Thèse de doctorat en sociologie





télécharger 1.67 Mb.
titreThèse de doctorat en sociologie
page30/37
date de publication30.10.2017
taille1.67 Mb.
typeThèse
h.20-bal.com > loi > Thèse
1   ...   26   27   28   29   30   31   32   33   ...   37

Entretien 22A, jeudi 30 mai 2002


L’entretien a lieu dans un café en ville.

K, environ 26 ans, origine maghrébine. Il a été agent RIM dans le métro pendant deux ans puis a été licencié en commun accord avec la direction de Vivre en Ville en mai 2000. Il a repris une formation pour obtenir le DAEU et est actuellement au chômage.

Le RV a été pris suite à une rencontre un jour où je faisais de l’observation dans le métro. Je cherchais justement à la contacter. Je lui ai expliqué l’objet de ces entretiens, il se souvenait que je travaillais sur une thèse et a accepté sans problème de me rendre service.

- Voilà, donc est-ce que tu peux me raconter ton cursus scolaire, ce que t’as fait comme études etc… ?

K : Alors les études, j’ai été jusqu’en seconde… SES.

- C’est… ?

K : Sciences Economiques et Sociales. Et après, j’ai eu une proposition pour aller bosser. Donc, j’étais mitigé entre continuer mes études et aller bosser. Donc, j’ai retardé d’une année mon départ sur Paris, pour bosser à la RATP. J’ai fait un BEP, mais là j’ai carrément laissé tomber le 3ème trimestre. On m’avait conseillé d’aller en 1ère G. J’ai pas voulu donc après comme je t’ai dit, j’ai été obligé de faire un BEP. J’ai réussi la 1ère année, bon les doigts dans le nez. Et après dès que j’ai fini la 1ère année de BEP, je suis parti sur Paris pour attaquer un CES. Et euh… voilà, un CES à la RATP, qui m’a donné de l’expérience dans les transports en commun.

- Et ça consistait en quoi alors cet emploi ?

K : Alors c’était agent polyvalent. Bon, là bas, on avait, on avait pas de mission, c’était jamais, jamais les mêmes choses. Alors, moi, j’ai eu la chance de commencer par les bus… pendant 6 mois. Euh… c’était à Montrouge, Porte d’Orléans, dans le sud de Paris. Donc, là euh… on avait des missions euh… c’était quoi ? De l’accueil, tu vois aider les personnes âgées et tout ça, le contrôle à titre préventif. Toujours préventif hein, on n’avait pas…

- Oui, c’était pas systématique.

K : Voilà. Là, on peut dire que c’était de la médiation. Tu interpelles quelqu’un, tu discutes avec lui, tu lui demandes s’il a pas son titre de transport qu’il veuille bien descendre. Après, si jamais c’est pas bon quoi, c’est un autre service qui s’en occupe, c’est pas nous. On travaillait toujours en groupe, toujours, au minimum trois.

- Et vous étiez aux arrêts de bus ?

K : Alors quand on faisait du comptage, y avait du comptage itinérant, c’est-à-dire dans le bus et du comptage aux arrêts. On allait dans un arrêt, et on faisait carrément un itinéraire de bus pour vérifier tu vois, si les abribus étaient en bonne et due forme euh… tout ça. Et après… Donc, ça c’était la 1ère des missions je me rappelle, le comptage.

- En fait c’était au tout début, quand ils commençaient à mettre en place des agents de médiation et tout ça ?

K : Non, ça faisait déjà quand même un petit moment que ça existait hein ? ça faisait euh… oui ça faisait quand même un petit moment que ça existait ça. ça fait au moins cinq ans, quelque chose comme ça, tu vois. C’était pas quelque chose de nouveau pour là-bas. Nous, c’est sûr que c’était nouveau mais pas pour eux.

- Ils avaient déjà de l’expérience…

K : Oui, voilà. J’ai mon frère qui bosse depuis dix ans là-bas.

- Ah, bon !

K : Donc voilà, la 1ère mission donc, c’était le comptage, contrôle à titre préventif. Après, on prenait la voiture, on passait dans les couloirs de bus pour vérifier qu’il y avait pas de gens euh… de gens qui stationnaient ou qui roulaient ou… Et toujours pareil, à titre préventif, on avait des titulaires qui circulaient toujours avec nous et qui eux par contre, avaient le droit de mettre des PV. Contrairement aux agents d’ici, ils nous accompagnaient et bon, si on tombait vraiment sur quelqu’un de vraiment récalcitrant, l’agent RATP était habilité pour mettre un PV. Ensuite, on faisait des sorties scolaires. ça c’était quelque chose de bien intéressant, tu vois. On allait dans des collèges, c’était des élèves en général entre euh… de la 6ème à la 4ème. Et on les sortait, on allait souvent au parc des… comment ça s’appelle ? Au parc de la Villette, et y avait je sais plus comment il s’appelle, le centre de… des sciences là !

- La cité des sciences ?

K : La cité des sciences voilà. La cité des sciences, on leur faisait des journées complètes. On les amenait gratuitement.

- Pour leur faire visiter ?

K : Leur faire visiter, leur faire découvrir et tu vois en même temps, on leur expliquait un petit peu comment se comporter dans le bus…euh…

- C’était juste un prétexte en fait pour leur faire prendre le bus…

K : Oui, voilà, un peu les avoir tous en groupe, tu vois les cadrer, les canaliser… Mais bon, c’était vraiment, c’était vraiment cool, tu vois. C’était pas le truc euh !

- Et c’était dans un collège de banlieue ?

K : Oui, ZEP, hein. Zone d’Education Privilégiée!!  Voilà donc c’était ce que j’ai fait dans les bus. Ensuite qu’est-ce que j’ai fait au bus ? Ouais on a eu une longue formation sur la RATP… à savoir en quelle année la RATP a été faite, comment ça s’est passé, na na…

- Tu sais beaucoup de choses alors !

K : Oh ! Oui j’en ai su mais bon, il faudrait que je potasse !! Et euh donc, voilà, j’ai fait une formation qui était quand même assez intéressante. Et au bout de cinq mois, de cinq, six mois, quoi ! J’ai changé de poste. Je suis allé au RER. Et c’était pendant la période de la coupe du monde, et là j’ai eu la chance d’en profiter grâce à mon frère, d’aller bosser avec lui, dans le métro. Pendant la coupe du monde c’était génial ! On faisait de l’accueil, on indiquait aux gens… enfin tu vois comme ici, mais euh… y avait surtout du commercial et ça, ça me… ça c’était un bon truc, quoi ! Pour une fois qu’on n’était pas là pour…

- Oui, pour faire que de la prévention.

K : De la répression… tout ça…

- Vous aviez le statut RATP ?

K : Ouais, ouais, on était RATP, toujours hein ! Mais bon, le contrat derrière c’était un CES, hein ?

- Oui, c’était pas un plein temps…

K : Non, c’était pas un plein temps. Je crois que c’était quatre heures ou cinq heures par jour. Et encore ! Mais bon, ce qu’il y avait de bien, c’est que quand même il y avait des primes si tu faisais des choses en plus. Donc, on pouvait s’arranger pour en faire un peu plus et avoir les 500 ou 600 F de plus. ça nous faisait à peu près 3800F. C’est quand même pas mal par rapport à l’horaire.

- Et par rapport aux agents RATP, vous étiez perçus comment ?

K : Franchement, c’était cool. Ben disons qu’eux, ça leur faisait un peu des vacances quoi ! Ils nous accompagnaient, quoi, enfin tu vois ce que je veux dire ?

- Oui, c’est vous qui alliez régler les problèmes… !

K : Non, c’était pas nous parce qu’ils étaient quand même là. Non, non, ils sont toujours présents.

- Vous étiez jamais seuls en fait.

K : Jamais, jamais, jamais. Ah oui, quand même, je me rappelle, une fois quand je bossais dans les bus, une fois, on s’était rendu à Massy-Palaiseau. On était quand même une bonne, je sais pas une bonne dizaine. On a été dans l’obligation de quitter la tenue, tu vois et de se mettre en civil.

- Et pourquoi ?

K : ben, parce que c’était chaud ! ça craignait. Y avait trop de gens qui commençaient à nous regarder de travers. On s’attendait à un genre de, tu vois un genre de guêpier.

- Donc, du coup vous avez travaillé en civil ?

K : Oui, en civil. Autant dire qu’on a rien fait quoi ! On a juste observé.

- C’était un endroit qui craignait ?

K : Ouais, Massy-Palaiseau, ouais. C’est chaud comme endroit.

- Oui, du coup vous êtes restés en civil et vous avez observé.

K : Ouais. Tu vois, y a des trucs c’est… C’est comme dans les quartiers hein ? Y a des quartiers où tu peux pas rentrer.

- C’est l’uniforme ?

K : Oui. Mais bon, les gens, ils le savaient quand même. Il faut pas… C’est clair, ils nous connaissaient. Tu sais c’est énorme, bon tu t’habitues à une certaine clientèle. Mais c’est tellement énorme que tu vois jamais, jamais les mêmes personnes. Je sais pas si tu connais, mais ça a strictement rien à voir. C’est l’opposé hein ?

- Oui… Et dans le RER, quand vous faisiez votre boulot, vous étiez dans les stations ?

K : Oui, on était dans les stations, et là si tu veux, il y avait tellement d’afflux de personnes qu’on était obligé de se mettre aux portes et de fermer les portes. On poussait les gens, et on fermait les portes !

- Vous étiez combien ?

K : Ah ben on était carrément toute une rangée. On devait être euh… attends y a quatre portes, quatre portes par wagon. On était deux par porte ou un, ça dépend si t’étais balaise ou pas ! Moi, je me mettais à côté d’un balaise !! Je le tenais comme ça, au cas ou !! (rire) On sait jamais tu vois, parce que les gens, ils étaient assez nerveux là-bas. C’est-à-dire, si t’en empêches un de monter, il est capable de te faire un scandale ou… Mais bon, ça peut vite partir à la claque. Mais tu vois, je me sentais plus en sécurité sur Paris que sur Toulouse, tu vois. J’ai jamais compris pourquoi mais… Enfin, je veux dire niveau euh… quand on avait des problèmes sur Toulouse, il fallait qu’on compte que sur nous-mêmes, et surtout pas euh… surtout pas au nom de la boite ou au nom de quoique ce soit, hein ! C’est plus en ton nom, en ta nation que t’arrivais à gérer un problème que par rapport à l’identité, enfin tu vois ce que je veux dire, à l’identité de Vivre en Ville ou de la SEMVAT. Bon, encore Vivre en Ville passait mieux que la SEMVAT.

- Toi tu réagissais en tant qu’individu ?

K : Individu euh… je réagissais moi-même quoi ! Bon, au départ, c’est vrai que, quand tu arrives et que tu fais réellement ton travail, et ben tu te rends compte très vite que c’est impossible ! C’est pas possible, tu peux pas faire ton travail à 100%.

- Si tu fais ton travail de médiation ?

K : Pas de médiation, c’est pas de la médiation. Mais si tu fais du contrôle ou quoi, si t’as pas un minimum de recul et un petit peu de savoir-vivre quoi, un petit peu de... tu vois de complaisance, quoi, enfin complaisance c’est pas le mot mais euh… disons qu’il faut que t’arrives à discuter un peu avec les gens… C’est mieux que… Si tu fais ton travail bête et méchant, tu peux pas le faire ! Tu peux pas le faire. C’est-à-dire si t’es à cheval réellement sur les trucs style la cigarette, style euh… je sais pas moi, euh quelqu’un qui va amener un petit chien ou tu vois des trucs comme ça. Si t’as pas un minimum de communication, c’est un boulot qui est infaisable. Infaisable !

- Et c’est pareil sur Paris et sur Toulouse ?

K : C’est partout pareil. La différence c’est que sur Paris quand même quand on avait un problème, on avait intervention de suite. C’était quand même intervention, c’était pas… tu vois les gars, ils le contrôlent et ils le lâchaient, et le gars il repassait. C’était pas du tout ça. Ils arrivaient, c’était le GPSN d’ailleurs, qui s’en occupait, c’est la police du métro.

- Ils étaient efficaces….

K : Ils étaient vraiment efficaces. Bon des fois, ils mettaient du temps mais tu te sens mieux quand même… Enfin ! Tu te sens mieux ! C’est pas que tu te sens mieux mais tu sais que tu peux compter sur eux. Tu vois quand j’étais à Vivre en Ville mis à part avec certains collègues, je savais qu’il fallait pas…

- Oui, si t’avais un problème…

K : Oui, je pouvais compter que sur moi, et moi-même ! Mais bon, c’est quelques collègues tu vois euh… c’était D., S., B.… Chaque fois, quand il y a eu quelque chose, à chaque fois, on était solidaire. C’est ça qu’il y avait de bien. Voilà, ça peut être bien comme pas bien. T’as des bons côtés et des mauvais côtés. Bon, tu vois à Toulouse, tu peux faire ta vie tranquille. C’est tout ce qui m’a vraiment, vraiment… tu vois quand j’ai arrêté le boulot là-bas, c’est financièrement, Paris c’était cher, tout était cher.

- Oui pour se loger…

K : Oui, j’avais un… on peut même pas appeler ça un studio, c’était un 18m2, je sais pas si tu vois ce que ça donne ? Bon, bien aménagé, tu vois… c’était dans le 13ème, c’est vrai que c’était bien mais c’était vraiment petit et je payais 1900 balles ! Donc c’était pas… C’est dur d’arriver à mener une vie tu vois, je sais pas si t’as envie de rester tranquille, rester cool tu vois, Paris c’est pas… C’est bien pour faire de l’expérience tout ça… Moi, je dis que c’est bien de bouger, de voir autre chose. C’est clair que tu vois autre chose ! C’est vraiment une autre conception de la vie !

- Tu y es resté combien de temps à Paris ?

K : Paris ? Euh… deux ans et demi.

- Donc après t’es venu à Toulouse ?

K : A Toulouse, ouais…. Et j’ai galéré !

- Oui ?

K : J’ai galéré… oui ici, tu vois, j’ai galéré… Euh j’ai mon frère mais bon, je m’entends pas trop avec… Ma sœur c’est mitigé. Euh si tu veux mes parents, ils ont déménagé quand j’étais sur Paris. Ils sont allés habiter à Orléans euh… en pensant que…

- Que toi, t’allais rester là-bas ?

K : Voilà ! Et finalement en fait, je suis revenu dans le sud donc euh…

- Tu es d’ici ?

K : Oui, de Montauban.

- Et comment t’as entendu parler de Vivre en Ville quand t’es arrivé ici ?

K : Ben, quand je suis arrivé ici, je suis allé dans le métro direct, et j’ai vu des petits bonhommes là… ! Tu sais qui c’est que j’avais connu d’entrée de jeu ? SK (une ancienne salariée de Vivre en Ville, agent RIM dans le métro dès les débuts de l’association) et S. (toujours salariée de Vivre en Ville et agent RIM dans le métro depuis 4 ans). Alors imagine hein, d’entrée de jeu !! Quand tu les connais pas hein ?

- Oui, je vois !

K : Et puis bon, ben après, j’ai insisté quoi ! On m’a donné l’adresse… Non ! C’est pas elles qui m’ont donné l’adresse ! Elles avaient peur de me donner l’adresse.

- Ah bon ! Pourquoi ?

K : Je sais pas. C’était pas bien je crois de donner l’adresse à l’époque..

- Fallait pas divulguer !! (rire)

K : Ouais fallait pas divulguer ! Et puis bon, ben après j’ai eu mon entretien avec R.R. (ancienne responsable des ressources humaines à Vivre en Ville), et puis j’ai pas voulu lâcher l’affaire.

- Oui, toi tu avais envie de continuer à travailler là-dedans ?

K : Ben non j’avais pas envie de changer mais bon, vu les conditions (conditions à Vivre en Ville) dans lesquelles on nous laissait et tout ça, ça m’intéressait plus de rester. En plus, on te dit qu’il faut pas rester et en même temps on t’aide pas trop euh… C’est pas qu’on t’aide pas trop mais bon ! Je veux dire y a toujours ces équipes là à couvrir ! On dirait que c’est euh… tu vois ! Parce que bon, j’sais pas moi ! A Vivre en Ville on te dit ça, ça, et ça et puis bon, au bout d’un certain temps tu te dis quand même euh, toutes mes attentes en fait, elles sont cuites ! Tu le vois quoi !

- L’association comment on te l’a présenté en entretien ?

K : Ben euh… on m’a présenté euh… ben l’association, combien y avait de personnes et quelles étaient les missions. Métro, hein seulement ! Parce que c’était pour le métro de toute façon et euh… comment on me l’a présentée ? On m’a dit que c’était une association qui aidait les jeunes en difficultés machin… ! Bon, ça c’est vrai quoi. Rien à dire là dessus. C’est sûr même ! Mais euh, après je veux dire, bon ben voilà. Quand tu vois que tu te tiens tranquille, que tu fais bien ton travail, tu sens pas que c’est reconnu quoi ! Tu sens que ça sert euh… T’as l’impression que ça sert à rien… en fait !

- Et cette reconnaissance tu l’avais davantage sur Paris ?

K : Largement, oui !

- ça venait de quoi ?

K : Ben je sais pas, parce que bon, là-bas, les responsables, ils ont quand même un autre œil euh… ils ont pas le même œil que ceux du sud, hein ? Oui, je trouve que c’est pas le même regard tu vois. Déjà, ils sont pas, les cadres et tout, je sais pas si c’est parce que mon frère il y était ou quoi mais j’étais quand même respecté, tu vois. Tu le vois le gars, il se prend pas au sérieux ! Il te serre la main, « voilà, ça va ?… » C’était une bonne euh… Enfin, tu vois ça te donne plus envie de bosser que…

- Tu te sentais accompagné…

K : Tu te sens quand même accompagné euh… Tu vois j’avais eu des problèmes à cause de l’armée tout ça, et grâce à un gars de la RATP, il a appelé, il m’a fait un papier… je suis allé au bureau de l’armée là à Paris et j’ai pas fait l’armée grâce à lui, tu vois ! C’est vraiment des gens qui… c’est vraiment des gens qui t’aident à te mettre en place. Vraiment tu vois ! Mais bon euh… là, Paris, c’est vrai que faut vraiment supporter, hein ! C’est bien pour y rester un temps mais après euh…

- Oui, ils avaient vraiment cet objectif d’aider des jeunes…

K : Ouais, ouais, ouais, c’est clair. Parce que bon, il y avait des jeunes qui y étaient c’était pas des jeunes… bourgeois ou quoi !

- Oui, et quand on t’a présenté la mission dans le métro, comment on te l’a présentée ? Comment on t’a appelé le poste : agent d’accueil, agent de médiation… ?

K : Euh… agent d’accueil ouais. Parce que médiation, euh c’était pas ça qu’on nous demandait, c’était pas de la médiation, c’est de l’accueil. D’entrée de jeu, non, tu contrôles pas… non c’est être là, bien présenter, être souriant, tu vois, aider le client et tout ça ! C’est être là pour les clients, rien que pour les clients !!

- Oui, et comment tu as été formé ?

K : Alors qui c’est qui m’a formé ? J’ai été formé sur le tas, tu vois. Sur le tas, ouais, ouais.

- C’est-à-dire ?

K : Ben on m’a mis en doublage avec N. (un agent RIM là depuis un petit moment à Vivre en Ville). Tu vois les deux premiers jours mais bon, je connaissais quand même. C’était un peu pareil à Paris. Bon, après ça fait drôle quand on te laisse tout seul.

- Au bout de combien de temps, on t’a laissé tout seul ?

K : Euh au bout de… allez ! cinq jours un truc comme ça ! Oui un truc comme ça !

- T’as pas eu de formation avec G.M. (consultant qui assure des formations sur la médiation et la gestion des conflits auprès des agents Vivre en Ville) ?

K : Oui mais un peu plus tard.

- D’accord, quand t’es arrivé, on t’a mis en station et voilà ?

K : Voilà ! C’est surtout ça d’entrée de jeu, oui. Ce qu’on m’a dit quand on m’a embauché, bon parce qu’à partir du 1er entretien si tu veux, y a eu quoi ? Y a eu un mois qui s’est passé et après je devais remplacer quelqu’un qui partait en vacances… pendant un an, ils m’ont fait galéré avec des CDD ! Je les ai rendus malades, hein ! Non mais en fait, c’était pas plus mal en fait !

- C’était plus facile pour partir après…

K : Oui, c’était surtout ça en fait mais bon, j’ai eu de la chance encore. Je vais pas me plaindre parce que ça va quoi !

- Et quand tu as commencé, qu’est-ce que t’as trouvé de difficile par rapport à ce que t’avais déjà fait ? Comment tu l’as trouvé ce travail ?

K : C’est un bon boulot hein ! C’est clair que c’est bien, tu vois des gens… Bon, y a de la répression mais bon en général, c’est pas…

- C’est pas votre travail ?

K : Non, c’est pas notre travail. Bon, on arrivait toujours à s’arranger quoi ! Mais bon… enfin, déjà quand je suis arrivé, j’ai trouvé le métro nickel ! C’est propre, sans odeurs… ça déjà, c’est un truc, déjà ça m’a… et puis j’ai senti que j’avais plus de responsabilités tu vois, à Vivre en Ville qu’à la RATP.

- Oui, des responsabilités dans quel sens en fait ?

K : Ben parce que bon t’es souvent tout seul, c’est toi qui gères… et quand on te monte la tête là, qu’on te dit : «Dans la station,  c’est toi le chef !  Attention ! C’est toi qui commandes et tout ! » C’est vrai hein ? C’est bien de dire ça mais encore faut-il… !

Enfin moi, ça va, je m’entendais trop bien avec les gens de la SEMVAT donc, j’étais pas trop embêté vis-à-vis de ça, quoi. Tu vois le comportement des gens SEMVAT, ben moi, j’avais pratiquement le même qu’eux. Je me prenais pas la tête, j’étais pas là en train de me cacher pour manger ou euh… tu vois ce que je veux dire ? Je prenais des pauses euh… Tu vois, je sais pas si tu te rappelles pendant les réunions, là Chopine (surnom d’une personne du PC), avec la cigarette là elle m’embêtait… Mais c’était dans un bon euh…Tu vois j’étais plus euh…

- Tu te sentais plus comme les agents SEMVAT ?

K : Bon, quand même je savais que j’étais à Vivre en Ville, tu vois y a le salaire qui te le rappelle. Mais bon, on avait quand même des bonnes choses. Euh… je préfère quand même l’ambiance qu’on avait à Vivre en Ville malgré que bon, tu vois c’était pas le top. Mais avec quelques agents, tu vois on était bien solidaire quoi. Mais c’est vrai qu’après quand tu regardes la SEMVAT, que tu rentres un peu à l’intérieur, c’est la folie ! C’est encore pire que Vivre en Ville quoi !

- C’est-à-dire ?

K : Ils se bouffent tous la gueule ! Chacun essaye de monter sur l’autre, l’un est jaloux de l’autre… ! Enfin, c’est pire qu’à Vivre en Ville, c’est clair et net ! Y a une concurrence euh… ! Et puis y en a qui sont de mauvaise foi et entre eux quoi ! C’est ça qui m’a… tu vois je me suis dit pour une fois, Vivre en Ville pour ça, ils avaient raison. Sur ça, hein ?

- Tu travaillais avec quels agents de la SEMVAT, le PC … ?

K : C’était avec euh… Chopine, J.…R.… J., elle y est plus. Après y avait les OTCM, les vérifs… Y avait tous les OTCM qu’on voyait sur le terrain… C’est des gens, j’ai toujours essayé de les prendre cool tu vois ?

- Y avait des gens avec qui tu t’entendais mieux que d’autres ?

K : Ouais, ouais y avait des gens avec qui j’ai eu des affinités. Tu discutes… on se voyait, on allait boire un verre… Mais je sais pas, il me semblait être bien perçu et c’est pour ça que j’ai été quand même… ! Tu vois dès que j’ai vu que je rentrerai pas, ça m’a quand même un peu euh… ça m’a quand même refroidi oui ! Et c’est de là que j’ai lâché hein ! C’est de là où j’ai commencé à planter vraiment et à dire ce que je pensais quoi !

- Oui parce que tu pensais que Vivre en Ville, ça allait t’aider à…

K : Oui, je pensais qu’ils allaient m’aider oui ! Mais en fait, je sais très bien qu’ils m’ont pas aidé. Bon, là je parlerai pas trop de ça parce que c’est pas… c’est pas un truc sur lequel il faut que je m’acharne quoi ! Tu vois, bon il faut passer au-dessus. Mais euh… bon, je sais très bien que… quand… j’étais très bien perçu et je serais pas étonné que ce soit des gens dans l’encadrement qui m’ait mis des bâtons dans les roues. Tout simplement. Parce qu’on m’en a fait des reproches hein, quand même ! Oui, vis-à-vis de … parce qu’ils savaient que… je m’entendais bien quoi ! Je m’entendais bien ! T’imagines une fois, on m’a convoqué pour me dire : « Oui voilà qu’est-ce qui se passe ? Le PC avec J. na na … ! Tu sors avec elle ? Euh… » Et je me disais : « Mais quelle bande de… ! » Et ça m’a fait bizarre parce que c’est parti d’un agent et même jusqu’aux cadres de Vivre en Ville, hein ! Je citerai pas les noms mais bon on les connaît hein ? Mais de là je me suis dit quand même !

- Oui, tu as l’impression qu’on t’a pas aidé à Vivre en Ville ?

K : Non, non, de toute façon, ils ont des visages. Ils savent qui c’est qui rentrera, et qui rentrera pas ! Oui ! Moi, je pense que vis-à-vis de ça, ils savent qui c’est qui rentrera et qui c’est qui rentrera pas, hein !

- Oui, toi tu pensais que…

K : Bon, c’est pas que je pensais que je pourrais y rentrer tu vois ! Mais je pensais que quand même on allait m’aider, et qu’on allait pas me… Parce que le jour où j’ai reçu ma convocation euh… tu vois je suis allé au bureau (de Vivre en Ville) pour dire : « Bon ben voilà, voilà… » Et de suite, j’ai vu… les personnes commençaient à me regarder de travers ! Tu vois, ils me demandaient : « Mais comment ça se fait que… ? » Parce qu’en fait y avait un recrutement interne et moi Vivre en Ville ne m’a pas… n’a pas voulu me présenter.

- Oui tu t’es présenté tout seul en fait ?

K : Je me suis démerdé, tu vois et je me suis présenté tout seul. Et tu vois, ils m’ont quand même reçu et de là, franchement je sais que Vivre en Ville… Je sais que ça les avait pas enchanté quoi ! ça se voyait sur eux.

- Oui c’était à un moment où D.L. (ancien coordinateur général, fonction de sous directeur dans l’association) avait fait passer des CV pour un recrutement à la SEMVAT ?

K : Oui et il l’avait mal perçu. Et j’avais passé les tests juste après les autres… juste après les autres.

- Et après les relations avec les gens de la SEMVAT sur le terrain, t’en gardes un souvenir positif ou négatif ?

K : Non, non ! Tiens tu vois, y a une vérificatrice maintenant, elle avait passé les tests en même temps que moi, et elle a paniqué, tu lui demanderas si tu veux. Et elle paniquait trop, tu sais. Et moi, je la voyais ! Et je lui ai expliqué tranquille et tout… que moi, j’étais sur le terrain et qu’il y avait pas de quoi… ! Moi, j’ai assuré un maximum et je l’ai revu deux mois après, elle est rentrée ! Mais elle a été étonnée que je sois pas, elle a été très étonnée que je sois pas rentrée parce qu’elle sentait quand même que ça va quoi ! J’étais quand même… Et avec le… comment il s’appelle ?

- Le DRH ?

K : Oui, Monsieur… le DRH, je sais que ça s’est super bien passé quoi ! Y avait pas de… Et le jour où on est allé visiter le PC, on est allé faire une visite au PC en fait. Et y avait justement la psy et je te promets, elle est passée, elle a regardé tout le monde et puis elle bloque sur moi ! Elle dit comme ça : «  Vous je vous connais ? » Et moi, tu sais je m’en rappelais plus de tout et elle me fait : « L’ARC… » (cabinet de recrutement de la SEMVAT) «  Ah oui, ah oui !!! » Et voilà, tout ça, ça reste un point d’interrogation parce que quand même j’avais eu une bonne entente. Je pensais que ça se serait passé autrement, quoi, différemment !

- Oui tu aurais aimé être embauché à la SEMVAT quand même…

K : Ben c’est vrai que c’est mieux, le salaire est plus élevé… mais je préfère quand même l’ambiance de Vivre en Ville que celle de la SEMVAT. On est plus solidaire, c’est plus cool… avec la hiérarchie ou quoi… C’est pas que c’est les vacances ! Mais on arrive quand même mieux à … je sais pas, je me sentais mieux. Je pense que je me sentirais mieux… parce qu’après regarde, quand tu vois à la SEMVAT, bon tu te retrouves tout seul déjà tu vois. Y a des collègues mais c’est pas du tout pareil. C’est pas… c’est pas la même entente qu’il y a. Et puis bon, tout simplement, y a des différences d’âge… Bon, c’est pas ça qui fait que… que ça bloque ! Mais c’est pas pareil. Dans l’asso, on était plus… je sais pas comment dire euh… on dirait qu’enfin t’as envie d’être de l’autre côté de la barrière tu vois ! Parce que quand même quand tu regardes vis-à-vis de la clientèle, nous on est quand même, bon pas tous hein, pas toute la clientèle, mais la majorité, on est quand même beaucoup mieux perçu…

- Que les agents de la SEMVAT ?

K : Oui, c’est ce que je pense, hein ?

- Et c’est dû à quoi ?

K : Ben parce qu’on est quand même, on connaît beaucoup de monde en fait. Bon, moi je parle surtout de… je parle surtout des gens qui ont l’habitude de nous voir dans le métro et tout ça. Ils te connaissent, ils connaissent quelqu’un que tu connais et par respect tu vois, il va se tenir tranquille, il va pas frauder ou tu vois ? ça va pas être la même… avec la SEMVAT, c’est pas la même chose déjà ! Tu vois, y a plus de …

- ça fait plus répression en fait ?

K : ça fait plus répressif et comment dire ? C’est plus… c’est je sais pas c’est vraiment, un autre regard qu’ils portent. Je sais pas parce que déjà, ils travaillent en cravate, chemise euh… tu vois c’est pas le même euh…

- L’uniforme… ?

K : Oui, l’uniforme euh… c’est pas forcément une bonne chose tu vois ?

- Vivre en Ville c’était une autre image ?

K : On avait une tenue pourtant mais je sais pas… je sais que des agents de sécu, moi je les ai vus, ils ont un sigle, une plaque… Bon c’est sûr qu’ils travaillent la nuit et tout, c’est pas pareil. Nous on faisait le matin très tôt, et je sais qu’il y a des gens qui se sont embrouillés avec moi et avec des agents sécu et ça c’est pas passé de la même façon. Nous, je sais pas c’est plus rare qu’il y ait un gars qui nous mette la main dessus, quoi ! Vivre en Ville c’est rare. C’est rare tu vois que…

- ça arrive plus souvent aux agents de sécu…

K : Oui aux agents de sécu et même aux agents SEMVAT. ça arrive plus facilement que sur quelqu’un de Vivre en Ville. Mais bon, moi c’est comme ça que je le perçois hein ? Bon, je pense que c’est parce qu’il y a plus de relationnel, on connaît du monde, un tel il connaît un tel donc… tu sais qu’il va venir là alors que t’es dans ton travail.

- Tu crois que les gens savent que vous êtes en emploi-jeune ?

K : Ah oui ! Totalement. Y a des gens qui ont l’impression aussi… tu vois y a des gens qui te regardent d’un ton euh… ils pensent que t’es là et que tu fais rien, que t’as rien à faire alors qu’ils connaissent même pas le quart de ce qu’on fait et de ce qu’on endure. Bon, moi je le dis quand même vis-à-vis des week-ends c’est quand même honteux ! C’est quelque chose, c’est honteux ! Parce qu’un emploi-jeune dans n’importe quelle branche, et ben il touche la même somme que… enfin ça c’est pas du tout… qu’ils aient pas d’argent c’est pas ça le problème, hein ?

- Oui enfin toi tu penses que vous faites plus facilement ce travail parce que vous connaissez du monde, que c’est des gens qui savent que vous êtes en emploi-jeune…

K : Oui ou des gens qui t’ont déjà vu avec les chefs d’équipe ou des gens qui habitent carrément dans les cités, bon ben je veux dire euh… C’est pas la même appréhension. C’est pas du tout euh…

- Oui vous discutez davantage…

K : Oui, voilà, tu vois moi, il m’est arrivé de… d’avoir des embrouilles avec des mecs que je connaissais pas, tu vois. Et puis bon, on discute, on discute et puis après tu le vois il passe tous les jours et il te serre la main, « comment vas-tu ? » Enfin, tu vois ? Ils savent que t’es pas… Bon y en avait qui nous aimait pas c’est sûr ! Mais bon, je pense qu’ils étaient plus minoritaires que…

- Oui t’arrivais à créer des liens…

K : Ouais ouais ! Quand tu prends l’habitude de discuter avec les clients et même avec ceux qui mettent le bordel, tu vois t’arrives à…

- Ils te respectent…

K : Oui, après ils te respectent et ils te connaissent. Bon, ils voient que tu lâches pas l’affaire, il voit que tu vas pas le laisser passer alors il te taxe une cigarette, tu vas fumer une cigarette avec lui, tu lui expliques un peu… Et bon, c’est clair qu’après les choses se passent mieux.

- Oui et ça les agents SEMVAT, ils le font pas de…

K : Ben non, je pense pas, non. Ils ont pas la même proximité avec…

- Pourtant vous faites un peu comme eux puisque vous pouvez contrôler…

K : Non mais déjà ça, c’est quand même quelque chose d’anormal. Oui, parce qu’on était quand même les seuls avec les agents de sécu à contrôler seuls, tu vois… Tu vois, moi je suis désolé, à Paris jamais, on nous autorisait à… et pourtant ça va, c’est une boite s’il arrive quelque chose mais ils nous laissaient jamais tout seuls ! Tu vois ce que je veux dire ?

- Oui, alors qu’ici…

K : Franchement, moi il m’est arrivé de rentrer dans le local de sécurité avec trois gars. Bon, ben trois gars voilà, tu t’en sors comme tu peux hein ? Bon t’arrives à les endormir un peu en attendant les vérifs et puis tu te dis :  «  Mais qu’est-ce qu’ils foutent ?! Il va me laisser crever ?!! » Tu vois ? Tu te dis ça, tu vois !

- Oui d’accord. Et vous deviez faire du contrôle systématiquement ?

K : A la RATP, non, c’était préventif. C’est-à-dire là, tu vois quand les… les contrôleurs d’ici comme ils font, ben c’est un peu pareil. Bon, ben voilà, si la personne que tu contrôles, elle va acheter son ticket et tout, bon ben tout va bien. Par contre tu en as qui t’écoute pas quoi ! Et là et ben, ils te grillent… mais bon déjà t’es pas seul. On était avec un titulaire et à la différence c’est que bon, le gars, il partait et s’il fallait une intervention c’était rapide, ultra rapide, hein !

- Et ici, vous deviez faire du contrôle à quel moment alors ?

K : Ben il fallait faire, tu vois on nous disait de faire dix minutes de contrôle euh à chaque station. Tu vois tu fais dix minutes à l’arrivée et dix minutes à la fin. ça fait une moyenne de vingt minutes euh… Y a eu une période où on a fait péter le chiffre des retraits de titres !! Mais on l’a fait et on s’est rendu compte pareil qu’y avait rien qui bougeait. Alors du coup tout le monde avait baissé les bras, tu vois !

- Et en terme de reconnaissance qu’est-ce que tu penses qu’il faudrait… ?

K : Ah ! Franchement un peu plus de… bon, en fait il faudrait déjà que les agents se prennent en main et que la direction aussi se prenne en main, tu vois. C’est-à-dire qu’il y ait une relation de donnant- donnant. Pas que t’aies l’impression de travailler pour rien et que ça sert à rien. Parce que c’est souvent ce qu’on nous dit.

- Vous avez l’impression de travailler pour rien…

K : Arrivé à une certaine période ouais ! Parce que je me disais on me laisse… je voulais faire une formation. Tu vois je voulais faire une formation sans travailler, je voulais pas couvrir les équipes et aller à ma formation. On m’avait dit : « Oui on va voir… » On m’a bien vendu la carotte. Alors au début, on m’a fait travailler le matin très tôt pour que je puisse me rendre à mes cours et ça a duré deux mois. Au bout de ces deux mois, ça y est ! Le planning c’était le gros délire ! Ils savaient même pas faire un planning même à l’époque !! Et voilà, il faut… J’ai l’impression qu’ils se foutent…

- Les gens de l’association ?

K : Oui, c’est clair que des fois on se sent manipulés. T’es là, tu te poses quand même des questions. Je m’étais dit, je me tiens bien, j’essaye de bosser comme il faut, je touche un salaire bon, c’est sûr il est petit mais bon tant pis. Tu te dis : « Peut-être je vais rentrer à la SEMVAT… ? » C’est un peu pour ça, tu vois. T’es prêt à te sacrifier tu vois. Mais bon après euh… je veux dire après au niveau des repos et tout, c’était mal fichu à l’époque. Moi, je sais qu’il y a une période où j’ai réellement bossé quoi. J’ai couvert des équipes à tire la rigot, quoi ! Et bon, c’est vrai que bon, voilà c’est ça que je reprochais surtout. J’avais pas assez de vacances. J’avais l’impression que… parce que j’ai jamais noté mes jours de récup, tu vois tout ça, je sais très bien mais je suis sûr hein ? Sûr, sûr qu’on m’a pas donné mon compte, on m’a pas, on m’a pas… par rapport à ce que j’ai fourni, on m’a pas aidé. Et c’est pour ça que j’étais grave énervé quoi ! Vis-à-vis de ça, moi je leur en voulais pour ça, hein. Et le jour aussi où j’ai perdu ma grand-mère, tu vois je suis quand même allé au boulot en appelant pour qu’ils me changent d’équipe et en leur expliquant que bon je pouvais pas rester au boulot. Mais tu vois, y en a ils étaient tellement cons que… c’est qu’on te mettait quand même beaucoup la pression, tu vois au niveau du téléphone euh…t’avais jamais ta tranquillité, au niveau des plannings, ça changeait tout le temps… Tu vois, y avait quand même beaucoup de pression hein ? Et euh… c’est clair que c’était un truc qui me … ça me plaisait pas du tout quoi ! C’est un truc qui vraiment m’avait choqué. J’étais choqué parce que j’en ai parlé au PC hein ? J’avais perdu quand même un membre de ma famille et tu vois, ils me l’ont dit : « Vas-y rentre chez toi ! Et n’attends pas ton chef d’équipe, n’attends rien du tout ! » Et ils m’ont même proposé si je voulais que quelqu’un m’accompagne… Enfin tu vois, ils ont vraiment été tu vois, quand même…

- Oui et à Vivre en Ville t’as pas trouvé…

K : Ben à Vivre en Ville déjà, ils étaient pas joignables. Le week-end personne était joignable. Donc dès qu’il t’arrivait un truc ben t’étais tout seul. Et puis bon, quand il t’arrive des trucs comme ça, ben tu te dis quand même, c’est bien ils ont du cœur au départ mais à l’arrivée tu te rends compte que… Voilà.

- Et si tu fais un peu le bilan, cette expérience à Vivre en Ville elle reste positive, négative ?

K : Non, c’est positif ! Ouais, ouais ça reste positif ! Ben déjà parce que dans la vie faut positiver ! Malgré que ça soit difficile des fois mais euh… Non ça reste positif. Et puis même jusqu’à aujourd’hui des fois je regrette, je me dis que j’aurais dû rester tu vois… Oui, au niveau de l’ambiance, au niveau tu vois… parce que c’était… Moi, j’aimais bien aller au bureau, titiller tout le monde… Y avait quand même des bons côtés.

- En terme d’expérience professionnelle, tu penses que c’est un truc que t’arriveras à valoriser… ?

K : Ouais, tu la valorises parce que quand même, on va dire que t’es beaucoup livré à toi-même et euh… forcément t’apprends. T’apprends parce que tu dois gérer… tu gères un peu n’importe quoi hein ? Y a vraiment des trucs, tu vois des clients, ils se battent. Une fois j’ai eu un client et une cliente qui se battaient, tu vois. Je suis intervenu, je les ai séparés et je me suis rendu compte que la femme lui avait volé son… son portable. Enfin, tu vois des histoires toujours. Mais bon tu arrives à calmer les gens… tu vois euh…

- Tu t’adaptes à la situation..

K : Tu t’adaptes, tu t’adaptes très vite. Mais c’est vrai qu’au départ c’est pas facile, quand t’es livré à toi-même c’est pas euh… C’est pas évident.

- Oui, en plus toi, tu venais d’une expérience où t’étais pas seul comme ça…

K : Oui, et en plus tu vois j’ai sympathisé beaucoup avec les gens de la SEMVAT. C’est là où, parce que… parce que… j’avais pas peur en fait, tu vois de leur demander des trucs tu vois. Souvent les agents, ils avaient peur de demander pour aller en pause ou je sais pas ! Il y avait une espèce de panique ! Alors que tu vois aller prendre le café tout ça, moi, ça me paraissait quelque chose de normal.

- Peut-être parce que t’avais une autre expérience dans ce domaine-là ?

K : Oui, oui peut-être. C’est sûr que… Si, c’est sûr que la RATP ça m’a quand même… ça m’a quand même libéré ouais. Déjà, on ne vouvoyait personne ! Même un cadre, tu peux pas le vouvoyer. Et tu vois en majorité c’est des toulousains, tu sais les grands cadres, hein ? Et ben c’était des toulousains.

- Par contre ici, tu vouvoyais les gens de la SEMVAT ?

K : Pas tous, moi y a des gens du PC que je tutoie. Y a que les cadres, cadres- cadres quoi que je tutoyais pas. Bon déjà ils sont pas proches, faut avouer. Quand ils te disent qu’ils sont proches, ils te disent des conneries tu vois, c’est des grosses conneries parce qu’ils sont loin mais alors… ils sont tellement loin ! Ils sont près pour te surveiller hein ! Ah pour être mauvaise langue et dire « celui-là… ! » Plusieurs fois on est venu, moi j’étais à Fontaine-Lestang en train de boire le café et plusieurs fois, on (le responsable du métro) est venu me prendre la tête, hein ! Mais bn, moi je restais cool. Je disais : « je prends juste ma pause, le PC est au courant euh… » Et ce qui m’énervait tous, mais tous ! dès qu’il était là, c’était vraiment euh…

- Oui c’est le grand chef.

K : Le grand chef oui… Je suis désolé, il m’a payé de sa poche… C’est rien quoi, tu vois ce que je veux dire. Il faut arrêter de se prendre un peu trop au sérieux ! Bon, de toute façon, je les connais pas et je veux pas les connaître.

- Enfin globalement ça reste une bonne expérience…

K : Oui, si tu veux j’ai préféré arrêter en me disant que quand même si je m’arrêtais de travailler, et j’essayais d’entreprendre autre chose euh… ça sera déjà mieux que de trop rester si tu veux.

- Oui, tu voulais changer de domaine ?

K : Changer de domaine mais surtout ce que je trouvais abominable, pour moi, c’était une grande raison d’arrêter, c’était de bosser le week-end pour la somme qu’on nous donnait ! ça c’était un truc que je supportais pas, tu vois ! C’est des trucs, c’est choquant quand même tu vois ! C’est des trucs que t’arrives pas à te les mettre en tête, tu te dis c’est pas possible ! Parce que même les agents de sécurité étaient payés double le dimanche, même eux. Même si en contrepartie, ils les arnaquaient sur autre chose, tu vois. Eux, c’est encore pire, c’est encore pire. Et c’est vrai que je trouvais ça anormal ! Et c’est pour ça qu’on m’appelait souvent « le petit révolutionnaire » ! Bon des fois je sais que je leur mettais les nerfs mais ça c’était fait exprès tu vois. Avec le téléphone tout ça, ils savaient que j’allais leur faire des sales coups et tout. Mais j’étais pas de mauvaise foi. Attention parce que quand y avait des trucs qui me plaisaient pas, je leur disais. Quand je leur demandais des trucs, ils me disaient : « Ouais, ouais !On verra ! » et puis après le gars il t’oublie !

- Tu penses que c’est des métiers qui devraient se développer ?

K : Ouais, ouais ! Parce que franchement t’enlèves Vivre en Ville du métro, je t’assure, je t’assure que ça sera une autre paire de manches ! Ah ! ça c’est clair, net et précis !

- Mais toujours en prenant des jeunes en insertion professionnelle ou tu penses qu’il faudrait un autre statut ?

K : Ah ! Faut vraiment un statut.

- Tu penses qu’on peut faire ça toute sa vie ?

K : Non, toute sa vie c’est impossible ! Bon, si t’es bien payé tout ça, je veux dire bon, si t’as des avantages, tu vois une évolution de salaire, une évolution de carrière… parce que moi, je trouve que c’est dommage Vivre en Ville parce qu’honnêtement avec tout ce qu’il y a comme missions différentes, s’ils laissaient les gens tu vois, être un peu autonomes euh… responsables. Parce que t’en as beaucoup qui sont pas responsables, qui plantent et tout. Mais planter, il faut savoir pourquoi les gens ils plantent ! Ils plantent pas pour rien. Y en a qui plantent pour rien, bon là je dis d’accord tu vois. Mais euh… y en a beaucoup qui plantent pour quelque chose. Moi, je sais qu’à un moment quand j’y étais bien, que je bossais bien et tout mais à force, à force qu’on te tende la carotte, je t’assure que tu deviens un mauvais agent. ça c’est évident hein ! Même professionnellement t’es plus crédible.

Oui, il faut un statut. Faut arrêter de dire, il faut que vous trouviez quelque chose ! Attends, ça veut dire que ceux qui sont au bureau ils sont assis tu vois, tranquillement. Attends je dis pas qu’ils ont la belle vie, bon, ils galèrent aussi… Mais eux, ils ont la sécurité de l’emploi. Bon, pas tous parce que t’as vu euh tous les licenciements qu’il y a. Tous les ans il y a un licenciement, tous les ans y a un nouveau directeur, tous les ans y a ci… attends faut arrêter ! Franchement faut qu’ils arrêtent un peu quoi. Je crois qu’il faut arrêter les dégâts, hein ! Faut qu’ils arrêtent de prendre les gens pour des ignares ! Mais apparemment, c’est bien parce qu’ils sont tous aveugles, la Mairie, même l’inspection du travail, hein ! Même l’inspection du travail a peur de Vivre en Ville. Parce qu’il y a la Mairie, y a la SEMVAT derrière, ils ont quand même assez peur, ouais. On dirait qu’ils ont tous oublié la 1ère mission pour laquelle Vivre en Ville a été créée.

- La 1ère mission ?

K : Ben moi au départ quand je suis rentré, on m’a dit que c’était une association qui aidait les jeunes et qu’ensuite ils avaient la possibilité de travailler à la SEMVAT. Pas tous, ils le disent hein, attention !

- On te l’avait dit ça ?

K : Ah ça on me l’avait dit ! C’est sûr, on me disait tout le monde ne va pas rentrer à la SEMVAT. ça semble évident et c’est sûr. Et quand tu vois qu’ils devaient faire rentrer cinq agents par an ! Ben je me demande euh… ça fait pas le compte ! Et on nous endormait… Mais personne ne s’en soucie ! Les seuls qui s’en soucient c’est les agents eux-mêmes. Et ça c’est dommage parce que Vivre en Ville a beaucoup de moyens… enfin tu vois au niveau de l’organisation, s’ils faisaient zapper les gens ! S’ils faisaient zapper les gens, tu vois, tu vas un coup au bus, tu vas un coup à métro-vélo… Et pour eux si tu leur dis ça, ça y est, ça va être le bordel ! Tu vois ce que je veux dire.

- T’as l’impression qu’ils vous font pas confiance totalement ?

K : Je les comprends… quelque part, je les comprends. Mais si personne ne fait un pas pour changer, pour que les choses évoluent… Il faut des contreparties, tu vois ce que je veux dire ? Tu vois, c’est comme moi qui voulais aller à métro-vélo, je pouvais plus supporter le métro, j’arrivais plus, c’est simple ! J’arrivais en station, je… tu vois ! Et du coup je leur avais proposé, je leur avais dit que je m’absenterai pas, que je serai sage et tout ! Et alors l’excuse ça a été que j’étais trop absent etc….

- Oui en fait on te juge à ta présence…

K : Voilà ! Mais en fait si tu fais les choses bien, on va te laisser faire un petit truc par, un petit truc par là, un petit peu plus de prévention… tu vois des petits arrangements qui font du bien. Moi, je le nie pas mais après dès que tu te déchires, et ben c’est là où ils en profitent. Ils disent : « Ouais il a été absent ! » Oui mais garçon, t’as oublié que pendant un an j’ai bossé comme un fou ! Enfin tu vois ce que je veux dire ?
1   ...   26   27   28   29   30   31   32   33   ...   37

similaire:

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse pour le Doctorat de sociologie
«Comme tous mes amis sans exception sont des êtres de grand talent et de vaste intelligence, les conceptions qu’ils expriment seraient...

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse de doctorat à Sciences-Po Paris : Programme "Sociologie Politique-Politiques...
«Circulation des savoirs et des pratiques culturelles : le triangle Amérique latine – Europe – Amérique du Nord»

Thèse de doctorat en sociologie iconTHÈse de doctorat

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse de doctorat (N. R) en Sciences de l’Education

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse de doctorat en Science politique

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse en vue de l’obtention du Doctorat d’histoire

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse pour le Doctorat en Sciences Économiques

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse de Doctorat préparée par Samar rouhana

Thèse de doctorat en sociologie iconThèse de doctorat nouveau régime présentée par Frédéric lagrange

Thèse de doctorat en sociologie iconLibrairie – Bibliographie
«Les marchés électroniques : structures, concurrence et conditions d’efficience». Thèse de doctorat, Université Lille 1 Sciences...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com