Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet





télécharger 158.89 Kb.
titreLe Compiègnois, du plan à l’espace de projet
page4/4
date de publication02.11.2017
taille158.89 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4

67. Le SDAU, un grand récit intégrateur.
Les divers services de planification n’envisageaient pas le même nombre de scenari. Les uns distinguent 3 possibles - les schémas A, C et D - les autres recensent 4 partis - les schémas A, B, C, D –. Le scénario B n’est pas anodin : c’est une hypothèse ad hoc qui enregistre, institutionnalise, et légitime les processus contemporains d’étirement sur la rive gauche. Lorsque la commission mixte statue, elle examine le 28 Février 1972 quatre schémas 36.
Comme le note la SOREPA dès août 1971, la commission mixte du SDAU choisit un « parti mixte », un scenario de compromis qui allie les avantages des schémas D et B compatibles . D’une part, le schéma D, dit « schéma centré », préconise le renforcement de la centralité sur la double tête de pont, Compiègne- Margny/ Venette ainsi que la rénovation urbaine des bords de l’Oise ; d’autre part, le schéma B, dit « schéma linéaire sud », répond à trois nécessités : accueillir immédiatement l’Université, intégrer la ZUP et l’université dans la ville, programmer une extension urbaine sur des terrains accessibles .

Grâce au « parti mixte » retenu, le SDAU parvient à concilier des orientations dont la cohérence n’était pas certaine ; il fait tenir ensemble les produits de décisions plurielles, en intégrant deux hypothèses d’urbanisation : un développement linéaire limité et le renforcement du centre de part et d’autre de l’Oise.


CONCLUSIONS.
Au delà de l’élaboration d’un grand dessein, les années 60-70 ont été décisives pour le Compiègnois.
1° Un moment fondateur. Trois décisions importantes et presque concomitantes ont arrêté l’avenir du Compiègnois en 1969 : le lancement du SDAU et l’institution de la commission mixte matrice du SIVOM en mai 1969, le choix de Compiègne pour accueillir une université scientifique et technologique ( Octobre 1969). Ces trois décisions convergent : le SIVOM se construit comme instrument d’élaboration et de mise en oeuvre du schéma directeur, la préparation du SDAU intègre la problématique universitaire. Dès 1970, le Compiègnois se dessine et se pose comme espace de projet.
2° Un référentiel pour l’agglomération. En Mars 1973, l’agglomération compiègnoise se trouve dotée d’un schéma directeur qui orientera les décisions d’aménagement et la façonnera durant 3 décennies. Les orientations sur lesquelles s’accordent les acteurs locaux situent l’essentiel du développement urbain entre le pont de la reconstruction conçu par Philippot et le pont sud. Elles retiennent un puissant élément central autour de trois franchissements fluviaux, ce qui nécessitera une densification animée sur Margny et Venette, ainsi que les rénovations et restructurations des rives de l’Oise. A partir de cet élément central, se répartiront de part et d’autre de la rivière, trois urbanisations ponctuelles d’habitat mixte – à Jonquières, Le Meux, La Croix Saint Ouen - animés par trois pôles relais. Hypothèse possible si tous les franchissements de l’Oise sont réalisés 37.

Il est aisé de recenser les grandes réalisations qui ont concrétisé ce projet : l’Université et le pont sud, le CD 200, la rocade nord-ouest, les zones d’activités et de commerces de Jaux-Venette, de Mercières, la zone industrielle de Le Meux-Armancourt, le renforcement des bourgs périphériques ( Choisy au Bac, La Croix Saint Ouen, Le Meux).

Le référentiel cessera d’être la matrice du « Nouveau Compiègne » quand certains objectifs repris par le Schéma de Cohérence Territoriale de 2000, le Projet d’Aménagement et de Développement Durable, les Plans Locaux d’Urbanisme auront été atteints : boucler le contournement nord dans la direction de Soissons et Reims, constituer un centre d’agglomération fort regroupant Compiègne – Margny - Venette, rééquilibrer le développement entre les deux rives de l’Oise, recycler les friches militaires des Sablons et de Royallieu38.
3° Des territoires en réseau. Au regard de l’extraordinaire atout que représentait la proximité de la région parisienne, un certain nombre d’acteurs ont compris précocement que le Compiègnois ne se développerait pas seul. Les décideurs locaux se sont montrés plusieurs fois favorables à cette solidarité et ont cherché à concrétiser les projets des planificateurs : ainsi naquirent le syndicat mixte du Sud Picardie avec Paul Girod, ultérieurement Président du Conseil Général de l’Aisne et vice-président du Sénat, le Consortium de la Vallée de l’Oise présidé par le sénateur-maire de Saint Quentin, Jacques Braconnier (1974). Mais, ces démarches ont pâti des renoncements de l’Etat, de l’affirmation du pouvoir régional autour d’Amiens et des changements de priorités. Ne s’est concrétisée qu’ une infrastructure emblématique : la voie industrielle Compiègne – Creil.
4° Une époque révolue. L’espace projet compiègnois participait au tournant des années 60-70 des grands principes qui présidaient alors à l’aménagement du territoire. En cette période de forte croissance, les objectifs fixés étaient ambitieux, la prospective s’exprimait sous la forme de scenari que crédibilisait le rationalisme fonctionnaliste d’un Etat apparemment omniscient. L’espace social se livrait bon marché et malléable, aussi disponible pour les besoins de la production que capable d’intégrer rapidement les injonctions des décideurs. A compter des années 70, la destruction du système technico-économique ancien, et les nouvelles aspirations des Compiègnois ont modifié la donne et imposé une révision des objectifs. L’un des faits majeurs est le désengagement étatique : accepter la planification centrale assurait le financement intégral d’une infrastructure comme la rocade Sud, acquisitions foncières incluses ; en 2004, la réglementation sur fond d’impécuniosité de l’Etat limite les contributions étatiques à 27,5% du coût de la rocade Nord-Est.
5° L’absence de politique spatiale et le Compiègnois. En 1978, la seule publication des rapports de planification représentait 1,40 m de haut, 15 à 20 000 pages pour un coût de 1,5 à 2 millions de centimes de francs39. Or, s’est imposée in fine la décision centrale de laisser faire les tendances spontanées, soit parce qu’elles étaient difficilement contrôlables, soit que les moyens financiers étatiques faisaient défaut. Les conséquences furent graves et durables : le développement de la plate forme aéroportuaire de Roissy a favorisé l’étalement francilien, la spécialisation de la vallée de l’Oise et du Nord-Est parisien dans l’industrie de l’âge fordiste a exposé les espaces productifs locaux, notamment du bassin creillois, à la grande crise ainsi qu’aux restructurations successives de la fin du XX e siècle 40.

La politique d’aménagement de l’Etat ne s’est exprimée que dans la canalisation de l’Oise inachevée (1971) et l’implantation de l’université expérimentale (1972) . Encore fallait-il qu’elle soit relayée par des initiatives locales. Pourvu d’un centre d’innovation et de transfert technologique, le Compiègnois a pu construire des avantages concurrentiels spécifiques propres à enrayer le nomadisme des firmes ou affronter l’adversité entre 1975 et 1990 grâce une politique intercommunale de création de parcs d’activités.

La préférence des résidents du pays pour la sauvegarde de leur cadre de vie l’a finalement emporté. Mais, les décideurs locaux doivent peut-être regretter que, par crainte d’une urbanisation forcenée et désintégratrice, il ne soit pratiquement rien resté de la volonté d’organiser le développement au-delà des limites de l’agglomération compiègnoise.
Alain J-M. BERNARD.


1 DCM Le Meux, 4/10/ 1964 ; 24/6/1965 ; 28/11/1965.

2 DCM Venette, 20/7/1965 ; 28/9/1965. 

3 B. et J-L KAYSER, 95 Régions.., Seuil, 1971.

4 On se reportera plus particulièrement aux articles suivants parus dans Le Progrès de l’Oise : «  Oubliant pour une fois le passé, la Société historique s’est tournée vers l’avenir », 23/05/1964 ; « Perspectives d’avenir pour notre région » , 6 et 13 /08/ 1966.

5 En 1966, les Ministères de la Construction et des Travaux Publics fusionnent. L’une des conséquences logiques est la création au sein de la Direction Départementale de l’Equipement du Groupe d’Etudes et de Programmation (G.E.P.) dont la mise en place remonte à mars 1967. Son action commence véritablement avec le début de la première Loi d’Orientation Foncière, promulguée le 30 Décembre 1967, pour organiser la développement des villes à l’aide de nouveaux outils tels les Schémas Directeurs et les Plans d’Occupation des Sols ( POS).

6 AMC, Série T 100.

7 Les OREAM concernent Marseille – Aix – Berre - Fos, Nancy –Metz - Thionville, Lille – Roubaix - Tourcoing, Lyon - Saint Etienne, Nantes - Saint Nazaire, la Basse Seine. Se reporter à J-P. LABORIE, J-F LANGUMIER, P. de ROO, La politique française d’ aménagement du territoire de 1950 à 1985, La documentation française, 1985.

8 Les études peuvent être déléguées. Ainsi, deux urbanistes de Noyon réalisent les cartes d’occupation des sols pour l’OREAV, traitant successivement les implantations industrielles ( 15 Mars 1968), les équipements sportifs, culturels et de loisir ( 18 Novembre 1968), le logement ( 9 Décembre 1968)

9 Le memorandum comprend les deux premières parties du livre blanc. Une présentation a paru dans Le Moniteur du 29 Mars 1969, p 17.

10 souligné par nous.

11 AMC T 100. Lettre de Daniel HOUSSET, rédacteur en chef du bimensuel « L’Entreprise normande », du 20 janvier 1970 ; réponse de Jean Legendre, le 6 Février 1970.

12 Archives CCRC, SDAU, Compte-rendu de la réunion du bureau de la Commission Mixte d’Etudes du 11 Février 1970.

13 Rapport du Groupe de Travail « Paris-Nord », Avril 1970, Page 4.

14 OREAP, Schéma d’Aménagement du Sud de la Picardie, 1975, 31 pages, p 28.

15 SOREPA, U.S.T.C. Etudes préliminaires, 1971, p 79.

16 On notera qua la numérotation des ponts exprime la transformation du second pont urbain en pont sud.

17 D’après archives CCRC, SDAU de Compiègne, CR de la réunion de la Commission mixte du 28 Février 1972, GEP N° 72/281. SOREPA , Projet d’implantation à Compiègne d’une université expérimentale scientifique et technologique. Etudes préliminaires 1, publié le 12 Août 1971, pages 80 à 82.

18 Le Parisien Libéré, le 8 mars 1972.

19 Archives CCRC, SDAU, GEP N° 72/281, 8 pages.

20 14 points sont listés lors de la séance du Conseil Municipal de Le Meux du 7 Novembre 1972, et rappelés synthétiquement lors de la séance du 15 Novembre, 7 énoncés portent sur la gestion de l’industrialisation ( refus des industries polluantes de première et deuxième catégorie, coefficient de bâti limité à 50 %, hauteur des bâtiments limitée pour «  respecter le site vu des coteaux en particulier le rideau de fond que constitue la forêt », exigences en matière de rideaux d’arbres de haute tige et de bruit, contrôle permanent de la réserve d’eau) ; 3 points traitent de l’urbanisation : «  Quant aux ensembles collectifs, le Conseil n’en souhaite pas un grand nombre et en tout état de cause de faible hauteur en harmonie avec la nature environnante et implantés dans les vallons » ; les 4 derniers points visent à répartir les responsabilités ( « au SDAU » ( sic), l’assainissement, la collecte des eaux usées), ou à contrôler le foncier dans le respect des intérêts des agriculteurs – propriétaires et exploitants – expropriés. DCM Le Meux, 7 Novembre 1972, folio 326 à 329.

21 Archives CCRC, SDAU, Délibération du SIVOM, 17 Novembre 1972, 3 pages.

22 Les Cahiers de l’Oise, Revue de la Préfecture de l’Oise, N° 1, 1978, p 69.

23 Jean Legendre, Mes noces d’argent avec Compiègne, Daelman, 1976, pp 54-55. Il faut lire la F.B.C.F.

( Formation Brute de Capital Fixe) ou ensemble des moyens financiers affectés à l’investissement.

24 Réponse de Jean Legendre, le 6 Février 1970 à Daniel HOUSSET, rédacteur en chef du bimensuel « L’Entreprise normande » . AMC T 100.

25 Archives CCRC, SDAU, Compte-rendu de la réunion du bureau de la Commission mixte du 11 Février 1970

26 SOREPA, Projet d’implantation à Compiègne d’une université expérimentale scientifique et technologique. Etudes préalables 1. Ministère de l’Education nationale, 1971, p 13.

27 AMC T 50.

28 Rapport présenté par la S.O.R.E.P.A. le 20 Novembre et publié le 19 Décembre 1969. S.O.R.E.P.A., Aire urbaine de Compiègne. Ville et Université. Direction de l’Equipement et du Logement de l’Oise, Collectivités locales-Conseil Général de l’Oise, 1969, Cahier 3.

29 Réponse du Ministère de l’Education Nationale datée du 25 Novembre 1970, reproduite dans le Bulletin Municipal de Compiègne, 1971, p 27.

30 Entretien avec Michel Woimant le 22 Décembre 2004.

31  J. Legendre note dans ses mémoires: « Un deuxième pont, tout neuf, nous est né en 1975. Nous l’avons beaucoup attendu. Baptisons-le : Désiré » in Mes noces d’argent avec Compiègne,1976, p 49.

32 Entretien avec F. Mianné, le 15 Juillet 2004.

33 D’après les archives de la CCRC, 1W, PV du Comité syndical 21 Mai 1971 ainsi que l’ entretien avec F. Mianné, le 15 Juillet 2004.

34 Archives CCRC, 1W, Comité syndical 1971 , PV du 21 Mai 1971, p 4.

35 OREAP, Politique urbaine régionale. Région de Picardie, Octobre 1971, pp 71-72.

36 Jean DUMIGNY n’évoque que 3  « hypothèses de développement de l’agglomération »  lorsque le SDAU est présenté au SIVOM, le 21 Mai 1971 ( Archives CCRC, 1W Conseil syndical 1971) ; de même le rapport de l’Equipement «  Aire urbaine de Compiègne SDAU » . les 3 hypothèses s’identifient aux schémas A, C et D. De son côté, la SOREPA recense 4 partis dans son « projet d’implantation à Compiègne d’une université expérimentale scientifique et technologique. Etudes préliminaires 1 », publié le 12 Août 1971, pages 80 à 82. Les 4 scenarios figurent dans la note du GEP N° 72/281, ainsi que lors de la séance d’approbation du SDAU le 28 Février 1972. Toutefois dans la présentation du SDAU que fait M. LEFORT devant la Chambre de Commerce et de l’industrie de l’Oise, lors de son assemblée générale du 15 Janvier 1973, le représentant des services de l’Equipement n’évoque que les 3 partis initiaux. 

37 Archives CCRC, SDAU, J. DUMIGNY devant le SIVOM le 21 mai 1971.

38 La phase de consultation de la population s’achève en février 2005. Après enquête publique, le PLU sera approuvé par le Conseil communautaire et le Conseil municipal de Compiègne en septembre 2005.

39 Archives municipales de Noyon, 12 W 241, Consortium de la Vallée de l’Oise, Conférence de presse du 12 Juin 1978.

40 F. DAMETTE, J. SCHEIBLING, Le Bassin parisien, système productif et organisation urbaine, 1992, DATAR, La documentation française.
1   2   3   4

similaire:

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconDiapositives montrant les manifestations du 11 j anvier dans plusieurs villes du monde
«espace physique de la rue» et «espace médiatique». L’espace public est l’espace matériel, d’échange. C’est une double spatialité...

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconOrganisation des activites du projet et de leurs resultats sur les deux annees
«responsable suivi-qualité» de l’avancée du projet des activités et des résultats du projet

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconNote : ce document contient en fait deux textes, un projet d'article et un projet de rapport

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconL’espace mediterraneen : un interface nord-sud
«Mare Nostrum», trois religions majeures : espace de contacts au Moyen Age. Croisades

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet icon«Art, espace, temps» Arts de l’espace
«historique» de Paris où tu retrouves les monuments importants se trouvant sur le même axe que l’Arche de la Défense

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconJeudi 9 et vendredi 10 janvier dernier, les 46 élèves et trois de...
«parcours historique», les élèves ont eu la chance de pouvoir découvrir, lors d’une visite privée, l’Hôtel de Talleyrand, siège de...

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconRéputation de sainteté et fécondité spirituelle : le cas de Jacques et Raïssa Maritain
«retourné comme un gant» lors de sa conversion est devenu, sur le plan ecclésial, selon la formule de Paul VI de 1973, «un maître...

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconAteliers éducatifs
«caisse de résonance» de la filière spatiale, témoigner de l’actualité de l’espace et de l’astronomie, participer à l’attractivité...

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconAteliers éducatifs
«caisse de résonance» de la filière spatiale, témoigner de l’actualité de l’espace et de l’astronomie, participer à l’attractivité...

Le Compiègnois, du plan à l’espace de projet iconProjet comenius notre établissement est engagé pour deux ans (2013-2014...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com