Thèse de doctorat en sociologie





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Entretien 25A, mardi 18 juin 2002.

L., 40 ans, vérificateur dans le métro et les bus de la SEMVAT. L’entretien a lieu dans le bureau de Vivre en Ville à Fontaine-Lestang. J’explique l’objet de mon travail de recherche et le but de l’entretien : connaître le travail des agents vérificateur et la manière dont ils collaborent avec les agents de médiation de Vivre en Ville.

- Est-ce que vous pouvez me parler d’abord de votre travail, en quoi il consiste… ?

L : Ben le travail de vérificateur consiste à contrôler toutes les personnes qui circulent sur le réseau, contrôler leur titre de transport et éventuellement dresser des procès verbaux. On peut avoir un rôle de renseignement, un rôle commercial aussi.

- Oui, aussi.

L : Oui, bien sûr !

- Et vous êtes présents dans les stations euh…

L : Sur le métro, on tourne sur les stations, on peut être dans les rames, sur le quai, où on le désire. Et puis sur le bus, dans les bus !

- Oui, vous êtes pas seulement affectés au métro ?

L : Non, non, non. Heureusement ! Surtout quand il fait bon, c’est mieux d’être dans les bus !

- Et vous êtes en contact avec quel type de public ?

L : Tout le monde, des scolaires, des 3ème âge, euh des gens qui voyagent sur le réseau… de tout quoi !

- Et donc ça fait combien de temps que vous faites ce travail ?

L : Euh… un an.

- Un an.

L : Non, un an et demi !

- Et avant ?

L : Non avant je travaillais à l’extérieur. Non, ça fait deux ans que je suis dans la boite.

- D’accord ! Donc quand vous êtes arrivés les agents de médiation étaient déjà…

L: Les agents Vivre en Ville étaient déjà là.

- Ils étaient déjà là et euh… à votre avis ça consiste en quoi leur travail ?

L : Les agents doivent être sur la ligne de contrôle, ils sont là bon, d’abord c’est une présence déjà. Une présence et puis bon, ils ont aussi un rôle commercial au niveau des renseignements qu’ils peuvent donner de temps en temps. Et puis bon, c’est des jeunes, bon je sais que la plupart sont issus des quartiers, bon c’est essayer de faire tampon un peu sur euh… d’éventuels problèmes qui peuvent se produire.

- D’accord. Ils sont là pour un certain type de public ?

L : Non, je pense pas, non, non !Non on va pas les cantonner à un certain de type de public. Non, mais le fait de connaître la plupart des personnes qui pourraient éventuellement générer quelques petits problèmes, bon, ça permet de…

- Oui, ça aide en fait de connaître…

L : Mais j’imagine qu’ils doivent pas aussi avoir un rôle facile parce que… Des fois ça aide mais ça dessert aussi, j’imagine.

- Et quels types de problèmes vous pouvez rencontrer quand vous contrôlez ?

L : Pouh ! Là les problèmes bon, en général les gens aiment pas trop être contrôlés, hein ? Vous savez c’est toujours pareil, c’est les mêmes qui vous disent qu’il y a pas assez de policiers, pas assez d’instituteurs et quand le contrôle s’adresse à eux, là ! ça les gêne ! Alors bon, les anciens, les anciens, ça les gêne un peu ! « Vous savez, moi j’ai travaillé ici avant etc.. ! » Mais le contrôle il est pour tout le monde. Là c’est tout. Bon, après les jeunes qui fraudent d’une façon ou d’une autre, hein ? Mais bon ! Moi, je pense que c’est un peu comme un jeu. Seulement y en a beaucoup qui aiment pas perdre ! Et quand on joue, on gagne ou on perd. Bon, ben quand on perd, je veux dire c’est une amende, bon y a pas mort d’homme ! Mais, moi j’ai l’impression que c’est vrai y en a beaucoup ils aiment pas perdre.

- Oui, et alors ils réagissent comment ?

L : Bon, ben ils réagissent pas trop bien…

- Vous avez un exemple de…

L : Non, j’en ai pas un, j’en ai des dizaines ! Non, j’en ai pas un je veux dire qui ait retenu mon esprit, bon. Non, non, je veux dire c’est toujours la bonne excuse, c’est toujours euh… bon, à partir de là, je veux dire, on fait plus ce genre de boulot parce qu’à un moment donné, moi je veux bien être à l’écoute et tout, mais on n’est pas des assistantes sociales, non plus hein ? Je veux dire, y a des gens qui bénéficient d’un ticket gratuit, bon qui sont en difficultés, bon ben ça je veux dire ça me regarde pas. Ils l’ont, ils voyagent avec, ils ont la carte clé… bon, ça va ! Mais ils commencent à se le prêter, à passer à plusieurs avec… bon ! Le contrôle c’est le contrôle ! Si on commence à rentrer dans des considérations, « ouais ! … » Bon, chacun a ses problèmes !

- Les gens ils aimeraient que vous les écoutiez ?

L : « Je voyage tous les jours. Oh ! Aujourd’hui, j’ai oublié ! Mais tous les jours je l’ai le ticket ! » Bon, moi je dis ça correspond à la personne qui passe à 140 dans un village en voiture, et qui va dire au gendarme qui l’arrête : « Tous les jours je passe à 40. » Oui, mais moi, aujourd’hui je fais un contrôle de limitation de vitesse et c’est pas limité à 140 ! Voilà, c’est… Maintenant c’est sûr dans le lot peut-être y a des gens qui… Mais bon, je veux dire, si nous, on s’en tient à tout ça, on y arrive pas, à quoi ça sert qu’on soit là, quoi ?

- Et ça les agents de médiation, ils peuvent peut-être plus le faire de… d’écouter les gens… ?

L : C’est-à-dire que ouais… ils sont surtout je veux dire, ils ont un rôle de contrôle plus à l’entrée. Ils ont l’œil sur tout ce qui est ticket avec carte clé. Après ils contrôlent comme ça… Nous, on contrôle tous les tickets, les tickets rouges, gris…

- Oui, vous contrôlez n’importe qui…

L : Non, on contrôle pas n’importe qui, on contrôle tout le monde !

- Oui… Oui les gens en fait, ils aimeraient qu’on les écoute davantage… qu’on les traite comme des cas particuliers…

L : Oui exactement mais il existe des… bon, je sais pas si c’est des associations, il existe au niveau du SMTC tout ça… Il existe des collectivités qui leur propose un ticket gratuit ! Enfin, je veux dire, moi ça me regarde pas ! Enfin je veux dire personnellement je peux le trouver normal ou pas qu’ils en bénéficient, mais bon ! Nous on les transporte. On essaie de les transporter dans les meilleures conditions. Y a un règlement intérieur à respecter pour l’utilisation du bus et du métro et ce règlement, c’est à nous d’essayer de le faire respecter au mieux. On n’est pas là, on est là pour renseigner, on a un rôle de, de… de commercial… « Ah mais ma femme, elle est malade… » Non, non ! Moi, je veux dire, je m’arrête pas à ce genre de truc. Sinon, c’est pas la peine que je me lève le matin pour aller travailler.

- Oui c’est pas votre travail.

L : Non ! Je suis désolé, moi j’ai mes problèmes perso. Si je vais leur étaler, peut-être ils souriront moins, hein !

- Et les agents de médiation en fait, ils ont été mis en place pour faire tampon avec…

L : Bon, c’était déjà, bon, c’est ce que je pense, hein ?

- Oui, oui, le regard que vous pouvez avoir…

L : Bon, le regard que je peux avoir, j’imagine que… parce que quand même c’est que des gens jeunes, c’est des emplois-jeunes d’ailleurs. C’est souvent euh… ils viennent des quartiers plutôt, bon c’était déjà, bon parce que j’ai été agent de station et j’ai été formé par la plupart d’entre eux… Oui, j’imagine qu’ils ont peut-être… que les voyageurs, les personnes qui sont sensées générer quelques situations délicates ou… les connaissant aussi euh, j’imagine que ça doit être plus facile ! J’imagine que ça a été mis en place avec cet objectif là. Et par là même je sais que mon collègue là euh, (23A), mon collègue en a fait partie et il a suivi un cursus qui lui a permis d’intégrer… la boite quand même. Ce qui est bien. Bon, mais ça passe aussi par des contraintes euh… je me rends compte –pas uniquement au travers des jeunes qui travaillent à la médiation, tout ça- que les contraintes euh ! Mais le travail c’est des contraintes ! C’est des horaires à respecter, c’est euh je veux dire quand au niveau de la hiérarchie ou autre, on vous demande quelque chose euh, ça fait partie du boulot ! C’est pas un manque de respect ça ! Ils ont tendance des fois à faire un peu un amalgame, euh… à… On leur manque de respect parce qu’on leur demande quelque chose.

- Ah oui ?

L : Oui, moi je trouve. D’ailleurs je leur ai dit parce que bon, on parle avec hein ! C’est des collègues aussi quoi, hein ? Même si le statut est quelque peu différent, je veux dire, je vois… comme je le vois au travers des jeunes qui ont à peu près leur âge ailleurs ! C’est pareil quoi. J’ai un gamin qui a 18 ans, c’est pareil ! Les contraintes, ça c’est… ! Je trouve que la génération euh… les gens de cette génération-là, pas tous mais la plupart ça leur est quelque peu difficile.

- Et c’est assimilé à un manque de respect ?

L : Souvent oui, ça revient beaucoup, ouais. ça revient beaucoup.

- Et le fait d’être issu des quartiers, y a un mélange aussi avec la question de la discrimination parce qu’ils sont maghrébins aussi ?

L : Oui des fois c’est mis en avant, c’est mis en avant ! Mais euh… H. (23A) est maghrébin hein ? Moi, je suis italien, hein ? Et on arrête pas de se taquiner toute la journée avec ça ! Mais moi, je crois que si on sait pas faire le distinguo entre ça, c’est… je crois que c’est pas bien…. Parce que ça n’a strictement, ça n’a strictement rien à voir ! Dans notre travail, on peut être confronté à ça : « Ouais, vous me contrôlez et vous me mettez une amende parce que je suis noir ou parce que je suis maghrébin ! » Non ! Regardez vous montez dans le bus : « Y a 40 personnes, je contrôle tout le monde et la personne qui est en défaut de titre, il se trouve que c’est vous ! C’est pas votre couleur de peau, c’est votre situation euh ! C’est tout ! »

- Et les gens en majorité, ils le prennent comme euh…

L : Ben c’est-à-dire qu’ils disent ça quand y a plus d’arguments ! Quand y a plus d’argument c’est celui-là. En dernier lieu, c’est celui-là qui est mis en avant. Ouais ! Ou les jeunes : « Parce qu’on n’a pas de cravate, parce qu’on est jeune… » Moi, je… enfin j’ai 40 balais enfin, je m’imagine pas si vieux que ça !

- Pour les jeunes de Vivre en Ville c’est souvent un 1er emploi, c’est pas un peu difficile de les mettre directement comme ça sur le terrain pour gérer des problèmes euh… ?

L : Je veux dire c’est difficile pour quelqu’un de jeune en général. Je trouve que… ouais.

- On leur demande gérer des problèmes différents de vous ou c’est les mêmes ?

L : Ouais, eux ils dressent pas des procès verbaux mais c’est sensiblement différent… A quelque chose près… Je veux dire, nous on prend la responsabilité de faire un PV ou pas. Eux, s’ils contrôlent quelqu’un qui est en… qui a un ticket qui correspond pas à la carte ou je sais pas, ils font appel à nous.

- Ils sont un peu un relais, en fait.

L : En quelque sorte oui. Je veux dire leur responsabilité est moins engagée. Leur responsabilité est moins engagée au niveau de la sanction, au niveau de… du résultat du contrôle quoi ! Voilà, maintenant moi, moi je considère personnellement que c’est le vécu au-delà du travail. Quand on avance dans l’âge, vous voyez, je vais pas dire qu’on devient sage mais… toutes les expériences, tout ce qu’on a pu accumuler servent aussi dans le boulot. Trop jeune là à la ligne de contrôle, je pense que ça doit être dur, ouais !

- Et qu’on soit à Vivre en Ville ou à la SEMVAT ?

L : Oui, oui. Pour moi c’est, c’est… Oui. C’est indifféremment de la société qui emploie quoi. Vivre en Ville, SEMVAT, ce que vous voulez, hein ? Je trouve que quand on est jeune euh… c’est difficile parce qu’en plus on va contrôler, même je veux dire ceux qui sont sur la ligne de contrôle, pas vérificateur comme nous, mais ils peuvent contrôler des fois des jeunes qui sont du même âge et même des fois un tout petit peu plus âgés… Je veux dire c’est pas vraiment facile. Je veux dire euh…

- ça peut mettre en porte-à-faux…

L : Voilà, ça peut mettre en porte-à-faux. Enfin, les jeunes euh… Moi, je trouve que pour certains c’est un peu délicat.

- Et vous pensez que le fait de mettre des jeunes qui sont maghrébins, c’est plus facile pour s’occuper des jeunes qui sont maghrébins aussi… ?

L : J’en sais rien ! Moi, je sais pas, vous savez, nous on est poli et courtois, et lui (allusion à H., 23A), il est maghrébin et il va contrôler n’importe qui… Donc je veux dire, il peut tomber sur quelqu’un qui… pour eux aussi c’est délicat, je veux dire… de mettre un PV c’est toujours euh… et on entend souvent que parce qu’il est maghrébin, il aura le contact plus facile avec les Maghrébins ! Enfin, moi si vous voulez ça me gêne un peu de faire cet amalgame-là. Je veux dire : le boulot c’est le boulot, quoi ! C’est tout, à partir de là euh, moi je mets des PV à des gens qui sont d’origine italienne ! Enfin, c’est ça ! Euh, j’ai… j’ai du mal à comprendre ce genre de chose ! Maintenant si on veut donner une image, quelles que soient les origines ou la culture, ça, ça doit pas rentrer en ligne de compte, hein ?

- Mais le public, les clients, ils le prennent en compte ça, ils vont s’adresser plus facilement à… quelqu’un qui à l’air de leur ressembler ou… ?

L : Oh ! Des fois quand vous êtes en station, oui une fois quand j’étais dans une station, y a quelqu’un qui m’a dit : « Oh ! ça fait plaisir de voir un blanc ! » Y en a qui vous le disent effectivement ! … C’est vrai ! C’est vrai, ça arrive. Je veux dire, c’est pas fréquent, ni courant mais ça peut arriver. Bon, je crois que c’est le reflet de ce qu’on peut voir dans le reste de la population. Je vais vous dire, les gens qui voyagent, c’est le reflet de ce qu’on peut trouver dans la cité, dans la ville ou de ce que les gens peuvent voter ou… selon les périodes ou des trucs comme ça ! Oui, aussi simplement que ça, hein ?

- Oui, ça reflète la société.

L : Oui, pour moi, ça reflète. Oui, oui, exactement ça reflète. ça reflète. Bon, après c’est vrai les jeunes, ils font euh… bon, quand j’avais une quinzaine d’années, je prenais le bus et je le payais jamais ! Donc, là, à la différence que si je m’étais fait, si je m’étais fait plomber, je joue, je perds, je perds. Je veux dire, je vais pas engager une bagarre pour un ticket ! Je crois qu’ils ont pas, qu’ils ont pas une notion, des valeurs de ce qui est…

- Oui, vous avez l’impression qu’il y a des valeurs qui…

L : Ah, ouais, ouais ! Je suis pas quelqu’un à principes mais au moins des valeurs.

- Oui…

L : Ouais !

- Et ces valeurs vous avez l’impression qu’elles se perdent…

L : Ah ouais, ouais. C’est pas qu’elles se perdent mais qu’elles sont pour certaines, qu’elles sont inexistantes.

- Ah oui, elles existent carrément pas…

L : Ah oui, vous savez des fois, on se fait insulter… Moi j’ai un gamin, il a 18 ans, j’aimerais pas qu’il me parle comme ça ou qu’il parle à qui que ce soit comme ça ! Parce que le respect ça se doit à plus âgé que soi mais à vice versa pareil. Bon, c’est tout. Je veux dire quand un 3ème âge me dit : « Ouais vous voyez pas à qui vous avez à faire, vous me réclamez ma carte et tout… » Je veux dire, je comprends pas plus qu’un jeune qui va me traiter de tout, quoi ! Non, c’est tout le monde le respect. Le respect, il se doit à tout le monde et c’est tout. Alors quand on fait rentrer en ligne de compte comme je vous dis, l’âge, la couleur de peau, les origines, tout… moi, je suis pas d’accord ! Non, non ! C’est trop… Je veux dire, c’est trop facile, c’est la défense, c’est l’ultime défense et elle est trop facile. ça n’en est même pas une. ça n’en est pas une.

- C’est quand il n’y a plus d’argument.

L : Non, exactement, c’est un argument qui n’en est pas un. Vous savez, moi je trouve que justement en tenant des discours comme ça euh… certaines catégories creusent le fossé un peu plus. Enfin, c’est personnellement ce que je relève.

- Sur le terrain, vous collaborez comment avec les agents de médiation ?

L : Sur… sur les bus, ils ont une voiture, et ils tournent sur certaines lignes qui chargent, peuvent charger pas mal et qui à certaines heures et à certaines périodes de l’année peuvent être un peu délicates. Et ils sont là euh… ils sont là pour… faire tampon comme je vois l’ai dit. Et après en station, ils sont sur la ligne de contrôle pour renseigner et tout, et pour nous appeler s’il y a un éventuel problème qui se présente. Voilà, nous on prend le relais derrière.

- Et ça, cette position un petit peu de tampon, ça serait pas possible que ce soit des gens interne à la SEMVAT qui le fasse ou euh… ?

L : Si pourquoi pas ! De toute façon…

- C’est parce qu’ils sont extérieurs qu’ils arrivent mieux à gérer…

L : Non, d’ailleurs ils le vivent mal. La plupart le vivent mal parce qu’ils aimeraient pouvoir intégrer l’entreprise… parce que bon gré mal gré, c’est pas la plus mauvaise position qui soit. Et puis euh… Bon, pour certains, ils aimeraient bien que ce soit le… le marchepied pour pouvoir justement euh… Mais non, moi je l’ai fait. Je l’ai fait quoi, je veux dire, je l’ai fait en tant qu’employé SEMVAT, au même titre euh… dans les mêmes conditions qu’eux je veux dire !

- Oui quand vois étiez agent de station en fait ?

L : Oui, le boulot il est le même. Vous savez quand on est employé SEMVAT ou qu’on soit Vivre en Ville euh… le boulot, c’est exactement, exactement le même.

- Oui donc ça change rien qu’ils soient extérieurs à la SEMVAT ?

L : Non, enfin pour moi, pour moi, hein ?

- Et c’est des emplois que vous pensez qu’il faudrait développer ?

L : Alors je ne sais pas… Euh vous voulez dire les emplois-jeunes là comme ça, vous voulez dire ?

- Oui, oui.

L : Alors je ne connais pas trop les statuts là, des emplois-jeunes… enfin au-delà des Vivre en Ville hein ? En règle générale, je sais qu’il y a des ADS, les adjoints de sécurité dans la Police, après je crois dans les collèges, y en a aussi… Je connais pas les statuts mais je trouve que cinq ans, c’est beaucoup trop long.

- Ah ouais…

L : Ouais… je trouve que cinq ans c’est beaucoup trop long. Peut-être il serait bon, que ce soit fait vraiment dans le… que ce soit un marchepied, que ça leur permette…déjà de voir ce que c’est de travailler déjà ! Et puis après quand même de pouvoir intégrer une structure un peu plus euh… enfin être un pont quoi !

- Oui, parce que ça reste des emplois un peu précaires quand même.

L : Oui, c’est précaire. Maintenant, je trouve que c’est très bien, je veux dire, je sais pas au niveau des autres, de la Police etc… mais c’est très bien pour montrer que la vie active c’est des contraintes, c’est… Ne serait-ce que de respecter les horaires, c’est… Y a des ordres, bon y a des demandes de la part de la hiérarchie, de la part des… Et ça euh… Je crois que c’est bien parce qu’il faut en passer par là pour se rendre compte que… quand on travaille c’est comme ça. Et puis, en général, la vie, c’est comme ça, y a des choses à respecter, y a un code de la route à respecter, y a… Quand vous êtes au collège, y a un règlement intérieur, quand vous êtes dans une entreprise, c’est pareil. Et je trouve… le seul petit reproche que je… si je peux appeler ça un reproche, ils ont des difficultés à ça.

- Oui à respecter…

L : Ils ont des difficultés à ça. Ils ont des difficultés, mais je vous dis, je le dis pour eux comme je le dis pour la génération en gros, hein des jeunes ? Les contraintes, ça leur est, ça leur quelque peu difficile, je trouve.

- Oui donc passer par Vivre en Ville, c’est un temps de formation un peu, d’apprentissage et il faudrait que ce soit un marchepied en fait…

L : Oui, moi, je pense qu’il faudrait que ce soit un marchepied, mais bon, à partir de là, c’est comme de tout, il fait faire ses preuves quoi ! Vous savez quand on rentre dans une entreprise, on a une période d’essai et si ça s’appelle pas une période d’essai, ça s’appelle d’une façon différente… Moi, ça fait 22 années que je travaille, donc j’ai fait plusieurs boulots et ou que ce soit, c’est partout pareil et même des fois c’est beaucoup plus contraignant ! Beaucoup, beaucoup plus contraignant. Alors, oui, je pense que c’est pas mal. J’estime que ça peut être un bon tremplin. A eux de saisir leur chance. Peut-être cinq ans c’est un peu long effectivement. cinq ans, ça fait quand même… parce que bon, je sais pas, ils ont une moyenne d’âge qui tourne entre 20 et 25 ans. Admettons quelqu’un qui intègre ça à 23, 24… ça fait 29 ans ! Oui parce que la plupart n’ont pas suivi un cursus scolaire euh très long, ils n’ont pas suivi un cursus scolaire très long, ça fait que… je veux dire à partir de là, c’est ça aussi ! C’est une chance qui est donnée de pouvoir euh… après essayer d’avoir un emploi. Mais euh je veux dire ils commencent dans la vie active, comme quelqu’un qui a suivi des études euh je veux dire, un peu plus longue mis à part que comme ils n’en ont pas suivi, ils commencent un peu tard, enfin en âge hein, je veux ?

- Ils vous le font sentir ça qu’ils se sentent dans un emploi un peu précaire ?

L : Oui, oui, bon y a eu le mouvement là… Y a eu ce mouvement, bon il a été dit des choses bon, je sais pas, ça a été relayé par les médias bon, je sais pas. Mais ils ont mis en avant un manque de respect, et du racisme de la part de certains agents SEMVAT ! Enfin, des agents SEMVAT. Alors moi, un jour, là pendant la grève, j’ai dit, je veux qu’il y en ait un seul là d’entre tous que j’ai été raciste envers eux ou même que j’ai fait un rapport euh sur lui quand j’étais au PC métro ! Parce que quand ils arrivent sur leur poste, ils pointent tout ça et euh, on pointe les retards et je leur ai dit : « S’il y en a un seul, un seul là sur 20 que vous êtes, qui me le disent ! » Et aucun a été capable de ma le dire. Voilà. Bon, après ils nous ont fait sentir que la paye était pas la même, alors que les conditions de travail sont exactement les mêmes que dans les autres euh sociétés qui travaillent dans le métro. Bon, que la paye était pas la même et tout. Bon, on en parlait, c’est un emploi-jeune, un emploi-jeune tremplin ou je sais pas quoi, une période d’insertion dans la vie active, je sais pas comment on peut le qualifier. Voilà et eux considèrent qu’ils font le même boulot que les autres, peut-être ils se disent : « On est moins payés euh on fait pareil euh… » Après dans les conditions de travail, ils ont les mêmes. Au niveau du salaire, je sais pas du tout ce qu’ils touchent, donc je suis incapable de vous dire leur revenu. Mais quand vous commencez agent de station c’est pas mirobolant non plus, hein ? Loin de là.

- Oui, y a une image de la SEMVAT comme le statut à atteindre un peu.

L : Oui, mais voilà, je crois que le statut pour l’atteindre, il faut se donner les moyens aussi. Y a des collègues vérificateurs qui sont passés par Vivre en Ville, y a des conducteurs qui sont passés par là, puisqu’ils ont fini le cursus. Y a des gens de la Prévention, je veux dire ! Je vous dis, pour moi, c’est pas Vivre en Ville, c’est… C’est un problème de génération, je sais pas… C’est tout, tout de suite. Je veux dire pour moi, je parle même pas de Vivre en Ville, c’est tout, tout de suite, les jeunes euh… ils ont du mal à… Ils ont du mal à… je crois qu’il faut fournir des efforts pour certaines choses.

- Oui c’est pas seulement les jeunes des quartiers comme on dit…

L : Je veux dire chacun avec leurs problèmes, ils sont exigeants. Que ce soit les jeunes des quartiers parce qu’ils sont confrontés à d’autres difficultés que des jeunes qui baignent dans la soie. Ils sont exigeants quand même. Je veux dire, chacun dans leur euh… façon de fonctionner, de vivre – ça c’est personnel, hein comme euh- mais je trouve les jeunes un peu exigeants.

- Oui…

L : Ouais, moi je veux dire, avec des jeunes qui ont une vingtaine d’années, mon fils a 18 ans, moi j’ai 40 ans, je veux dire je vois des jeunes de 10 ans de moins, 30 ans, enfin c’est une autre tranche d’âge, quoi ! Et ça correspond à des périodes euh… à ce qu’on peut vivre et tout… Mais je trouve que ouais c’est une tranche difficile, et je trouve que ceux qui arrivent après, c’est encore pire hein ! Ceux qui ont 15 ans là ! Alors n’en parlons pas hein ! Non, mais je vous dis, c’est personnel mais l’enfant roi ! L’enfant c’est très important mais l’enfant roi ! Non, c’est chacun à sa place. Je crois pas que c’est comme ça qu’on se construit.

- Oui…

L : Enfin, moi, c’est perso hein ! Je parle peut-être euh… c’est un peu hors sujet mais enfin, je veux dire les enfants de maintenant feront les adultes de demain, je crois pas qu’on se construit comme ça. On se construit aussi dans la contradiction, dans l’interdiction et dans… au travers de ce genre de boulot dans les contraintes et tout ça. Je crois que ça fait partie de...
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