont peur mais c’est le nombre en face qui les fait peur donc après…

- Y a le fait que vous, souvent vous les connaissez les jeunes ?

K : Non, non, c’est pas pour ça et on peut pas connaître tout le monde c’est impossible ! Mais même, rien que le fait qu’ils savent que c’est des mecs, des gens de Vivre en Ville… parce qu’imaginons, c’est des types de la Reynerie, moi je suis de la Faourette… Ils savent très bien qu’à Vivre en Ville y a des types de leur cité aussi. Donc par rapport à eux, ils feront rien. C’est géographique tout ça.

- Oui, c’est vraiment très lié aux quartiers.

K : Oui.

- Et tu penses que c’est important de mettre comme ça des jeunes des quartiers pour s’occuper des… des problèmes avec les quartiers ?

K : Si, c’est important, si ! C’est important mais c’est pas toujours facile. Parce qu’il y a ceux qui comprennent et y a ceux qui… comment dire ça ? … Comme nous on appelle ça des « chekems », ça veut dire que tu travailles pour les ennemis en fait ! Vous voyez, des traîtres. Y en a, ils réagissent comme ça. Oui, des fois quand on est en voiture et qu’on a des interventions à faire avec les bus et euh… La dernière fois, on avait une intervention à faire sur Jolimont, on est tombé sur un clandestin. Il avait ni papier, rien. Et les vérificateurs, ils nous ont appelé parce qu’il était excité quoi ! Et dès qu’il nous a vu arriver, bon, le 1er truc qu’il a dit, c’est …, ça veut dire traître ! Ah oui, direct ! Direct.

- Oui, donc, y en a qui vous prennent pour des traîtres et d’autres qui vous respectent plus…

K : Oui parce qu’on est des mecs de la cité, on a grandi avec eux. Donc, ils respectent un peu parce qu’on a essayé de s’en sortir quand même. Ce qui est bien, ce qu’il y a de positif maintenant, moi dans mon quartier depuis que j’y travaille, j’ai énormément de personnes qui me demandent comment on fait pour rentrer, qui veulent y travailler.

- Oui et dans Vivre en Ville ils voient qu’on a un travail stable ?

K : Oui, on a la stabilité. Moi, quand j’ai voulu rentrer à Vivre en Ville c’était pour la stabilité. Parce que l’intérim, tu travailles 2 semaines, tu arrêtes. Du jour au lendemain, ils peuvent te dire :  « Je t’arrête, j’ai plus besoin de toi. » ça, c’est ouh ! C’est lourd ! Tu peux rien prévoir. Tu peux rien prévoir, alors que là, ça va.

- Oui, et mis à part cette stabilité qu’est-ce que ça t’a apporté de travailler à Vivre en Ville ? Cette expérience elle est plutôt positive, plutôt négative ?

K : Positive pour le moment, bon ça fait pas trop longtemps. Ça fait que trois mois que je suis là. Mais pour l’instant c’est positif. Mais j’aimerais bien évoluer quand même. A l’intérieur de Vivre en Ville, j’aimerais bien, j’aimerais bien partir sur d’autres missions.

- Et après tu en attends quoi de Vivre en Ville ?

K : De me faire passer ma formation. Enfin pour moi, Vivre en Ville, c’est qu’une étape. Je suis là, je passe ma formation, si je trouve un autre boulot je m’en vais. Et après moi, c’est d’autres personnes qui vont travailler. Faut laisser sa place après. Si tu restes trop longtemps, c’est pas bon, faut partir, faut laisser ta place pour faire rentrer d’autres, c’est ça. En fait, c’est ça.

- Pourquoi c’est pas bon de rester trop longtemps ?

K : Pour moi, c’est pas bon, faut jamais se dire bon c’est bon, je suis rentré à Vivre en Ville, je vais faire mon temps, c’est bon. Non, si t’es rentré à Vivre en Ville, ils sont là, ils te forment, tu prends de l’expérience un peu et après tu vas voir ailleurs. Parce qu’il y en a d’autres derrière.

- C’est plutôt un travail facile ou difficile ?

K : Difficile ! Oui, au niveau des horaires déjà c’est dur. Ah oui ! Se lever à quatre heures du matin. Bon, moi j’ai ma voiture donc, ça fait quatre semaines que je fais cinq heures du matin, donc je me lève tous les jours à quatre heures du matin. Je suis complètement décalé, j’arrive à midi, je dors, hein ! Oui, les horaires c’est dur. Y a pas de coupure, y a rien, y a pas de pause ! Mais bon, si je suis là… Je parle pas. Je fais mon boulot et je rentre chez moi.
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