Monstres sacrés nom (prénom)





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LEXIQUE DE LA VISIBILITÉ

(p. 22)
PERSONNES PROPRIETÉS

célébrités célébrité

étoiles éclat

fans glamour

gens gloire

groupies illustration

idoles lustre

monstres sacrés nom (prénom)

notabilités notoriété

olympiens popularité

people renom

personnalités renommée

personnes en vue réputation

stars vedettariat

superstars

vedettes

_____
- CÉLÈBRE : (lat. celeber) ; 1. (1509) Solennel, éclatant ; 2. (1636) Très connu.
- CÉLÈBRITÉ : 3. (1842) Personne célèbre, illustre. Les célébrités du jour. Les célébrités du monde artistique.
- ÉTOILE : (1849) Personne dont la réputation, le talent brille (comédien, danseur). Voir vedette. Les étoiles du cinéma. Voir star.
- FAN : 1958. mot anglais, abréviation de fanatic. Voir fanatique. Anglicisme. Jeune admirateur, jeune admiratrice enthousiaste de (une vedette).
- IDOLE : 1265. Du latin idolum et du grec eidôlon, « image » ; 1. Image représentant une divinité et qu’on adore comme si elle était la divinité elle-même. Voir fétiche. Culte des idoles. Voir idolâtrie ; 2. (XVII°) Personne ou chose qui est l’objet d’une sorte d’adoration. Une idole des jeunes : un chanteur, etc., admiré du jeune public.
- IDOLATRIE : 1. (fin XII°). Culte rendu à l’idole d’un dieu. Voir fétichisme ; 2. (XVII°) Amour passionné, admiration outrée ;
- MONSTRE : 5. Locution figurée. Les monstres sacrés : les grands comédiens.
- NOTORIÉTÉ : 2. (1856) Fait d’être connu avantageusement. Voir célébrité, renom, renommée, réputation. Son livre lui a donné de la notoriété.
- PERSONNALITÉ (Le Robert) : I. (1495) 1. Ce qui fait l’individualité d’une personne morale ; 2. Apparence d’une personne ; 3. (Dr.) Aptitude à être sujet de droit ; II. (1867) 1. (rare) Personne morale considérée comme réalisant plus ou moins « les qualités supérieures par lesquelles la personne se distingue des simples individus biologiques » (Lalande) ; 2. (courant) Personne en vue, remarquable par sa situation sociale, son activité. Voir notabilité, personnage.
- STAR : Vers 1919 ; au théâtre, 1844. Anglicisme. Célèbre vedette de cinéma. Voir étoile (ne se dit plus que des actrices).
- SUPERSTAR : 1971. Anglicisme. Vedette très célèbre.
- VEDETTARIAT : 1947. Condition sociale des vedettes. Attitude de vedette.
- VEDETTE : 1. (1586) ; italien vedetta « observatoire », croisement probable de veletta, diminutif de vela, et de vedere, « voir ». Soldat placé en sentinelle pour observer et renseigner ; 2. (1826) Au théâtre, le fait d’avoir son nom imprimé en gros caractères. Avoir, partager la vedette ; 3. (fin XIX°) Artiste qui a la vedette, et par extension Personne qui jouit d’une grande renommée, dans le monde du spectacle. Les vedettes de la scène, du cinéma. Voir étoile, star, superstar, vedettariat. Personnage de premier plan, très connu.

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LA DERNIERE PHOTO DE RIMBAUD

(Jean-Jacques Lefrère, Jacques Desse, Alban Caussé (Le Monde, 9-10 mai 2010)

(p. 32)
« L’annonce de la découverte d’une photographie où apparaissent les traits d’Arthur Rimbaud à l’âge adulte a eu un impact d’une ampleur et d’une variété assez inattendues. (…)

Cette photographie a été présentée pour la première fois au Salon international du livre ancien, le mois dernier : quelques milliers de visiteurs sont venus la voir, (…) comme s’ils avaient ressenti le besoin de s’assurer que ce cliché existait vraiment, matériellement, et comme si la confrontation à l’original allait leur faire toucher du doigt ce que Rimbaud avait été pour eux…

Pour nombre de ceux pour qui l’œuvre et l’aventure humaine de Rimbaud ont compté, l’apparition de ce visage, dans les brutales conditions du système médiatique, a été un événement qui a touché à l’intime, une sorte de choc sourd, un sentiment comparable à la découverte de l’aspect physique d’une personne sur laquelle on sait beaucoup sans jamais l’avoir rencontrée, avec ce que cela peut entraîner de surprise, voire de désappointement, mais aussi d’émotion, en tout cas d’intensité. La révélation de cette photographie paraissait répondre à une attente, insoupçonnée par chacun, mais profonde, le désir d’en voir plus, d’en savoir plus sur Arthur Rimbaud (…).

Du coup, cette image a d’emblée acquis le statut de second visage de Rimbaud, dans la mythologie collective, alors qu’elle n’est que le visage du second Rimbaud. (…) Une dépêche de l’AFP, reprise par d’innombrables médias nationaux ou internationaux, prenait acte de cette espèce de précipitation chimique, comme si le simple dévoilement d’une image déplaçait quelque chose dans ce mythe prégnant pour beaucoup de gens sur le globe. Des centaines de personnes n’ont-elles pas éprouvé le besoin de réagir face à elle, dans la presse comme sur Internet ? (…)

Certains, paraissant pris de panique, rejetaient, en brandissant des menaces et des malédictions, ce nouveau portrait qu’ils accusaient de briser le mythe. A les en croire, Rimbaud devait rester figé pour l’éternité dans une iconographie établie et fixée par quelques grands prêtres du rimbaldisme de jadis.

Une idole n’a qu’un visage, qui doit rester immuable et vénéré. Qui adorerait un Christ aux cheveux courts et rasé de près ? Le Rimbaud d’Aden n’avait pas la tête de l’emploi. (…) Alors, que faire de ces exhortations, de ces proclamations non exemptes de solennité, lancées par quelques internautes ? « Vous auriez dû la brûler » ; « C’est un faux parce que c’est un faux Rimbaud qui y apparaît » ; « Je n’aime pas cette photo » ; « Cette image fait obstacle à la lecture de l’œuvre »… »

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LA « PEOPOLISATION » DU POLITIQUE

(p. 150)
L’expression « peopolisation » (ou « pipolisation »), appliquée au monde politique, s’est imposée peu à peu dans les années 2000, témoignant de la capillarité accrue entre les professionnels de la politique et les vedettes du cinéma, de la télévision, de la chanson ou du sport, notamment grâce à la montée en puissance des journaux spécialisés. Ironiques ou sérieuses, les mises en exergue ou les dénonciations du phénomène abondent, qu’il s’agisse d’épingler une exposition médiatique des politiques incompatible avec la dignité de leur fonction ou de moquer l’entrée en politique de vedettes sans autre compétence que leur popularité. En voici trois exemples, dans trois pays différents.
Peopolisation à la française

Sous le titre « Maman ministre », l’éditorialiste Daniel Schneidermann commente les photos de Ségolène Royal, alors ministre, recevant les journalistes dans sa chambre à la maternité après son accouchement: « Sans vouloir jouer les pisse-vinaigre en ces instants privilégiés, il faudra tout de même, un jour ou l’autre, aborder sérieusement cette question de la vie privée. Chacun se félicite que la France ne soit pas les États-Unis, que les médias s’accordent à respecter la vie intime des hommes publics. Des affaires Gary Hart, Kennedy et autres feuilletons similaires seraient ici impensables, explique-t-on. Très bien. Mais alors, tout le monde ne doit-il pas respecter ce tabou implicite ? Si les hommes – ou les femmes – politiques font eux-mêmes de leur vie familiale un élément parmi d’autres d’une savante stratégie d’image, comment interdire à « une certaine presse », comme on dit, d’aller, sur ce terrain aussi, démonter les truquages et les manipulations et, de proche en proche, creuser, fouiner, s’embusquer, comme elle en a l’habitude avec les vedettes du spectacle ou les familles princières ? Ou bien la vie privée reste résolument dans la sphère privée, ou bien elle est projetée dans la sphère publique, avec tous les risques afférents. Il faut choisir. » (Le Monde, 4 juillet 1992)

Près de quinze ans plus tard, le même quotidien fait état de l’évolution des pratiques vers une publicisation accélérée par la concurrence entre journaux: « Cette semaine, deux magazines français, Closer et VSD, ont ainsi publié des photos de Ségolène Royal en maillot de bain, accompagnée dans VSD de son compagnon François Hollande et de sa fille aînée. Les clichés, pris "par un photographe professionnel effectuant une planque depuis plusieurs jours", explique le responsable du service photo d’un magazine à qui ils ont été proposés, ont été négociés "en deçà de 10 000 euros, soit infiniment moins qu’une photo de star de cinéma". (…) La rédactrice en chef de Closer souligne encore que "Ségolène est une femme politique mais elle appartient à l’univers des people aujourd’hui. En politique il n’y en a pas d’autres. Ce sont des photos non autorisées donc n’entrant pas dans une entreprise de communication de Ségolène Royal et c’est un élément qui a aussi pesé dans notre décision de publier ces photos". (…) Paris-Match, qui jusque-là publiait essentiellement des photos autorisées, a franchi un nouveau cap sous la pression de ses concurrents "people" qui grignotent désormais son marché. En août 2005, le magazine du groupe Hachette-Filipacchi a ainsi publié en couverture une photo non autorisée de l’épouse du ministre de l’Intérieur, Cécilia Sarkozy et de son amant, photo qui a valu au directeur du magazine, Alain Génestar, d’être évincé un an plus tard. » (Le Monde, 12 août 2006)
Peopolisation à l’indienne

Sous le titre « Un candidat venu de Bollywood », le même quotidien raconte comment « comme d’autres acteurs avant lui, Chiranjeevi, star du cinéma indien, utilise son argent et sa popularité pour mener campagne aux législatives », et explique que « les premiers clubs de fans créés par les maisons de production dans les années 1950 pour assurer les promotions de leurs films, à moindre coût, sont devenus au fil des années des piliers des partis politiques du sud de l’Inde. (…) Chaque club de fans soutient un parti politique. » (Le Monde, 22 avril 2009)
Peopolisation à la belge

« En Flandre, le BV [de Bekende Vlamingen, « Flamands connus ») aujourd’hui le plus en vue est Jean-Marie Dedecker, ancien entraîneur de l’équipe nationale de judo (…). Député et chef du nouveau parti populiste et ultralibéral (…), il cartonne dans les sondages. L’ex-entraîneur a notamment amené à l’avant-scène une ex-Miss Belgique et une ancienne championne olympique. (…) Pour les partis, le "pipole"  est devenu l’arme secrète anti-impopularité. L’auteur d’un doctorat à l’université de Gand estime que, à la même place sur une liste, un BV/FC a trois fois plus de chances de se faire élire qu’un candidat "normal". Celui-ci a beau râler, ou mettre en évidence le travail qu’il a accompli – voire sa compétence -, il doit bien vite se plier à une autre loi d’airain : l’opinion se dit majoritairement hostile à la personnalisation (60% y étaient opposés en 2003) mais, une fois dans l’isoloir, les électeurs permettent à des personnalités connues de réaliser des scores personnels impressionnants. (…) Outre les Miss Belgique – dont trois au total ont déjà rallié la droite et l’extrême droite flamande -, on trouve surtout parmi les nouveaux venus des sportifs, des personnalités du monde culturel et l’un ou l’autre médecin célèbre. Et puis de nombreux journalistes de télévision. (…) Pour se rendre populaires, les socialistes ont, eux, choisi une autre méthode : ils privilégient les "fils et filles de…", héritiers plus ou moins talentueux de parents qui se sont fait un nom. C’est une autre façon de tenter de séduire ceux que la politique indiffère. » (Le Monde, 28 avril 2009)

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LE BLUES DE POLAC

(p. 215)
Le nom de Michel Polac fut célèbre en France dans les années 1970 et 1980. Il ne dira sans doute plus grand-chose à ceux qui sont nés après 1968 et n'ont donc pas connu ses émissions de télévision hautes en couleur (Post-scriptum, Droit de réponse) dont se régalèrent les baby-boomers. Et c'est bien là le drame de cet écrivain (auteur de plusieurs romans) et réalisateur de cinéma (une dizaine de films, dont le premier reçut le prestigieux prix Georges Sadoul), qui se trouve être par ailleurs « journaliste et producteur à la radio », comme le précise la quatrième de couverture de son premier roman, La Vie incertaine (1956), puis « homme de télévision », comme l’indique un recueil de textes intitulé, significativement, Le Grand mégalo ou la vie pour rien (1975). Car l’auteur a été happé par la célébrité médiatique.

De ce drame intime témoignent les morceaux choisis (publiés en 2000) de son Journal, habité par la conscience désabusée de son incapacité à faire une œuvre, à se faire reconnaître comme un auteur. Ces considérations mélancoliques ne tombent d'ailleurs sous les yeux du lecteur qu'en vertu de la visibilité de l'auteur, qui lui vaut la curiosité acquise des lecteurs et lectrices et, partant, les avances (aux deux sens du terme) des éditeurs. De cet écart entre la valeur intrinsèque de l'œuvre qu'il a produite ou eût aimé produire et la valorisation extérieure de sa personne due à sa seule visibilité, l'auteur est bien conscient, pour son malheur: d'où la tonalité dépressive de ce Journal, qui semble faire écho à la cette forme de « dépression » que crée l'écart de grandeur entre la puissance de l'image publique et la pauvreté de l'auto-perception, dans la mesure où le crédit dont l'homme de télévision bénéficie n'est pas proportionné à sa valeur personnelle, d'où qu'elle provienne – œuvre géniale, actes héroïques, saintes souffrances.

Dans la construction de son identité, la visibilité – ressource vulgaire - l'a emporté sur la création – vertu authentique -, clivant son être en deux moitiés hétérogènes. Il s'est vu dégradé, du statut d'auteur à celui, pas même de journaliste mais d'animateur. Et contrairement aux vrais auteurs, dont le capital de notoriété est cumulatif, résistant à l'épreuve du temps voire s'accroissant avec lui, son propre capital de visibilité ne peut être qu'évanescent, menacé de déflation accélérée s'il n'est pas constamment renouvelé par l'exposition télévisée. Car l'obsolescence est la loi de la jungle – la jungle médiatique, sans support stable auquel se référer, sans matérialisation durable des images qui y prolifèrent.

Il est un héros certes, mais seulement pour l'homme de la rue, dont il n'a que faire. Il est une star bien sûr, mais rien qu'une « star bidon », voué à la petitesse de l'écran, à la vulgarité du peuple téléspectateur - le mauvais peuple aux yeux des intellectuels, qui ne le voient bon qu'avec faucille, marteau ou pavé à la main. Aussi l'admiration ne fait-elle qu'ajouter à cette déception perpétuelle: plus on l'admire, plus il se déteste, parce que ses admirateurs ne sont pas ceux qu'ils devraient être et que leur admiration ne s'adresse pas à celui que lui-même voudrait être. Pire: elle fait « frétiller son narcissisme », comme il doit se l'avouer à lui-même, ce qui l'humilie encore plus, lui qui se voudrait au-dessus des gratifications vaines de la foule. Certes , les femmes le reconnaissent et même, peut-être, le désirent - mais comment savoir si c'est lui, l'homme, ou l'autre, l'animateur célèbre, qui les séduit ainsi? D'où un intense et permanent sentiment de solitude, paradoxal chez un homme connu par des millions de gens.

Malgré tout, son émission est une « drogue dure » - il l'avouera aussi dans une interview – dont il n'a pu se détacher que forcé, à la suite de défaillances physiques qu'il finit par considérer comme une chance, une planche de salut lui ayant permis de s'éloigner enfin de la télévision qui l'a fait en même temps que détruit. D'ailleurs son prestige en est remonté d'autant, du moins aux yeux de ceux qui comptent à ses yeux et qui, comme lui, ne reconnaissent que la valeur des livres, des œuvres. Mais il ne peut y résister: drogue dure, décidément, l'exposition médiatique lui manque, même s'il sait qu'elle tue en lui tout ce que lui-même estime.

En publiant ce Journal, il réalise le fantasme mis en scène dans l'un de ses films: s'exposer au ridicule en offrant au public une prestation minable dans un genre trop grand pour lui (la littérature), alors qu'il aurait pu se contenter d'être bon dans un genre moins prestigieux (la télévision). Il s'est rêvé grand écrivain, n'est devenu qu'un homme de télévision, et en publiant son journal il autorise les lecteurs à le percevoir tel qu'il est vraiment: un amuseur qui se prend pour un grand homme. Mais au moins, il le sait. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à s'exposer. A distance du « carrousel audiovisuel », c'est pourtant dans ce journal intime – le lieu où la personne se révèle à elle-même, loin du regard d'autrui, pour peu du moins qu'elle ne l'écrive pas dans l'idée de le publier - que vient se condenser tout son besoin de créer. Aussi lui apparaît-il comme la seule chose valable et, peut-être, durable dans sa vie. Mais aura-t-il encore le moindre intérêt une fois évaporée une visibilité que ne soutient aucun réel accomplissement:? « Si j'étais mort à la fin de "Droit de réponse", on aurait publié avec beaucoup de succès ces papiers posthumes. Maintenant, avec les années... Un Journal n'a d'intérêt que s'il éclaire une œuvre ou une vie exceptionnelle ». Ce pourquoi il n'y a pas résisté: ce Journal aura été publié de son vivant, avant que son nom ne soit oublié.

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UN « ÉVÉNEMENT » PROMOTIONNEL

(p. 317)
Lisbonne, juin 2007. Plusieurs dizaines de journalistes appointées par des magazines féminins arrivent de toute l’Europe, réunies pendant deux jours dans un palace pour un « événement beauté » : le lancement d’une nouvelle ligne de soins par une célèbre marque de cosmétiques. Au programme : conférences scientifiques par des dermatologues ; présentation des photos publicitaires réalisées avec la star de cinéma américaine qui a accepté de promouvoir les produits, en présence du photographe et du directeur artistique (eux-mêmes qualifiés par le dossier de presse de « stars » dans leur domaine) ; présence de la star venue spécialement de Californie (mais non, justement, elle ne viendra pas, retenue par un autre « événement », familial celui-là – mais elle s’en excusera dans un petit film vidéo réalisé exprès pour l’occasion) ; grand dîner en présence du PDG de la firme, avec musiciens et prestidigitateur ; distribution de cadeaux divers, incluant bien sûr les pots de cosmétiques ; et, accessoirement, cours de pilates, piscine, farniente et papotages dans les jardins de l’hôtel…

C’est donc - racontée autrement - l’histoire d’un dossier de presse qui promeut les auteurs des photos d’une vedette chargée de promouvoir une nouvelle ligne de cosmétiques lors d’un « événement beauté » destiné à obtenir de la publicité rédactionnelle dans les pages des magazines féminins.

Et la morale de cette histoire ? Il n’y en a pas. Car ce n’est qu’une histoire d’argent : l’argent que l’entreprise espère engranger par les achats des consommatrices que permettront peut-être les éventuelles mentions du produit par les journalistes, achetées en nature (invitation dans un palace, cadeaux divers et présence attendue de la star). Les bénéfices couvriront-ils ces frais de promotion ? Mais sans doute ceux-ci sont-ils peu de choses en regard du cachet offert à la star en échange de son image - dont il reste à conclure qu’elle peut rapporter gros.

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UN PELERINAGE A MEMPHIS

(d’après Gabriel Segré, Au nom du King. Elvis, les fans et l'ethnologue, 2007)

(p. 407)
- pèlerinage : « C’est à la mi-août, pour l’anniversaire de sa disparition (…), que se tient à Memphis l’Elvis International Tribute Week, plus communément appelée l’Elvis Week. Durant une semaine, tout un ensemble de cérémonies, de commémorations, d’hommages sont organisés sous l’égide de l’Elvis Presley Enterprises (EPE). (…) Cette année 1997, 100 000 fans, en provenance des quatre coins du globe, sont attendus pour les célébrations du vingtième anniversaire de la mort de Presley. »
- étapes : Graceland (la maison), Meditation Garden (tombes du chanteur, de ses parents, de sa grand-mère), musées consacrés à Presley, studios Sun de Memphis, visite de Tupelo avec maison natale et école.
- circuit bis (non prévu au programme officiel) : centre médical où il fut hospitalisé, école primaire, magasin où fut achetée sa guitare…
le départ

- conversion : « Fabien est persuadé que je vais devenir, à l’issue de ce voyage, un fan d’Elvis : "Le premier séjour à Graceland est inoubliable, vous verrez, et transforme chacun. Il vous convertira comme il en a converti tant d’autres avant moi". »
- présence : « Tino est tout aussi convaincu : "Chaque personne qui met les pieds à Graceland pour la première fois prend un coup dans le cœur. On ressent une présence, je vous assure, c’est vrai. On dirait qu’on ressent une présence". »
- bouleversement et mystère (puissance de la communauté dans l’amour de la singularité: « Fabien me raconte l’effet intense que produit sur chacun la participation à la Candlelight, l’un des grands rites qui ponctuent le séjour à Graceland : "Il y a des millions d’hommes et de femmes, de tous âges, de toutes catégories, de toutes religions, de tous pays. C’est presque de la ferveur. C’est palpable. Cela prend aux tripes, cela prend au cœur. Les trois quarts des gens sont bouleversés. Cela ne s’explique pas. C’est cela, le mystère". »
sur la Piazza

- boutiques de souvenirs et petit commerce : « Ici pullulent les magasins de souvenirs, l’Elvis Gallery, le Good Rockin’ Tonight, l’Elvis Threads et autres boutiques consacrées au chanteur. On peut y dénicher tous les objets possibles et imaginables : cuillers assiettes, tasses, bols, verres, affiches, oreillers, lampes, guitares, paires de chaussettes, T-shirts, vestes, blousons, poupées, reproductions de disques d’or, éventails, bougies et autres innombrables bibelots de pacotille, tous bien entendu à l’effigie du King. »
- valorisation : « L’image ou simplement le nom d’Elvis figurant sur une tasse de thé décuple sa valeur. »
- revêtir des insignes : « L’immense majorité des fans à Graceland se contentent de revêtir des T-shirts, de porter des badges ou des sacs à l’effigie d’Elvis. »

- reliques : « Les salles de réception [des hôtels de Memphis] se transforment en conventions où sont vendus des disques originaux du King, mais aussi des photos, des affiches, des reliques variées : petits coffrets renfermant une mèche de cheveux d’Elvis, morceaux de costume ayant appartenu au chanteur, copies de son certificat de décès ou de naissance… »
- autographes des proches : « Des musiciens de Presley et des membres de la Memphis Mafia, installés sur une estrade, attendent les fans qui viennent un à un recevoir leur autographe. »
- miracles : « La rencontre, sur la Piazza, de l’ancien sergent-major de Presley, l’achat d’un disque rare sont autant de miracles inespérés qui feront l’objet de récits exaltés. »
- musique contre politique : « L’hôtel où est mort Martin Luther King, jouxtant le Musée des droits civiques, laisse chacun indifférent. »
Graceland

- graffitis : « De part et d’autre de ces grilles [de Graceland] s’étend le mur de la propriété, bariolé de milliers de graffitis. A toute heure de la journée, des fans, le marqueur à la main, y laissent une preuve d’amour, témoignage, prière ou remerciement. Faute de place, quelques-uns de ces hommages au King sont inscrits sur le sol ou un panneau de signalisation. »
- religion, consommation et surveillance : « J’ai le curieux sentiment de me trouver plongé à la fois au cœur d’une cérémonie religieuse, entouré d’officiants et de fidèles, au centre d’un univers de haute surveillance, entre vigiles et suspects, ainsi qu’au milieu du règne de la consommation, où prennent place vendeurs et clients ; le costume caractéristique blanc et noir des membres de l’EPE évoque lui-même tour à tour la parure de l’officiant d’un rite sacré, l’uniforme du surveillant ou le costume du vendeur de grande surface. »
- rite de purification : « La scène du dépôt des caméras interdites ressemble à une sorte de rite de purification. Chacun, après avoir revêtu les habits propres à l’accomplissement du rite, paraît se défaire de tout ce qui pourrait souiller la maison, se préparant ainsi à quitter le monde profane pour intégrer le monde sacré. »
- objets sacrés : « Le lit dans lequel Elvis dormait, le canapé sur lequel il regardait la télévision, le piano sur lequel il jouait, les murs de chaque pièce, les portes, les rideaux sont autant d’objets sacrés qu’il n’est pas question d’approcher ou d’effleurer. »
- présence (un fan): « Je suis allé deux fois visiter Graceland. Arrivé à la porte… la chair de poule. On sent qu’il est là. Personnellement, je sens vraiment qu’il était là, quoi. Et la chair de poule tout le long. (…)  Il nous voit, il nous regarde, il est à côté de nous. »
- toucher (un fan) : « Faut que je touche les portes. Tout ce qu’Elvis a pu toucher, faut que je le touche, faut que je le fasse. Et je l’ai fait ! J’ai presque tout touché. Tout ce que j’ai pu toucher, je l’ai touché. (…) Je ne sais pas pourquoi. C’est psychique. Depuis le temps, ça a dû être lavé et relavé. Mais bon, c’est un peu comme si je l’ai touché, lui. »
- relique (un fan) : « C’est sûrement bête, mais ça me fait quelque chose de l’avoir [un bout de moquette]. C’est un peu d’Elvis que je ramène à Paris, c’est comme une sorte de porte-bonheur. »
la Candlelight

- attente : « On prévoit cinq à six heures d’attente pour parvenir au Jardin des Méditations. La procession se mettra en mouvement à 21 heures, mais beaucoup ne pourront accéder à la tombe de Presley qu’aux heures les plus avancées de la nuit. »
- sanglots : « Comme il fallait s’y attendre, les accords mineurs du piano, les plaintes langoureuses du violon, la voix chaude et profonde de Presley ont raison des dernières pudeurs. Je suis maintenant entouré de fans sanglotant. Et voici qu’à mon tour je suis gagné par une émotion qui me surprend ; certes, la manipulation des sentiments est grossière, mais le spectacle de communion et de dévotion délivré par ces milliers de femmes et d’hommes a quelque chose d’infiniment poignant. »
- bain de foule, bain de lumières : « Une fois My Way terminée, une responsable invite les fans à allumer leur bougie. "Montrez à Elvis, commande-t-il, montrez-lui vos bougies allumées, montrez-lui votre amour". Des milliers de mains se dressent. Des milliers de petites flammes scintillent sur le boulevard, accompagnées d’une véritable ovation. Tous ces points lumineux sont autant de message d’amour destinés à Elvis. Rassemblés, ils forment un bain de lumière dans l’obscurité, rejetant la nuit hors de Graceland, au-delà des frontières du monde d’Elvis. »
- la foule et les voix : « A la diffusion de Can’t Help Falling in Love, le responsable encourage les fans à reprendre en chœur les paroles. En un chœur gigantesque, plusieurs milliers de voix accompagnent alors celle d’Elvis. »
- spectacle de l’émotion : « Beaucoup se tiennent par la main, comme pour communier dans cet instant de grande tristesse. Le boulevard Presley est le théâtre d’une myriade de scènes pathétiques, où l’émotion est aussi sincère et digne qu’elle est théâtralisée et ostensible. A cet instant, chacun pense à Elvis, et dans le même temps offre aux autres le spectacle de sa dévotion. Tous donnent libre cours à une émotion qui non seulement est ici parfaitement légitime, mais vaut même comme un témoignage de grandeur d’âme, une preuve de vertu. »
- dépôt des offrandes sur la tombe : « …parmi tous ces fans qui tiennent en main bougie, peluche, bibelot, fleur, dessin. A l’issue de cette montée, nous parvenons au Jardin. Et, l’un après l’autre, nous défilons face à la tombe d’Elvis Presley. Les fans déposent leurs présents, sous l’œil vigilant des membres de l’EPE. Les pleurs silencieux accompagnent le don. Chacun reste immobile le temps d’une courte prière, d’un furtif recueillement. »
- fleurs dans le Meditation Garden : « Des représentants de fan-clubs du monde entier viennent y déposer de magnifiques couronnes de fleurs représentant Presley, une guitare ou un sigle « TCB » [Taking Care of Business, nom de son dernier orchestre]. A la fin de l’Elvis Week, ces gerbes colorées se compteront par centaines, si ce n’est par milliers ; elles envahiront le Jardin et borderont sur plusieurs centaines de mètres le chemin qui mène du portail d’entrée à la maison. »
le passage

- souffrance de la séparation : « Olivier explique qu’après son premier séjour à Graceland, son retour en France fut accompagné d’une grande souffrance : "Quand je suis parti j’ai ressenti comme si j’avais envie de mourir". Il a ressenti cette même douleur en quittant Graceland à nouveau après un deuxième séjour : "Pareil, plus goût de vivre, plus rien du tout". »
- normalisation du marginal : « Tant qu’il est à Paris, le fan doit apprendre à ignorer ces jugements qui le marginalisent. Et il attend le séjour à Memphis comme une libération. Il sait qu’à Graceland, il sera loué et encouragé, et non plus méprisé. Il ne sera plus ce doux dingue un peu loufoque, égaré parmi un petit groupe d’olibrius nostalgiques, mais le membre d’une armée de fidèles dont le nombre force le respect. Il rencontrera à Graceland des fans venus du monde entier, et cette diversité lui dira combien Presley est grand et digne d’être vénéré. Si l’on n’a pas raison seul à Paris, au moins ici, à 100 000, on ne peut pas avoir tort, se dit le fan, enfin heureux, fier et fort. »
- changement de statut : « En passant par Graceland, ils sont devenus d’authentiques fans, eux qui n’étaient que des admirateurs dévoués, des aficionados du samedi. Ils ont acquis le statut de fidèles, de pèlerins. Et ils raconteront, car ils en auront conquis le droit. Ils raconteront à tous ceux qui n’ont pas été encore à Graceland, et qui ne sauraient se prétendre fans. »
- grandeur: « Après son voyage, son statut de fan est manifestement modifié. Il est devenu supérieur ; l’admirateur d’Elvis bénéficie aux yeux des autres d’une certaine aura. Il est devenu celui qui a effectué le pèlerinage et ses rites annuels, « celui qui a été à Memphis, qui a vu et qui sait ». »

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«Temps libre», dans Dictionnaire des inégalités, sous la dir d’Alain Bihr et Roland Pfefferkorn, Paris, éd. Armand Colin, 2014

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«l’Entreprise», représentée par : M. /Mme Prénom, nom, fonction : Président, Gérant,…

Monstres sacrés nom (prénom) iconNom et prénom de l’étudiant auteur de la présente trace : syed nazia
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Monstres sacrés nom (prénom) iconMonstres, merveilles et créatures fantastiques
«hommes différents» aux destins insolites, heureux ou tragiques mais toujours passionnants

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Monstres sacrés nom (prénom) iconRapport introductif d’Olivier muñoz rodea
«Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.»






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