Scherer, Jacques, La Dramaturgie classique en France, Paris, Librairie A. G. Nizet, 1986





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SCHERER, Jacques, La Dramaturgie classique en France, Paris, Librairie A.-G. Nizet, 1986.
PREMIERE PARTIE LA STRUCTURE INTERNE DE LA PIECE
CHAP. PREMIER LES PERSONNAGES
I DIFFERENTES SORTES DE PERSONNAGES
II LE CHARME DES HÉROS
Corneille ne pourra pas permettre à Rodrigue, qui est vaillant et noble, mais non fils de roi, d’épouser l’Infante.

Les stances de Rodrigue dans le Cid ont enchanté les spectateurs du XVIIème s. moins par la décision à laquelle elles aboutissent que par l’harmonieuse indécision qu’elles expriment d’abord, et qui torture le héros.
III LE HEROS PRODIGUE ET LE HEROS RARE
L’abbé d’Aubignac (La Pratique du Théâtre, 1657) : « Les principaux personnages doivent paraître le plus souvent et demeurer le plus longtemps qu’il est possible sur le théâtre. »

→ La présence du héros dans tous les actes : dans le Cid, Chimène, Rodrigue et Don Diègue.
IV ROIS ET PÈRES
V EVOLUTION DES PERSONNAGES SECONDAIRES
VI UN SOUS-PRODUIT DE L ÉVOLUTION : LE CONFIDENT
3ème comédie de Corneille, La Galerie du Palais : « Le personnage de nourrice, qui est de la vieille comédie et que le manque d’actrices sur nos théâtres y avait conservé jusqu’alors, afin qu’un homme le pût représenter sous le masque, se trouve ici métamorphosé en celui de suivante, qu’une femme représente sur son visage ».

Le mot de nourrice restera suspect à bien des auteurs de tragédies. Corneille s’en méfie (cf. Médée)

dans le Cid, Léonor est « gouvernante » de l’Infante…

Une héroïne qui se prépare à être audacieuse préfère être seule […] C’est une forme nouvelle du fameux mot de Chimène à Rodrigue dans le Cid :

Sors vainqueur d’un combat dont Chimène est le prix.

Pierre Corneille, pas plus que son frère, n’avait fait assister une confidente à ces élans du cœur ; par contre, dans l’autre grande scène du Cid où Rodrigue et Chimène sont face à face, celle où ils déplorent leur destin tout en affirmant qu’ils s’aiment toujours, Elvire était là.
Gêne manifeste : Corneille qui avait appelé Elvire « suivante de Chimène » ds l’édition originale du Cid ; corrige à partir de 1660, Elvire devient « gouvernante de Chimène ».
CHAP. II L’EXPOSITION
I OÙ EST L’EXPOSITION ?
La première scène du Cid fait savoir que Rodrigue et Chimène s’aiment et vont se marier ; la deuxième, que l’Infante aime Rodrigue : élément utile, mais secondaire.
II A LA RECHERCHE DE L’EXPOSITION PARFAITE
« L’exposition doit être entière, courte, claire, intéressante et vraisemblable ».

L’exposition du Cid est courte mais incomplète.
III TYPES D’EXPOSITIONS
Le Cid s’ouvrait, dans le texte de la première représentation et dans celui de l’édition originale, par une scène entre le Comte et Elvire, qui attira à Corneille de nombreuses critiques : on ne trouvait pas digne d’un grand seigneur de converser familièrement avec une suivante.

Corneille supprimera en 1660 ce qu’il considérait donc encore comme une faute, en faisant d’ailleurs passer la matière de cette scène dans l’entretien entre Elvire et Chimène, par lequel commence désormais la pièce.

CHAP. III LE NŒUD : LES OBSTACLES
I INTRIGUE, NŒUD, SITUATIONS, OBSTACLES
II LES VRAIS OBSTACLES : PRIMAUTÉ DU DILEMME
Les différences de rang social ont la même fonction que les différences de fortune. La distance infinie qui, selon les idées du XVIIème siècle, sépare une fille de roi d’un « sujet », si glorieux qu’il soit, est un obstacle plus infranchissable encore que celui de l’argent.

(mais) l’Infante du Cid n’a besoin d’aucun père pour renoncer à Rodrigue.

Rodrigue et Chimène sont séparés par la mort du Comte, qui résulte elle-même de l’attitude arrogante de ce père ; mais il n’y a de drame que parce que les jeunes gens acceptent cette situation, avec tous les déchirements qu’elle implique pour leur amour ; d’extérieur, l’obstacle devient intérieur.

Le sujet du Cid n’est tragique que parce que les héros veulent satisfaire à la fois leur « gloire » et leur amour ; si l’on supprime l’un des deux objectifs, il n’y a plus de problème. Ce conflit nécessaire est parfois appelé, lui aussi, « situation ».

Le dilemme aboutit parfois à une solution, quand l’un des deux sentiments qui le constituent finit par l’emporter sur l’autre dans le cœur du héros. Les stances de Rodrigue se terminent par la victoire de l’honneur sur l’amour. Mais le plus souvent, le dilemme n’aboutit à aucune solution et sert à souligner l’irrésolution tragique du héros.
III LES FAUX OBSTACLES : PRIMAUTÉ DU QUIPROQUO
Corneille prolonge pour l’amour du quiproquo, l’emportement de Chimène dans le Cid, quand Don Sanche lui apporte l’épée de Rodrigue, qu’elle croit mort. Les Sentiments de l’Académie Française sur le Cid apprécient sévèrement cette invraisemblance. « (…) au lieu que la surprise qui trouble Chimène devait être courte, le poète l’a étendue jusques à dégoûter les spectateurs les plus patients, qui ne se peuvent assez étonner que ce D. Sanche ne l’éclaircisse pas du succès de son combat avec une parole, laquelle il lui pouvait bien dire, puisqu’il lui peut bien demander audience deux ou trois fois pour l’en éclaircir. »
Un type particulièrement fréquent de quiproquo est celui qui porte sur le résultat d’une bataille ou d’un combat singulier (sur une action passée non représentée sur la scène) : ex. la méprise de Chimène sur le duel de Rodrigue avec Don Sanche dans le Cid.

C’est à la faveur de quiproquos que Chimène, à deux reprises dans le Cid, donnera la preuve de son amour pour Rodrigue parce qu’elle croira que Rodrigue est mort.
CHAP. IV LE NŒUD : LES PÉRIPÉTIES
I PÉRIPÉTIE ET PÉRIPÉTIES
II DÉFINITION, HISTOIRE ET FONCTION DES PÉRIPÉTIES
Une exposition en action peut présenter des événements imprévus qui modifient les sentiments antérieurs des personnages ; elle reste une exposition. Chez Corneille, la mort du Comte dans Le Cid.

Rodrigue dans le Cid nous émeut.

L’Académie Française aurait même voulu que Corneille appliquât au Comte dans le Cid cette recette infaillible pour dénouements heureux : si le Comte n’était pas mort à la suite de son duel, la pièce aurait peut-être perdu tout intérêt, mais les « bienséances » du moins eussent été respectées !

Corneille introduit bien dans le Cid un combat contre les Mores et un duel avec Don Sanche, mais ces événements extérieurs n’ont pas d’influence réelle sur les sentiments des héros : le vrai drame psychologique se développe en dehors d’eux, et le Cid, dont la technique dramatique est archaïque à tant d’égards, reste pourtant une pièce humainement simple, en dépit de ses complications de surface.
CHAP. V LES UNITÉS D’ACTION, DE PÉRIL ET D’INTÉRÊT
I NŒUD ET ACTION
II UNITÉ ET SIMPLICITÉ
III DE L’ÉPISODE AU FIL
Récit de la chute de Troie dans l’Enéide ou celui du combat contre les Mores dans le Cid sont des épisodes.

- Dans le Cid de Corneille, l’amour de Rodrigue et de Chimène et l’amour de l’Infante pour Rodrigue constituent deux fils présentés continûment du début à la fin de la pièce.


IV CARACTÈRES DE L’UNIFICATION DE L’ACTION
L’abbé d’Aubignac : « Les épisodes doivent être tellement incorporés au principal sujet qu’on ne les puisse séparer sans détruire tout l’ouvrage » et il donnait comme exemple de manquement à cette règle le rôle de l’Infante dans le Cid. L’inutilité de ce personnage pour l’action principale a en effet frappé le public du XVIIème siècle. Même le Jugement du Cid, « composé par un Bourgeois de Paris, Marguillier de sa Paroisse, qui défend le Cid contre ses critiques, déclare : « Je sais bien que l’Infante est un personnage inutile, mais il fallait remplir la pièce ». Corneille lui-même avoue, dans son premier discours, d’une façon implicite, que l’Infante du Cid viole l’unité d’action, puisqu’il écrit : « Aristote blâme fort les épisodes détachés, et dit que les mauvais poètes en font par ignorance, et les bons en faveur des comédiens pour leur donner de l’emploi. L’Infante du Cid est de ce nombre, et on pourra la condamner ou lui faire grâce par ce texte d’Aristote, suivant le rang qu’on voudra me donner parmi nos modernes ». Comme on ne peut guère supposer que Corneille se classe lui-même parmi les mauvais poètes qui agissent par ignorance, il faut admettre que c’est l’autre interprétation qui est la bonne ; Corneille donne ainsi raison à la critique de Scudéry qui, dans ses Observations sur le Cid, proclamait « que Dona Urraque n’y est que pour faire jouer la Beauchâteau ».

L’exemple le plus incontestable et le plus souvent allégué d’intrigue secondaire qui rompe l’unité d’action est le rôle de l’Infante dans le Cid ; il est allégué, par d’Aubignac lui-même. Peut-on dire que le sort de l’Infante ne dépende pas du « principal sujet », qui est l’amour de Rodrigue et de Chimène ? Tout au contraire, il ne fait qu’en dépendre. Si l’Infante nous apparaît comme un personnage mal lié à l’essentiel du Cid, c’est précisément parce qu’elle n’existe qu’en fonction des deux amants, que son sort dépend exclusivement des événements qui rendront impossible ou possible le mariage de Chimène et de Rodrigue et que par suite son rôle, n’intervenant en quelque sorte que par voie de conséquence, peut aisément être supprimé. La « subordination », telle que l’entendent les théoriciens du XVIIème siècle, est ici parfaite ; et pourtant, en raison même de cette perfection, elle détruit l’unité d’action.

Mais au théâtre, sinon dans le royaume de France, le pouvoir vient d’en bas : une action secondaire ne sera vraiment « liée » à une action principale que si cette dernière, en quelque façon, dépend d’elle, et c’est précisément parce que l’Infante n’a aucune influence sur les héros du Cid qu’elle se détache d’eux si facilement.

C’est précisément parce que les idées changent vers cette époque que le rôle de l’Infante dans le Cid, lié à l’action principale exactement de la même façon que les précédents, choque les spectateurs de 1637.
V LES UNITÉS DE PÉRIL ET D’INTÉRÊT
Combien le poème du Cid a-t-il d’âmes ? Plus de deux, assurément. Le combat de Rodrigue contre le Comte en est une, celui contre les Mores une autre, celui contre Don Sanche une troisième, et peut-être y en a-t-il une quatrième dans les moments où Rodrigue offre à Chimène de se laisser tuer par elle.

C’est La Motte qui lance la formule : « (…) l’unité d’intérêt est encore indépendante des trois autres unités, puisque dans le Cid il n’y a unité ni de temps, ni de lieu, ni d’action, et que cependant l’unité d’intérêt y subsiste toujours, puisqu’il n’y tombe jamais que sur Rodrigue et sur Chimène, ce qui prouve très bien en passant que l’unité d’intérêt est très distinguée de l’unité d’action ».
CHAP. VI L’UNITÉ DE TEMPS
I NŒUD ET TEMPS
II LES ÉPOQUES DE L’UNITÉ DE TEMPS
Même difficulté dans le Cid, et c’est précisément le succès prodigieux de cette pièce et la querelle qu’elle a provoquée qui révèlent à l’opinion la contradiction latente entre la conception pré-classique d’une action chargée d’incidents et l’exigence classique de limitation du temps. Il n’y a peut-être pas de reproche qui, lors de la querelle, soit plus fréquemment adressé au Cid : la pièce rassemble trop de faits pour un jour, il est invraisemblable que tant d’événements aient pu se passer en 24 heures. Scudéry le 1er exprime cette opinion, qui sera celle de presque tous ; il rappelle, dans ses Observations sur le Cid, les nombreux événements de la pièce, et conclut ironiquement : « (…) je vous laisse à juger si ne voilà pas un jour bien employé et si l’on n’aurait pas grand tort d’accuser tous ces personnages de paresse ».

Corneille (pas convaincu par les critiques portant sur les bienséances), avouera dans l’Examen de 1660 : « Je ne puis dénier que la règle des vingt et quatre heures presse trop les incidents de cette pièce. »


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