Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet





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Chapitre 2.

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet

(1967 - 1973)
Des années 50 à la décennie 70 du XX e siècle, à l’heure des « Trente Glorieuses », la conjoncture est particulière : le développement, fondamentalement exogène et hiérarchisé, procède d’une impulsion du centre vers la périphérie ; la régulation s’effectue dans le cadre national ; le long cycle de vie des produits favorise la planification. S’en suivent deux types d’expériences localement.

Dans un premier temps, le Compiègnois bénéficie du processus de déconcentration spontanée – essentiellement industrielle - qu’impulsent les préoccupations convergentes des technostructures publiques et privées : dans le cadre des marchés français et européens en croissance, les mesures étatiques de 1954 accompagnent les stratégies des grandes firmes, notamment transnationales, qui hiérarchisent l’espace selon les circuits de branche. L’implantation de l’unité Cadum-Palmolive, en 1953, dans la plaine de Choisy, s’avère localement emblématique et décisive ( A JM BERNARD, 1986, 2003). A compter des années 60, la croissance se diffuse et des initiatives surgissent en dehors de la ville principale dans cinq communes . Le Meux se distingue par son projet ample et coordonné : la collectivité programme une zone industrielle dès le 20 Octobre 1962, décide de se doter d’un plan d’urbanisme (1964), puis adopte un plan d’investissement (1965) pour accompagner la création de l’autoroute du Nord et la canalisation de l’Oise1. Ailleurs, en dehors de la zone d’activité de Venette entre écluse et RN 31 (1964), les projets ciblent l’habitat: ils sont importants à Venette avec l’aménagement de la zone du château confié à l’architecte Charpentier (1964-1965)2, la programmation de ZUP et ZAD sur 25 hectares aux lieux dits « la Prairie », « le Village » ; se dessinent les futurs lotissements : les Linières à Choisy-au-Bac (16/05/1966), les Treilles à Armancourt (8/10/1966), le quartier des Bruyères à La Croix-Saint-Ouen ( 21/09/1968). Ces projets se concrétiseront avec l’appui du SIVOM.
Dans un second temps, entre 1967 et 1973, le Compiègnois fait l’objet de la planification étatique. C’est l’heure de l’ aménagement du territoire marqué par un double impératif : gérer le desserrement nord de la Région parisienne, et les effets du nouvel aéroport de Roissy en France. Deux organismes jouent un rôle clé dans le devenir local : l’Organisme Régional d’ Etude de l’Aire des Vallées de l’Aisne et de l’Oise ( l’O.R.E.A.V.) est une institution publique, la Société de Recherche et d’Etudes Pluridisciplinaires d’Aménagement ( S.O.R.E.P.A.) est un bureau d’études privé. Font figure de grands bâtisseurs : Olivier GUICHARD, premier délégué à la DATAR, et Jérôme MONOD son second, à Paris, Jean LEGENDRE et Guy DENIELOU, localement.

Faire l’histoire de ce moment si particulier expose l’analyste à la déferlante des rapports de prospective, ou à l’ignorance des pratiques politiques. Nous voudrions participer au mouvement actuel de la recherche contemporaine en soulignant ici 3 dimensions.

  1. La planification que connaît le Compiègnois participe du processus de décentralisation, réduit un temps à la régionalisation du budget. Le questionnement sur la place du Compiègnois dans la région Picardie met en exergue le fait des années 70 : les interventions centrales ont préservé le Compiègnois contre les aléas des années 1975-1990.

  2. L’aménagement des vallées de l’Oise et de l’Aisne fut l’un des grands chantiers de la France des années 60. A l’heure où le projet de Canal Seine-Nord ressurgit et redonne de l’importance à l’axe oisien, il nous est apparu utile de considérer le grand dessein des années 60 afin d’alimenter les réflexions actuelles. Toutefois, nous préciserons pourquoi ce vaste projet a tourné court de manière paradoxale, la prolifération d’études souvent redondantes exprimant tant la mode planiste d’alors que l’insaisissable dynamique du nord parisien : trois textes définissent les orientations des fondateurs de l’Université de Technologie de Compiègne et des concepteurs du Schéma d’Aménagement et d’Urbanisme de Compiègne (SDAU).

  3. Le SDAU fut élaboré précocement. Il témoigne que l’émergence du grand Compiègne est d’emblée un espace de projet, qui, par sa structure et sa fécondité, a orienté le développement du Compiègnois durant 3 décennies. La liste des programmations permet, au fil de la lecture, de dresser le bilan actuel des actions intercommunales.


In fine s’impose une vision rétrospective duale. Le Compiègnois se caractérisait au tournant des années 60-70 par une situation à la fois normale et paradoxale. Normale parce qu’il était un exemple localisé de la politique nationale d’aménagement ; paradoxale parce qu’il se démarquait du reste de l’Oise ou de la Picardie par la singularité de ses ambitions.

SECTION 1. LE COMPIEGNOIS ET LA REGIONALISATION DU PLAN.
L’intégration du Compiègnois dans une réflexion prospective est inséparable de l’émergence au cours des années 60 d’une planification géographique qui prend initialement la forme d’une régionalisation du budget national 3.


  1. Le Ve Plan.


Si l’époque n’est pas encore à la décentralisation, la régionalisation s’amorce sous trois formes.

D’abord, les décrets de 1964 apportent une réforme administrative qui dote la Circonscription d’Action Régionale (CAR) de Picardie, d’un préfet de région et d’une Commission de Développement Economique Régional (CODER).

Ensuite, aux « tranches opératoires » du IV e plan, succèdent les « tranches régionales » du V e plan, définies comme la régionalisation des prévisions du plan en matière de population, de production et d’investissements publics.

Enfin, dès 1963, sont connues les grandes lignes du plan d’aménagement des vallées de l’Oise et de l’Aisne à l’horizon 1985. Un projet plus vaste - l’aménagement du Bassin Parisien – intègre cette réflexion suite au Comité Interministériel pour l’Aménagement du territoire tenu à Matignon le 22 Juillet 1966 . « Voilà qui laisse une belle marge à l’expansion démographique et économique de notre région et lui offre de réconfortantes perspectives » note J. Legendre4.

L’aire d’action doit s’étendre entre Verberie voire Pont Sainte Maxence au Sud, et Noyon-Guiscard au Nord , Arsy, Lassigny à l’Ouest, et Trosly-Breuil, Attichy à l’Est ; trois secteurs d’intervention  sont retenus: l’industrie, avec la chimie et l’agroalimentaire, l’agriculture, le tourisme ; es actions ciblées concernent les infrastructures ( les nouveaux ponts, la route à grande circulation Creil-Noyon), la lutte contre les inondations,  « de plus en plus redoutables », la création d’une ville satellite de 1500 logements dans la région du Meux.

Ces espoirs se heurtent à deux difficultés : l’élargissement du district francilien à 15 départements, dont celui de l’Oise, met à l’épreuve la jeune région picarde et le nouveau pouvoir régional ; le V e plan n’offre guère de soutiens financiers.

Et Jean Legendre de conclure : «  Espérons qu’après avoir défini une politique, les responsables de l’aménagement du territoire en obtiendront et en donneront les moyens (..)  Il ne faut pas être trop pessimiste : les nouveaux cadres administratifs ne prévaudront jamais contre les réalités géographiques et économiques».
12. Les innovations du VIe plan.
Le VIe plan ( 1970-1975) introduit deux innovations

  1. Les « Programmes Régionaux de développement et d’Equipement » . Le PRDE, élaboré par le préfet de Région, définit les objectifs du développement ou de l’aménagement du territoire, et fixe les moyens à mettre en œuvre dans la région par l’Etat, les collectivités locales ou les divers acteurs économiques et sociaux.

  2. L’affirmation d’objectifs géographiques. Vu les instructions générales du 28 Février 1968 sur la préparation du VI e plan, la Commission Nationale de l’Aménagement du Territoire ( CNAT) retient, dans son rapport pour l’orientation du VI e plan de Mars 1970, un découpage de la France en 8 Zones d’Etudes d’Aménagement du Territoire ( ZEAT) pour lesquelles elle définit des « stratégies régionales ». La Picardie est directement concernée par les orientations fixées pour la ZEAT  « Bassin parisien », : « La nécessité d’obtenir un  meilleur équilibre régional implique que soit maintenue la politique de freinage de la croissance parisienne. Mais, en même temps, l’évolution du Marché commun implique que soit développé un axe économique lourd de dimension européenne (..). Dans un rayon de 100 à 200 km autour de l’agglomération parisienne et en particulier dans les villes de la « couronne », il devient possible de créer de nouvelles activités, de rentabiliser des productions autrefois marginales et de développer des équipements de niveau supérieur. Pour cela, sont indispensables l’existence d’un système de transports commodes et rapides, l’accentuation de la politique d’acquisitions foncières déjà engagées, la création de zones industrielles et commerciales et le transfert, près des nouveaux pôles de croissance, d’entreprises localisées dans la capitale. En liaison avec ces pôles, trois axes de développement sont appelés à jouer, de façon différenciée, un rôle déterminant dans l’évolution du Bassin : la Basse Seine, les vallées industrielles de l’Oise et de l’Aisne, et dans un autre style, la Loire moyenne ( recherche et industries de pointe) »




  1. Les paradoxes d’ une décentralisation limitée.


Incomplète, la planification régionale reste une régionalisation du budget : elle implique d’une part la recherche d’une concertation entre les acteurs du développement régional, d’autre part la communication aux régions d’une enveloppe globale qu’elles peuvent, en principe, répartir sectoriellement selon des choix procédant d’une rationalité régionale.

In fine, l’impulsion étatique s’avère décisive. Nombre de décisions relèvent directement de la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale ( la DATAR). Cette institution publique essentielle de la politique nationale d’aménagement du territoire n’a jamais été aussi puissante : créée en 1963 par la volonté du nouveau premier ministre Georges Pompidou, elle est confiée entre 1967 et 1972 à un Ministre-Délégué auprès du Premier ministre, qui peut recourir de façon constante à l’arbitrage et à l’autorité du chef de gouvernement; Olivier GUICHARD (1920-2004), proche collaborateur du Général de Gaulle et membre éminent du cabinet du premier ministre, en est le chef. Les « grands projets » - tels les équipements de l’enseignement supérieur ou les voies navigables à grand gabarit - échappent aussi à l’enveloppe régionale.

Dans ce cadre institutionnel, la décision d’implanter une université scientifique et Technologique dans l’agglomération - l’USTC- apparaît emblématique: le 28 Octobre 1969, le Délégué à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale, Jérôme Monod, ancien collaborateur d’O. Guichard, annonce la création du centre universitaire expérimental à Compiègne. Avec ce projet auquel étaient particulièrement attachés Georges Pompidou et Olivier Guichard, devenu entre temps ministre de l’Education Nationale, le Compiègnois va bénéficier de l’une des trois opérations publiques en faveur du Bassin Parisien - l’Etat soutenant par ailleurs les projets du centre d’Orléans-La Source et de la ville nouvelle Val de Reuil-.
Le Ministère de l’Equipement finance aussi les Groupes d’Etudes et de Programmation (G.E.P.)5 responsables dans chaque département de la planification urbaine depuis 1967 et donc le futur schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de Compiègne.

En conséquence, à la fin des années 60, le destin fordiste du Nord-Est parisien est arrêté.

  1. Compiègne va bénéficier, en tant que ville provinciale dans l’orbite de Paris, de la promotion d’une politique du Bassin parisien faisant suite à une politique de l’agglomération parisienne, et, en tant que ville oisienne, de l’élaboration d’une politique d’aménagement de la Picardie.

  2. La vallée de l’Oise est définie comme une zone d’activité productive, dynamisée par la déconcentration parisienne, sans accompagnement par des services de conception. On peut craindre une spécialisation dans des emplois déqualifiés.

  3. L’implantation de l’Université et d’activités tertiaires supérieures doit permettre à Compiègne de conjurer le scénario inquiétant de la seule taylorisation industrielle.



SECTION 2. LES VALLEES, OBJET DE PLANIFICATION :
Dans le contexte de la préparation du VI e plan, l’Organisme Régional d’ Etude de l’Aire des Vallées de l’Aisne et de l’Oise (O.R.E.A.V.) s’impose comme acteur fondateur 6.
21. L’O.R.E.A.V., organisme de planification.
Suite à la réunion du Groupe Interministériel d’Aménagement du Bassin Parisien du 18 Novembre 1966, l’ O.R.E.A.V. est créé par arrêté du préfet de la Région Picardie le 20 Juin 1967. Signe de l’enjeu : la vallée de l’Oise égale la Basse Seine et les grandes conurbations françaises dans les préoccupations centrales ; c’est le septième organisme du genre après la constitution de 6 Organismes Régionaux d’Etude d’ Aire Métropolitaine- O.R.E.A.M.- 7 par la circulaire interministérielle du 28 février 1967 signée des ministres de l’Equipement et de l’Intérieur.
Selon les instructions du Premier Ministre et du Délégué à l’Aménagement du territoire et à l’Action Régionale, la mission de l’OREAV «  porte sur l’établissement d’un schéma directeur, l’élaboration de directives fixant le cadre et assurant la coordination des études corrélatives à mener au niveau des centres urbains de la zone d’étude ». L’OREAV comprend 3 échelons : un comité technique qui définit les missions, un groupe permanent d’études8, une commission de coordination réunissant élus et représentants des organismes économiques régionaux. Son directeur, M. SAVEL, est un ingénieur des Ponts et Chaussée qui a œuvré précédemment à la Mission Régionale de Nantes. Le siège se trouve à Noyon.

Les options qu’ont fixées les administrations centrales sont rappelées lors de la réunion de la Commission de Coordination tenue à Noyon le 26 février 1968. D’une part, «  l’ensemble des vallées moyenne de l’Oise et de l’Aisne est conçu comme une zone d’appui de la Région parisienne à dominante industrielle. Il s’agit donc d’une zone de localisation privilégiée des emplois, notamment par transfert des emplois industriels de la Région parisienne sur la zone d’appui, et dans laquelle les créations d’emplois tertiaires doivent résulter davantage des services à la population induits par l’industrialisation que d’un tertiaire d’origine parisienne. Cette industrialisation préférentielle devrait faire passer la population de la zone qui était d’environ 500 000 habitants en 1962 à 1 200 000 voire 1 500 000 habitants vers l’an 2000. Il s’agit donc d’une multiplication de la population par un coefficient compris entre 2, 4 et 3 ». D’autre part, l’action doit se différencier géographiquement : l’espace urbain ayant été détruit et émietté par les implantations industrielles, priorité est donnée aux agglomérations de plus de 10 000 ou de 50 000 habitants ; la partie amont de la vallée de l’Oise doit rester complémentaire des centres régionaux d’Amiens et de Reims, en ciblant deux villes appelées à se développer considérablement, Saint Quentin au nord, Compiègne au Sud. La partie aval ne doit pas devenir une zone d’urbanisation continue et doit voir sa croissance freinée.
L’agenda prévoit la définition du programme d’études en Octobre 1967, la livraison du livre blanc en Octobre 1968, du schéma directeur en Juin - juillet 1969. Au regard de l’ampleur de la tâche, l’OREAV procède en deux temps.
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