Je note les faits, hâtivement, pour ne pas les oublier, parce qu'il





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Hélène Berr,Journal ,Points,2008 .P.104-107 /109 Mercredi 15 juillet 23 heures

Quelque chose se prépare, quelque chose qui sera une tragédie, la tragédie peut-être.

M. Simon est arrivé ce soir à dix heures nous prévenir qu'on lui avait parlé d'une rafle pour après-demain, vingt mille personnes. J'ai appris à associer sa personne avec des catastrophes.

Journée commencée avec la lecture de l'ordonnance nouvelle chez le cordonnier, terminée ainsi.

Il y a une vague de terreur qui saisit tous les autres gens depuis quelques jours. Il semble que ce soient les SS qui aient pris le commandement en France, et que la terreur doive s'ensuivre.

Tous nous désapprouvent de rester, silencieusement. Mais lorsque nous abordons la question nous-mêmes, cette désapprobation s'exprime hautement : hier, Mme Lyon-Caen ; aujourd'hui, Margot, Robert, M. Simon.

Samedi 18 juillet

Je reprends ce journal aujourd'hui. Je croyais jeudi que la vie serait arrêtée. Mais elle a continué. Elle a repris. Hier soir, après ma journée de bibliothèque, elle était redevenue si normale que je ne pouvais plus croire à ce qui s'était passé la veille. Depuis hier, elle a changé à nouveau. Quand je suis rentrée tout à l'heure, Maman nous a annoncé qu'il y avait beaucoup d'espoir pour Papa. D'un côté, il y a le retour de Papa. De l'autre, ce départ pour la zone libre1. Chaque chose porte en elle une épreuve. Le départ, cela m'a fait une impression presque de désespoir, je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi. Je rentrais tendue pour la lutte, unie avec les bons contre les mauvais, j'étais allée chez Mme Biéder, cette malheureuse mère de huit enfants dont le mari est déporté ; elle habite le faubourg Saint-Denis. Nous sommes restées, Denise et moi, un quart d'heure chez elle ; en sortant, j'étais presque contente de m'être enfoncée dans la vraie souffrance. Je sentais bien que j'étais coupable, qu'il y avait quelque chose que je ne voyais pas, c'était cette réalité. Cette femme, sa sœur qui a quatre enfants, a été emmenée. Le soir de la rafle, elle s'était cachée, mais le malheur a voulu qu'elle redescende chez la concierge au moment où l'agent venait la chercher. Mme Biéder est comme une bête traquée. Ce n'est pas pour elle qu'elle craint. Mais elle a peur qu'on lui enlève ses enfants. On a emmené des enfants qui se traînaient par terre. A Montmartre, il y a eu tellement d'arrestations que les rues étaient bloquées. Le faubourg Saint-Denis est presque vidé. On a séparé les mères des enfants.(2)

Je note les faits, hâtivement, pour ne pas les oublier, parce qu'il ne faut pas oublier. Dans le quartier de Melle Monsaingon, une famille entière, père, mère et cinq enfants se sont suicidés au gaz pour échapper à la rafle.

Une femme s'est jetée par la fenêtre.

Plusieurs agents ont été, paraît-il, fusillés pour avoir prévenu les gens de s'enfuir. On les a menacés de camp de concentration s'ils n'obéissaient pas. Qui va nourrir les internés de Drancy, maintenant que leurs femmes sont arrêtées ? Les petits ne retrouveront jamais leurs parents. Quelles sont les conséquences lointaines de cette chose arrivée avant-hier soir, au petit jour ?

La cousine de Margot, partie la semaine dernière, et dont nous savions qu'elle avait échoué dans sa tentative, a été prise à la ligne [de démarcation], jetée en prison ; après que l'on eut interrogé son fils de 11 ans pendant des heures pour obtenir l'aveu qu'elle était juive ; elle a le diabète, au bout de quatre jours elle est morte. C'est fini. Lorsqu'elle était dans le coma, la sœur de la prison l'a fait transporter à l'hôpital, il était trop tard.

Dans le métro, j'ai rencontré Mme Baur, toujours superbe. Mais elle était très abattue. Elle ne m'a pas reconnue tout de suite. Elle avait l'air étonnée que nous soyons là. J'ai toujours envie d'être fière lorsque je réponds à cela. Elle m'a dit que nous aurions beaucoup à faire rue de Téhéran. Elle ne m'a pas caché non plus que le tour des Françaises allait venir. Lorsqu'elle m'a parlé d'Odile, il m'a semblé que c'était infiniment loin.

Mais s'il faut partir, partir et quitter la lutte, l'héroïsme pour trouver la platitude, l'affalement. Non, je ferai quelque chose.

Le peuple est admirable. Il paraît qu'il y avait beaucoup de petites ouvrières qui vivaient avec des Israélites. Elles viennent toutes demander à se marier, pour éviter à leurs maris la déportation.

Et puis il y a la sympathie des gens dans la rue, dans le métro. Il y a le bon regard des hommes et des femmes, qui vous remplit le cœur d'un sentiment inexprimable. Il y a la conscience d'être supérieur aux brutes qui vous font souffrir, et d'être unis avec les vrais hommes et les vraies femmes. Plus les malheurs s'amassent, plus ce lien s'approfondit. Il n'est plus question de distinctions superficielles de race, de religion, ni de rang social -je n'y ai jamais cru -, il y a l'union contre le mal, et la communion dans la souffrance.

( …) Françoise qui est venue ce soir, nous a dit qu’au Vel d’Hiv, où on a enfermé des milliers de femmes et d’enfants, il y a des femmes qui accouchent, des enfants qui hurlent, tout cela couchés par terre, gardés par des Allemands.

1. Le frère d'Hélène, Jacques, et sa sœur Yvonne Schwartz, dont le mari a été nommé en zone libre, se trouvent déjà au sud de la ligne de démarcation.

2. En deux jours, les 16 et 17 juillet 1942,12 884 personnes sont arrêtées par la police française: 3031 hommes,5 802 femmes, 4 051 enfants. Les célibataires ou les couples sans enfants sont conduits à Drancy. les Familles au Vélodrome d'Hiver, dans le quinzième arrondissement.
HELENE BERR.

Biographie

« Née dans une famille juive de vieille souche française, Hélène Berr préparait l’agrégation d'anglais. Dans son journal truffé de citations de Shakespeare ou de Lewis Carroll, la guerre n'est d'abord qu'un mauvais rêve ».Ce [Ce Ce journal raconte la vie quotidienne et les épreuves, comme le port de l'étoile jaune en juin 1942,[] de la jeune femme.

Ne pouvant passer l'agrégation en raison des lois antisémites de Vichy, elle devient assistante sociale bénévole à l'Union générale des israélites de France (Ugif).

Hélène Berr est arrêtée le 8 mars 1944, détenue à Drancy puis déportée à Auschwitz avec son père et sa mère. Elle est déportée Bergen-Belsen le jour de son 23è anniversaire et meurt du typhus et des mauvais traitements en avril 1945, quelques jours avant la libération du camp par les troupes anglaises.

Elle était la fille de Raymond Berr (1888-1944), polytechnicien (X 1907), ingénieur du corps des Mines, vice-président de l'entreprise Kuhlmann (qui fusionnera plus tard avec Péchiney), déporté par le même convoi qu'elle en mars 1944.

Le Journal

Ce journal commence le 7 avril 1942, après une visite chez Paul Valéry. Il s’achève à Drancy le 15 février 1944. Le Journal est constitué de 262 feuillets volants, « couverts à l'encre bleue ou noire et au crayon d'une fine écriture qui se fait de plus en plus hâtive au fil des pages »[1]. Sa publication résulte de la volonté de Mariette Job, la nièce d’Hélène Berr et ancienne libraire, qui, connaissant ce texte par des copies circulant dans sa famille, a retrouvé le manuscrit original : selon le vœu d’Hélène, il avait été remis après la guerre à Jean Morawiecki, son fiancé et futur diplomate, et était resté entre ses mains. Ce dernier a institué Mariette Job légataire du journal.

Le manuscrit du journal est déposé en 2002 au Mémorial de la Shoah. Il est publié pour la première fois en janvier 2008.

Œuvre

Journal, d'Hélène Berr, préface de Patrick Modiano, suivi de Hélène Berr, une vie confisquée, par Mariette Job. Éditions Tallandier, janvier 2008

Source, wikipédia


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