Thèse de doctorat en sociologie





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De la méthode…


L’observation directe s’est imposée à moi comme méthode d’investigation. En effet, salariée de Vivre en Ville pendant 3 ans, la possibilité d’observer au quotidien le fonctionnement de l’association et le travail des agents de médiation s’offrait à moi tout naturellement. J’étais immergée dans le quotidien de Vivre en Ville, et j’avais le temps devant moi pour comprendre le travail des agents de médiation, et les enjeux autour de ces nouveaux emplois.

Mon introduction à Vivre en Ville s’est faite avec mon embauche sur un poste peu clair pour les agents de médiation. Il leur a été signifié par la direction de l’association que j’étais une étudiante en charge d’une étude de leur métier en vue de réfléchir à la pérennisation de leurs emplois. Au quotidien, il m’a fallu souvent expliquer mon travail. Je pouvais très souvent avoir l’air en décalage avec le quotidien des autres salariés de Vivre en Ville. Et avec le temps, la nécessité s’est imposée à moi d’avoir un poste plus clair, plus « professionnel ». Au bout de quelques mois, je ne pouvais plus être seulement là pour observer, me documenter et n’avoir aucun rôle de production pour la structure.

Aussi, j’en ai parlé plus haut, c’est le changement de directrice qui a joué un rôle important dans mon changement de statut.

Toutefois, j’ai rencontré auprès des agents de médiation beaucoup de disponibilité, voire d’intérêt pour mon travail. Je les ai, en effet, sollicités pour mener des observations directes sur leurs lieux de travail (stations de métro, quartiers d’habitat social, agences EDF…). Beaucoup acceptaient de me recevoir pendant leur temps de travail ou de répondre aux entretiens que je sollicitais parce qu’ils pensaient me rendre service.

Le contact qui fut le mien avec les agents de médiation a été facilité par mon absence de rôle décisionnel dans l’association. De façon plus ou moins claire pour eux, j’avais deux statuts : celui d’étudiante qui menait une recherche sur leur travail, et celui de responsable de la communication de l’association. Mais c’est mon statut d’étudiante qui dominait. Au-delà, l’écoute que je pouvais avoir, et la participation à leurs activités a joué un rôle de valorisation de leur travail. Ce fut pour eux l’occasion de raconter leur métier, leur parcours, de se valoriser dans des périodes où ils ne se sentaient plus reconnus.

Dès le début de mes recherches à Vivre en Ville, j’ai entrepris de rédiger un journal de terrain presque quotidien. J’y ai relaté tout ce qui pouvait se passer au cours d’une journée à Vivre en Ville, et les événements auxquels je pouvais assister. Ce journal a recueilli mon vécu tout au long des 3 années passées au sein de cette association, et les premières observations relatives à la phase exploratoire de ma recherche.

Au cours de ma phase de découverte de mon objet d’investigation, j’ai observé les activités des agents de médiation, interviewé les commanditaires de l’association (un chargé de mission prévention de la SEMVAT et une assistante sociale d’EDF), ainsi que 3 agents de médiation, et j’ai croisé tout ce que je recueillais comme données empiriques avec des lectures plus théoriques ou des études sur la question de la médiation. Mes observations avaient pour but de découvrir en quoi consistait le travail des agents sur le terrain, les entretiens avec les agents de médiation de savoir comment on devenait agent de médiation à Vivre en Ville, et ceux avec les commanditaires de l’association de connaître l’histoire de l’association.

Après une période où j’avais le sentiment de ne plus rien comprendre, et où l’objet de recherche était des plus flous, j’ai établi des lignes de recherche que j’ai détaillées un peu plus haut.

Afin de valider ces hypothèses, des entretiens semi-directifs ont été menés avec la plupart des agents de Vivre en Ville. 25 entretiens ont été recueillis auprès des agents de médiation de l’association, étayés par des observations participantes dans les stations de métro et les agences EDF. J’ai poursuivi l’écriture de mon journal de terrain.

Les entretiens se sont déroulés pour les agents de médiation du métro, dans les locaux dits « locaux de sécurité » des stations de métro. Pour les correspondants de quartier d’EDF, les entretiens ont eu lieu au siège de Vivre en Ville. Les agents de médiation d’EDF avaient plus de facilité à se rendre au siège de l’association.

Afin de mener dans de bonnes conditions mes entretiens et mes observations par la suite, il m’a fallu obtenir la collaboration de leurs responsables d’équipe. En effet, les entretiens ont eu lieu pendant le temps de travail des agents de médiation. Ce qui demandait que les responsables acceptent de leur dégager un peu de temps pour répondre à ma demande. Avec la responsable d’équipe des agents de médiation d’EDF, peu d’explications ont été nécessaires. Elle-même étant étudiante, a bien compris l’objet de ma demande et il n’y a eu aucune difficulté.

C’est avec les responsables de l’équipe du métro qu’il a fallu user de diplomatie. C’est lorsque j’ai demandé à mener des observations directes auprès des agents de médiation du métro que j’ai commencé à rencontrer quelques tensions de la part de certains responsables d’équipe. En effet, la rumeur a pu circuler à un moment donné que je venais pour contrôler le travail effectué dans les stations de métro. Les responsables d’équipe alors un peu déstabilisés par des pressions de la direction et de la SEMVAT, ont pris mon travail d’enquête comme une mesure supplémentaire de surveillance à leur égard. J’ai dû expliquer à nouveau l’objet de mon travail et la nécessité pour moi de faire ces observations, et les tensions sont rapidement retombées. J’ai fourni un planning clair et précis de mes observations et de mes entretiens avec les agents de médiation aux responsables d’équipe. Et j’ai pu constater qu’ils venaient de temps à autre pour voir comment cela se passait. Mais ils n’ont pas souhaité participer à un entretien.

Je me suis basée sur une grille afin de mener mes entretiens. L’objectif était de connaître le parcours de vie des personnes interviewées : leur parcours scolaire, leur entrée sur le marché du travail, leur embauche à Vivre en Ville, leur vécu en tant qu’agent de médiation, et leurs ambitions professionnelles. Avant de commencer chaque entretien, j’apportais une explication sur le but de ces entretiens et je présentais rapidement les différents points de ma grille. Les entretiens ont tous été enregistrés et retranscrits intégralement.

En ce qui concerne les observations, elles ont consisté à passer des journées ou des demi-journées selon les plannings, avec des agents de médiation du métro et d’EDF. Je les accompagnais dans leur travail. Pour les agents à EDF, je les ai accompagnés au cours d’une tournée auprès des clients et dans leurs comptes - rendus dans l’agence dont ils dépendaient. Pour les agents de médiation du métro, munie de la tenue de l’association, j’ai passé des demi-journées à leurs côtés dans les stations.

Les observations au nombre de sept ont été menées suite aux entretiens avec les agents de médiation. Elles avaient pour but d’enrichir les discours par des faits observés sur le terrain.

J’ai pu mener des observations auprès de certains des agents que j’avais interviewés. La grille d’observation était volontairement ouverte afin de rassembler le maximum d’informations sur les conditions de travail, les outils, et les tâches des agents de médiation de Vivre en Ville. Au préalable, j’ai malgré tout précisé ce que je m’attendais à voir sur le terrain, afin de ne pas partir à l’aveuglette. Je pensais approfondir trois thématiques. D’abord, le rôle des agents de médiation, en quoi consiste leur travail, quelles sont les tâches quotidiennes à effectuer ? Ensuite, je pensais pouvoir confirmer le discours des agents sur leur position (de bouclier notamment) dans les entreprises pour lesquelles ils travaillaient. Et enfin, j’espérais mettre en évidence ce qui relève de leurs compétences spécifiques, et les rend indispensables comme ils le disaient très souvent dans les entretiens.

Sur cette base, j’ai mené deux journées d’observations avec deux correspondants de quartier, et cinq demi-journées avec des agents Relais Information Médiation (RIM) dans des stations assez différentes par leur configuration et la clientèle qu’elles accueillaient.

Je ne prenais pas de notes au cours des périodes d’observations afin de ne pas me faire repérer comme observatrice et afin de ne pas attirer de suspicions de la part des responsables déjà relativement réticents. Cela m’a permis d’être plus à l’aise aussi. J’ai donc retranscrit a posteriori chacune des périodes d’observations.

Des entretiens ont eu lieu avec des salariés de la SEMVAT : des conducteurs de bus, des vérificateurs du métro, des agents de maîtrise dits régulateurs du réseau bus. L’objectif était de recueillir le discours des salariés des entreprises commanditaires sur le travail des agents de médiation. J’avais connaissance des objectifs des dirigeants de ces entreprises, mais il me fallait aussi connaître la perception des salariés qui étaient amenés à travailler directement avec ces agents de médiation. Mon choix s’est centré sur les salariés de la SEMVAT pour plusieurs raisons. D’une part, la SEMVAT représentait le plus gros marché de Vivre en Ville, et à ce titre les discours recueillis pouvaient avoir valeur de représentativité. D’autre part, mon travail de recueil des données a eu lieu au moment où la direction de Vivre en Ville était assurée par un cadre de la SEMVAT. C’est lui qui m’a mise en relation avec les personnes interviewées. Il a accepté de faire l’intermédiaire avec le service communication de l’entreprise qui m’a ensuite mise en relation avec les services concernés pour les prises de rendez-vous. 10 salariés ont accepté de répondre à ma demande. L’un d’eux seulement s’est révélé peu coopératif le jour de l’entretien et je n’ai pu recueillir qu’un discours évasif. Ce salarié avait d’ailleurs mauvaise réputation auprès des agents de médiation qui ne semblaient n’avoir aucune légitimité à ses yeux. La collaboration s’était toujours révélée difficile avec ce salarié.

Les entretiens ont eu lieu dans des locaux de la SEMVAT sur la base d’une grille d’entretien semi-directive. Je leur demandais de décrire leur poste de travail et notamment tout ce qui concernait la relation de service, et les difficultés avec les usagers-clients, et de parler de leur représentation des agents de médiation (leur rôle, leur plus-value, leur légitimité sur le terrain…).

En 2003, après que j’ai quitté l’association, et que celle-ci a dû fermer ses portes, je suis allée rencontrer le chargé de mission Prévention de la SEMVAT qui était à l’origine de Vivre en Ville et Françoise De Veyrinas, également à l’origine du projet. L’objectif de ces entretiens était de recueillir les discours de commanditaires sur la fermeture d’une structure dont ils étaient partie prenante dès le début.

Ces interviews ont également été enregistrées et retranscrites intégralement.

Au regard de la sociologie des professions, j’ai cherché à mettre en évidence le possible mouvement de professionnalisation en œuvre dans le champ de la médiation sociale. Cependant, s’agissant de Vivre en Ville, si l’on peut considérer qu’il y a eu à un moment donné une volonté de professionnalisation des emplois, elle a très rapidement avorté. C’est la comparaison avec d’autres structures employant des agents de médiation qui a permis de mettre en perspective la spécificité de Vivre en Ville.

J’ai voulu savoir si les métiers de la médiation du type de ceux de Vivre en Ville ne pouvaient pas trouver de réelle professionnalisation. Et pour cela, je suis allée en 2004 rencontrer un dispositif assez similaire à celui de Vivre en Ville, dans une commune de l’agglomération toulousaine. 4 interviews avec des agents de prévention et leur responsable, ont été menées. Les agents avaient été embauchés dans le cadre du programme emploi-jeune, en 1998. Comme à Vivre en Ville, il y a eu beaucoup d’errements quant au contenu de ces métiers. Seulement, ce dispositif a rencontré une forte volonté politique de consolidation de ces activités. Et ce dispositif est aujourd’hui pérenne.

Après le recueil de toutes les données, j’ai entrepris une analyse systématique des entretiens. Chaque entretien a été découpé en 3 ou 4 séquences thématiques. Parfois, les mêmes séquences ont pu se croiser d’un entretien à l’autre. J’ai comparé les systèmes de représentation des uns et des autres, puis les observations directes ont complété les comparaisons déjà effectuées. Tout cela a permis de remettre en question l’hypothèse de la professionnalisation des emplois de Vivre en Ville et a montré la place prégnante de la question des relations interethniques dans ce dispositif constitué autour de l’association Vivre en Ville.

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