Discours sur l’organisation des gardes nationales





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ROBESPIERRE
DISCOURS SUR L’ORGANISATION DES GARDES NATIONALES

Publié mi-décembre 1790 / Utilisé devant l’Assemblée Nationale les 27 & 28 avril 1791

MESSIEURS,

Vous êtes tous convaincus que, de toutes les institutions qui vous restent à former, l’organisation des gardes nationales est celle qui doit avoir le plus d’influence sur le sort de la liberté & sur la stabilité de votre ouvrage. Je me hâte donc d’en rechercher les principes, sans en prouver l’importance.

Vous le savez, toutes les institutions politiques ne sont que des moyens de parvenir à un but utile à la société, &, pour bien choisir & employer les moyens, il est toujours nécessaire, il suffit souvent de connaître parfaitement le but & de ne le jamais perdre de vue. Examinons donc, avant tout, quel est l’objet précis de l’institution des gardes nationales, quelle est la place qu’elles doivent tenir, qu’elle est la fonction qu’elles doivent remplir dans l’économie politique ; & toutes les règles de leur organisation s’offriront à nous comme des conséquences palpables de ce principe.

Ce serait en vain que nous chercherions ici des autorités ou des exemples étrangers parfaitement analogues. L’idée de l’institution des gardes nationales, du moins telle que nous la concevons, est neuve ; elle appartient à notre révolution ; elle fut presque également inconnue & aux peuples libres, & aux peuples subjugués par le despotisme. Chez les premiers, les citoyens, nés soldats pour défendre la patrie, s’arment dans les dangers qui la menacent, repoussent les invasions des ennemis du dehors, & rentrent dans leurs foyers où ils ne sont plus que des citoyens. Quant aux autres ( je parle des peuples modernes ), ils entretiennent, ou plutôt leurs monarques entretiennent, à leur dépens, des corps de troupes permanents qu’ils emploient alternativement pour combattre leurs ennemis étrangers & pour enchaîner leurs sujets. Tel est l’ordre de chose que vous avez trouvé, parmi nous, en commençant votre carrière. Je ne vous rappellerais pas ce qu’il devait vous coûter si, par un enchaînement extraordinaire d’événements dont l’histoire du monde n’offre pas un exemple, les soldats du despotisme n’étaient devenus tout à coup les soldats de la liberté… Les circonstances extérieures qui vous environnaient vous ont déterminés à conserver une armée nombreuse sur pied ; vous l’avez laissé entre les mains du prince ; mais en même temps, vous avez senti que cette force, dangereuse à la liberté, jugé par vous un mal nécessaire, exigeait un puissant remède, & vous avez appelé les gardes nationales ; ou plutôt, au premier cri de la liberté naissante, tous les Français ont pris les armes, & se sont rangé en bataille autour de son berceau ; & vous, convaincu qu’il ne suffisait pas de créer la liberté, mais qu’il fallait la conserver, vous avez mis dès lors au rang de vos premiers devoirs le soin de consolider, par des lois sages, cette salutaire institution que les premiers efforts du patriotisme avaient fondée.

Déjà, ce simple historique nous montre le véritable objet de l’établissement des gardes nationales ; & la nature de la chose nous le dit encore plus clairement.

Les lois constitutionnelles tracent les règles qu’il faut observer pour être libre ; mais c’est la force publique qui nous rend libres de fait, en assurant l’exécution des lois. La plus inévitable de toutes les lois, la seule qui soit toujours sûre d’être obéie, c’est la loi de la force. L’homme armé est le maître de celui qui ne l’est pas ; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d’un peuple qui ne l’est pas, est nécessairement l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir. Plus la discipline sera sévère, plus le principe de l’obéissance passive & de la subordination absolue sera rigoureusement maintenu ; plus le pouvoir de ce chef sera terrible ; car la mesure de sa force sera la force de tout le grand corps dont il est l’âme ; & fut-il vrai qu’il ne voulût pas en abuser actuellement, ou que des circonstances extraordinaires empêchassent qu’il pût le vouloir impunément, il n’en reste pas moins certain que, partout où une semblable puissance existe sans contrepoids, le peuple n’est pas libre ; en dépit de toutes les lois constitutionnelles du monde ; car l’homme libre n’est pas celui qui n’est point actuellement opprimé ; c’est celui qui est garanti de l’oppression par une force constante & suffisante.

Ainsi, toute nation qui voit dans son sein une armée nombreuse & disciplinée aux ordres d’un monarque, & qui se croit libre, est insensée, si elle ne s’est environnée d’une sauvegarde puissante. Elle ne serait pas justifiée par la prétendue nécessité d’opposer une force militaire égale à celle des nations esclaves qui l’entourent. Qu’importe à des hommes généreux à quels tyrans ils seraient soumis?  & vaut-il la peine de se donner tant de soins, & de prodiguer tant de sang, pour conserver à un despote où il puisse paisiblement fouler aux pieds plusieurs millions d’esclaves ? Je n’ai pas besoin d’observer que le patriotisme généreux des soldats Français, que les droits qu’ils ont acquis, dans cette révolution, à la reconnaissance de la nation & de l’humanité entière, ne change rien à la vérité de ces principes ; on ne fait point de lois ; on ne fait point une constitution pour une circonstance & pour un moment. La pensée du législateur doit embrasser l’avenir comme le présent. Or, cette sauvegarde, ce contrepoids nécessaire, quel est-il ? les gardes nationales.

Posons donc pour premier principe qu’elles doivent être organisées de manière qu’elles mettent le pouvoir exécutif dans l’impuissance de tourner, contre la liberté publique, les forces immenses dont il est sans cesse armé.

Mais ce ne sera point assez : il faudra encore qu’elles ne puissent jamais elles-mêmes opprimer la liberté, ni le pouvoir exécutif ; puisque tant qu’il se renferme dans les bornes que la constitution lui prescrit, il est lui-même une portion des droits de la nation.

Tel est le double objet que doit remplir la constitution des gardes nationales, tel est le double point de vue sous lequel nous allons la considérer.

Le premier ne nous présente que des idées infiniment simples.

S’il est vrai que cette institution soit un remède contre le pouvoir exorbitant qu’une armée toujours sur pied donne à celui qui en dispose, il s’ensuit qu’elles ne doivent point être constituées comme les troupes de ligne ; qu’elles ne doivent point être aux ordres du prince ; qu’il faut bannir de leur organisation tout ce qui pourrait les soumettre à son influence ; puisqu’alors, loin de diminuer les dangers de sa puissance, cette institution les augmenterait, & qu’au lieu de créer des soldats à la liberté & au peuple, elle ne ferait que donner de nouveaux auxiliaires à l’ambition du prince.

De ce principe simple, je tire les conséquences suivantes, qui ne le sont pas mois :

1° Que le prince, ni aucune personne sur laquelle le prince a une influence spéciale, ne doit nommer les chefs ni les officiers des gardes nationales.

2° Que les chefs & les officiers des troupes de ligne ne peuvent être chefs ni officiers des gardes nationales.

3° Que le prince ne doit avancer, ni récompenser, ni punir les gardes nationales. Je rappellerais à ce sujet, que ce fut, de la part du dernier ministre, un trait politique aussi adroit dans le système ministériel, que répréhensible dans les principes de la constitution, d’avoir envoyé des Croix de Saint Louis aux gardes nationales de Metz, qui assistèrent à la fatale expédition de Nancy. Ce procédé doit, au moins, avertir la vigilance & la sagesse de l’assemblée nationale, comme il a étonné tous les citoyens éclairés. Enfin, messieurs, évitez soigneusement tout ce qui pourrait allumer dans l’âme des citoyens-soldats ce fanatisme servile & militaire, cet amour superstitieux de la faveur des cours, qui avili les hommes au point de les porter à mettre leur gloire dans les titres mêmes de leur servitude ; déplorables effets de nos mœurs frivoles & de nos institutions tyranniques.

L’évidente simplicité de ces idées me dispense de tout développement ; & je passe au second & au plus important des deux objets que j’ai annoncés : je veux dire à l’examen des moyens à employer pour que les gardes nationales ne puissent pas elles-mêmes opprimer la liberté des citoyens.

Tous ces moyens me semblent se rapporter à un principe général : c’est d’empêcher qu’elles forment un corps, & qu’elles adoptent aucun esprit particulier qui ressemble à l’esprit de corps.

Il est dans la nature des choses que tout corps, comme tout individu, ait une volonté propre différente de la volonté générale, & qu’il cherche à la faire dominer. Plus il est puissant, plus a le sentiment de ses forces ; plus cette volonté est active & impérieuse. Songez combien l’esprit de despotisme & de domination est naturel aux militaires de tous pays ; avec quelle facilité ils séparent la qualité de citoyen de celle de soldat, & mettent celle-ci au-dessus de l’autres. Redoutez surtout ce funeste penchant, chez une nation dont les préjugés ont attaché longtemps une considération presqu’exclusive à la profession des armes, puisque les peuples plus graves n’ont pu s’en défendre. Voyez les citoyens romains commandés par César : si, dans un mécontentement réciproque, il cherche à les humilier, au lieu du nom de soldats, il leur donne celui de citoyens, " quirites " ; & à ce mot, ils rougissent & s’indignent.

Un autre écueil pour le civisme des militaires, c’est l’ascendant que prennent leurs chefs. La discipline amène l’habitude d’une prompte & entière soumission à leur volonté ; les caresses, des vertus plus ou moins réelles la changent en dévouement & en fanatisme ; c’est ainsi que les soldats de la république deviennent les soldats de Sylla, de Pompée, de César, & ne sont plus que les instruments aveugles de la grandeur de leurs généraux & de la servitude de leurs concitoyens.

Il sera facile, parmi nous, de prévenir toutes ces espèces d’inconvénients. Rappelons-nous la distance énorme qui doit exister entre l’organisation d’un corps d’armée destinée à faire la guerre aux ennemis du dehors, & celle des citoyens armés pour être prêts à défendre leurs lois & leur liberté contre les usurpations du despotisme : rappelons-nous que la continuité d’un service rigoureux, que la loi de l’obéissance aveugle & passive, qui change des soldats en des automates terribles, est incompatible avec la nature même de leurs devoirs, avec le patriotisme généreux & éclairé qui doit être leur premier mobile. Ne cherchez point à les conduire par le même esprit, ni à les mouvoir par les mêmes ressorts que vos troupes de ligne. Soit que, dans les commencements de la révolution, il ait été nécessaire, comme on l’a dit, de leur donner beaucoup de ressemblance avec l’armée, soit que des motifs différents, ou seulement l’esprit d’imitation, aient multiplié ces états-majors, ces grades, ces décorations militaires, il me paraît certain que ce ne doit point être là l’état permanent des gardes nationales.

Il faut surtout s’appliquer à confondre chez elles la qualité de soldat dans celle de citoyen, les distinctions militaires les séparent & les font ressortir. Réduisez le nombre des officiers à la stricte mesure de la nécessité. Gardez-vous surtout de créer, dans le sein de cette famille de frères confédérés pour la même cause, les corps d’élite, des troupes privilégiées, dont l’institution est aussi inutile que contraire à l’objet des gardes nationales.

Prenez d’autres précautions contre l’influence des chefs. Que tous les officiers soient nommés pour un temps très court ; je ne voudrais pas qu’il excédât la durée de six mois.

Que les commandements soient divisés de manière au moins qu’un seul chef ne puisse réunir plusieurs districts sous son autorité.

Ajoutez une disposition dont l’importance est peut-être plus grande qu’il n’y paraîtra au premier coup d’œil. On n’imagine pas aisément à quel point cet esprit de despotisme militaire, que nous cherchons à éteindre, peut être fomenté par l’usage de porter continuellement les marques distinctives du grade dont on est revêtu. En général, tout magistrat, tout fonctionnaire public, hors de l’exercice de ses fonctions, n’est qu’un simple citoyen. Les insignes qui rappellent son caractère ne lui sont donnés que pour le moment où il les remplit & pour la dignité du service public, & non pour la décoration de sa personne ; l’habitude de les étaler dans le commerce ordinaire de la vie peut donc être regardé, en quelque sorte, comme une espèce d’usurpation, comme une véritable atteinte aux principes de l’égalité. elle ne sert qu’à l’identifier, à ses propres yeux, avec son autorité ; & je ne crois pas m’éloigner beaucoup de la vérité en disant que ces distinctions extérieures, qui poursuivent partout les hommes en place, n’ont pas peu contribué à faire naître dans leurs âmes un esprit d’orgueil & de vanité, & dans celle des simple citoyens cette timidité rampante, cet empressement adulateur, également incompatible avec le caractère des hommes libres. A qui cette vanité puérile convient-elle moins qu’aux chefs des citoyens-soldats ? Défenseurs de la liberté, vous ne regretterez pas les hochets dont les monarques paient le dévouement aveugle de leurs courtisans. Le courage, les vertus des hommes libres, la cause sacrée pour laquelle vous êtes armés, voilà votre gloire, voilà vos ornements.

Je n’ai pas dit que ces officiers devaient être nommés par les citoyens, parce que cette vérité me paraissait trop palpable. Aussi n’ai-je pu concevoir encore la raison qui avait pu déterminer vos comités de constitution & militaire à vous proposer de les faire choisir pour moitié par les citoyens, moitié par les administrateurs du département. Ils sont sans doute partis d’un principe ; or si ce principe exigeait le choix du peuple, pourquoi le respecter en partie & le violer en partie ? ou pourquoi décider une question unique & simple par deux principes contradictoires ? N’est-il pas évident que l’exercice du droit d’élection appartient essentiellement au souverain, c’est-à-dire, au peuple ; qu’il ne peut être dévolu à des officiers du peuple, dont l’autorité est circonscrite dans les bornes des affaires administratives ; qu’il est contradictoire de faire concourir, avec le souverain lui-même, ses propres délégués pour le choix de la même espèce de fonctionnaires publics ? Quel avantage peut-on trouver à confier cette partie de sa puissance à un petit nombre d’administrateurs ? Ceux qui savent, au contraire, à quel point il est exposé d’être trahi ou abandonné par ceux qui exercent son autorité, par tous ceux quine sont pas lui, craindront que l’intervention de ces directoires ne serve à donner aux gardes nationales des chefs ennemis de la cause populaire, propre à appesantir le joug militaire sur les citoyens faibles, & à servir les intérêts de l’aristocratie, monstre qui exige sous plus d’une forme, que les ignorants croient mort, & qui est immortel. S’ils poussent encore plus loin leurs grandes réflexions, ils craindront peut-être que ce système n’aille jusqu’à remettre bientôt une partie des forces nationales entre les mains du pouvoir exécutif, dont la destinée fut toujours de tout asservir & de tout corrompre. Ces inconvénients ont échappé sans doute aux deux comités. Il me paraît qu’ils se sont encore trompés en voulant étendre à deux années la durée des fonctions des officiers ; & que cette erreur dangereuse, surtout dans le système dont je viens de parler, est suffisamment réfutée par les principes que nous avons établis.

Au reste, quelqu’importantes que soient en elles-mêmes les dispositions que nous venons d’indiquer, elles n’atteignent pas encore le point capital de la grande question que nous devons résoudre ; & si j’avais dû négliger quelqu’une des idées qu’elle semble offrir les premières à l’esprit, je les aurais laissées de côtés pour aller droit au principe simple dont elles ne sont que des conséquences.

Quoi que vous puissiez faire, les gardes nationales ne seront jamais ce qu’elles doivent être, si elles sont une classe de citoyen, une portion quelconque de la nation, quelque considérable que vous la supposiez.

Les gardes nationales ne peuvent être que la nation entière pour défendre, au besoin, ses droits ; il faut que tous les citoyens en âge de porter les armes y soient admis sans aucune distinction. Sans cela, loin d’être les appuis de la liberté, elles en seront les fléaux nécessaires. Il faudra leur appliquer le principe que nous avons rappelé au commencement de cette discussion, en parlant des troupes de ligne ; dans tout état où une partie de la nation est armée & l’autre ne l’est pas, la première est maîtresse des destinées de la seconde ; tout pouvoir s’anéantit devant le sien ; d’autant plus redoutable qu’elle sera plus nombreuse, cette portion privilégiée sera seule libre & souveraine ; le reste sera esclave.

Être armé pour sa défense personnelle est le droit de tout homme ; être armé pour défendre la liberté & l’existence de la commune patrie est le droit de tout citoyen. Ce droit est aussi sacré que celui de la défense naturelle & individuelle dont il est la conséquence, puisque l’intérêt & l’existence de la société sont composés des intérêts & des existences individuelles de ses membres. Dépouiller une portion quelconque des Citoyens du droit de s’armer pour la patrie & investir exclusivement l’autre, c’est donc violer à la fois & cette sainte égalité qui fait la base du pacte social, & les lois les plus irréfragables & les plus sacrées de la nature.

Mais, remarquez, je vous prie, que ce principe ne souffre aucune distinction entre ce que vous appelez citoyens actifs & les autres. Que les représentants du peuple français aient cru, pendant quelque tems qu’il fallait interdire à tant de millions de français qui ne sont point assez riches pour payer une quantité d’impositions déterminée, le droit de paraître aux assemblées où le peuple délibère sur ses intérêts ou sur le choix de ses représentants & de ses magistrats ; je ne puis en ce moment que me prescrire sur ces faits un silence religieux : tout ce que je dois dire, c’est qu’il est impossible d’ajouter à la privation de ces droits la prohibition d’être armé pour sa défense personnelle, ou pour celle de sa patrie ; c’est que ce droit est indépendant de tous les systèmes politiques qui classent les citoyens, parce qu’il tient essentiellement au droit inaltérable, au devoir immortel de veiller à sa propre conservation.

Si quelqu’un m’objectait qu’il faut avoir une telle espèce, ou une telle étendue de propriété pour exercer ce droit, je ne daignerais pas lui répondre. Eh ! que répondrais-je à un esclave assez vil, ou à un tyran assez corrompu, pour croire que la vie, que la liberté, que tous les biens sacrés que la nature a départis aux plus pauvres de tous les hommes ne sont pas des objets qui vaillent la peine d’être défendus ?Que répondrais-je à un sophiste assez absurde pour ne pas comprendre que ces superbes domaines, que ces fastueuses jouissance des riches, qui seules lui paraissent d’un grand prix, sont moins sacrées aux yeux des lois & de l’humanité que la chétive propriété mobilière, que le plus modique salaire auquel est attachée la subsistance de l’homme modeste & laborieux ?

Quelqu’un osera-t-il me dire que ces gens-là ne doivent pas être admis au nombre des défenseurs des lois & de la constitution, parce qu’ils n’ont point d’intérêt au maintien des lois & de la constitution ? je le prierai, à mon tour, de répondre à ce dilemme : si ces hommes ont intérêt au maintien des lois & de la constitution, ils ont droit, suivant vos principes mêmes, d’être inscrits parmi les gardes nationales : s’ils n’y ont aucun intérêt, dites-moi donc ce que cela signifie, si ce n’est que les lois, que la constitution n’auraient pas été établies pour l’intérêt général, mais pour l’avantage particulier d’une certaine classe d’hommes ; qu’elles ne seraient point la propriété commune de tous les membres de la société, mais le patrimoine des riches ; ce qui serait, vous en conviendrez sans doute, une supposition trop révoltante & trop absurde. Allons plus loin : ces mêmes hommes dont nous parlons, sont-ils suivant vous des esclaves, des étrangers ? ou sont-ils citoyens ? Si ce sont des esclaves, des étrangers, il faut le déclarer avec franchise, & ne point chercher à déguiser cette idée sous des expressions nouvelles & assez obscures. Mais non ; ils sont en effet citoyens ; les représentants du peuple français n’ont pas dépouillé de ce titre la grande majorité de leurs commettants ; car on sait que tous les Français, sans distinction de fortune ni de cotisation, ont concouru à l’élection des députés à l’assemblée nationale : ceux-ci n’ont pas pu tourner contre eux le même pouvoir qu’ils en avaient reçu, leur ravir les droits qu’ils étaient chargés de maintenir & d’affermir, & par cela même anéantir leur propre autorité, qui n’est autre que celle de leurs commettants ; ils ne l’ont pas pu ; ils ne l’ont pas voulu ; ils ne l’ont pas fait. Mais si ceux dont nous parlons sont en effet citoyens, il leur reste donc des droits de cité ; à moins que cette qualité ne soit un vain titre & une dérision. Or, parmi tous les droits dont elle rappelle l’idée, trouvez-m’en, si vous le pouvez, un seul qui y soit plus essentiellement attaché, qui soit plus nécessairement fondé sur les principes les plus inviolable de toute société humaine, que celui-ci : si vous le leur ôtez, trouvez-moi une seule raison de leur en conserver aucun autre. Il n’en est aucune. Reconnaissez donc comme le principe fondamental de l’organisation des gardes nationales, que
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