Thèse de doctorat en sociologie





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de la question floue à l’objet sociologique…


La thèse que j’expose ici est l’aboutissement d’un long cheminement de la pensée. Si ce cheminement s’est voulu méthodique et le plus ordonné possible, il s’est nourri aussi des « hasards de la recherche ». Ces hasards qui confortent ou éloignent des orientations choisies. C’est ainsi que je décrirais mon chemin de thèse.

Tout a commencé par un sujet de recherche élaboré avec la directrice de l’association Vivre en Ville dans le cadre de la demande de financement pour mon poste, par une bourse CIFRE. Il était question d’étudier le concept de médiation tel qu’il est mis en œuvre dans les entreprises toulousaines de service public : EDF et le transporteur, la SEMVAT. L’objectif officiel étant pour Vivre en Ville de nourrir sa réflexion en vue de pérenniser ses emplois-jeunes.

Mon premier travail en arrivant à Vivre en Ville fut de m’immerger dans le fonctionnement de cette association, d’en comprendre l’histoire et les objectifs. Pour cela, j’ai mené des observations directes sur le lieu de travail des agents de médiation et au siège social de l’association.

J’ai pu tout d’abord mesurer l’écart entre le discours d’une directrice cherchant à consolider sa structure, et celui des entreprises commanditaires. De plus, l’activité des médiateurs s’est avérée plutôt floue sur le terrain. Cette phase exploratoire a été aussi celle des lectures sur tout ce qui avait rapport à la médiation, les emplois-jeunes, les services publics, la sécurité, la sociologie du travail, les jeunes, les quartiers en difficulté, la politique de la ville, l’insertion professionnelle… Toutes lectures qui rendaient le sujet de la recherche de plus en plus vaste.

Après plusieurs mois d’investigations, je me suis trouvée face à un sujet de recherche dont je ne savais plus bien quel il était. J’avais d’un côté une commande qui était celle d’apporter des éléments d’étude sur la médiation et les services publics, pour appuyer la pérennisation des emplois-jeunes, et d’un autre côté, je voyais des emplois qui n’étaient en réalité que des postes pour des jeunes que l’on disait vouloir insérer. La médiation n’apparaissait alors qu’un prétexte pour faire de l’insertion professionnelle.

Au terme de cette phase d’immersion et de découverte de Vivre en Ville, il m’a fallu prendre du recul et considérer à nouveau l’objet de ma recherche. En effet, mes premières investigations m’avaient conduites à découvrir la démarche un peu floue de Vivre en Ville, et le balancement constant entre une volonté de promouvoir des « nouveaux métiers », et celle de participer à une démarche d’insertion professionnelle de jeunes en difficulté dans les « quartiers sensibles » de Toulouse. Il semblait que l’on soit en face de deux grandes questions : l’insertion professionnelle de jeunes à travers le dispositif Vivre en Ville et l’étude des « nouveaux métiers » de la médiation en relation avec la question du management dans les services publics.

à première vue, on pouvait donc dire que l’objet de la médiation avait été détourné. On se servait de ces emplois davantage pour faire de l’insertion professionnelle que pour réellement faire de la médiation. Comment parler de « nouveaux métiers » à développer alors même que l’on demandait à des jeunes en situation sociale précaire de développer ces métiers ? Immergée dans le fonctionnement de l’association, la question tendait à devenir celle de savoir s’il était bien ou non d’embaucher des « jeunes en insertion » pour développer des « nouveaux métiers ». Mais une telle approche ne menait qu’à des jugements de valeur, et se révélait totalement improductive pour la recherche.

Les rencontres, avec Marie-Christine Jaillet2 puis Eric Macé3, ont contribué à préciser mes orientations et m’ont conduites vers les travaux d’E. Hugues et une étude des emplois de Vivre en Ville en tant que rôles sociaux.

La question posée par Vivre en Ville était de savoir si ses emplois allaient pouvoir se pérenniser. Ce qui revenait à se poser la question de la professionnalisation de ces emplois. Il fallait d’abord écarter la fausse question consistant à se demander si les emplois de Vivre en Ville étaient ou non de vrais métiers, et poser celle des conditions du passage de ces emplois à une véritable profession de médiateur.

C’est ce que montre E. Hugues lorsqu’il décrit le passage d’une fausse question sociologique : « est-ce que tel métier est une profession ? » à des questions plus fondamentales comme : « dans quelles circonstances les membres d’un métier essaient-ils de transformer celui-ci en profession ? » et « quelles étapes franchissent-ils pour se rapprocher du modèle valorisé de la profession ? ».4

Mes travaux se sont alors orientés vers la sociologie des professions. Dans les années 70, des recherches vont rompre avec la sociologie classique des professions basée sur une approche fonctionnaliste, qui visait à départager « le bon grain de l’ivraie », d’après un idéal-type de la profession5.

Fondées sur les travaux interactionnistes de l’Ecole de Chicago, ces recherches s’intéressent aux dynamiques internes aux groupes professionnels. La question devient celle des logiques qui poussent un groupe à faire reconnaître son activité comme professionnelle, le modèle de la profession impliquant une idée d’élévation dans la hiérarchie sociale. Le renversement s’opère dans le sens où toutes les activités de travail ont un intérêt sociologique.

Pour E. Hughes, qui s’était intéressé aux professions dès les années 50, un métier n’est pas seulement un ensemble de tâches, mais il implique un rôle social. Il accorde une part importante aux processus biographiques dans son analyse des professions. Tout travail doit être replacé dans l’organisation dans laquelle il est effectué. Dès lors, décrire un poste de travail, conduit à parler aussi de celui des autres. Le travail doit être analysé comme une mise en scène théâtrale.

Cette perspective invite alors à lire nos emplois d’agents de médiation en tant qu’ils impliquent des rôles sociaux dans une organisation de travail. Comment se construisent ces rôles, quelle identité les agents de médiation construisent-ils ? Etudier ces emplois devrait donc nous en apprendre sur ces emplois eux-mêmes, mais aussi sur les services publics qui les sollicitent, sur leur relation avec leurs clients, sur la question de l’insertion professionnelle des jeunes, et sur le regard que portent les entreprises en question sur les jeunes, et en particulier sur les jeunes désignés communément « jeunes des quartiers ».

Une activité ne devient pas professionnelle seulement lorsqu’une formation a été créée pour l’exercer, mais essentiellement au terme d’un long travail de définition du domaine et des modalités d’intervention. Cette définition s’établit à la suite d’une négociation au sein d’une division du travail spécifique.

E. Hughes a étudié la manière dont les aides-soignantes se sont établies en tant que professionnelles. Cette profession s’est construite sur la base d’une délégation des tâches dépréciées par les infirmières dans le milieu hospitalier. Ce que E. Hughes désignera par l’expression de « sale boulot ». La professionnalisation des aides-soignantes est l’aboutissement d’un processus à la fois de délégation de ce « sale boulot » par les infirmières, et de « reconstruction d’un domaine d’activité exclusif à partir de la revalorisation d’une partie de ce sale boulot : l’aide au confort de la personne malade »6. Ce processus implique des négociations entre les pouvoirs publics et les représentants des professions concernées, aboutissant à la définition précise des domaines respectifs d’intervention.

Mais ces définitions, montre E. Hughes, ne sont pas à l’abri de remises en question. En effet, les professions sont en renégociation permanente pour la préservation de leur force sur le marché du travail. C’est ainsi que les aides-soignantes vont ensuite déléguer la toilette des malades aux auxiliaires de vie, par exemple.

Les professions établies veulent préserver une définition pure de leur activité. Dès lors que des tâches nouvelles apparaissent, et qu’elles semblent dévaloriser la profession, un processus de délégation de ce « sale boulot » se mettrait en place.

C’est aussi ce que montre Jean-Paul Payet7 au sujet des enseignants dans les banlieues françaises. Le métier d’enseignant dans les zones urbaines sensibles a tendance à se différencier quelque peu de celui d’enseignant dans le reste de la ville. Les déviances scolaires qui se manifestent dans les banlieues ne seraient pas du ressort des enseignants. Ils n’ont ni le temps, ni les moyens pour s’en occuper. C’est ainsi que sont déléguées aux surveillants ou aux aides-éducateurs – apparus avec les emplois-jeunes – les tâches que les enseignants jugent ne pas devoir accomplir. La délégation du « sale boulot » permet aux enseignants dans les zones urbaines défavorisées, de conserver une définition pure de leur métier. L’auteur constate que la délégation de ces tâches est particulièrement évidente, dans les établissements situés dans les banlieues sensibles.

Le débat entre fonctionnalistes et interactionnistes, qui fut à la base du renversement dans les recherches sur les professions, va peu à peu céder la place à la fin des années 60, à de nouvelles approches d’inspiration marxiste et wébérienne.

Au-delà des processus biographiques qui conduisent à la constitution d’un groupe professionnel, Freidson8 en étudiant le travail des médecins notamment, va mettre en évidence les processus de monopolisation du savoir par une profession. Le professionnalisme est fondé sur la capacité d’un groupe professionnel à s’autoréguler, et à faire reconnaître la légitimité de son monopole sur un savoir. Le processus de professionnalisation est envisagé comme un processus de monopolisation économique et politique, et de fermeture sociale.

D’après Dubar et Tripier, c’est l’étude d’Andrew Abbott9 dans un ouvrage paru en 1988 sur les professions de service, qui permet de faire à la fois une synthèse et un compromis entre toutes ces « nouvelles théories » des professions. A. Abbott en effet, a étudié la manière dont les professions de service s’y prennent pour se faire reconnaître le monopole d’une compétence. La question de recherche concernant les professions, est celle qui conduit à élucider de quelle manière un groupe parvient à acquérir le monopole sur un savoir, une compétence, comment il acquiert la reconnaissance juridique de la compétence.

Pour cela, la méthode consiste à étudier d’une part, le travail en lui-même, pour découvrir quelles sont les innovations de ce groupe professionnel dans la résolution d’un problème donné. Il s’agit d’autre part, d’étudier les relations avec les autres groupes professionnels en compétition pour le monopole de la compétence, pour découvrir les stratégies professionnelles de reconnaissance à l’égard des clients et de l’État.

Avec le programme emplois-jeunes, apparaît de manière récurrente l’idée de professionnaliser les emplois créés. Mais que recouvre ce terme pour les acteurs ? Et dans quelle mesure l’utiliser pour la recherche sur ces nouveaux emplois de médiateurs sociaux ?

L’injonction de professionnalisation doit être replacée dans l’histoire des politiques de lutte contre le chômage. Elle est particulièrement forte pour les emplois de service. Si elle est apparue dans les années 80 associée à l’objectif d’acquisition de qualifications, elle apparaît aujourd’hui de plus en plus associée à la notion de compétences. Une attention particulière est accordée aux compétences relationnelles supposées transversales à la plupart des emplois de services.

Le programme emplois-jeunes paraît appuyer cette logique de professionnalisation par la valorisation des compétences. Ce sont la plupart du temps des compétences relationnelles que l’on demande aux jeunes recrutés pour les emplois de médiateurs sociaux. Il faut cependant noter la persistance de l’objectif de qualification puisque des diplômes (CAP agent de prévention et de médiation créé par le GRETA) validant l’expérience de médiateur notamment, sont progressivement mis en place pour faire reconnaître ces emplois.

En fait, le volet professionnalisation des emplois-jeunes recouvre deux types de questionnements : l’un se centre sur la création de nouveaux métiers émergents, l’autre sur la transférabilité des compétences acquises par les jeunes en situation d’emploi.

Vivre en Ville est traversée par ces deux types d’orientation. Mais, peu à peu, l’association va s’engager dans la deuxième logique, en essayant d’aider les agents de médiation à transférer leur expérience et les compétences acquises vers d’autres emplois plus solidement établis.

Partant de là, j’ai posé l’hypothèse que les emplois de médiateurs de Vivre en Ville étaient des métiers en voie de professionnalisation, et de ce fait il fallait mettre en évidence la plus-value de ces emplois par rapport aux professions avec lesquelles les médiateurs intervenaient. Il s’agissait d’étudier ces emplois de médiateurs en tant que rôles sociaux dans un environnement social.

Il m’a semblé opportun de parler de ces activités comme de nouvelles « professionnalités » dans le champ des métiers de la relation avec les publics en difficulté. Nous définissons le terme « professionnalité » comme mode d’exercice d’un métier. Ici, nous posons l’hypothèse que les agents de médiation ont apporté un mode nouveau d’intervention auprès des publics des services publics et du travail social.

Cependant, la professionnalité des agents de médiation est apparue liée à leur expérience sociale des quartiers en difficulté, et au fait qu’ils étaient d’origine maghrébine. Ce qui m’a amenée à poser que la professionnalité des agents de médiation est fondée sur leurs « compétences expérientielles » et plus précisément sur leur ethnicité.

Vivre en Ville se développait dans le cadre de la politique de la ville toulousaine, et en interaction avec des services publics. L’analyse des emplois de Vivre en Ville pouvait donc apporter un éclairage sur la politique de la ville toulousaine.
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