La puissance créatrice de la pensée gb 39





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Un cas d'idée brisante


Un autre cas accusé d'homme à idée unique est celui de Nobel, fondateur des prix qui portent son nom. Quand Nobel s'avisa de créer un nouvel explosif, les difficultés ne lui furent pas ménagées. On peut même dire que tout se coalisa pour le contrarier. Le produit qu'il avait obtenu présentait une instabilité dangereuse et rien n'était plus aléatoire que son transport et son maniement. Tout autre que Nobel se fût découragé en présence de cette hostilité de la matière. Mais l'inventeur était devenu l'homme de son idée et son idée le traînait presque malgré lui. Quand un homme arrive à ce point que l'idée est plus forte que lui, il ne lui reste rien de mieux à faire que d'essayer de la gouverner et de la conduire. Une idée comme celle-ci reposait sur un but humanitaire, car Nobel croyait que la dynamite constituerait une arme si terrible qu'elle empêcherait de nouvelles conflagrations. Ce en quoi nous savons aujourd'hui, mais aujourd'hui seulement, qu'il s'abusait comme tous ceux qui prédiront la fin des guerres en raison du perfectionnement des engins de destruction. La bombe atomique, fût-elle multipliée par mille, ne mettra pas davantage le point final à la rage d'autodestruction de l'espèce humaine. La paix universelle ne peut naître que de l'éveil progressif de la conscience des individus.
En tout cas - et c'est ce qu'il importe de souligner - l'idée de Nobel se servit elle-même, en ce sens qu'une circonstance dite fortuite (car le hasard n'existe pas), amena la découverte d'un élément de stabilité. Dès lors on put se servir à volonté du nouvel explosif et dans des conditions de sécurité remarquable. Mais il avait fallu préalablement enregistrer de véritables catastrophes qui avaient ligué l'opinion publique contre l'inventeur.
Finalement, l'idée parvenait à un résultat voisin de celui qu'avait voulu la conscience puisque les arrérages de l'énorme fortune amassée par Nobel servirent et servent encore à récompenser des œuvres de paix.
Cet exemple est exceptionnel parce qu'il est celui d'un découvreur qui s'avère, en même temps, un applicateur d'idées. Le plus souvent les découvreurs ne sont pas des éleveurs. Et comme généralement les éleveurs sont moins rares que les géniteurs, on voit les moins doués au point de vue de la génération s'emparer des idées des autres et leur faire un sort que, sans eux, les auteurs légitimes auraient été incapables de leur assurer.


  1. L'œuf de Christophe Colomb



C'est pourquoi nous insistons sur le caractère d'efficacité de l'idée conçue puis imposée par un même homme. Saint Thomas d'Aquin disait: « Je crains l'homme d'un seul livre. » Combien plus exact serait-il de dire: « Je redoute l'homme d'une seule idée », cela bien entendu, à condition que le père de l'idée unique soit capable de l'élever.
Christophe Colomb est l'un des types classiques de l'homme qui conçoit, puis porte longuement son idée jusqu'à ce que celle-ci ait acquis une telle force d'expansion que son auteur doive s'en libérer. Parvenu à son terme, le fœtus exige d'être expulsé, sous peine de tuer la mère. La force brisante d'une idée mûre est encore bien plus dangereuse s'il lui est refusé de s'épanouir. L'idée unique ne grossit pas seulement; sa température aussi augmente. Elle devient à ce point brûlante qu'elle doit être mise en circulation. Colomb trouva dans ce feu intérieur l'audace de solliciter les rois et les reines, de combattre victorieusement les objections de ses adversaires et même d'entraîner ses matelots. Aujourd'hui, il semble naturel de partir du principe que la terre est ronde. Mais rien n'était moins évident au XVe siècle et il fallait une foi héroïque pour s'aventurer sur trois caravelles à destination de l'inconnu. Qu'on songe à cette poussée ininterrompue vers l'ouest, qui dura du 3 août 1492, date de l'embarquement à Palos, jusqu'au 12 octobre suivant où Colomb reconnut l'une des îles Lucayes ; autrement dit 69 jours sans voir la terre, alors qu'on n'avait aucune certitude de la rencontrer!
Peut-on dire que c'est le vent qui poussa Colomb jusqu'en Amérique? Non, certes, mais sa seule idée, à ce point ancrée en lui, que, durant ces semaines d'angoisse, menacé du soulèvement de ses équipages, il ne voulut point rebrousser chemin.

La découverte de l'Amérique, celle des pôles Nord et Sud, toutes les grandes découvertes géographiques sont le fruit d'idées grandioses dont on peut dire que, dès leur naissance, elles étaient à l'âge de la majorité. Ce sont ces idées majeures qui permettent les vastes entreprises, car elles sont l'âme, le cœur, le muscle et le nerf du succès.



  1. L'amour et l'intérêt: moteurs de l'idée


Nous pourrions multiplier les grands exemples généraux, mais à quoi

bon ? Ceux que nous venons de citer ne constituent-ils pas, en des domaines différents, la preuve que tout dépend de l'idée et de la manière de s'en servir.
On objectera que précisément cette manière d'utiliser l'idée, une fois qu'elle a été conçue, n'est pas à la portée de tous les hommes et qu'il serait intéressant qu'il y eût des cours d'idées comme il y a des cours de géométrie ou de comptabilité. A la vérité, ces cours existent, sous une forme souvent adroite, mais ils ne peuvent remplacer telle inclination secrète qui permet aux hommes presque à coup sûr de réussir. Cela est fort heureux, car si tous les hommes étaient pareillement favorisés et animés du même esprit d'entreprise, leurs moyens se neutraliseraient. Car on est obligé d'en convenir: une idée de certaine qualité ne peut créer un courant dans le monde que parce qu'elle est seule de son espèce, ou la première, ou qu'elle tend à un emploi nouveau. Si tout le courant va dans le même sens et à la même vitesse, il n'y a aucune chance pour qu'une onde se détache des autres et attire l'attention.
Il faut donc, disions-nous, émettre d'abord une certaine sorte d'idée, la nourrir et la fortifier. Mais pour que cette idée devienne grande et pour qu'elle soit la seule, elle doit avoir un moteur puissant et ce moteur est l'Amour.
En présence de ce grand mot, précédé d'une majuscule, certains vont penser qu'il s'agit d'une théorie peut-être séduisante mais qui ne mène à rien d'objectif. Qu'ils se détrompent car l'Amour universel peut revêtir toutes les formes, les plus hautes comme les plus basses et il est capable de tout transformer.
Dans l'esprit qui nous occupe nous ne retiendrons, pour commencer, qu'une des formes les plus simples de l'Amour qui est l'intérêt. L'intérêt dont nous voulons parler est l'attrait particulier et instinctif que tout homme éprouve pour un milieu, pour une lecture, pour une profession, pour une besogne. Retenons ce dernier terme : dans le monde manuel les uns préfèrent le travail du fer et les autres le travail du bois. Cela ne se raisonne pas; dès le plus jeune âge celui-ci a envie de scier, raboter et celui-là de souder, forger, sans qu'on puisse donner à ces penchants d'explication raisonnable. L'homme du bois a de la sympathie pour une matière moins froide, plus odorante, moins salissante, l'homme du fer est sollicité par une matière plus ductile et qui se prête à toutes les combinaisons.
Nous avons connu personnellement un garçonnet qui, à huit ans, construisait lui-même de petites machines à vapeur avec des boîtes de conserves, utilisait ses jouets pour en faire des rouages, fabriquait lui-même ses poulies, ses courroies et réglait ingénieusement ses organes de transmission. Sous nos yeux, il réalisa un minuscule alambic et obtint de l'alcool dans la vigne de son grand-père. Tout ce qui était à base d'ébullition et de vapeur le sollicitait. On le voyait passer des heures au passage à niveau du chemin de fer, étudiant le fonctionnement des locomotives pendant leurs manœuvres. Cet enfant aurait abouti à de grandes choses dans le domaine mécanique. Malheureusement, il avait des parents incompréhensifs qui le mirent en apprentissage chez un cordonnier. L'intérêt n'existant plus, le jeune garçon méprisa son travail, contracta des habitudes de paresse et, de chute en chute, devint inutile à la société.


  1. Chacun a sa place



Nous avons répété maintes fois qu'une grande part du déséquilibre social provient de ce que les hommes ne sont pas dans le champ d'action qui les intéresse. Beaucoup exercent des professions qui leur répugnent ou qui les laissent indifférents. On est boulanger, boucher, métallo, maçon, dactylo, bureaucrate, etc., parce que les circonstances ou le milieu s'y sont prêtés. Beaucoup de jeunes se laissent faire, sans enthousiasme, puisqu'il faut manger et avoir une situation. Mais pour un qui sait exactement ce qu'il veut et le veut si bien qu'il force les obstacles, mille sont incapables de se décider pour une orientation précise, faute de savoir eux-mêmes ce qu'ils désirent, par manque d'intérêt.
Reconnaissons qu'on réagit vigoureusement aujourd'hui afin d'obtenir, au moyen d'examens et de tests, une meilleure orientation professionnelle. Quels que soient les résultats acquis, jamais ce coup de barre extérieur ne vaudra celui que l'intéressé peut donner en lui-même par éveil de son intérêt.
En vain prétendra-t-on que le fait de n'être sollicité par rien prouve que l'on n'est pas mûr pour de grandes entreprises. Les meilleurs éducateurs savent qu'il existe dans chaque être humain une corde sensible qu'il s'agit de faire vibrer. Le jeune homme qui est devenu un mauvais fonctionnaire se serait peut-être mué en explorateur remarquable, celui qui est un commerçant médiocre aurait peut-être fait un bon architecte. La vie pullule de manuels égarés dans les professions libérales et d'intellectuels perdus parmi les manuels.
Dans les écoles primaires tous les élèves sont pliés à l'étude du français et de l'arithmétique. Tant qu'ils demeurent dans ce cadre, il n'y a rien à dire. Mais dès qu'ils franchissent le cap des études secondaires, le divorce commence entre lettres et mathématiques, tels cerveaux étant imperméables à celles-ci ou à celles-là. Les parents, la tradition, le milieu, etc., s'opposent à ce que le choix soit exercé par l'étudiant, seul juge cependant de ce vers quoi son aptitude le dirige et c'est la raison pour laquelle on voit faire leur philosophie et leur droit à des gens qui ne seront ni philosophes ni juristes et leurs mathématiques à des gens qui ne sauront jamais calculer.



  1. Il y a un chemin pour vous


Faute de changer cette manière défectueuse d'opérer, qui produit des générations sans vigueur et sans volonté par manque d'intérêt, il appartient à tout homme de se créer lui-même, au besoin en changeant complètement de direction.
Quel que soit votre âge au moment où vous lisez ces lignes, soyez persuadé que vous pouvez modifier par votre seul comportement les conditions de votre existence. Si vous exercez une profession qui vous déplaît, la première chose à faire c'est d'en changer. Ne dites pas que cela est difficile, que les temps sont troublés, que la conjoncture économique est périlleuse, que vous n'avez pas d'autres connaissances, que votre famille le verrait d'un mauvais œil. Autant de prétextes pour continuer à dormir sur l'oreiller du conformisme, autant de pauvres raisons pour ne point vous éveiller.
Il est absolument certain qu'il existe en vous une sollicitation pour une occupation donnée, pour une entreprise d'un certain ordre, pour un genre particulier de spéculation ou d'affaires, etc. C'est dans cette direction qu'il vous faut orienter votre imagination et chercher l'idée. Quand vous aurez trouvé celle-ci vous vous préoccuperez de l'alimenter.
Il en est de même si vous ne vous plaisez qu'à demi dans votre situation présente. Ce demi-détachement prouve que vous y prenez cependant un demi-intérêt. Cherchez bien et vous constaterez qu'il existe dans votre situation certaines choses qui vous intéressent plus que d'autres. Cultivez-en spécialement l'idée jusqu'à ce que vous aperceviez le couloir qui vous est destiné.


  1. . C'est l'intérêt qui fait le bonheur


Le tout est de diriger le faisceau de votre imagination dans le sens de ce qui vous intéresse le plus dans l'ordre des choses bonnes et utiles car vos petits buts doivent être encadrés par une préoccupation d'ordre général, c'est-à-dire par un grand but. Si vous n'avez que le désir restreint de satisfactions égoïstes, vous ne trouverez jamais là qu'un triomphe insuffisant. Le grand écueil, en l'espèce, serait bien souvent le seul désir de devenir riche. L'homme de cette idée vague ne réussira jamais véritablement. La richesse n'est nullement souhaitable en soi et d'ailleurs elle n'est qu'un accessoire. Pour reprendre une comparaison précédente, ce n'est pas le fait d'avoir amassé une fortune colossale qui a rendu Nobel heureux. Ce qu'on sait de lui montre, au contraire, que ses centaines de millions lui ont été fort à charge et que, comme les milliardaires Rockefeller, Carnegie et d'autres, son principal souci a été de s'en débarrasser.
La seule joie de ces grands magnats du commerce et de l'industrie a été de partir de zéro, avec le bagage de leur seule idée et d'agir puissamment sur l'humanité. En somme, ils n'ont joui de la vie qu'en fonction de leurs réalisations, comme un simple inventeur ou un simple poète que transportent la découverte d'une nouvelle pince à couper les ongles ou l'éclosion d'un poème nouveau.
L'intérêt n'est pas seulement le grand moteur mais il est le sel de la vie. Lui seul condimente l'existence humaine et en fait un plat réussi.


  1. Attention à l'idée fixe!


Nous avons déjà parlé plusieurs fois de l'idée unique. Ce faisant, nous n'avons en vue que l'idée unique, délibérée, c'est-à-dire dont la naissance, le choix, l'élaboration ont fait l'objet d'une décision expresse, d'un mûr examen et d'une intelligente réflexion.
Il y a loin de cette sorte de pensée comportant un assemblage

d'idées voulu en fonction d'un but idéal à ce que le vulgaire appelle une idée fixe. Celle-ci est, au contraire, l'expression d'une force qui s'impose à vous, qui vous mène malgré vous et dispose, en somme, en dehors de vous, de vos projets et de vos intentions. Le plus souvent celui qui porte en lui une idée fixe en est la victime et c'est là un péril dont il est nécessaire de se garder.
L'idée fixe, poussée à son maximum d'intensité, a tôt fait de submerger la volonté de l'idéateur et le conduit ordinairement, sinon à la folie, du moins à un de ces états de névrose si fréquents aujourd'hui. Nous côtoyons sans cesse dans la vie courante des épaves psychologiques incapables de résister à leur démon intérieur. Leur mésaventure vient de ce que l'idée obsédante leur a été suggérée par l'instinct et non par leur volonté. Ils font de l'imagination instinctive au lieu de faire de l'imagination dirigée. Dans ces conditions, c'est l'idée fixe qui est la maîtresse et le porteur de l'idée ne fait que la servir, car il n'a sur elle ni contrôle ni influence et tout le porte à la suivre aveuglément.
L'homme à idée fixe ressemble aux Haschischins du Vieux de la Montagne qui leur faisait absorber de suaves boulettes de chanvre indien. Sous l'empire de la drogue, ils devenaient des instruments sans volonté, sorte d'automates vivants, qui exécutaient sans murmurer les ordres de leur maître, qu'il s'agît de sauter d'une tour ou d'aller poignarder quelqu'un.
On peut tout attendre en mal d'une idée fixe. Celle-ci prive de jugement et d'autocritique l'être qu'elle habite et le Moyen Age a bien fait d'y voir une possession. Sans doute cette possession n'est pas le fait d'un génie du mal ou d'un esprit diabolique, au sens du moins où l'entendaient la plupart des religions. Dans certains cas, elle semble être le fait d'entités désincarnées qui, dépourvues de leurs moyens physiques d'expression et souhaitant les retrouver pour leurs fins mauvaises, pèsent sur les âmes faibles et tentent une incorporation. Ce sont là pourtant des cas assez exceptionnels. Le plus souvent, l'idée fixe n'est que la traduction d'une poussée instinctive. Nous en citerons deux sortes parmi d'autres : l'amour et la peur.


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