Thèse de doctorat en sociologie





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Annexe 3 : Extraits des observatiions participantes


Observations dans le métro, jeudi 11 avril 2002, station Patte d’Oie, en compagnie des agents RIM, H. (entretien 10A) et K. (entretien 13A), 9-12h30.

Etant donné les quelques réticences des responsables de l’équipe métro de Vivre en Ville quant à ma venue dans le métro (suspicion d’espionnage, sentiment d’être surveillé par quelqu’un d’étranger à leur territoire…), je reformule l’objet de mon travail et le but de ma venue encore dans le métro. J’arrive à 9h et K. est là, à la ligne de contrôle. Je lui explique donc que je viens dans le cadre de mon travail de thèse sur l’activité des agents de médiation et dans le but de voir les différentes situations auxquelles ils peuvent être confrontés. ça ne pose aucun problème au contraire, ça fera de la compagnie pour la matinée. Ce matin, K. est en doublage avec H. qui est parti acheter à manger à la sortie de la station. Les agents aiment bien être en doublage car ils se sentent alors moins seuls. On reste en attendant H., à la ligne de contrôle. K. me parle de son désir de suivre une formation. Il se demande au bout de combien de temps les agents ont le droit de suivre une formation à Vivre en Ville. (…)

Il souhaite devenir ambulancier. Pour cela il doit passer un concours pour lequel il est dispensé des épreuves écrites parce qu’il a le bac. Il me raconte qu’il a déjà passé ce concours une 1ère fois avant de travailler à Vivre en Ville. Lorsqu’il est rentré dans la salle pour passer l’oral, le jury (3 personnes) ne lui a même pas dit bonjour. On lui a demandé de tirer un sujet et de la préparer pendant 20 minutes. Il est tombé sur « le progrès ». Il a alors fait un plan et essayé de bien structurer son exposé. Il a parlé du progrès technologique dans une 1ère partie, du progrès dans la santé dans une autre partie etc.… Pour lui, il avait bien structuré son discours. Après, on lui a posé des tas de questions sur lui, rien qui ait un rapport avec le métier d’ambulancier. Il a bien compris. Mais surtout il a senti qu’il était perdu d’avance tant le jury lui a paru froid. Il a eu 9/20 et n’a jamais pu savoir pourquoi. Il est allé voir mais impossible de savoir. Le jury est constitué de personnes qui viennent pour ces occasions et on ne peut le revoir ensuite. Il lui reste le sentiment que c’était perdu dès le moment où il est entré dans la salle. Il me répétait à plusieurs reprises qu’on ne lui avait même pas dit bonjour en rentrant. (…)

Dans le local sécurité, il y a un bureau, un téléphone relié au PC du métro, une chaise et un genre de couchette. Pas de fenêtre, on y rentre uniquement si on a la clé de la porte. C’est là que les agents RIM amènent les clients qui ont fraudé en attendant l’arrivée d’un vérificateur de la SEMVAT. C’est le lieu de pause pour ceux qui travaillent dans le métro. Les agents RIM y mangent, s’y reposent de temps en temps au cours de leurs 7 heures de présence en station, c’est là que le PC leur passe des appels de leurs responsables d’équipe ou d’autres agents.

Sur le bureau, il y a le cahier de rapports journaliers des agents de sécurité, APRS et M2P. Chaque jour à la fin de leur prise de service, ils écrivent le déroulement de leur journée dans la station. Souvent, ça se résumait à « ronde en station » à telle heure et R.A.S (rien à signaler) des pages et des pages remplies de ce genre de rapport. H. et K. regardaient les écritures et se moquaient parce que certains écrivent comme ils parlent. Ils se moquaient aussi d’un rapport qui décrivait au détail près tout ce qui s’était passé dans station (ex : arrivée d’un OTCM parce que l’ascenseur est en panne. L’ascenseur remarche à telle heure etc.…) Ils prennent les agents de sécurité pour des illettrés. Ce qui est un moyen de se valoriser. Quoique K. ajoute que si tous les agents de Vivre en Ville faisaient des rapports comme ça chaque jour, il y aurait des choses assez similaires aux agents de sécurité. Il pense que certains ne savent pas écrire à Vivre en Ville. (…)

On se met vers le fond de la station du côté local sécurité, appuyés contre la balustrade. C’est indispensable de s’appuyer contre un mur ou une balustrade. Au bout d’un moment, c’est trop pénible de rester debout sans bouger. Donc souvent, on remarque les agents RIM appuyé contre un valideur, une balustrade, calé quelquefois dans un coin entre un valideur et une petite balustrade. ça fait un peu affalé mais en fait c’est assez compréhensible. De plus, à force de rester immobile, le froid commence à se faire sentir, ce qui fait qu’ils s’emmitouflent dans leur parka : les mains dans les poches, la parka remontée jusqu’au nez des fois. Et souvent, ils disent qu’ils souffrent du dos. Lorsque je lui parle de ces maux de dos des agents RIM, K. me raconte qu’il avait souffert d’un lumbago avant d’être embauché à Vivre en Ville. (…)

Il me dit que ça l’énerve quand on dit que les Arabes doivent arrêter de faire les victimes. Pour lui, ils subissent des insultes tous les jours ! Il y a victime à ses yeux. Il me dit : « En plus le chef était juif ! » Alors ça lui a donné encore plus la haine suite à cette situation. On parle aussi du conflit entre Israël et la Palestine en ce moment. Il me dit à plusieurs reprises que ça le ronge ! Il en veut aux juifs de faire souffrir les Palestiniens de cette manière et aux américains de faire semblant de s’y intéresser. Quand je lui demande ce qu’il pense des attaques de lieux appartenant à des juifs en France, i me répond par une question : « Penses-tu que les jeunes dans les quartiers aient des moyens de s’exprimer ? » Je réponds par la négative, il me dit que la violence est le seul moyen qu’ont les jeunes de s’exprimer. Même s’il ne cautionne pas ces actes, il les comprend. Et, il regrette qu’on ne parle des quartiers qu’en termes d’insécurité. Il me disait que depuis AZF, le gymnase de la Faourette où ils jouaient au foot brésilien avait été détruit et que ce ne serait pas réparé avant deux ans au moins. Avec son équipe ils ont eu beaucoup de mal à retrouver un endroit où jouer. Ils ont trouvé un créneau horaire de 21h à minuit à Bayard uniquement. Il n’y a plus rien pour faire du sport dans les quartiers maintenant. On parle de la question de la présence de services publics comme EDF dans les quartiers (suite au projet d’EDF d’implanter des agences dans les quartiers « sensibles »). A ce sujet, il est mitigé parce qu’il se dit que ça va pas aider les gens à sortir de leur quartier. C’est bien pour les personnes pagées mais les jeunes si on leur met tout, près de chez eux, ça va les encourager à rester dans leur quartier. Il a l’impression que tout mettre tout près dans les quartiers c’est encourager un renfermement des gens qui vivent sur eux-mêmes. Il répète qu’il aimerait pouvoir s’exprimer, qu’on laisse aux jeunes la possibilité de s’exprimer sur autre chose que sur la violence et l’insécurité. (…)

A un moment, il y a un homme âgé (environ 60 ans) maghrébin avec un petit enfant qui essayait de faire passer avec son ticket personne âgée, un ami à lui. K. a vu ça et est allé le voir. L’ami était déjà parti mais le vieux monsieur ne pouvait plus passer parce que son ticket ne marchait plus. Il fallait attendre 3 minutes pour que ça marche à nouveau. K. lui a dit qu’ils n’avaient pas le droit de passer à deux avec ce ticket. Le monsieur a attendu 3 minutes et est parti. ça s’est passé dans le calme. K. m’a dit que c’est pas parce que c’est un maghrébin qu’il allait rien dire. Sinon, me dit-il c’est de la discrimination aussi et c’est pas bon.

Les minutes passent lentement, et je me que ça doit être long d’être seul dans la station pendant des heures et des heures. Les gens passent et même si on est tout près du valideur, et qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de nous voir, ils passent insensiblement, sans dire bonjour, parfois sans même un regard. Quelques personnes viennent voir K. pour un problème de ticket, ticket coupé, plié, plus valable, pour savoir quel bus prendre pour aller à Purpan par exemple. Son amie passe, il me dit qu’elle est très tendue parce qu’elle va passer le permis cet après-midi. Il va discuter avec elle un moment. La longue cadence des entrées et des sorties des clients du métro se poursuit, des jeunes, des vieux, des gens pressés… des gens qui chargés de bagages, des gens qui cherchent leur chemin. Et l’agent est là, il est présent, se laisse gagner par le froid et cogite beaucoup. K. me disait que c’était affreux quand t’es seul en station, c’est jusqu’à en avoir mal à la tête tellement tu penses ! (…)

Je demande au vérificateur si l’insécurité est devenue plus grande selon lui, et il me dit qu’il y a de plus en plus de problèmes avec des jeunes. Les raisons en sont la démission des parents, et il se place en exemple à ce sujet en parlant du fait qu’il accompagnait dans leur enfance ses filles au sport tous les jours de la semaine etc.… Il met l’insécurité sur le compte aussi du chômage et du fait que tout se paie, qu’il faut avoir de l’argent pour tout. Quant à l’apport des agents de Vivre en Ville, il me dit qu’ils ont apporté des améliorations du fait de leur présence. Selon lui c’est la présence d’un représentant de la SEMVAT qui importe pour que les clients ne fassent pas n’importe quoi. D’ailleurs quand il définit le travail de vérificateur, il dit que cela consiste à se montrer, être présent sur les lignes de bus, les stations de métro, représenter une certaine autorité. Il trouve injuste le fait que les demandeurs d’emplois aient la gratuité des transports et pas les gens qui travaillent. Il estime que le transport est un droit et qu’il devrait être gratuit pour tous. C’est ça le service public pour lui.

Le PC lance plusieurs appels pour qu’un agent de nettoyage vienne à Patte d’Oie, nettoyer les besoins du chien de tout à l’heure. Au moins 10 appels sont effectués et personne. Si, un agent de sécurité qui avait compris que c’était un agent de sécurité qui était demandé ! Les vérificateurs s’en vont après avoir fait quelques contrôles sans problèmes. K. me dit qu’ils sont sympas. Il y a quelques spécimens chez les vérificateurs mais la majorité sont sympas.

Il me raconte avoir postulé à la SEMVAT au moment où se créaient des contrats de qualification pour devenir conducteur. Il y avait d’abord une 1ère sélection avec des tests de l’ANPE et ensuite des tests SEMVAT. Il a passé avec succès les 1ers et a été arrêté avant de passer les 2nds : il fallait avoir 21 ans et il allait les avoir dans 2 mois. Il l’a vécu comme une injustice. De là, il me dit qu’il ne comprend pas pourquoi la SEMVAT n’embauche plus de Vivre en Ville depuis 2 ans. Il me dit qu’en fait Vivre en Ville n’est que prestataire de service, l’air de dire que c’est un statut moindre. Il ne comprend pas pourquoi, alors que la SEMVAT reconnaît leurs capacités à gérer les stations de métro et certaines lignes de bus, pourquoi elle ne les embauche pas. Ce serait normal selon lui.

Observations dans le métro à la station Esquirol, vendredi 12 avril 2002, 9-12 h avec l’agent RIM B. (entretien 17A).

B. a commencé à 5 h ce matin à Esquirol. Quand j’arrive, il est avec son responsable d’équipe, K. Ils discutent à l’entrée du local de sécurité, en laissant la porte ouverte afin de voir tout ce qui se passe au niveau de la ligne de contrôle (les valideurs). Il a un regard aussi sur les escaliers en face des valideurs. Mais le plus important c’est ce qui se passe aux valideurs. (…)

K. me demande si je suis au courant de la sanction qui a été décidée pour l’agent qui était convoqué hier. Je lui dis que oui, puisque j’ai vu H qui m’a tout dit. S’ensuit une longue discussion au sujet de cet agent qui n’a pas bonne réputation au sein de l’équipe des agents RIM. C’est K. qui l’a pistonné pour travailler à Vivre en Ville parce qu’il est très ami avec son frère qui est quelqu’un de bien. Cet agent a deux frères qui sont passés par Vivre en Ville et qui aujourd’hui sont salariés d’EDF et du service prévention SEMVAT. K. pensait qu’étant donné les frères, le dernier serait pareil mais comme il dit, il y a toujours une tomate pourrie. Et il regrette parce que cet agent ne pose que des problèmes. Il se permet par exemple d’arriver 2 heures en retard, il est arrogant vis-à-vis des chefs d’équipe… Et il est connu pour inventer des histoires. B. et K. connaissent sa femme, il y a des histoires d’argent emprunté à des agents RIM etc.… Bref, il fait le sujet de beaucoup de discussions.

K. informe B. que Vivre en Ville va à nouveau être présente dans les stations Bagatelle et Basso Cambo… parce qu’il faut faire du nettoyage. Dès qu’il y a des difficultés dans une station, la SEMVAT envoie Vivre en Ville. Actuellement, ce sont les agents de sécurité qui sont présents dans ces stations et il y a eu récemment pas mal d’incidents. Les agents de sécurité auraient peur devant les jeunes qui veulent frauder et laisseraient passer pas mal de gens comme ça pour ne pas avoir de problèmes. B. disait qu’il avait remarqué une fois où il était en doublage avec un agent de sécurité que l’agent tremblait alors qu’il demandait son ticket à un client. A Bagatelle, il a remarqué aussi que des agents de sécurité tournait le dos quand ils connaissaient des personnes, et les laissaient passer gratuitement. Selon B. et K., c’est Vivre en Ville qui tient le métro. Comme ils sont présents 7 heures en station, les jeunes notamment repèrent les stations où ils sont et n’essaient même plus de frauder.

Et on en revient à la question de savoir pourquoi la SEMVAT alors qu’elle reconnaît que Vivre en Ville est indispensable, n’embauche pas des agents de Vivre en Ville. A ce sujet, B. me dit un peu plus tard que ce fait est dû au manque de sérieux pendant un moment de certains agents de Vivre en Ville (retard, manque de discipline). Lorsque K. sera parti, il me dit qu’il n’est pas ravi de revenir à Bagatelle parce qu’il sait que lui et deux autres jugés très sérieux dans l’équipe, vont s’y retrouver tout le temps. Il est reconnu pour faire son boulot de manière irréprochable tant par la SEMVAT que par ses responsables à Vivre en Ville. D’ailleurs à cause de cela, il a décidé de tenter sa chance et de postuler à la SEMVAT dans la billettique ou le garage.

B. de temps en temps remarque des personnes qui jettent un œil vers l’endroit où nous sommes, et qui dès qu’ils se rendent compte de la présence de Vivre en Ville font demi- tour.

A un moment, K. voit une femme d’une quarantaine d’années en train de se glisser sous la barrière du valideur. Prise en flagrant délit, elle se justifie en disant que son ticket n’est pas passé. K. le lui demande, elle lui tend. Il le fait passer sans problèmes dans la machine, elle l’avait mis à l’envers en fait et voyant que ça ne marchait pas, elle n’a pas cherché à comprendre, elle a décidé de passer sous la barrière. K. lui explique ce qui n’allait pas, la femme en convient et sourit. Elle lui demande ensuite la direction qu’elle doit prendre pour aller à la gare. ça se passe de manière cordiale même si au moment où elle a été découverte, elle commençait à s’énerver contre ce ticket qui ne voulait pas passer. C’était normal pour elle ne passer sous la barrière puisque le titre de passage de fonctionnait pas. B. dit qu’elle aurait dû aller en acheter un autre… une femme de 40 ans, comme ça passer sous la barrière ! Il n’y a pas que les jeunes qui fraudent ! (…)

K. parle des récents incidents qui se sont produits avec des agents RIM. Il y a notamment le cas d’une altercation entre un agent RIM et un OTCM réputé pour ses idées Front National. Un rapport a été fait et il nous le fait lire. C’est une femme à Capitole, qui voulait passer avec son enfant dans la poussette. Or c’est dangereux dans cette station, il n’y pas d’ascenseur. L’agent lui recommande donc de porter son enfant dans ses bras et de plier la poussette. Elle l’aide etc.… La femme est agacée qu’on lui dise de faire ça et se montre un peu désagréable. L’OTCM qui est là dit à l’agent RIM qu’elle n’avait pas à faire ça et en profite pour lui dire que la SEMVAT peut très bien se passer de Vivre en Ville, que de toute façon, elle ne les a pris que pour les faire rêver. Ce genre d’incident arrive de temps en temps mais uniquement avec des salariés SEMVAT réputés pour leurs idées un peu racistes. Les agents essaient de ne pas y faire attention même si ça les touche malgré tout beaucoup. Ils essaient de se contenir et de ne pas réagir avec violence à ce qui est pour eux de la bêtise.

B. me raconte au sujet de l’utilité de Vivre en Ville un samedi où il travaillait avec la prévention. Ils avaient été appelés ( Vivre en Ville et la prévention) sur le boulevard de Strasbourg où il y a de grands travaux pour le prochain métro parce que les bus étaient bloqués à cause de voitures stationnées sur le couloir bus. Les agents de Vivre en Ville sont allés voir les gens qui voulaient se garer à cet endroit et leur expliquaient que ça gênait le passage des bus et que ça encombrait etc. Les gens se montraient compréhensifs et allaient se garer ailleurs. Quand c’était des gens de la SEMVAT qui allait les voir, ils partaient souvent en les insultant. B. n’a pas su me dire ce que disait la SEMVAT aux personnes en question. Mais B. me dit que les gens leur demandaient s’ils travaillaient pour la SEMVAT alors B. expliquait qu’il était de Vivre en Ville, en emploi-jeune pour la SEMVAT. Le rapport était différent du fait de ce statut mais aussi des efforts de dialogue et d’explication des agents de Vivre en Ville.

B. trouve que dans le métro, il est impossible de faire son boulot de médiation contrairement au bus. En effet, dans un bus, il peut discuter avec le client qui ne veut pas payer en présence du conducteur. Ce dernier peut comprendre les éventuels arrangements. Alors que dans le métro, la seule relation avec la SEMVAT se fait par la borne d’appel qui relie au PC. Et la personne en ligne n’est pas sur le terrain mais dans son bureau au poste de contrôle. Il est donc impossible de lui faire comprendre un éventuel arrangement. La règle s’applique de manière rigide dans le métro, il est impossible de faire une quelconque dérogation après discussion. Et puis dans le métro, c’est plus stressant que dans le bus. Dans le métro, il est continuellement sous le regard de la caméra et ça fait partie de ce qui met la pression. Alors que dans le bus, il se sent plus autonome, plus libre finalement.

Il estime que l’appellation RIM (relais information médiation) n’est pas adéquate pour son travail. D’ailleurs à l’envers, RIM ça fait RMI ! Lui dirait qu’ils font de l’accueil, de la médiation et du commercial. Il dit qu’ils ne font pas de l’information mais du commercial. Il pense qu’on devrait dire, agent AMC. Et à l’envers, ça fait agent MAC ! (…)

B. qui vient d’achever un module de formation avec le GRETA (module du CAP prévention et médiation) me disait qu’une personne de la Préfecture lui avait fait remarquer qu’elle était étonnée qu’il travaille à Vivre en Ville. Pour elle, Vivre en Ville c’est une association de réinsertion pour des jeunes des quartiers et B. ne correspond pas à ces critères repérables au langage et la présentation de soi. Cette personne lui faisait donc remarquer cela et B. lui a répondu en lui disant que Vivre en Ville n’était pas réservé aux jeunes des quartiers mais aux personnes éligibles à l’emploi- jeune ! ça l’a un peu agacé parce que finalement, il faut bien le reconnaître, Vivre en Ville affiche une image d’association strictement réservée aux jeunes des quartiers. B. explique qu’il n’y a que des jeunes des quartiers qui se présentent parce qu’ils sont pistonnés par des agents déjà à Vivre en Ville. Il estime qu’il faudrait une mixité entre les agents et qu’ils puissent d’ailleurs travailler par binôme pour être vraiment efficace dans certains situations. Il me donne l’exemple de panes du métro où il faut retenir les gens au niveau des valideurs. C’est pas évident quand on est seul. Il faut expliquer et faire en sorte que les gens restent calmes.

Il a des amis qui sont « blancs » avec des diplômes mais qui n’ont jamais été vu en entretien. Et puis de toute façon, il me dit qu’il ne vaut mieux pas pour eux parce que de toute façon, Vivre en Ville c’est un gouffre. Il a lui-même l’impression d’avoir régressé en travaillant à Vivre en Ville. S’il s’est présenté, c’est parce qu’il n’avait pas autre chose. Il a l’impression qu’on n’arrive jamais au bout du tremplin dont on qualifie tant Vivre en Ville. Il a l’impression qu’on monte, qu’on descend sans jamais parvenir à faire le saut.

Observations dans le métro avec S., vendredi 26 avril 2002, station Bellefontaine, 9- 12h.

C’est une station plutôt calme ce matin. S. me dit que les gens sont tous au marché à Reynerie. Il y aura plus de monde au retour du marché. S. se place face aux valideurs du côté de la sortie de la station. On a une vue d’ensemble de la station. Il reste attentif à tous les bruits notamment ce qui vient du haut de la station (passerelle qui mène à la dalle). (…)

Un ouvrier vient au milieu de la matinée pour changer une vitre de la porte d’entrée de la station qui a un éclat. Il va faire de même à Mirail-Université. S. quand il le voit installer son matériel lui demande s’il a une autorisation. Il me répète en effet, à plusieurs reprises qu’il est responsable de la station.

S. jette un regard assez désabusé sur son travail. Il me dit en 1er lieu que beaucoup d’agents ont reçu des menaces. Ce sont en général des personnes qui ont été contrôlées ou prise en fraude par un agent de Vivre en Ville. Elles reviennent et font des menaces. Cela peut avoir lieu en dehors du travail aussi quand ils croisent un client dans la rue par exemple. (…)

Une fille (une des rares de Vivre en Ville) s’est fait cracher au visage aussi une fois par une cliente qui avait mal pris le fait que l’agent lui dise de passer par le P.M.R (Passage Mobilité Réduite) avec sa poussette. Comme ça, il y a des tas d’exemples de menaces ou d’agressions mêmes. Des plaintes sont déposées à la Police mais en général il y a peu de suite. Mais S. pense que la majorité des problèmes vient du contrôle de titres. Il pense que c’est dans ces moments-là que les agents de Vivre en Ville rencontrent le plus de problèmes. Et il estime que de toute façon, ce n’est pas le boulot des agents RIM. Ils ne sont pas habilités à mettre des PV alors à quoi cela leur sert-il de faire du contrôle ? Vivre en Ville est là pour expliquer, dialoguer et faire du contrôle n’a rien à voir avec le dialogue.

Je lui demande alors quelle est la différence entre prendre quelqu’un en train de sauter la barrière et prendre quelqu’un sans ticket au moment d’un contrôle. Pour S., quand il y a contrôle il n’y pas de possibilité de dialoguer alors que dans le cas où il surprend quelqu’un en train de sauter la barrière, il va discuter avec lui, lui expliquer, dialoguer avec lui.

Il regrette que D.D., le responsable de l’équipe métro à Vivre en Ville ne comprenne pas ce problème qu’ont les agents avec le contrôle de titres. C’est en effet un problème jamais résolu depuis les débuts de la mission métro à Vivre en Ville. Il paraît que ce sont les agents du début qui ont réclamé de faire du contrôle pour avoir plus de légitimité dans leur travail vis-à-vis des clients. Pour les agents actuels, cela semble poser pas mal de problèmes, et n’avoir rien à voir avec la médiation. De toute façon, quand cela leur pose des problèmes de faire du contrôle, ils cessent d’en faire. C’est ce que fait S.

Les responsables périodiquement essaient de les remotiver à en faire mais ça ne dure pas. ça fait l’objet de grands débats parmi les responsables de Vivre en Ville. D.D. lui ne veut rien entendre, la SEMVAT demande de faire du contrôle, il faut en faire comme les sociétés de sécurité. ça fait partie du travail d’un agent en station. (…)

Et puis, il est assez content de pouvoir démarrer la formation avec le Greta (module du CAP agent de prévention/ médiation). Il mise pas mal sur cette formation. Je ne sais pas vraiment dans quel objectif mais je pense qu’il la voit comme un moteur avant de faire autre chose, pourquoi pas aller jusqu’au CAP ? Il dit en effet qu’il ne pensait pas qu’il resterait aussi longtemps à Vivre en Ville. ça fait deux ans qu’il est là et qu’il travaille dans le métro. Pourtant, il a beaucoup insisté avant d’être embauché à Vivre en Ville. Il a attendu 3 ans. Avant Vivre en Ville il travaillait comme agent de nettoyage à Reynerie Services. Il était polyvalent sur le métro, la CAF etc… Il a appris à bien connaître le métro par ce travail –il pouvait aller dans les souterrains notamment…, il connaît tous les recoins du métro- ce qui fait qu’il n’a pas été formé en rentrant à Vivre en Ville. On l’a mis directement en station. ça ne lui posait pas de problèmes. Il était de toute façon tellement content d’avoir enfin été embauché. Mais aujourd’hui, il en a marre. (…)

Un homme d’une quarantaine d’années, maghrébin, s’approche de lui en parlant arabe et lui faisant signe qu’il ne savait pas comment faire pour prendre le métro. S. va à la machine et lui prend le ticket, il explique en français. Je lui demande s’il comprenait ce que disait le type. Il me dit que oui mais qu’il était hors de question de parler arabe dans le travail. Il y a des fois où il fait exprès de ne pas comprendre. Il faut vraiment que cela soit indispensable au client pour qu’il se serve de l’arabe pour lui parler. Là, il avait déjà vu le type la veille. Il venait de débarquer d’Algérie. S. le qualifie de suite de « clando ». Il me dit qu’il ne savait même pas quelle était la monnaie en France, qu’il se servait des dinars comme des euros !

Il ajoute que les clients en lui parlant arabe essaient de l’entraîner dans le vice, c’est-à-dire qu’ils pensent que S. va les aider à passer sans payer par exemple parce qu’il est maghrébin comme eux. Pour lui, l’usage de la langue serait un signe qu’il se met de leur côté. Il me dit que ce sont les Maghrébins qui sont les moins polis et qui ne disent jamais bonjour quand ils viennent demander un renseignement. Il y a les personnes âgées aussi qui ne disent que rarement bonjour.

Il y a en effet, un homme d’environ 50 ans, maghrébin qui s’approche de S. en lui tendant une pièce. Il ne dit rien, lui fait seulement signe de l’aider à prendre le ticket à la machine. S lui dit « bonjour » et l’accompagne pour prendre le ticket. ça le met hors de lui ce genre d’attitude.

Un jeune aussi, un black, qui l’interpelle en s’approchant : « Cousin ! Tu peux m’expliquer comment il faut faire pour prendre le métro ? » ça faisait longtemps visiblement qu’il n’avait pas pris le métro. S. répond mais ça l’a énervé que le jeune l’appelle « cousin ». Ils ne sont pas cousins ! Le type prend son ticket et oublie de le valider. S. lui fait signe qu’il faut valider pour que la barrière tourne. Il dit doucement : « On n’est pas à Paris ! »

Deux hommes assez âgés entrent dans la station. Ils ont l’air un peu perdus. En fait, l’un a son ticket blanc (réservé aux personnes de plus de 60 ans) et l’autre ne sait pas bien comment faire pour prendre le métro. Ils s’approchent donc de S et celui qui a son ticket explique que son collègue a fait la demande de ticket mais n’a pas eu de nouvelles depuis un mois. Le collègue montre à S. tous ses papiers, la carte d’identité, la carte d’électeur… en lui demandant si l’un ou l’autre de ses papiers peuvent suffire pour prendre le métro. S. leur demande où ils vont. Ils expliquent habiter la maison de retraite de Bellefontaine ( ?) et aller juste au Géant à Basso Cambo. Ils n’ont qu’une station de métro en fait. Alors S. les fait passer sans demander à celui qui n’a pas de ticket d’en acheter un . Il me dit après que ça l’ennuyait de demander à cet homme qui avait en plus l’air un peu perdu de payer un ticket pour une station de métro. Et puis, S. m’explique que les vérificateurs quand ils font du contrôle de titres sont plus indulgents avec les personnes âgées qu’avec les jeunes (scolaires et étudiants). Un scolaire qui n’a pas son ticket valable (ticket du Conseil Général) se verra conseillé d’aller au plus vite changer son ticket. Quand c’est une personne âgée qui n’a pas son ticket, ils ne font pas de difficultés.

Une femme d’une 50 aine d’années, maghrébine tente de demander à S. de la laisser passer gratuitement. Elle montre sa fiche Assedic et explique qu’elle n’a pas pu réactualiser sa situation depuis le 22 du mois dernier. Ce qui fait que son ticket « chômeur » n’est plus valable. Elle dit qu’elle va seulement jusqu’à Bagatelle et que des collègues de S. l’ont laissé passer la dernière fois. S. reste intransigeant d’autant plus qu’à Bagatelle il y a souvent des contrôleurs. ça retomberait sur lui et puis ça le regarde pas si des collègues à lui font passer des gens comme ça.

Il me dit d’ailleurs que certains à Vivre en Ville qui arrivés à bout de leurs forces dans ce travail, laissent des gens passer sans ticket. Sinon, ceux qui n’en peuvent plus et S. répète qu’il comprend, posent des arrêts maladies injustifiés.
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