Recherche refusé par le Mercure de France et publié seulement 45 ans plus tard; ce Contre Sainte-Beuve, disparate mais irremplaçable, contient la première version de l’«expérience de la madeleine»





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POSTÉRITÉ DE LA « RECHERCHE »

 Peu de temps après sa mort, comme il l’avait envisagé, Proust a été au centre des principaux débats littéraires. Pour ou contre lui, la plupart des écrivains notables du XXe siècle se sont définis par rapport à lui, et il est communément admis aujourd’hui que l’influence de la Recherche a été déterminante dans l’évolution de la littérature contemporaine. À tel point d’ailleurs, qu’il n’est pas excessif de parler de « révolution proustienne ». Simultanéité des points de vue, place capitale accordée au temps (qui accède au statut de protagoniste du roman), renouvellement de la vision du monde grâce à des phrases amples qui englobent jusqu’aux hésitations de la conscience, importance réservée à l’analyse, sont autant d’aspects de cette révolution.2

Le premier des romans de À la recherche du temps perdu se divise en trois parties. La première, « Combray », évoque la petite enfance du narrateur, et dès le premier chapitre prend place l’épisode de la madeleine trempée dans du thé. La saveur de la première gorgée mêlée de miettes fait tout à coup resurgir les vacances enfantines passées à Combray en compagnie des proches. À partir de la maison familiale, deux directions offrent des possibilités de promenades : le côté de chez Swann, un ami qui vient fréquemment rendre visite aux parents du narrateur, et le côté de Guermantes, des aristocrates jamais rencontrés et qui sont, pour l’enfant, auréolés du mystère de leur titre.

La deuxième partie, « Un amour de Swann », est la seule de toute la Recherche à n’être pas écrite à la première personne. Ce « roman dans le roman » narre la passion de Swann pour une demi-mondaine, Odette de Crécy, rencontrée dans le salon de la très snob Mme Verdurin. Il s’est épris d’elle parce qu’à un moment, elle lui est fugacement apparue semblable à la Zéphora peinte par Botticelli. La passion de Swann n’a d’égale que la jalousie qui le fait terriblement souffrir et qui ne prend fin que lorsque Swann apprend avec certitude qu’Odette le trompe. Il quitte alors cette femme dont il confesse qu’elle « n’était pas du tout son genre », et qui pourtant deviendra Mme Swann, celle que le narrateur de la Recherche a rencontrée dans la première partie du roman.

La troisième partie, intitulée « Noms de pays : le nom », revient sur l’enfance du narrateur, mais à Paris cette fois. Y sont évoqués les jeux aux Champs-Élysées et le premier amour, celui pour Gilberte Swann, la fille d’Odette et de Swann.

Du côté de chez Swann contient déjà toutes les clés du cycle de la Recherche, à commencer par le rôle fondamental de la mémoire involontaire. Les deux « côtés », encore anodins dans la réminiscence enfantine, sont ceux qui diviseront l’œuvre entière en même temps qu’ils n’auront de cesse de se concilier au gré de son écriture. Personnage central, Swann y apparaît sous les traits d’un esthète dont la culture et le raffinement se mêlent et gênent l’appréhension des rapports amoureux, ceux-là mêmes auxquels le narrateur sera confronté.


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Roman des amours adolescentes, le deuxième volume de À la recherche du temps perdu, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, se divise en deux parties. La première se déroule à Paris, la seconde à Balbec en Normandie. Deux mondes à la fois distincts et mêlés qui font écho aux deux « côtés » du premier roman, celui de chez Swann et celui de Guermantes, la bourgeoisie et l’aristocratie.







Dans la première partie, « Autour de Mme Swann », le narrateur est accaparé par son amour malheureux pour Gilberte Swann et ses réflexions sur les tourments de la passion amoureuse. En fréquentant les Swann, il fait la connaissance du grand écrivain Bergotte, qui lui entrouvre les portes de la création.







La seconde partie, intitulée « Noms de pays : le pays », se déroule deux ans après. Elle met en scène toute une galerie de personnages rencontrés par le narrateur. Mme de Villeparisis et son petit-neveu le marquis de Saint-Loup, le baron de Charlus, frère du duc de Guermantes, le peintre Elstir, autant de figures qui initient le jeune homme aux arts, aux mondanités et à leurs vanités. À Balbec il rencontre aussi un petit groupe de « jeunes filles en fleurs », parmi lesquelles Albertine dont il s’éprend.







Couronné par le prix Goncourt, À l’ombre des jeunes filles en fleurs consacre le talent de Marcel Proust et le fait connaître du grand public alors qu’il n’a plus que trois ans à vivre. Avec ce deuxième volume, il a pourtant amplifié son projet initial, faisant apparaître un grand nombre de personnages et de thèmes, que l’on retrouvera dans l’ensemble de la Recherche. Elstir et Bergotte s’ajoutent à Vinteuil dont la « petite phrase musicale » a déjà été entendue. Avec eux la peinture et la littérature, déjà évoquées, sont traitées de façon plus insistante et l’obsession de la création artistique ne quittera plus le narrateur. Quant à Albertine, elle sera la figure centrale des romans à venir.













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Ce troisième volet de À la recherche du temps perdu nous entraîne dans le monde tant convoité par le narrateur, celui de l’aristocratie. Son amitié pour Robert de Saint-Loup, qu’il va retrouver à Doncières où il est en garnison, lui permet de s’introduire chez Mme de Villeparisis, puis, enfin, auprès de la duchesse de Guermantes. Il y fait son apprentissage de la vie mondaine, non sans porter sur cette société, avec acuité, un regard parfois féroce ou ironique. Les espoirs de pénétrer dans un milieu fascinant s’accompagnent aussi de désillusion. L’affaire Dreyfus prend une place importante dans les discussions, et Proust (qui fut un ardent défenseur de la cause de Dreyfus) met dans la bouche de ses personnages des propos qui révèlent la suffisance méprisante de certains. La découverte du « Côté de Guermantes » est interrompue un temps par la maladie et la mort de la grand-mère du narrateur qui a tant compté pour lui.







En fréquentant les Guermantes, le narrateur découvre avec quelque amertume que ces derniers ne sont pas tels qu’il les rêvait, enfant, lors de ses séjours à Combray. L’attitude du frère du duc de Guermantes, le baron de Charlus, l’intrigue, avant que sa vraie nature n’éclate au grand jour dans le volume suivant, Sodome et Gomorrhe.







Le Côté de Guermantes vaut avant tout pour le tableau qu’il brosse d’une société que Marcel Proust a beaucoup fréquentée, celle de l’aristocratie parisienne de la Belle Époque, alors qu’elle brille de ses derniers feux. Sur elle aussi le temps fait son œuvre et commence de ruiner les souvenirs que le narrateur s’était forgés. D’interminables discussions sur la généalogie viennent cependant sauver de la ruine complète cette aristocratie dont les noms de familles conservent le charme d’un passé révolu mais encore enraciné en chacun des survivants.







Mais le temps qui altère tout jusqu’à la nature même des choses est parfois long à manifester en nous les émotions qu’il suscite ordinairement. L’épisode de la maladie de la grand-mère s’achève sur un dernier soupir sans provoquer aucune tristesse. Ce n’est que plus tard, dans Sodome et Gomorrhe, que la « présence vivante » de la défunte sera restituée au narrateur, lors d’un nouveau séjour à Balbec.













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Le quatrième roman de À la recherche du temps perdu poursuit, en même temps qu’il s’y imbrique, le précédent, le Côté de Guermantes. C’est pour le narrateur l’apogée de sa vie mondaine.







La première partie du roman est dominée par le personnage de Charlus et son homosexualité. Proust se livre ici à une analyse rarement faite avant lui dans la littérature, celle des « minorités érotiques ». Il veut leur donner dans son œuvre la place qui est la leur dans la société, celle d’une « partie réprouvée de la collectivité humaine », les « hommes-femmes ». L’homosexualité de Charlus, qui est le pendant de la propre homosexualité de Proust, n’est pas condamnée, sinon dans ses excès de comportement. Proust s’applique à analyser, en même temps que les différentes natures d’« invertis », la difficulté pour eux de trouver la satisfaction de leurs désirs.







La seconde partie revient sur les fréquentations mondaines. Au monde des Guermantes vient s’ajouter celui des Verdurin, dont Swann a appartenu autrefois « au petit clan » et que le narrateur fréquente assidûment. Mais le roman est avant tout consacré au récit de la passion grandissante du narrateur pour Albertine.







Un second séjour à Balbec, là où il était venu avec sa grand-mère, en ravive le « triste souvenir » et redonne une part d’existence à la disparue. S’ensuit une méditation sur le temps et le deuil qui fait se mêler la mémoire de l’enfance et la perception tragique de la durée.







À Balbec encore s’affirme l’existence de Gomorrhe et des amours féminines, auxquelles Albertine ne semble pas indifférente, éveillant la jalousie du narrateur. Celui-ci renonce à son projet de mariage et s’apprête à rompre avant de décider Albertine à venir vivre avec lui à Paris, où il l’a retiendra « prisonnière », titre du volume suivant.







Placé au cœur du cycle de la Recherche, Sodome et Gomorrhe, et plus particulièrement la seconde partie, en constitue l’un des pivots autour duquel s’articule l’œuvre entière. Sa construction complexe semble en partie dévoiler celle de toute la Recherche. La vie mondaine du narrateur, auprès des Guermantes comme chez les Verdurin, voit se rapprocher les deux « côtés ». Plus encore, la passion amoureuse pour Albertine y prend un tour irréversible alors qu’apparaissent les premiers doutes sur son homosexualité supposée, qui seront les moteurs des deux romans à venir.













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Le cinquième roman de À la recherche du temps perdu est comme un huis clos qui se déroule dans l’appartement parisien du narrateur, qui vit là avec Albertine, retenue « prisonnière ». Lors d’une soirée passée chez les Verdurin, où il se rend seul, le narrateur en apprend davantage sur les relations d’Albertine. Il tente alors, vainement, d’entendre de sa bouche la vérité sur son homosexualité.







La Prisonnière, entièrement consacré à l’analyse psychologique de la passion amoureuse, fait écho aux souffrances éprouvées par Swann quand il était amoureux d’Odette. Le narrateur est en proie à la jalousie que fait naître l’incertitude et qu’avivent les mensonges d’Albertine, qui laisse entendre sans jamais le révéler qu’elle a eu des amitiés féminines. La décision est prise de rompre, mais la souffrance ne s’arrête pas pour autant et s’amplifie quand Albertine disparaît de son propre chef.













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Sixième partie du cycle de À la recherche du temps perdu, Albertine disparue relate les efforts entrepris par le narrateur pour retrouver Albertine, avec l’aide de Saint-Loup. La fuite d’Albertine a exacerbé les tourments de la jalousie, que ne fait pas disparaître l’annonce de la mort d’Albertine dans un accident de cheval.







Après avoir pris conscience que la souffrance ne se dissipera que lorsqu’elle aura été vécue pleinement, le narrateur opère un progressif « retour à l’indifférence ». Une première étape lui fait retrouver Gilberte Swann, un séjour à Venise fait surgir des impressions analogues à celles de Combray, et la guérison n’intervient réellement, alors qu’un télégramme révèle qu’Albertine a survécu à son accident, que lorsque la nature homosexuelle de celle-ci est confirmée au narrateur. Mais une autre homosexualité lui est dévoilée, celle de son ami Saint-Loup.







Le texte définitif d’Albertine disparue n’a été édité pour la première fois qu’en 1987. C’est le dernier manuscrit sur lequel Marcel Proust travaillait encore quelques semaines avant sa mort. Une première version, que l’on croyait définitive, a été publiée en 1925, qui ne tenait pas compte des corrections ultimes apportées par Proust dans le sens d’une plus grande concision. C’est cette version qui a paru dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1954, sous le titre de la Fugitive. C’est le premier titre auquel Proust avait songé, mais dans une lettre à Gaston Gallimard datée de juin 1922, il avertissait son éditeur qu’il renonçait à ce titre parce que « Madame de Brimont [venait] de traduire un livre de Tagore, sous le titre la Fugitive. Donc, pas de Fugitive, ce qui ferait des malentendus. »













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Sixième partie du cycle de À la recherche du temps perdu, Albertine disparue relate les efforts entrepris par le narrateur pour retrouver Albertine, avec l’aide de Saint-Loup. La fuite d’Albertine a exacerbé les tourments de la jalousie, que ne fait pas disparaître l’annonce de la mort d’Albertine dans un accident de cheval.







Après avoir pris conscience que la souffrance ne se dissipera que lorsqu’elle aura été vécue pleinement, le narrateur opère un progressif « retour à l’indifférence ». Une première étape lui fait retrouver Gilberte Swann, un séjour à Venise fait surgir des impressions analogues à celles de Combray, et la guérison n’intervient réellement, alors qu’un télégramme révèle qu’Albertine a survécu à son accident, que lorsque la nature homosexuelle de celle-ci est confirmée au narrateur. Mais une autre homosexualité lui est dévoilée, celle de son ami Saint-Loup.







Le texte définitif d’Albertine disparue n’a été édité pour la première fois qu’en 1987. C’est le dernier manuscrit sur lequel Marcel Proust travaillait encore quelques semaines avant sa mort. Une première version, que l’on croyait définitive, a été publiée en 1925, qui ne tenait pas compte des corrections ultimes apportées par Proust dans le sens d’une plus grande concision. C’est cette version qui a paru dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1954, sous le titre de la Fugitive. C’est le premier titre auquel Proust avait songé, mais dans une lettre à Gaston Gallimard datée de juin 1922, il avertissait son éditeur qu’il renonçait à ce titre parce que « Madame de Brimont [venait] de traduire un livre de Tagore, sous le titre la Fugitive. Donc, pas de Fugitive, ce qui ferait des malentendus. »













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