«Le xxème siècle nous a confrontés à une série d’évènements très graves qui, bien ou mal, ont été surmontés. Et s’ils ont été surmontés, c’est grâce à la ferme volonté de résister à l’inacceptable, que ce soit le nazisme, le fascisme, le stalinisme, la colonisation ou l’apartheid…»





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titre«Le xxème siècle nous a confrontés à une série d’évènements très graves qui, bien ou mal, ont été surmontés. Et s’ils ont été surmontés, c’est grâce à la ferme volonté de résister à l’inacceptable, que ce soit le nazisme, le fascisme, le stalinisme, la colonisation ou l’apartheid…»
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« Le XXème siècle nous a confrontés à une série d’évènements très graves qui, bien ou mal, ont été surmontés. Et s’ils ont été surmontés, c’est grâce à la ferme volonté de résister à l’inacceptable, que ce soit le nazisme, le fascisme, le stalinisme, la colonisation ou l’apartheid… »

En quoi les documents ci - dessous permettent – ils d’illustrer la phrase de Stéphane Hessel ?

« Premier corpus :

Texte 1

Rencontre avec Jorge Semprun, à l'occasion de la parution de L'Écriture ou la vie (1994)  

  L'Écriture ou la vie... Ce « ou » est-il exclusif ?

  Jorge Semprun — Quand je suis rentré de Buchenwald, à la fin d'avril 1945, j'avais un peu plus de vingt ans. Depuis l'âge de sept ans, j'avais décidé d'être écrivain. Dès mon retour, j'ai donc voulu écrire sur l'expérience que je venais de vivre. Quelques mois plus tard, après avoir écrit, réécrit et détruit des centaines de pages, je me suis rendu compte qu'à la différence d'autres expériences, notamment celles de Robert Antelme et surtout de Primo Levi, qui se sont dégagés de l'horreur de la mémoire par l'écriture, il m'arrivait précisément l'inverse. Rester dans cette mémoire, c'était à coup sûr ne pas aboutir à écrire un livre, et peut-être aboutir au suicide. J'ai donc décidé d'abandonner l'écriture pour choisir la vie, d'où ce titre. Et ce « ou ».

  Comment est-il possible de choisir la vie en renonçant précisément à ce qui fait sa vie ?

  Jorge Semprun — C'était un choix terrible pour continuer à exister, j'ai dû cesser d'être ce que je voulais être le plus. Et j'ai tenu pendant dix-sept ans. J'ai pratiqué une sorte de thérapie systématique, parfois brutale, de l'oubli. Et j'y suis parvenu au point d'entendre des anciens déportés parler des camps sans avoir conscience que moi aussi j'étais des leurs. J'écoutais leurs récits comme des témoignages extérieurs. En même temps, les plus petites choses pouvaient faire rejaillir les souvenirs.

  Qu'est-ce qui a déclenché le retour à l'écriture ?

  Jorge Semprun — Lorsque j'étais dirigeant du Parti communiste espagnol, il m'est arrivé, en 1961, de me retrouver bloqué dans un appartement clandestin de Madrid, dont je n'ai pu sortir pendant toute une semaine en raison des menaces policières. Tous ces jours-là, j'ai passé mon temps à écouter les récits du maître de maison. Il avait été interné à Mauthausen, mais ignorait que j'avais été moi-même déporté. Plus je l'écoutais, plus je trouvais qu'il racontait très mal, qu'il était impossible de comprendre de quoi il parlait. Et tout à coup, au terme de cette semaine, la mémoire m'est revenue et j'ai écrit, très vite, Le Grand Voyage. Dès qu'il a été publié, mon rapport au passé et à la mémoire a basculé. Il est redevenu douloureux et terrifiant. Je suis sorti de l'oubli pour entrer dans l'angoisse.

  Et la genèse de L'Écriture ou la vie ?

  Jorge Semprun — Beaucoup plus tard, en 1987. J'écrivais Netchaïev est de retour et, un samedi d'avril, je racontais une scène où l'un des personnages du roman se rendait à Buchenwald pour tenter de retrouver un compagnon de résistance déporté. Tout cela devait tenir en deux pages. Ce jour-là, l'écriture a dérapé complètement. Je me suis retrouvé en train d'écrire, à la première personne, un autre livre : c'étaient les premières pages de L'Écriture ou la vie. L'inconscient, ou je ne sais quoi, m'avait joué un curieux tour : ce samedi 11 avril était l'anniversaire de la libération de Buchenwald, et la première nouvelle entendue le lendemain fut l'annonce du suicide de Primo Levi... Dans ces conditions, il me fallait évidemment mener ce livre à son terme. Cela m'a pris très longtemps.

  

Êtes-vous ainsi parvenu au bout de la mémoire ?

  Jorge Semprun — À partir du moment où s'accomplit le premier travail de mémorisation, tout revient peu à peu. Mais je me suis aperçu que j'avais tellement oublié que certains souvenirs, que je sais présents, restent à retrouver. Je peux aller encore plus loin.

 

© www.gallimard.fr, 2004

Comment vivre "quand on revient du néant? Et comment écrire à partir de ce néant" (J.-P. Enthoven).

Texte2

Et puis, de cette expérience du Mal, l'essentiel est qu'elle aura été vécue comme expérience de la mort… Je dis bien "expérience"… Car la mort n'est pas une chose que nous aurions frôlée, côtoyée, dont nous aurions réchappé, comme d'un accident dont on serait sorti indemne. Nous l'avons vécue… Nous ne sommes pas des rescapés, mais des revenants… Ceci, bien sûr, n'est dicible qu'abstraitement. Ou en riant avec d'autres revenants… Car ce n'est pas crédible, ce n'est pas partageable, à peine compréhensible, puisque la mort est, pour la pensées rationnelle, le seul événement dont nous ne pourrons jamais faire l'expérience individuelle… Qui ne peut être saisi que sous la forme de l'angoisse, du pressentiment ou du désir funeste… Sur le mode du futur antérieur, donc… Et pourtant, nous aurons vécu l'expérience de la mort comme une expérience collective, fraternelle de surcroît, fondant notre être-ensemble…comme un Mit-Sein-zum-Tode… (Page 121)

J'étais arrivé à Paris l'avant-veille. La nuit de mon retour, j'avais dormi chez Pierre-AImé Touchard, dit "PAt". Jusqu'à l'aube nous avons parlé. Pour commencer, c'est moi qui lui posais des questions. J'avais une année de retard et je voulais tout savoir, c'est compréhensible. De sa voix lente et grave, d'une extrême douceur, Touchard répondait à mes questions.

Pat a eu la délicatesse de répondre à mes question avec patience, sans m'en poser aucune. Sans doute a-t-il senti que je n'étais pas encore en état de répondre.

Pour mon malheur, ou du moins ma malchance, je ne trouvais que deux sortes d'attitudes chez les gens du dehors. Les uns évitaient de vous questionner, vous traitaient comme si vous reveniez d'un banal voyage à l'étranger. Vous voilà donc de retour ! Mais c'est qu'ils craignaient les réponses, avait horreur de l'inconfort moral qu'elles auraient pu leur apporter. Les autres posaient des tas de questions superficielles, stupides -dans le enrer : c'était dur, hein ?-, mais si on leur répondait, même succinctement, au plus vrai, au plus profond, opaque, indicible, de l'expérience vécue, ils devenaient muets, s'inquiétaient, agitaient les mains, invoquaient n'importe quelle divinité tutélaire pour en rester là. Et ils tombaient dans le silence, comme on tombe dans le vide, un trou noir, un rêve?

Ni les uns ni les autres ne posaient les questions pour savoir, en fait. Ils les posaient par savoir-vivre, par politesse, par routine sociale. Parce qu'il fallait faire avec ou faire semblant. Dès que la mort apparaissait dans les réponses, il ne voulaient plus rien entendre. Ils devenaient incapables de continuer à entendre.

Le silence de Pierre-Aimé Touchard était différent. Il était amical, ouvert à toute parle possible de par part, spontanée. Ce n'était pas pour éviter mes réponses qu'il ne me questionnait pas, c'était pour me laisser le choix de parler ou de me taire. (Pages 179-180)

"Ils sont en face de moi, l'œil rond, et je me vois soudain dans ce regard d'effroi : leur épouvante."



Texte 3

extrait Primo Levi, "si c'est un homme"

Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d'aller plus bas : il n'existe pas, il n'est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la notre. Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtement, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s'ils nous écoutaient, ils ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu'à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.
   Nous savons, en disant cela, que nous serons difficilement compris, et il est bon qu'il en soit ainsi. Mais que chacun considère en soi-même toute sa valeur, toute la signification qui s'attache à la plus anodine de nos habitudes quotidiennes, aux milles petites choses qui nous appartiennent et que même le plus humble des mendiants possède : un mouchoir, une vieille lettre, la photographie d'un être cher. Ces choses-là font partie de nous presque autant que les membres de notre corps, et il n'est pas concevable en ce monde d'en être privé, qu'aussitôt nous ne trouvions à les remplacer par d'autres objets, d'autres parties de nous-mêmes qui veillent sur nos souvenirs et les font revivre.
   Qu'on imagine maintenant un homme privé non seulement des êtres qu'il aime, mais de sa maison, de ses habitudes, de ses vêtements, de tout enfin, littéralement de tout ce qu'il possède : ce sera un homme vide, réduit à la souffrance et au besoin, dénué de tout discernement, oublieux de toute dignité : car il n'est pas rare, quand on a tout perdu, de se perdre soi-même ; ce sera un homme dont on pourra décider de la vie ou de la mort le cœur léger, sans aucune considération d'ordre humain, si ce n'est, tout au plus, le critère d'utilité. On comprendra alors le double sens du terme "camp d'extermination" et ce que nous entendons par l'expression "toucher le fond".

Primo Levi est un chimiste italien qui a survécu à la Shoah ; il est devenu écrivain pour témoigner de son internement au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz à partir de février 1944. Dans cet extrait, il est malade et entrer à l’hôpital, le K.B et réfléchit à sa condition

Peut – être pourrons – nous survivre aux maladies et échapper aux sélections, peut – être même résister au travail et à la faim qui nous consument : et puis ? Ici momentanément à l’abri des avanies et des coups, il est impossible de rentrer en nous – même et de méditer, et alors tout nous dit que nous ne reviendrons pas. Nous avons voyagé jusqu’ici dans des wagons plombés, nous avons vu nos femmes et nos enfants partir pour le néant ; et nous, devenus esclaves, nous avons fait cent fois le parcours monotone de la bête au travail, morts à nous – mêmes avant de mourir à la vie, anonymement. Personne ne sortira d’ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, le sinistre nouveau de ce que l’homme, à Auschwitz, a pu faire d’un autre homme.

Les écrivains en prisons :

Texte 1

Asseyez-vous, fermez les yeux, rappelez-vous toutes les cellules où vous êtes passé. Le compte n’est pas facile : il y en a eu tant ! Et tous ces hommes à chaque fois… Dans celle-ci, ils étaient deux ; dans telle autre, cinquante. Ici vous êtes resté cinq minutes ; là, tout un long été. Mais, entre toutes, vous mettrez toujours à part celle où pour la première fois vous vous êtes retrouvé avec des hommes semblables à vous, au destin brisé comme le vôtre. Il n’est rien —si ce n’est, peut-être, votre premier amour— que vous vous rappellerez, toute votre vie durant, avec autant d’émotion. Et ces hommes qui ont partagé avec vous le sol et l’air de ce cube de pierre, en ces jours où vous repensiez de fond en comble toute votre vie, ils seront un jour ; dans votre souvenir comme des membres de votre famille.

Du reste, en ces jours-là, votre famille c'était eux et eux seuls"...

Alexandre Soljenitsyne, l'Archipel du Goulag (1991), texte extrait de l'anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997), page 44. Traduit du Russe par Geneviève Johannet
C'est autant sa personnalité que son œuvre (Prix Nobel de Littérature en 1970) qui ont fait de l’écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) l’emblème de la résistance au totalitarisme soviétique. Même si plusieurs de ses prises de position ont été controversées par la suite, Soljenitsyne a profondément marqué l'histoire des idées politiques. Arrêté en 1945 pour avoir formulé (dans une lettre privée) des réserves à l'encontre de la stratégie politique de Staline, il est condamné à huit ans de "redressement" dans un camp de travail pour complot antisoviétique : expérience tragique qu'il relatera d'ailleurs en 1962 dans un roman (partiellement censuré) : Une journée d'Ivan Denissovitch. Arrêté une seconde fois en 1974, après le succès rencontré par l'Archipel du goulag, il sera finalement déchu de sa nationalité, et contraint de s’exiler... Il ne retournera en Russie qu'en 1994, après vingt ans d'exil...



Texte 2

"Comment aurais-tu pu mourir si c’est justement cette nuit-là que nous triomphâmes de la mort ?"


"Cette nuit un gardien qui ne respecte pas le règlement, a laissé ouvert. Je me précipite et regarde en dehors. Il ya un étroit couloir et j’arrive à voir, face à ma cellule, au moins deux portes de plus. Oui, je vois bien deux portes, entièrement. Quelle sensation de liberté ! Tout un univers vient s’ajouter à mon Temps, ce temps si long qui demeure près de moi, pesant sur moi. Ce terrible ennemi de l’homme qu’est le Temps quand on peut presque palper son existence, sa durée, son éternité. Le couloir est très éclairé. Je recule un peu, aveuglé, mais j’y reviens voracement. J’essaie de m’emplir de l’espace que je vois. Il y a longtemps que je n’ai plus de sens des distances ni des proportions. J’éprouve la sensation de sortir de mes limites. Pour regarder, je dois appuyer le visage contre la porte d’acier qui est glacée. […] Maintenant, j’appuie l’œil, mais l’on n’entend aucun bruit. Alors, je me remets à regarder. Et lui fait de même. Je découvre que, sur la porte face à la mienne, le judas est ouvert et qu’il y a un œil. Je suis pris de peur : ils m’ont tendu un piège. Il est interdit de s’approcher du judas et ils ont vu que je le faisais. Je recule et j’attends. J’attends un temps, un autre temps, plus encore. Puis je reviens au judas. Et lui fait de même.

Et ici, il faut que je parle de toi, de cette longue nuit que nous avons passée ensemble, durant laquelle tu as été mon frère, mon père, mon fils, mon ami. Ou bien étais tu une femme ? Et alors nous aurons passé cette nuit comme deux amoureux. Tu étais un œil, mais tu n’as pas oublié cette nuit, n’est ce pas ? Car, si on m’a bien dit que tu étais mort, que tu avais le cœur faible et que tu n’avais pas supporté la « machine », on ne m’a pas dit si tu étais un homme ou une femme. Et cependant, comment aurais-tu pu mourir si c’est justement cette nuit là que nous triomphâmes de la mort ? Tu dois te souvenir, il faut que tu te souviennes car, autrement, tu m’obliges à me souvenir pour deux et ce fut si beau que j’ai besoin aussi de ton témoignage. Tes paupières battaient. Je me souviens parfaitement que tes paupières battaient et ce torrent de mouvement démontrait sans nul doute possible que je n’étais pas le dernier être humain sur la terre dans un univers peuplé de gardiens tortionnaires. De temps en temps, dans ma cellule, je remuais un bras ou une jambe pour le plaisir de quelque mouvement sans violence, et non forcé par les gardiens qui me trainaient ou me poussaient. Et toi tes paupières battaient ce fut si beau. […] Parfois nous revenions au judas en même temps et le sentiment de triomphe était si fort que nous paraissions immortels. Nous étions immortels..."

Jacobo Timerman (1977), texte extrait de l'anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997), page 46 et suivantes.
C’est durant sa première année d’emprisonnement en 1977 que Jacobo Timerman (1923-1999) écrivain, éditeur et journaliste argentin, écrit l’Œil. Auteur engagé cherchant à défendre ses opinions sur les droits de l’homme, il fut enfermé jusqu’en 1979 pour sa lutte. Dans ce témoignage bouleversant, on déchiffre, dès les premières lignes, la peur des cellules et l’obsession du temps : "Tout un univers vient s’ajouter à mon Temps, ce temps si long qui demeure près de moi, pesant sur moi". Timerman dénonce la torture et le viol de liberté des prisonniers qui est aussi un « viol » de l’espèce humaine en elle-même, dans un pays dépourvu alors de lois sur la liberté d’expression des citoyens et dirigé par une poignée de dictateurs militaires dénués d’humanité et de morale. Ce texte est d’autant plus poignant qu’il sollicite le regard d’un compagnon de cellule totalement imaginaire et inconnu pour essayer de vaincre un quotidien sinistre et frustrant : « Et ici, il faut que je parle de toi, de cette longue nuit que nous avons passée ensemble, durant laquelle tu as été mon frère, mon père, mon fils, mon ami. Ou bien étais tu une femme ? ».

Texte 3

Depuis combien de temps est-il en cellule ? Il regarde sa montre : exactement trois minutes..."


C'est un son exceptionnel. Une porte de cellule n'a pas de poignée, ni au-dehors ni au-dedans; on ne peut la fermer qu'à la volée. Elle est faite d'acier et de béton massifs, de quelque dix centimètres d'épaisseur ; chaque fois qu'elle retombe, il se produit un fracas assourdissant comme si l'on tirait un coup de feu. Mais cette détonation s'éteint sans écho. Les bruits de la prison sont ternes et sans résonances. Quand la porte a claqué derrière lui pour la première fois, le prisonnier reste debout au milieu de la cellule et regarde autour de lui. J’imagine que tout le monde se comporte plus ou moins de la même façon… Il fait d'abord d'un regard rapide le tour des murs et prend note mentalement de tous les objets, dans ce qui va maintenant être son domaine :

le lit de fer,

le lavabo,

les w.-c.

la fenêtre à barreaux.

[...] Puis son regard s'arrête sur la porte de la cellule, et il voit qu'un œil collé au judas le surveille. L'œil globuleux le regarde fixement, la pupille est incroyablement large ; c'est un œil sans corps et, pendant une seconde, le cœur du prisonnier cesse de battre. L'œil disparaît et le prisonnier pousse un profond soupir en pressant sa main sur le côté gauche de sa poitrine.
- Allons, se dit-il, encourageant, est ce bête d'aller se faire une peur pareille. Il faut s'y habituer; après tout, ce fonctionnaire ne fait que son devoir en jetant un coup d'œil à l'intérieur; cela fait partie de la vie en prison. Mais ils ne m'auront pas, jamais ils ne m'auront ; je fourrerai ce soir du papier dans le judas". En réalité rien ne l'empêche de le faire tout de suite. L'idée le remplit d'un véritable enthousiasme. [...] Il se rend compte alors qu'il n'a pas de papier sur lui [...]. Et c'est ainsi qu'iront les choses – dans les minutes à venir, les heures, les jours, les mois, les années.
Depuis combien de temps est-il en cellule ?
Il regarde sa montre : exactement trois minutes.

Arthur Koestler, Dialogue avec la mort, un testament espagnol, 1937. Traduit de l'anglais par Simone Lamblin.
Toute l'œuvre d'Albert Koestler (1905-1983) peut se résumer à l'engagement. Dialogue avec la mort se présente ainsi comme un violent réquisitoire contre le franquisme. On pourrait aussi évoquer l'un de ses romans les plus connus Le Zéro et l'infini (1941, 1945 pour la traduction française), qui dénonce le stalinisme. De fait, toute sa vie durant, cet écrivain d'origine hongroise n'aura de cesse d'interpeller ses contemporains sur les tragédies de l'Histoire. Peut-être moins connu en France que dans les pays anglo-saxons, Koestler a cependant rédigé avec Albert Camus des Réflexions sur la peine capitale, qui ont profondément influencé les consciences. Le passage présenté relate des événements dramatiques : correspondant de presse lors de la guerre d'Espagne, il est arrêté, emprisonné et condamné à mort par les franquistes. C'est la campagne de presse lancée en sa faveur qui lui valut d'être libéré. Cependant, l'auteur a gardé le souvenir de ces mois d'emprisonnement et a voulu témoigner de son expérience dans ce Dialogue avec la mort. C'est sans doute cette sourde et insidieuse violence qui domine le plus dans le texte, notamment à travers le fait qu'une porte de cellule ne s'ouvre ou ne se ferme que par un geste brusque et violent (la porte "a claqué" dans "un fracas assourdissant "). L'absence de poignée est significative : ce n'est pas une simple porte que la porte de la prison, c'est une barrière, un mur sans issue. D'ailleurs Koestler n'hésite pas à comparer le bruit que fait la porte à "un coup de feu", une "détonation".

______________
Texte extrait de l'anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997). Pour lire l'intégralité du texte, cliquez ici. Pour accéder aux parties librement consultables de l'ouvrage sur Google-livres, cliquez ici.


Les poètes de la résistance

Texte 1

Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C'est l'air pur c'est le feu
C'est la beauté c'est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d'une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme un épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l'injustice
Pour toi c'est le seul désordre
Tu vas le libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien éléves
Un rayon s'allume en nos vienes
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d'entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre coeur
Et c'est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la déliverance
L'espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Cec esclaves nos ennemis
S'ils ont compris
S'ils sont capables de comprendre
Vont se lever.
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