Thèse de doctorat en sociologie





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« Bon, là on a eu des problèmes sur le 8 apparemment, sur les Pradettes depuis deux ou trois jours, à telle heure, est-ce que vous pouvez… ? » Y a toujours une souplesse dans le dispositif. On a des axes forts c’est-à-dire en ce moment, le site de telle heure à telle heure et la prison. On a des axes forts comme le Polyvalent, comme la fête à St Michel mais on peut toujours pareil avoir de la souplesse par rapport à des problèmes qu’on a identifiés ou quand on a des remontées des conducteurs sur tel secteur. Donc, on leur demande d’être vigilants et de nous assurer une présence sur les… sur un secteur déterminé avec une heure déterminée.

A : On s’aperçoit que dès qu’il y a un problème qui est identifié, que les conducteurs remontent, on le leur soumet et le fait de leur présence souvent fait que le problème disparaît. Parce que moi, j’ai souvent des jeunes qui viennent souvent à Basso Cambo en pensant qu’ils vont monter ici sans payer. Bon, quelquefois les conducteurs s’en rendent compte qu’il y a des groupes de jeunes… et on le signale à Vivre en Ville. Mais aussi bien ces jeunes, ils vont pouvoir aller prendre le bus à Pergaud donc il suffit que ces conducteurs, que le conducteur nous disent : « Mais attendez ! Ils vont prendre le bus un peu plus loin ! » Ce qui fait que Vivre en Ville se déplace sur un axe, dans son périmètre et on s’aperçoit que les problèmes bon, ça disparaît ! Donc en laissant une latitude et en remontant au quotidien les problèmes, on s’aperçoit que les problèmes si on les traite au jour le jour, les problèmes disparaissent. Maintenant, on peut pas dire que ces problèmes sont réglés. Parce qu’on me dit, est-ce qu’on pourrait pas alléger le dispositif ? J’ai dit non, parce que dès que le dispositif ne fonctionne pas, je l’ai vu moi cette année avec la piscine, croyant que la piscine ne fonctionnait, j’avais prévu personne et le 1er jour où elle a fonctionné, on a eu des problèmes.

B : Si vous voulez, y a jamais rien d’acquis. ça demande une présence de tous les instants. Une présence de tous les instants, bon parce que c’est… C’est une action que l’on doit préconiser euh.. Bon, je prends l’exemple du Polyvalent, les jeunes passent, y a d’autres jeunes qui entament leur scolarité au Polyvalent…

- Oui, ça se renouvelle…

B : Oui, voilà et nous, on le voit. Je prends l’exemple en début d’année, on a eu Françoise qui est venu au Polyvalent, suite aux évènements d’AZF. Ben les élèves de Françoise - parce que c’est particulier, sur tout le réseau de Toulouse, y a que le Polyvalent qui est comme ça, qui a une présence comme ça – ben les jeunes montaient par la porte arrière. Alors nous, on est intervenu, on a dit : « Vous montez devant. » Et ils nous ont dit : « Comment ça se fait ? Qu’est-ce que vous faites là ?… » J’ai dit : «  Non, non, ici, on monte devant et on descend derrière. » Voyez, ils sont arrivés vers le mois d’octobre, ils ont été surpris des fonctionnements ! Donc vous voyez, il y a rien d’acquis, que si on est pas là, à la rentrée, y aura d’autres jeunes et ben ça y est c’est fini, on perdra ce qu’on a gagné. Donc, c’est pareil pour la piscine, c’est pareil pour la fête à St Michel. Et c’est frai qu’on est un peu en bis-bis avec euh pas nos supérieurs mais avec certaines personnes de l’entreprise qui pensent que le conducteur peut le gérer. Non ! Le conducteur il peut gérer son domaine. Mais c’est un combat de tous les instants. On le sait bien, si on lâche le terrain deux mois, c’est fini ! Le mauvais pli revient.

A : ça revient rapidement. Le conducteur peut gérer quelques problèmes particuliers mais l’effet de masse, il peut pas.

B : Non ! Il peut pas !

A : C’est pas possible ! Parce qu’en plus, après, y a un 2ème phénomène qui se passe et c’est pire, c’est que le conducteur est sur la défensive. ça veut dire qu’il n’est plus réceptif et il a… il est déjà prêt à avoir un problème ! Comment vous dire ? Il est déjà sur le stress ! Le moindre petit truc c’est l’incident. Donc, si le conducteur sait qu’il y a une présence, il est détendu, il abordera le problème différemment.

B : C’est énorme, ça ! Le conducteur avant, il arrivait, y a cinq ans, il arrivait au Polyvalent, il sentait que les jeunes allaient arriver, « Comment je vais le gérer ? Ils vont me monter partout… ! » Maintenant, y a 100 jeunes qui arrivent au Polyvalent ? C’est pas grave, y a du monde au Polyvalent, ça va se passer comme d’habitude. Son problème, c’est plus que la conduite ! Il a plus à se dire : « Comment je vais gérer, ça va monter derrière, ça va pas payer ! » Non !

A : Ils avaient peur de se faire caillasser… Bon, maintenant y a pas ce stress ! Même si y a un incident, bon l’incident il peut arriver, c’est pas parce qu’il y a trois personnes qui y aura pas d’incident ! Mais…

- Il sera pas seul.

B : Oui, il aura des appuis sur le terrain.

A : Il aura pas prémédité dans sa tête, il aura pas déjà, il aura pas ce stress. Il abordera plus calmement. Quand du monde arrive, il le gèrera mieux. Parce que vous vous rendez compte, quand vous arrivez avec un bus, vous savez, déjà vous avez dans l’idée que vous allez avoir l’incident !

B : Et après, pour revenir euh pour centrer un peu plus sur Vivre en Ville, enfin, moi, c’est ma conception des choses, hein ? Moi, je suis euh, je travaille avec eux. C’est-à-dire euh… bon c’est pareil, tous les deux on travaille de la même façon. Mais enfin, c’est pas parce qu’on travaille comme ça avec eux que d’autres collègues travailleraient comme ça. Je veux dire par là qu’on forme une équipe, hein ! Je veux dire, moi premièrement, je vais pas me décharger de tous les côtés euh, les mauvais côtés de ma mission sur les agents de Vivre en Ville. On forme une équipe c’est-à-dire on n’a pas le même statut mais on forme une équipe. Je suis solidaire avec eux, et par exemple au Polyvalent… Même au début, ils me disaient : « Mais c’est bon, j’y vais ! » J’ai dit non ! Premièrement, ça me fait du bien d’être avec vous parce que les jeunes m’identifient. Donc ils savent qui je suis, pourquoi je suis là premièrement. Ensuite, vous, vous les connaissez donc pareil, c’est un trait d’union avec moi donc ça fait que… On se dit bonjour, on se parle, donc ça fait que… ils connaissent mon rôle et y a des contacts qui se créent. Et puis bon, moi, le terrain, c’est toujours pareil, si on est coupé du terrain, de la réalité du terrain, bon ils vont me remonter des choses, mais comme si un jour ils sont pas là et que moi, je dois aller sur le terrain, je vais être complètement perdu. Donc, y a cette notion d’équipe, y a bon, on est solidaire avec eux et puis bon, c’est mon côté un peu humain. Mais bon, on a chacun une mission qui est claire et différente, mais bon.

- Oui vous leur déléguez pas les problèmes.

B : Non, non !

A : Si on délègue on essaie aussi de temps en temps d’être avec eux, de manière à ce qu’ils voient bien que c’est pas… qu’eux vont pas faire que le sale boulot mais le sale boulot, nous aussi on en fait. On y est et si y a des trucs et ben ! Nous aussi, on y est ! On n’est pas… Bon, on y est moins souvent qu’eux parce qu’on n’a pas que ça à faire. On est appelé ailleurs mais bon, faut qu’ils sachent que nous aussi on y est. Et que quand y a un groupe de jeunes et ben on… Et puis le fait qu’on soit avec eux de temps en temps, ça leur fait du bien aussi, ça leur permet de se sentir épaulés. Ils nous le disent hein ? Ils nous le disent des fois : « C’est bien que vous soyez là ! » Bon, d’abord ça permet reconnaître leur travail, ça valorise leur travail. On voit ce qu’ils font, ils se sentent peut-être soutenus, je sais pas quoi, mais bon, ils sont contents et ils se sentent intégrés dans le groupe. C’est vrai que nous au départ, on a eu du mal à les faire accepter par les conducteurs, sur Basso.

- Oui, l’intégration comment ça s’est passé ?

B : Disons qu’y a quand même un problème de communication, parce que bon, les conducteurs se sont demandés qui étaient ces jeunes.

- Ils ont pas été avertis.

B : Non, ça a été mis en place progressivement et ils savaient pas quel était leur rôle… Donc ils ont été euh… comment dire ? Ils comprenaient pas quelle était leur mission, ils ont été un peu surpris les conducteurs.

- C’était quand même une demande aussi des conducteurs, non ? Puisqu’il y avait eu des problèmes…

A : Ils y croyaient pas. Ils ne pensaient pas à la démarche Vivre en Ville. Eux, ils avaient beaucoup plus axé leur démarche, surtout les syndicats, euh… parce que c’est quand même les syndicats qui… entraînent pas mal les conducteurs sur la Police… Eux, ils auraient voulu plus de présence policière. Mais comme chacun sait qu’on pouvait pas avoir de présence policière, tout ça ! Bon, c’était un palliatif qui était donné et…

B : Et c’est ce qui fallait finalement parce que… La Police y a qu’un côté répressif. La Police, il en faut mais la Police ça aurait été comme la prévention, ponctuel. Et ils ont été acceptés, les agents de Vivre en Ville je dis bien, par rapport aux conducteurs parce qu’ils ont…

A : Par leur efficacité.

B : Par leur efficacité et leur crédibilité. Et, tous les conducteurs ici, vont vous dire : « Les agents Vivre en Ville, ils sont efficaces, ils sont crédibles, ils font bien leur boulot, et si jamais, on les a pas là, demain, et bien, on a du souci à se faire. »

A : Ah ! C’est sûr!

B: C’est le discours de tous les conducteurs.

A : Si Vivre en Ville se retirait demain, c’est sûr que les conducteurs aujourd’hui, ayant perçu leur utilité, je pense que… y aurait certainement une levée de bouclier parce que bon, faudra mettre autre chose en place.

- La prévention pourrait pas pallier…

B : Non, parce que si vous voulez, la Prévention, son rôle… Son rôle, quel est son rôle à la Prévention ? Le rôle de la Prévention c’est dire : « J’ai un problème, est-ce que tu peux envoyer la Prévention ? » Le problème est déjà là. Ou alors, on a constaté un problème… Ce jour-là euh… Bon comme on fait avec Vivre en Ville, bon, ils viennent… mais bon si y a rien, ils repartent. On les appelle sur une urgence, parce qu’il y a une altercation, bon, ils s’en vont. Ils quittent le domaine, ils quittent la zone. Et c’est ça ! Tandis qu’eux, c’est une présence de tous les instants que ça se passe bien ou mal, ils sont là en permanence. La Prévention, c’est…

A : C’est du papillonnage ! Je sais pas comment vous expliquer. Ils vont… Bon, on leur dit : « Bon il y a un problème… » Bon, ils vont y aller et en allant sur ce problème, ils peuvent être appelés ailleurs. Ils peuvent avoir un second appel. Si ! Ils pourraient jouer le même rôle si on leur disait de telle heure à telle heure, vous restez au Polyvalent. Et si y a autre chose ailleurs, ben vous restez au Polyvalent. On envoie une autre équipe ou j’sais pas ! Comme ils sont pas…

- Oui, c’est des missions d’urgence…

A : Voilà. Ils répondent dans l’urgence. Mais, nous les conducteur… Bon, c’est bien… ils répondent dans l’urgence pour aller essayer d’aider le conducteur, c’est très bien. Attention, je dis pas qu’il le faut pas. Mais nous, ce qu’on a besoin surtout c’est d’anticiper le problème. Et pour anticiper le problème, c’est d’être sur les lieux où on sait qu’il va y avoir des problèmes. Alors que la Prévention, elle a pas le temps matériel d’y rester.

B : Je crois qu’elles sont complémentaires comme mission, mais ce ne sont pas les mêmes misions. Elles sont complémentaires mais c’est pas du tout les mêmes missions. Euh… ça par exemple, vous avez pas dire à la Prévention de… de couvrir une plage horaire… tous les jours pour aller à la piscine. Ils vont pas le faire ça. Ou ils vont le faire et tout d’un coup, on va leur dire : « Y a un problème d’altercation euh… à Esquirol euh… Capitole.. ! » Bon, ben ils quittent les lieux et…

- Oui, ce qu’il vous faut c’est une présence…

B : Une présence de tous les instants.

A : Ce que j’ai planifié, c’est de 13 heures jusqu’à 15 heures 30, une présence sur Basso Cambo pour le 12 et le 50. Donc, je sais que les agents sont là. Si y a un problème sur le 12 ou sur le 50, les agents sont là. Et le soir à partir de 16 heures 30, une présence sur la sortie des piscines. Donc, je sais que de 16 heures 30 à 18 heures 30, j’ai une présence pour la sortie des piscines. Le conducteur sait qu’il y a une présence. S’il y a un incident ou s’il y a un groupe de jeunes… le conducteur sait donc il est rassuré. Il se dit : « Si j’ai un problème, ils sont sur place ! Je vais pas prendre sur la figure ! De suite je vais avoir une intervention. » Quand y a des jeunes qui montent, y en a qui passent, qui bousculent etc… on sait comment ça se passe. Donc, le conducteur, il stresse et bon… Soit, il dit rien et alors bon, c’est…

B : Et si quelque chose lui arrive là, il appelle la Prévention. Et la Prévention, il faut vingt minutes pour arriver bon… souvent les gens sont partis ou le mal a été fait. Alors qu’avec une présence là, déjà rien que du fait de la présence, les jeunes ils vont pas se comporter comme ça parce qu’ils connaissent les règles. Finalement, Vivre en Ville, c’est toujours… C’est le rappel à la règle. C’est toujours le rappel à la règle. Toujours au Polyvalent, parce qu’ils travaillent avec moi, toujours c’est le rappel à la règle. Le rappel  à la règle, « Monter pas au milieu, monter par devant… » Rappel à la règle de valider, laisser descendre les gens avant de monter quand arrivent les articulés. C’est toujours le rappel à la règle. Ne faites pas le zouave sur la route parce que le bus passe, vous êtes nombreux, il peut en toucher un. C’est toujours le rappel à la règle… Rappel à la règle. Et ils sont reconnus comme ça.

- Ah oui.

B : Ils sont reconnus comme ça par les clients. Moi, j’ai reçu un courrier d’une cliente qui était dans le 13, qui disait qu’on pourrait demander aux agents Vivre en Ville qui sont au Polyvalent de laisser un peu le Polyvalent, d’alléger un peu le Polyvalent pour aller au Collège Cépière. Même les clients ! Moi, j’ai reçu des courriers… ils les ont identifié à ces jeunes, ils savent pourquoi ils sont là donc et qui même… se sont permis d’écrire en nous demandant de… d’aller dans d’autres secteurs où il y avait d’autres problèmes. Donc vous voyez ? Ils sont garants de la règle, de la règle de bonne utilisation des transports en commun. Donc c’est pas un côté comme la Prévention où on les appelle parce qu’il y a un problème. Eux, c’est le rappel à la règle.

- Sinon, le fait qu’ils soient originaires des quartiers c’est quelque chose de fondamental ?

A : Oui, je pense que oui. Pour travailler sur les quartiers, le fait d’être issus des quartiers c’est quand même quelque chose d’important. Et en plus, bon moi, je le ressens comme ça… C’est que ça donne aussi l’espoir à d’autres jeunes si le système se met vraiment en place… Je crois que si on veut que ça marche, faudrait que ces jeunes qui font de la médiation puisse obtenir après X temps, peut-être pas tous mais certains, des postes ailleurs, à EDF, Motorala… je ne sais pas.

- Oui que ce soit un tremplin ?

A : Oui, un tremplin pour aller quelque part parce que bon tous n’en ont pas les capacités mais un certain nombre oui, pour faire du contrôle chez nous ou autre… Il faudrait ouvrir des espoirs. Je crois qu’au niveau des quartiers, il faudrait ouvrir des perspectives à ces jeunes en voie d’intégration, bon… qui bon, le gars après trois ou quatre ans à Vivre en Ville, il a certainement envie de faire autre chose.

- Oui et il a appris à connaître…

A : Il a appris à connaître le fonctionnement de la SEMVAT et puis bon d’autant plus qu’ils travaillent pour l’OPAC, pour l’EDF… Ils travaillent pour… Ils pourraient même travailler pour d’autres organismes, vous savez. Si on veut pérenniser ces jeunes, bon, faudrait leur donner des perspectives d’évolution. Moi, je dis que c’est certainement une des solutions pour régler certaines problèmes de sécurité.

- Vivre en Ville a une image de modèle en fait…

A : Oui, montrer que c’est possible si on travaille, si on s’implique. On peut aussi réussir même si on sort des quartiers et ne pas toujours être en voie de garage et… Moi je crois que c’est donner des espoirs, donner des perspectives et donner une chance à ces jeunes.

- Oui, ils ont vraiment un rôle par rapport aux quartiers ?

A : Oui, moi, je dis que pour nous, ils nous ont vachement aidés. Bon c’est sûr que… c’est plus facile pour eux de s’intégrer que nous parce qu’ils, comment dire ? Ils se connaissent, ils ont vécu ensemble, ils ont euh… je dirais pas qu’ils parlent le même langage mais bon, ils se comprennent peut-être mieux. Ouais parce que bon ! Entre jeunes, ils… c’est plus difficile pour moi, de… Bon, quand ils nous connaissent la plupart, ils viennent, ils nous serrent la main, ils discutent avec nous, mais encore faut-il pouvoir les approcher ! Quand ils sont en groupe comme ça, nous, on peut pas avoir ce dialogue ! C’est… le dialogue, il s’installe même pas même si, nous, on voulait l’installer. C’est…

- Sans Vivre en Ville c’est impossible ?

A : Moi, j’ai essayé plusieurs fois et c’est… c’est pas possible ! Nous, c’est euh… comment expliquer ça ? Nous, on passe pour… l’ordre établi euh l’administration ! Au travers de nous, c’est l’administration, donc si l’administration est visée, nous on est visé et on arrivera pas à établir un trait d’union…

- Oui, c’est quelque chose dont ils se sentent exclus…

A : C’est un peu comme la Police dans les quartiers… peut-être maintenant ils travaillent, bon, ils y arrivent mais la Police c’est quand même les institutions, c’est… Quand même c’est difficile, les jeunes à certains moments, ils font pas confiance à la Police, ils n’iront pas discuter avec la Police parce que pour eux la Police c’est…

(B revient avec un document retraçant l’historique des mesures contre la fraude à la SEMVAT)

- Oui on parlait du fait que les agents de Vivre en Ville étaient issus des quartiers et que c’était assez important.

B : Ah oui et je dirais, enfin sur ce que j’ai pu constater, c’est indispensable. C’est indispensable parce que moi, je vois… ils ont des frères et des sœurs et au début qu’ils prenaient le bus, qu’ils prenaient la ligne 13… Bon, y a en a qui sont partis, y a un renouvellement de l’effectif, les autres c’est des cousins, des copains, bon c’est les voisins, euh… c’est indispensable qu’ils soient des quartiers parce que… le contact se noue plus facilement. Et puis bon, c’est… on reste en famille entre guillemets quoi !

- Oui pour vous y a vraiment cette coupure avec les gens qui habitent dans les quartiers.

B : Ah oui, oui ! Souvent même ils peuvent leur expliquer en temps réel, le soir, ou je sais pas moi, après le boulot, le boulot des conducteurs, le côté difficile du métier de conducteur bon, qui est… Qu’il doit y avoir un respect, qu’il doit y avoir un respect des individus, un respect des règles, respect du matériel… C’est sûr que c’est beaucoup plus facile. S’ils devaient les voir que 6 heures dans leur temps de travail, et avec des gens qu’ils ne connaissent pas ! Là c’est des gens qu’ils connaissent, et c’est des gens qu’ils voient avant le boulot, après le boulot donc euh… et eux, ils travaillent tout le temps ! Ils travaillent les sept heures dans leur lieu de travail, mais ils assurent le service après-vente entre guillemets ! Bon, donc, c’est indispensable ! Et en plus, bon, y a ce côté-là et y a le côté connaissance des jeunes, connaissance de… de ce monde-là parce que c’est vrai que… moi, je connais les jeunes mais bon, on n’est pas de la même génération déjà et ensuite bon…

- Et les jeunes des quartiers, c’est vraiment un public particulier ou c’est les jeunes en général ?

B : Non, non ! Je sais pas parce que moi, ça fait neuf ans que je suis ici, sur Basso Cambo… !

A : C’est des clients comme les autres. Le problème, c’est surtout les effets de groupe ! Le reste après…

B : Le problème, je vais vous dire, c’est que par rapport à d’autres secteurs de Toulouse, l’effet de groupe, quand je vois les jeunes là où j’habite, bon, et ben ils ont école, ils prennent le bus, et quand ils ont pas école, ils prennent pas le bus. Tandis qu’ici, ils prennent le bus pour aller à l’école mais quand y a pas école, faut qu’ils prennent le bus, s’ils veulent aller en ville… Bon, nous, moi j’habite à Escalquens, ou Colomiers ou d’autres lignes, ça reste sur place. Ici, y a rien ! S’ils veulent aller… au bord de la Garonne, s’ils veulent aller à la piscine, s’ils veulent aller à Esquirol… voilà ils prennent le bus. Donc, nous… y a pas ce phénomène sur d’autres secteurs de Toulouse. C’est pour ça que… qu’il y a ces problèmes.

A : C’est vrai qu’ici, bon la Reynerie et tout ça euh… hormis d’aller au centre ville ou d’aller euh dans la galerie marchande à Carrefour ou… Y a rien d’autre, qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent ?

B : Oui, y a une oisiveté ici qu’il y a peut-être pas ailleurs. Et l’oisiveté avec tout ce que ça entraîne. Et puis bon, en plus c’est vrai qu’il y a l’effet de… ils sont beaucoup plus nombreux… les effets de groupe ici que…

A : A la Reynerie c’est quand même 30 000 personnes ! Donc avec le nombre de jeunes qu’il y a !

B : Et après c’est vrai que, il faut pas se cacher la vérité, y a des jeunes à problèmes. Et ça… bon, y a des jeunes à problèmes et ça ce serait hypocrite de pas… mais bon ! Mais bon pour trois jeunes à problèmes, pour trente autres sans problèmes, on retient que ceux qui posent des problèmes ! Et puis bon, c’est ceux qui restent en mémoire ! Parce que le gars qui va passer, un comportement tout à fait bien, et ben il est passé, on s’en est pas rendu compte. Le gars qui est passé et qui a foutu le bordel, et ben lui, il est marqué. Il laisse des traces pour l’ensemble du secteur alors que bon…

- Pour vous, le passage par Vivre en Ville, c’est vraiment un tremplin pour intégrer une autre entreprise ?

A : C’est ce qu’on pense.

B : Moi, c’est ce que je pensais. Moi, ça aurait été ma philosophie parce que ces jeunes, bon, les ¾ n’ont pas de formation. C’est des jeunes qui n’ont jamais été confrontés au monde du travail, avec les contraintes que cela comporte c’est-à-dire respecter des horaires, c’est –à-dire euh… y a des règles, y a une hiérarchie, y a une mission bien précise. Donc, c’était mettre le pied à l’étrier à des jeunes de 20 ans et plus euh, dans le monde du travail et au bout de deux, trois ans et ben, ils ont fait leurs preuves, parce qu’il y a des gens sérieux, des gens qui s’accrochent. Partant de là, leur donner la possibilité d’intégrer le monde du travail définitivement.

A : ça donne de l’espoir. C’est la spirale… positive ! Alors qu’aujourd’hui, on n’a pas ce sentiment qu’on est dans une spirale positive. On a l’impression qu’aujourd’hui ce sont des gens qui malheureusement, ont cru.

- Et ils sont déçus.

B : Ah ! Déçus ils le sont, c’est sûr !

A : La spirale quelque part, elle a… elle s’est arrêtée.

B : Si vous voulez, c’est pas simple. Premièrement, y a peut-être un problème d’incompréhension, y a eu un problème de communication des entreprises en disant qu’ils pensaient qu’ils allaient intégrer directement les entreprises au bout d’un certain temps. Bon, c’est vrai qu’il y avait eu, y a eu des paroles qui ont été dites en disant : « Chaque année on en prendra cinq ». Y a ça ! Et y a aussi qu’il faut faire le nécessaire au niveau de l’association pour faire des formations en parallèle, pour essayer de rentrer dans d’autres secteurs d’activités… avec des formations… Bon, peut-être que ça a pas été fait ! Faut faire peut-être son mea culpa aussi de la part des jeunes. Alors euh… c’est pas simple ! Toujours est-il que nous euh… peut-être ce qu’on aurait dû faire, dire… euh… bon on a bien pris des gars de l’ANPE, on leur fait passer le permis et on les a embauchés ! Alors pourquoi, nous, nous SEMVAT, ne pas prendre les gens les plus méritants, les former, leur faire passer le permis en interne comme on l’a fait avec certains, et les embaucher ? Je dis pas tous parce que…

A : Y en a qui n’en ont pas la capacité…

B : Et puis, y en a qui le mérite pas ! Peut-être ?

A : Si mettons sur dix, y en a que trois qui ont cette chance et ben ça donne quand même de l’espoir à d’autres. Et ça restera quand même…

B : Y a eu hein ? Puisqu’il y a eu une dizaine de personnes de Vivre en Ville. Et depuis ce temps, c’est vrai que la source s’est tarie. Bon, s’il y a des raisons, moi je ne les connais pas. Mais donc, les jeunes ont vu qu’ils n’avaient pas de perspectives. Vous savez, moi, je les comprends ! Y en a qui ont travaillé depuis quatre années pour la SEMVAT. Bon, ils ont mis dans leur tête que leur patron, c’était la SEMVAT alors que c’est pas leur patron. C’est pas leur patron la SEMVAT ! Et donc eux ils voient tout que par la SEMVAT. Donc, je comprends qu’ils soient un peu déçus. Bon, maintenant peut-être que l’entreprise… bon, c’est vrai qu’il y a des partenaires sociaux, elle a un équilibre à assurer. Bon, les partenaires sociaux c’est vrai aussi, ils disent qu’il faut pas tout prendre Vivre en Ville, pas tout prendre à l’extérieur, bon !

A : Y a des exigences à respecter… le monde du travail est ce qu’il est…

B : En plus, y a peut-être des aides de l’État sur les salaires… C’est pas si simple le montage. Mais moi, je dis que pour des jeunes, parce que c’est vrai qu’ils se sont défoncés, parce que je n’ai pas peur des mots ! Mais des jeunes qui depuis 4 ans, moi je les vois, on les voit depuis 4 ans, ils sont très sérieux, ils sont compétents et sérieux ! Ils n’ont pas peur des problèmes, ils n’ont pas peur de monter en 1ère ligne ! Ils nous font des retours… On l’a vu par exemple quand le métro tombe en panne, qu’il faut mettre en place la ligne 7, ils sont là pour nous aider !

A : Ils sont là pour les clients aux facs et tout ça euh… quitter leur truc et aller aux facs pour renseigner les gens, les informer, se faire euh… quand même parce que je sais pas si vous avez vu la ligne 7 ? Ils en prennent plein la figure. Bon, ils leur faut être en position de recul !

B : Parce qu’ils ont pas qu’un côté… euh nous on voit que le côté professionnel. Mais ils ont pas un côté facile comme il disait. Quand ils reviennent le soir, bon maintenant ça s’est… ça s’est calmé mais au départ, on leur disait : « Vous vous êtes vendus euh… ! »

- Oui, c’est comme s’ils avaient changé de camp ?

B : Voilà, voilà ! Donc maintenant au bout de 3, 4 ans, bon les choses se sont calmées. On les reconnaît. Mais au départ c’était pas facile pour eux. Ils avaient : « Mais qu’est-ce que tu m’emmerdes quand je prends le bus, tu m’as fait payer ! T’es pas SEMVAT etc… Et t’es contrôleur ? » Il faut le reconnaître que c’est pas facile  pour eux ! Parce que ça, il faut avoir une vue d’ensemble ! Et donc, ça ils se sont défoncés là-dessus et ils ont eu des positions qui étaient pas toujours faciles et bon, maintenant, ils sont un peu déçus. Parce que même si c’est vrai que l’entreprise avait aucune obligation de les embaucher, mais bon…

A : C’est de la reconnaissance.

- Ils vous le font ressentir ce manque de reconnaissance ?

A et B : Ah oui !

B : Oui ils le font ressentir à tout le monde hein ? Bon, suite au conflit… et comme nous donc, justement, c’est pas pour nous jeter des fleurs, mais comme on est assez bien avec eux et on et assez bien reconnus – parce que nous on a su dire d’abord aux personnes qu’il fallait : « C’est des gens bien. » Et on a su reconnaître euh… Et y a eu un rapport de confiance entre eux et nous.

A : Oui et on a su reconnaître leur mérite. Parce que la reconnaissance quand même dans le travail, c’est quelque chose d’important. Parce que quand il n’y a pas une reconnaissance, y a une démotivation. Parce que si vous travaillez, vous faites un boulot, vous vous défoncez et puis votre responsable vous dit jamais: « Ouais, c’est bien euh… on est content de toi… » Finalement, vous êtes dans l’anonymat, et vous vous dîtes : « Mais pourquoi je me défonce ? »

B : Parce que leur mission est pas facile, ils ont des horaires de travail qui sont loin d’être aménagés parce qu’ils vont jusqu’à 22 heures le soir, le matin ils commencent à 6 heures… le dimanche… Et puis eux, c’est pas comme les conducteurs, ils travaillent le soir et repartent le matin. Ils ont beaucoup de repos dans la semaine mais je veux dire, ils ont pas des conditions de travail euh… je veux dire… Bon, que ce soit une étape, un passage obligé, c’est tout à fait normal. Mais que les plus méritants – je dis pas tout le monde ! - mais que les plus méritants… Bon, c’est vrai qu’il y en a eu…

A : Mais depuis quelques temps…

B : Bon, ils réussissent pas leurs tests peut-être… Enfin, bon, moi, je suis sûr que c’est des gens qui ont été sérieux, c’est des gens qui ont été bien fait leur boulot et c’est sûr qu’ils avaient leur place dans l’entreprise. Certains avaient leur place dans l’entreprise.

- Oui, c’est pas qu’ils soient moins bons que ceux qui étaient là au début ?

A : Non, je pense que c’est lié à d’autres problèmes. C’est comme il le disait tout à l’heure, peut-être en prenant des gens de l’ANPE, peut-être qu’ils ont des avantages. Euh… bon, j’en sais rien, je connais pas les montages financiers, les avantages et tout ça, mais bon ! Ce que je sais c’est que ces gens, ils essaient de se caser et je le comprends. On est tous là pour faire un travail et bon… On se dit, on va faire le métro deux ans, trois ans, on y croit et puis bon rien ne vient et on se démoralise.

B : Parce que quand vous les écoutez parler, ils sont tous là pour avoir un boulot, hein ? Ils parlent… « Je peux pas faire de crédit, je peux pas faire construire… » Bon, y en a qui sont mariés et qui ont des gosses… bon, un salaire, ça leur suffit pas. Bon, ils veulent entrer comme tout citoyen dans le monde du travail, et pouvoir consommer comme tout le monde, et avoir une vie normale comme tout le monde. Pouvoir consommer, pouvoir faire des projets euh, etc… Et là, bon, ben c’est vrai qu’avec le salaire qu’ils ont et puis le point d’interrogation ! Non, mais moi, je comprends, c’est humain ! C’est tout à fait légitime, hein ? Bon, maintenant, c’est pas… C’est une décision qui nous appartient pas. Nous, on a reconnu leur professionnalisme, on l’a dit à leurs supérieurs, on l’a dit qu’on était très content de leurs services. On dit : attention ! Si la structure existe plus en 2003, on va vers de gros problèmes, et de graves désillusions ! On pourra pas fonctionner sans ! Qu’ils s’appellent Vivre en Ville, machin, chouette ! Si on nous enlève la structure des quartiers, on pourra pas, on va repartir sur des graves problèmes.

- Pour vous, ce serait vraiment une structure extérieure à la SEMVAT ou si c’était interne à la SEMVAT, les agents de médiation, ce serait pareil ?

A : On pense que si c’est pas des gens qui touchent aux quartiers… De toute façon, nous on pénètrera pas les quartiers. Moi, je crois qu’il faut être issu de ces quartiers !

B : C’est un vase clos quand même ! C’est un vase clos.

A : Moi, je suis sûr que… Justement pour une fois qu’il me semblait avoir trouver quelque chose de bien avec l’association Vivre en Ville, qui permettait de toucher dans les quartiers, arriver à régler les petits problèmes tout en… bon, ça coûtait pas très très cher parce que je pense pas qu’ils soient bien payés, donc c’est pas quelque chose de très, et qui permettait d’intégrer, donc c’était quelque chose qui paraissait impeccable. Mais bon, aujourd’hui, on sait pas alors que c’était une structure qui certainement pouvait très très bien fonctionner.

B : Oui, c’est indispensable qu’ils soient des quartiers. Par exemple quand on avait des jeunes qui jetaient des cailloux, qu’on avait des jeunes… Ah ! Ils disaient : « Ah ! Je le connais, je verrai son père, je verrai son grand frère. » ça c’est pas possible si on met des jeunes de l’extérieur, c’est pas possible ! Y a un travail qui était fait en temps réel avec nous, et y a un travail qui était fait en amont, euh… qui était fait comme je vous dis, euh un service après-vente ! Parce que bon, ils échangeaient : « Euh t’as vu ton fils, ton frère, euh qu’il arrête de jeter des cailloux sur les bus, il faut qu’il se comporte bien avec les bus. » Tout ça, c’était fait en dehors de leur boulot. Mais bon, y a un échange permanent avec les gens des quartiers parce qu’ils sont des quartiers. Et ça, si on met une structure où c’est pas des gens du quartier, c’est sûr que ça marchera pas. ça sera pas aussi efficace.

- Et ceux qui ont été intégrés à la SEMVAT et qui sont issus des quartiers, ça se passe différemment ?

A : On en entend pas parler.

B : Si vous voulez, on en a pas sur Basso donc euh… les trois quart c’est des conducteurs, parce qu’y en a qui sont vérifs euh… y en a qui sont à la Prévention. Vérifs, Prévention, conducteurs… Bon, voilà, c’est tout.

A : On n’a pas de remontées.

- Mais ils arrivent mieux à gérer les difficultés qu’il peut y avoir avec le public ?

B : Comme on les a pas directement donc je peux pas faire euh… je peux pas répondre là.

A : Nous, ce qu’on sait, c’est que s’il y avait des remontées vraiment super négatives, on en entendrait parler ! De ces gens, nous, on en entend pas parler donc c’est que bon… Ils sont comme tout le monde, ils se sont intégrés comme tout le monde.

B : Moi, ce qui me paraît évident, c’est que s’il y avait par exemple un de ceux qui travaillaient avec nous et qui est conducteur sur le 13 demain, il me semble évident qu’il avait des armes supplémentaires par rapport à un autre conducteur du 13. ça me semble évident. ça me semble évident parce qu’il habite là-bas, il connaît les jeunes ! Bon, même si ça va pas passer à 100%, il va récupérer des situations, il va se sortir de certaines situations qu’on conducteur du 13 ne se sortirait pas. Pour moi, c’est évident ! Quand je les vois bosser, quand je vois les contacts qu’ils ont avec les jeunes ! En plus, c’est vrai que nous de part notre éducation, parce qu’il faut appeler un chat un chat, on n’aborde pas les gens de la même façon qu’eux et donc ! Des fois je me dis, au début quand je bossais avec eux, des fois je me suis dit, merde ils sont gonflés quand même ! Comme ils leur parlent, je me permettrais pas ! Mais eux, ça fait partie de leur mode de fonctionnement. Et donc ! Mais bon, c’est leur approche, et moi, je l’ai constaté au début, j’étais un peu mal à l’aise, je me disais, moi qui y vais à pas feutrés pour essayer de ménager les susceptibilités ! Euh, je vois eux, ils leur rentraient dedans et ça marchait, ça fonctionnait parce que c’était comme ça. C’était leur univers et ils avaient l’habitude. Et nous, non.

A : Nous en fait, on peut pas se permettre de travailler comme eux parce que si nous, on le faisait, bon je vous disais, on représente l’institution quelque part. Pour nous, on peut pas se permettre parce que de suite euh… ça passera pas.

- Oui donc c’est quand même important qu’ils représentent pas la SEMVAT non plus, qu’ils soient extérieurs…

A : Oui, pour le truc de médiation, oui, je crois que oui. Le fait qu’ils ne représentent pas la SEMVAT mais par contre que ça leur permette d’évoluer ! Parce que c’est vrai que nous, SEMVAT, c’est, comment expliquer ça ? Si on se permet certaines fantaisies, on peut très bien euh… avoir des plaintes ou autre. Eux c’est déjà différent. On travaille pas quand tout à fait pareil.

B : Et puis bon, même dans la façon d’aborder les problèmes quoi ! (s’adresse à son collègue) Je te dis, de part même ton éducation, le jeune tu le vouvoies, il va penser que tu le prends de haut, tu le tutoies, il va dire : « Il me manque de respect. » Bon, tu sais plus sur quel pied danser. Et je voyais leur méthode, ils rentraient direct ou ils se connaissaient ou ils se connaissaient pas euh… ou ils s’étaient déjà vus sans se connaître, ils s’étaient croisés dans le quartier… Bon, ça fonctionnait, ça marchait ! Bon, parce qu’ils étaient du même… du même univers, que toi, tu es une greffe quelque part ! Et avec eux ça facilite les choses. Donc pour en revenir, s’ils étaient au volant d’un bus, je suis sûr qu’ils auraient davantage d’atouts ! Mais ça c’est évident ! Donc, c’est dommage… et nous on est vachement content de leur service. On s’inquiète pour l’avenir. On parle que de l’équipe bus hein ? Quand je parle, je parle de l’équipe bus. Le métro on les connaît moins. C’est des mecs, on leur fait entièrement confiance. C’est des gars qui sont crédibles, qui ont remonté les problèmes, qui ont su cerner les problèmes et… Bon, on s’entendait bien, on s’entend toujours bien.

- Oui par rapport à la grève…

A : Ben disons que nous, on s’entend toujours pareil. Ce n’est qu’un degré de motivation…

B : Mais ça, moi, je le comprends !

A : Il faut… je crois que le temps, qu’il faut donner du temps au temps. Nous, on a connu aussi à la SEMVAT de gros conflits, et pour repartir, ça… ça a mis un certain temps.

B : Quand y a un problème, un conflit à la SEMVAT, le personnel après un conflit dur, où ils ont pas, parce que de toute façon sur un conflit dur, ils ont pas entière satisfaction, et les mecs, y a une démotivation. Mais c’est du personnel SEMVAT ! Alors mettez la même situation sur une association !

- Oui, bien sûr…

B : Enfin, moi, je les comprends ! Je les vois, ils le disent ! «  On n’est pas motivé, maintenant on est cool… » Je dis, mais ça, c’est normal, c’est le traumatisme du conflit. En plus, ils ont pas eu gain de cause. Il faut être un âne pour leur rentrer dedans ! Attends, laissons passer le temps euh… que tout se calme et c’est tout.

A : Il faut que les plaies se referment et peut-être les plaies se refermant, peut-être qu’aussi, ils ont le souci, est-ce qu’ils vont continuer ou pas ? Je crois que ça, c’est une épée de Damoclès qui empêche que la plaie se referme rapidement parce que bon, ils savent pas où ils vont. Et ça, je crois que bon avec le temps, si l’association…

B : De toute façon, il va falloir prendre des décisions politiquement.

A : D’une manière ou d’une autre, s’il y a rien, on reviendra à la situation…

B : Non, mais la décision, elle ne pourra être à mon avis que politique !

- Oui, y a la fin des emplois-jeunes qui approche…

B : Le problème des emplois-jeunes, c’est que ça a été créé par la gauche mais le problème, c’est que tout le monde s’est servi de cette… que ce soit nous les transports, que ce soit la ville… dans tous les secteurs de France et de Navarre, on s’est servi de ces emplois-jeunes. Et que si demain, on… il faut mettre une croix là-dessus, je crois que ça va entraîner de sérieux problèmes un peu partout, hein ?

A : Enfin de toute façon, faut qu’ils fassent quelque chose parce que c’est pas ni la répression, ni la Police qui pourra régler tous les petits problèmes… Ou alors euh… non, parce que je crois que ça passe par le dialogue !

B : Et puis vous savez, moi, j’ai un peu d’âge, je comprends des choses. C’est le jeu des politiciens hein ? Y a un camp qui a mis des choses en place, l’autre camp l’a critiqué mais maintenant que ça a été mis en place… S’ils ont jugé que ça rapportait, ils mettront pas une croix dessus hein ? Parce que si on met une croix sur les emplois-jeunes, c’est x% de chômeurs en plus, on met une croix sur les emplois-jeunes, c’est des problèmes dans les administrations qui vont arriver – parce qu’on parle de la SEMVAT mais on peut parler de l’EDF, de la Poste, on peut parler de tous les transports collectifs en France, c’est des problèmes qui vont revenir. Donc, ça ils vont pas, le gouvernement qu’il soit de droite ou de gauche, ils vont pas y mettre une croix dessus, je pense pas. Maintenant comme le statut juridique c’est cinq ans, qu’est-ce qu’il y aura après, je sais pas.

A : Nous, on souhaiterait quand même, même si c’est pas Vivre en Ville, mais on souhaiterait qu’il y ait quand même quelque chose de ce style. Qu’il l’appelle comme ils veulent, mais…

B : Oui sous n’importe quel statut !

A : Mais nous, on pense que si y a rien, on connaîtra les mêmes problèmes. Et c’est pas un gouvernement de gauche, ni de droite qui le règlera !

B : Si vous voulez, nous, on a deux incertitudes, deux souhaits, deux vœux. C’est premièrement que la structure, une structure X, Pierre, Paul Jacques, machin, soit mis en place pour nous aider. ça c’est le 1er volet, c’est notre quotidien. Et le second, c’est que ces jeunes-là, ça finisse pas euh… qu’ils soient pas dans une impasse.

A : Qu’il y ait une source de motivation qui leur permette d’espérer. Qu’on les cantonne pas euh…

B : Oui parce qu’ils ont plusieurs volets dans leur mission.

- Oui on les appelle agents de médiation, mais peut-être que le terme est pas adapté ?

B : Si, si ! Parce qu’ils en font ! Moi, je vois sur le trottoir, souvent ou dans la rue, ils parlent avec les jeunes pour leur expliquer qu’il fallait pas faire ceci, qu’il fallait pas faire cela, que le conducteur avait un métier qui était pas facile, qu’il fallait payer le bus, qu’il fallait se comporter de telle manière dans le bus… Y a un côté médiation, y a un côté respect, faire respecter les règles, y a un côté bon, où ils sont là pour rassurer le personnel. Y a plusieurs volets dans leur mission. Et suivant les situations ou ils faisaient de la médiation ou ils faisaient carrément du rentre-dedans ou ils faisaient rien du tout et par leur présence, ils rassuraient tout le monde. Donc, c’est vrai que… c’est de la médiation même si c’est pas que de la médiation.

- Oui c’est par cette position d’entre-deux.

A : Je vais vous citer qu’un exemple, y a pas si longtemps que ça, dans le bus, y avait une dizaine de jeunes qui étaient montés sans payer. Et le chauffeur leur avait dit de venir payer, il y avait eu des mots euh… « Va n… ta mère ! » Et le conducteur, c’est un garçon impulsif, et il l’avait mal pris. Et un agent de Vivre en Ville justement le lendemain, voit ces jeunes au fond du bus. J’ai été surpris : il a suffit qu’il leur fasse signe de descendre, les jeunes sont descendus. Bon, y en a un qui est parti en courant mais il a dit : « C’est pas grave, je le connais. » Tous les autres sont restés, ils ont discuté avec lui, j’ai plus eu de problèmes et bon, je sais pas s’ils l’ont fait ou ils l’ont pas fait, mais ils devaient même aller s’excuser auprès du conducteur !

B : Oui, ça c’est la médiation.

A : Nous, on peut pas le faire ça. Si j’y vais et je leur dis presque au sifflet de descendre, y en a pas un qui descend !

B : Ou alors s’ils descendent, ils partent tous en galopant après ! Là il vous a tout dit. Il vous a dit le côté qu’il y a de la médiation, il vous a dit le côté service après-vente, le gars qui est parti en galopant, c’est grave, on le connaît, on le verra plus tard. Pour vous dire, c’est indispensable qu’ils soient des quartiers. Et le 3ème truc c’était que c’était des mecs du quartier justement, ils leur ont dit en sifflant de descendre. Il vous a bien dit, le fait d’être des quartiers, ils ont eu de l’écoute, y a eu le côté médiation et après celui qui est parti, on le verra plus tard, c’est pas grave, on le connaît. Donc, il vous a tout résumé. Le respect à la règle, la médiation, le « on le verra après, de toute façon on le rencontrera dans le quartier » et le fait qu’il y a eu de l’écoute parce qu’ils étaient des quartiers. C’est un exemple qui résume tout.

A : Donc pour moi, ce conducteur, j’ai même pas besoin, d’aller dire euh… Vivre en Ville euh… je sais que c’est un conducteur qui fait bien son boulot, mais il est peut-être calme, il fait bien son boulot, il énerve personne, mais bon, y aurait pas eu ça, on allait à l’incident. On allait à l’incident parce qu’il est impulsif euh… il m’a dit : « Moi, je supporte n’importe quoi mais pas qu’on insulte ma mère. » Bon, tout ça c’est dans leur jargon, et lui, il le prend au 1er degré tout ça, bon ! On s’en sort pas !

B : La sur le papier, j’ai marqué la fraude (document historique des actions de lutte contre la fraude à la SEMVAT) parce que la fraude, il faut savoir que c’est l’élément n°1 de l’insécurité. S’il y a pas de fraude, y a pas de problèmes. C’est ça qui entraîne pratiquement à 90% tous les problèmes, c’est ça. Et à Toulouse, on a peut-être un taux de fraude un peu moins important c’est parce qu’on a le système à la toulousaine, c’est-à-dire qu’on monde devant. Mais la fraude c’est ce qui entraîne l’insécurité avec les clients. Bon, parce qu’après, il peut y avoir des problèmes d’insécurité à cause des automobilistes mais avec les clients, c’est ça qui fait ! Dès que le gars valide, y a un respect des règlements et de la personne. Quand on parle fraude, c’est pas des opérations de contrôle, c’est une opération de présence.

Mais avec ton exemple-là, t’as tout dit (s’adresse à son collègue) et c’est pour ça que par rapport à votre question, c’est indispensable qu’ils soient du quartier. Et ils ont un rôle quand même je le dis bien, ils ont quand même un rôle de médiation qui est important même si c’est pas toujours la même médiation qu’on utilise suivant les situations. Euh… mais c’est un rôle de médiation euh…

A : Oui, moi je suis incapable de faire partir un groupe de jeunes.

B : Oui, de suite, ils vont nous dire : « mais qui tu es toi ? »

A : Et tant qu’on arrive pas à pénétrer ça, nous, on peut rien faire, on … Y a une coupure, on peut pas, le dialogue s’installe pas. Mais quand on est avec M (chef d’équipe bus) ou quand on est avec les gars qui sont sur le réseau, et qu’ils discutent, là on peut arriver à intégrer le dialogue.

B : Maintenant, y a pas mal de jeunes du Poly qui me disent bonjour quand je suis seul. Parce qu’ils m’identifient. Mais bon, les générations passant euh… j’aurais les mêmes difficultés avec les nouveaux. Là, les jeunes ils nous voient, ils connaissent notre rôle, ils savent qu’on suit les articulés, ils nous voient. Bon, le mec, il veut pas, il veut pas ! Mais on a récupéré des jeunes et ils disent bonjour même si … mais bon, y a un contact. Et parce qu’on a travaillé avec les Vivre en Ville parce que sinon !

A : Oui parce qu’on accompagne tous les matins et disons que sur 100, y en a bien 80 qui nous disent bonjour !

B : Alors que je peux vous dire, qu’il fut un temps où c’était… ils nous marchaient sur les pieds ! Enfin, moi, on me les enlève demain, je suis perdu, hein ? Moi, je suis perdu, moi, c’est clair, hein ? Et puis qu’on me dise pas, qu’on me fixe pas des objectifs euh… fraude, sécurité !

A : Si on nous enlève les moyens que l’on a, parce que c’est le seul moyen qu’on a de bien travailler. Ils les appellent comme ils veulent mais maintenant s’ils nous enlèvent le seul moyen qu’on a de travailler nous, on sait qu’on va au crash.

B : On pourra pas faire face.

A : On va au crash…

B : Avec toutes les conséquences que ça peut comporter, c’est-à-dire des problèmes sur les lignes, des lignes arrêtées à cause de l’insécurité, faire la rubrique des faits divers.

Non, mais sinon pour revenir à l’association, nous on est vachement content d’eux et ils ont joué un rôle primordial pour assainir le climat au niveau du site.

A : C’est pas pour valoriser ces gens-là mais c’est sur c’est la réalité.

B : Alors que c’est vrai qu’ils ont pas de formation de médiateur à proprement dit, non !

- Oui c’est comme vous le dites parce qu’ils sont des quartiers…

A : Ils se connaissent, ils savent se parler…

B : Il savent se parler, ils savent aborder les problèmes… Bon, c’est un univers qui leur est familier. Et ils ont pas de formation de… Ils ont pas de formation pour ça… Et ils me le disent ça, souvent à moi ! Ils me disent : « Non, non toi tu leur parles trop gentiment ! » Ils me le disent : «  Non c’est pas comme ça ! »
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