Lettre ouverte des mutuelles de france





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date de publication31.10.2017
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LETTRE OUVERTE

DES MUTUELLES DE FRANCE

Pourquoi nous sommes franchement contre les nouvelles franchises

et franchement pour un débat sur la modernisation de notre protection sociale solidaire
Si dans une société comme la nôtre, on peut proposer de prendre financièrement en charge, des maladies aussi lourdes que le cancer ou les troubles d’Alzheimer par une franchise demandée à des malades qui doivent prendre des médicaments ou monter dans une ambulance pour aller se faire soigner, c’est que quelque chose ne tourne plus tout à fait rond dans notre système de solidarité.
Concrètement ces franchises qui vont coûter aux assurés sociaux environ 850 millions d’euros, seront payées principalement par les personnes les plus âgées et souvent les plus modestes économiquement. Ces personnes, en effet, sont plus malades que la moyenne de la population.
Voilà pourquoi, VOTRE MUTUELLE, comme l’ensemble du mouvement mutualiste, s’oppose à l’instauration de ces nouvelles franchises. Nous sommes contre ces franchises d’abord pour des raisons morales. L’idée de lever un impôt sur la maladie pour financer des soins est contraire à l’idée que nous nous faisons, en mutualité, de la condition humaine et de la solidarité.
Nous nous opposons à ces franchises avec passion, mais aussi avec raison.
Parce que nous avons derrière nous une longue expérience avec le forfait hospitalier, le forfait sur les actes médicaux, le forfait sur les opérations chirurgicales. Ces mesures n’ont servi à rien d’autre qu’à rendre plus difficile et plus coûteux l’accès aux soins. La qualité de notre système n’y a rien gagné et les comptes de la Sécurité sociale sont toujours dans le rouge.
Tout aussi concrètement, le poids de cette nouvelle charge sur les malades ne pourra même pas être réparti entre tous les adhérents mutualistes. Même si votre mutuelle l’aurait voulu, les dispositions fiscales envisagées par le gouvernement dans son projet de loi pour la Sécurité sociale rendent le coût de cette prise en charge totalement prohibitif.
De fait, sinon de droit, le remboursement des franchises sera pratiquement interdit. Le gouvernement pense ainsi développer la responsabilisation des malades en les frappant au porte monnaie. Comme si le fait de tomber malade relevait d’une décision personnelle, comme si les médicaments remboursés étaient achetés librement en pharmacie et non pas prescrits par un médecin.
Tout ceci dépasse l’entendement. Et pourtant tout ceci doit bien avoir un sens.
Nous entrons, certainement, dans un moment de l’histoire de notre Sécurité sociale où l’idée selon laquelle tout le monde peut compter sur la société pour l’aider s’il lui arrive quelque chose d’important comme de tomber malade, d’être trop vieux pour travailler ou d’être victime d’un accident du travail, est officiellement remise en cause.

La santé, la vieillesse devraient devenir des postes de consommation comme les autres et la solidarité cantonnée aux seuls pauvres.
Ce serait pour notre société un terrible bond en arrière, ce serait un retour à la charité loin de cette solidarité moderne que nous avons inventée avec la Sécurité sociale et les mutuelles.
Ce débat sur la solidarité de notre temps va s’ouvrir dans notre société. C’est un débat capital. Les mutuelles, votre mutuelle, entendent, avec vous, y prendre toute leur place avec l’idée d’affronter les questions les plus importantes avec la volonté d’innover dans la manière d’organiser la solidarité en favorisant une vraie prise de responsabilité de chacun dans notre système de santé.
Notre modèle de protection sociale a besoin d’une grande réforme de son financement si nous voulons léguer aux générations futures, dans un bon état, notre modèle social fondé sur une vision universelle de la solidarité.
Notre protection sociale, en effet, est mal financée. Un seul exemple, que donne la Cour des Comptes : si les fameuses  « stock-options », ces très hauts revenus que se distribuent, entre eux, les dirigeants des entreprises cotées en bourse, cotisaient à la Sécurité sociale comme l’ensemble des salariés, on pourrait, d’un seul coup, réduire de moitié le déficit annuel de l’assurance maladie.
Notre protection sociale est sous-financée et cela depuis des années, à tel point que la dette sociale que nous allons tous rembourser, encore pendant de nombreuses années, dépasse les 100 milliards d’euros.
Notre protection sociale doit obtenir des ressources supplémentaires :
- par une égalité des prélèvements car aujourd’hui les revenus du travail sont pénalisés par rapport aux revenus tirés des patrimoines,

- par une contribution des entreprises sur la valeur ajoutée, c’est-à-dire sur l’ensemble de la richesse créée par le travail de tous, et non plus sur la seule masse salariale.
Une protection sociale mieux financée sera une protection sociale plus solidaire si notre système de santé se réorganise afin que le droit à la prévention et à des soins de qualité soit réellement le droit de tous. Cela demande une mobilisation et une responsabilisation de tous ceux qui peuvent changer l’organisation actuelle de notre système sanitaire. Les professionnels de santé doivent renouer le contact avec la société, car ils sont en train de le perdre. En refusant de s’installer là où vivent ceux qui ont besoin de recevoir des soins. En pratiquant des honoraires avec des dépassements à ce point sans mesure ni tact que l’argent redevient un problème pour se soigner. En restant, encore trop souvent, sous l’influence des laboratoires pharmaceutiques pour leurs prescriptions.
Les tarifs remboursables doivent être négociés et maîtrisés. Ils doivent être la clé de voûte d’une organisation moderne et solidaire de notre système de santé.
Nous le savons, les nouvelles franchises sur les médicaments, les soins paramédicaux et les transports sanitaires, annoncent, cette fois-ci, une modification plus profonde de notre protection sociale solidaire dans laquelle chacun reçoit selon ses besoins et contribue selon ses moyens.
LA SOLIDARITÉ AUJOURD’HUI EST EN QUESTION DANS NOTRE SOCIÉTÉ.

CE DÉBAT NE PEUT PAS ÊTRE LA PROPRIETÉ DE QUI QUE CE SOIT.

VOTRE MUTUELLE VOUS PROPOSE DE CONSTRUIRE, AVEC ELLE ET AVEC D’AUTRES ACTEURS SOCIAUX, DES ASSISES NATIONALES DE LA SOLIDARITÉ

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