Thèse de doctorat en sociologie





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introduction

De la médiation…


Le concept de médiation apparaît en France dès le début des années 70 avec les médiateurs de la République. Il est question d’une médiation entre les citoyens et les institutions. C’est dans le courant des années 80 qu’elle va se développer, portée par un mouvement social dont l’idéal est de créer une alternative au règlement judiciaire des conflits. Elle émane de bénévoles le plus souvent. C’est le cas des « femmes-relais » dans la région parisienne. Reconnues comme « leaders » dans leur quartier, des habitantes commencent à jouer, bénévolement, le rôle de médiatrices avec leurs voisines, entre les femmes et les services publics de leur quartier. Cette activité prenant de l’importance dans les quartiers où elle est exercée, les femmes-relais demandent progressivement la reconnaissance de leur fonction par le salaire et la formation. Elles exercent alors de plus en plus cette fonction grâce à des contrats aidés.

La médiation touche toutes les sphères de la vie sociale : on parle de médiation familiale, pénale, judiciaire, d’entreprise, sociale…

Si la médiation sociale est utilisée pour qualifier des pratiques visant à recréer du lien social, à restaurer le dialogue, à faciliter le travail des services publics dans les quartiers d’habitat social en particulier, on peut distinguer deux types de médiateurs sociaux. On trouve d’une part les médiateurs dont l’objectif est de régler des conflits par la négociation, la facilitation du dialogue, et d’autre part ceux qu’on appelle des médiateurs sociaux, mais qui interviennent dans les quartiers ou les services publics. Ces deux types de médiation se distinguent par leur mode d’intervention. Les « négociateurs » interviennent le plus souvent dans la durée. Les seconds appelés « agents d’ambiance », « agents de proximité », « Agents Locaux de Médiation Sociale » (ALMS), « correspondants de nuit », sont amenés à intervenir pour tous les types de difficultés rencontrées par les citoyens sur un territoire donné. Leur mode d’intervention est basé sur une présence rapprochée et l’action immédiate, et non sur la conduite d’une négociation1.

La médiation recouvre des pratiques très diverses. Elle peut être exercée par des bénévoles ou des salariés, commanditée par des institutions, des services publics.

C’est dans un contexte de crise des mécanismes de régulation sociale et de socialisation que la médiation se développe : l’école, la justice, la famille, le quartier, les partis politiques, le travail…y ont recours. Elle offre un mode alternatif de règlement des conflits, et a pour objectif de rétablir le lien social détérioré dans certains territoires. La médiation porte en elle l’idéal de changement social en redonnant du pouvoir aux populations fragilisées, en prenant en compte leur parole, en modifiant les représentations sociales…

La médiation semble porteuse de nouvelles initiatives. Et les pouvoirs publics vont rapidement se réapproprier ce concept. C’est ainsi que le programme d’aide à l’emploi des jeunes « Nouveaux Services - Emplois Jeunes » va s’emparer de cette idée en 1997. Des besoins nouveaux émergeraient, liés à un contexte économique et social en mutation. Afin d’apporter une solution au chômage, il est question de créer de nouveaux services, et dans le même temps des emplois pour les jeunes. La médiation va alors qualifier un certain nombre de nouvelles activités de présence de proximité dans le cadre de la mesure « emploi jeune ».

De la place du chercheur à Vivre en Ville…


L’association Vivre en Ville est créée en décembre 1996 à l’initiative de la Ville de Toulouse, d’EDF, et de la SEMVAT (société de transport toulousaine). L’objectif premier est de créer de l’emploi pour des jeunes sans qualification et rencontrant des difficultés d’insertion. C’est aux jeunes des quartiers qualifiés de sensibles que l’association va s’adresser au départ en utilisant la mesure « emploi-ville ». Le contrat emploi-ville est destiné en effet aux jeunes résidant en zone sensible, c’est-à-dire dans les quartiers ciblés par la politique de la ville.

Les emplois imaginés par le transporteur toulousain et EDF doivent permettre à des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle d’accéder à l’emploi et pallier les difficultés des services publics sur les territoires dits « sensibles ». Le terme générique qui désigne les postes de travail est l’expression d’« agent de médiation ». Leur fonction est de sécuriser certains territoires des services publics, de prévenir ou de réguler certains malentendus ou certaines situations conflictuelles entre usagers et agents de services publics. Leur présence se veut dissuasive, et ils doivent rappeler les règles dans le fonctionnement des services publics.

Les critères de recrutement des jeunes sont ambigus : il faut d’abord répondre aux critères de l’emploi - ville, et dans un deuxième temps connaître la langue arabe et avoir l’expérience des quartiers sensibles. Cette fonction qui sera désignée avec le programme « Nouveaux Services-Emplois Jeunes » par le terme de médiation, demande des compétences personnelles, mais aucune qualification apparemment. Rapidement la question de l’ethnicisation de ces emplois va se poser.

Le passage de l’emploi-ville à l’emploi-jeune devait permettre en théorie d’ouvrir le recrutement à tous les jeunes en recherche d’emploi. Cependant, les critères basés sur l’expérience sociale des jeunes dans les quartiers sensibles ont été conservés de manière plus ou moins explicite. Ce qui a maintenu l’effet de stigmatisation de ces emplois.

Le nombre d’agents de médiation augmente très rapidement. L’association passe de 10 salariés en 1997 à 50 en 2000. Ce développement suscite de nombreux espoirs chez les jeunes : pour les uns ceux d’être embauchés dans les entreprises partenaires à l’issue d’une phase qu’ils pensent probatoire à Vivre en Ville, pour les autres, espoirs de voir se créer de nouveaux modes d’action dans les quartiers.

Dans ce contexte d’accroissement de l’activité de l’association, la direction commence à se pencher sur le devenir de l’association Vivre en Ville au terme du programme « Nouveaux services- Emplois jeunes ». En effet, peut-on penser que cette expérience sera viable au-delà des aides financières de l’État ?

Le programme emplois-jeunes, étant un programme d’innovation et de développement de nouvelles activités, permet aux structures qui les emploient de bénéficier de différents appuis. La direction de Vivre en Ville s’inscrit dans cette démarche de développement et mobilise son réseau relationnel, partenarial pour faire valoir cette expérience associative.

Un cabinet d’ingénierie sociale travaille sur les possibilités de développement et de pérennisation de l’association dès 1998. Divers contacts sont pris dans les autres régions de France ayant créé des emplois de médiateurs sociaux pour mutualiser les expériences. La directrice de Vivre en Ville de l’époque s’inscrit dans une démarche de promotion de son association et est prête à mettre tout en œuvre pour qu’elle se pérennise au-delà du soutien de l’État.

Elle mobilise son réseau relationnel pour cela, dans l’objectif d’apporter à Vivre en Ville toutes les compétences nécessaires à son développement et sa consolidation. C’est dans ce contexte que je rencontre la directrice et qu’elle me fait la proposition d’établir un partenariat avec l’Université de Toulouse-le-Mirail pour mener des travaux de recherche en vue de la pérennisation des emplois de médiateurs sociaux.

Nous faisons donc une demande de bourse CIFRE permettant d’établir un partenariat entre une entreprise et une Université en vue d’une thèse de doctorat. L’intérêt de la démarche est de réconcilier deux mondes souvent très éloignés : celui de l’entreprise et celui de la recherche en sciences humaines. La recherche trouve alors pour moi tout son sens si elle peut en effet être appliquée au milieu professionnel.

Je suis alors recrutée pour mener un travail d’études et de recherche devant aboutir à une thèse de doctorat en sociologie, sur les « nouveaux métiers de la médiation créés dans le cadre de la mesure « emploi jeune ». La question étant de savoir si ces activités, dites nouvelles développées par l’association, étaient pérennisables. Et si oui, de quelle manière ?

Mon embauche coïncide par ailleurs avec l’accroissement des postes d’encadrement à Vivre en Ville. L’équipe alors constituée d’une directrice, d’une responsable des ressources humaines, d’une comptable et de responsables d’équipes sur le terrain, s’étoffe avec l’embauche d’un responsable suivi-formation des salariés. Il a une formation d’éducateur spécialisé, et diverses expériences professionnelles dans l’éducation spécialisée. La responsable des ressources humaines sera remplacée par une jeune diplômée en droit social. Par la suite, le responsable suivi-formation deviendra coordonnateur de l’ensemble des missions de Vivre en Ville. Et des remaniements parmi les responsables de terrain amèneront l’un d’eux à reprendre ce poste de suivi-formation des salariés de Vivre en Ville. Celui-ci a une formation en sociologie et plusieurs expériences dans le travail social : accompagnement de l’insertion professionnelle des jeunes dans une Mission Locale, et accompagnement des publics étrangers.

Lorsque je suis embauchée dans le cadre de cette convention CIFRE en 1999, l’association se trouve à un moment charnière. Des orientations doivent être prises pour assurer l’avenir et de multiples possibilités semblent s’offrir à nous qui venons d’arriver à Vivre en Ville. La directrice dans sa logique de promotion de l’association attend de nous des initiatives, et que nous contribuions à son développement et sa stabilisation. Mais avec un peu de temps et de recul, nous nous apercevrons bien vite de l’inadéquation entre les objectifs de la direction de Vivre en Ville et ceux de ses partenaires et commanditaires (SEMVAT, EDF, Ville de Toulouse, OPAC, Patrimoine).

En effet, si la direction de Vivre en Ville parle de pérennisation des emplois créés, les entreprises parlent seulement d’insertion professionnelle des jeunes agents de médiation. Pour elles, les emplois créés ne sont qu’un moyen de resocialiser des jeunes éloignés de l’emploi. Pérenniser des médiateurs apparaît à ces entreprises comme une aberration.

L’association est prise dans une contradiction entre son objectif d’insertion de jeunes en difficulté, et celui de vendre à ses partenaires une prestation de service irréprochable. Le titre de médiateurs que l’on a donné aux agents de Vivre en Ville pose par ailleurs question. Etiquetés comme « jeunes en insertion », la plus-value qu’ils pourraient apporter dans les services publics où ils interviennent ne paraît pas prise en compte. Et ils apparaissent bien limités dans leur action par les entreprises commanditaires.

Mon rôle dans l’association devient rapidement des plus flous et ma position intenable, puisque l’objectif assigné à ma mission ne correspond pas à l’objectif des entreprises commanditaires de Vivre en Ville.

C’est la question de mon rôle social à Vivre en Ville qui se pose à moi en même temps que celle du rôle du chercheur. Sous peine de confirmer le stéréotype du « savant fou », du chercheur travaillant seul dans sa bulle sans lien avec la réalité sociale, je me devais de trouver une place clairement définie au sein de l’association. Le changement de direction a favorisé cette clarification, et c’est ainsi que je suis devenue responsable de la communication.

J’avais donc en charge la mise en place et la tenue d’un journal interne à l’association en vue de favoriser les liens entre les salariés. Et je m’occupais de tout ce qui était relatif à l’image de l’association à l’extérieur. Il s’agissait des tenues de travail, des outils de communication et de publicité auprès des partenaires potentiels.

Ce rôle m’a permis de justifier ma place à Vivre en Ville et de poursuivre mon travail de recherche qui du reste ne semblait n’intéresser que moi.

C’est la question du lien entre le monde de la recherche et ce qu’on désignera ici par « le monde des professionnels » qui s’est posée à moi à travers cette expérience.

Le temps du chercheur n’étant pas celui du professionnel, le premier apparaît improductif et donc illégitime dans une entreprise. C’est seulement en ayant un rôle de production à un moment donné, rôle me permettant d’être pleinement impliquée à Vivre en Ville, que j’ai pu poursuivre ma recherche de manière sereine.

Salariée durant trois années, j’ai participé au fonctionnement quotidien de Vivre en Ville. Cette implication m’a amenée à orienter mes travaux vers une recherche de type monographique. C’est pourquoi, les propos développés s’appuient pour une grande part sur un journal de terrain, et des observations participantes.

Les années passées à Vivre en Ville ont été des années de tensions très fortes entre les objectifs des uns et des autres, les agents de médiation, les entreprises partenaires et commanditaires, et une équipe de direction faisant souvent tampon.

C’est avec beaucoup de désenchantement que cette expérience s’est achevée pour moi, et pour l’ensemble des salariés de l’association puisque l’association a fermé en juin 2003. Le travail qui suit est l’aboutissement de plusieurs années passées dans le quotidien d’une association qui se voulait porteuse d’innovation, et d’un long travail d’écriture qui a permis de dépasser les déceptions et les amertumes, et de dépeindre d’un point de vue sociologique l’expérience toulousaine d’un dispositif de médiation sociale.
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