Le drame hugolien sur les theatres de rouen





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LE DRAME HUGOLIEN SUR LES THEATRES DE ROUEN.

(1833-1845)

Durant cette intervention je vais m'attacher à vous rendre compte des représentations des drames de Victor Hugo et de leur réception dans une ville de province telle que Rouen et dans le seul contexte de la Monarchie de Juillet.

Cette étude devra prendre en compte plusieurs éléments interdépendants et inhérents à la vie théâtrale :

1) le spectacle en lui-même, tant sur le plan de la mise en scène qu'au niveau du jeu des comédiens, et les conditions dans lesquelles les drames seront représentés - en effet, le drame ne sera pas créé à Rouen dans les mêmes conditions qu'à Paris -,

2) la place accordée aux drames de Victor Hugo dans le répertoire général des théâtres et donc dans la politique exercée par leur direction, et enfin

3) leur réception par le public et par la critique dramatique dans la presse locale de l'époque.
Au XIXe siècle, le grand quotidien domine l'activité journalistique rouennaise est le Journal de Rouen, libéral modéré, qui, sous la Monarchie de Juillet, représente à lui seul toutes les tendances politiques de gauche.

Plusieurs quotidiens de droite orléaniste ont paru concurremment au Journal de Rouen : c'est le cas de l'Echo de Rouen, de 1831 à 1839, et du Mémorial de Rouen, de 1836 à 1852.

De plus, de 1831 à 1836, deux quotidiens légitimistes se sont succédés : la Gazette de Normandie puis la Normandie. Mais leur portée est très faible, le parti légitimiste ayant peu d'influence à Rouen . C'est dans ces deux périodiques que l'on trouvera les attaques les plus violentes contre le drame romantique.

Parallèlement, des petites journaux spécialisés dans les arts et les modes apparaissent, comme par exemple l'Indiscret, en 1834-35, le Boeildieu, en 1835-36 et le Colibri, de 1836 à 1841 .

Enfin il existe aussi à cette période, de 1833 à 1852, une revue mensuelle historique et artistique : la Revue de Rouen, publication érudite considérée comme l'expression collective d'une intelligentsia locale1.
Depuis la fin du dix-huitième siècle, deux salles de théâtre coexistent à Rouen : le Théâtre des Arts et le Théâtre Français.

Rouen, qui en cette première moitié du dix-neuvième siècle est la cinquième ville de France (tant par sa prospérité économique que par son importance démographique)2, fait partie du petit nombre de "villes à troupes théâtrales sédentaires »3 ; elle est de plus une des rares villes de province, avec Lyon, Bordeaux, Marseille et Toulouse, à avoir l'autorisation de posséder deux salles de théâtre.

La présence de ces deux théâtres dans la ville aurait pu engendrer une émulation favorable à l'amélioration de la qualité des spectacles. Mais ce ne fut globalement pas le cas. Pour le début de la période qui nous intéresse, de 1832 à 1835, le directeur des théâtres, Louis Walter, désigne un sous-directeur, M. Houdard, pour administrer le second théâtre. M. Houdard formera sa propre troupe de comédiens, composée en grande partie d'amateurs. Cette période d'activité presque intensive du Théâtre Français a rendu service au drame romantique : c'est sa troupe qui créera successivement les drames de Marie Tudor et de La Maréchale d'Ancre, en 1834, drames que le directeur du grand théâtre, par prudence, n'avait pas osé faire représenter.

Malheureusement, cette période, fructueuse pour l'activité théâtrale rouennaise, fut assez brève. Le reste du temps, c'est la troupe du Théâtre des Arts qui se charge, environ deux soirs par semaine, des représentations sur le Théâtre Français.
Malgré tout, les deux théâtres n'ont jamais eu en commun un répertoire unique. Comme le remarque Jules Edouard Bouteiller dans son Histoire complète et méthodique des théâtres de Rouen, « l’exiguïté même de la salle [ du Théâtre Français] a imposé certaines préférences dans le choix des ouvrages.". C'est en partie pourquoi le second théâtre est plutôt spécialisé dans des genres mineurs et plus populaires comme le vaudeville et le mélodrame. Par conséquent, le public du Théâtre Français est différent de celui du Théâtre des Arts, et provient pour l'essentiel des classes moyennes. Tandis que « pour les bourgeois, seul compte le Théâtre des Arts »4.
Le drame romantique aura sa place dans le répertoire des deux théâtres de Rouen.

Ainsi, le public de théâtre rouennais dans sa totalité a pu se trouver confronté à la révolution esthétique et idéologique que représente le drame romantique, et surtout celui de Victor Hugo.
Dans un article intitulé "Les deux publics"5 (extrait de Qui-vive?, une petite feuille littéraire de 1837), la distinction entre le public du Théâtre des Arts et celui du Théâtre Français est exprimée avec emphase, et non sans un net parti-pris en faveur du public du second théâtre : "C'est l'eau et le feu, c'est Pékin et Paris, [... ] c'est une méchante et hargneuse vieille et une jeune et bonne fille. L'un en un mot est l'antipode de l'autre, ils sont séparés par le diamètre de la terre.". Le public du théâtre secondaire est défini comme "un public impressionnable à toutes les joies et à toutes les douleurs" ; c'est le genre de public auquel aspirait le plus Victor Hugo, le public populaire, qui était selon lui, comme le rapporte Adèle Hugo "le vrai public, vivant, impressionnable, sans préjugés littéraires, tel qu'il le fallait à l'art libre"6.

Ainsi, schématiquement, il existe à Rouen un théâtre pour l'élite et un théâtre pour le peuple. Le drame romantique devait donc se frayer une place dans le répertoire des deux scènes pour pouvoir atteindre le but de toucher le public le plus large possible.

L'enjeu est donc double : il faut à la fois faire accepter le drame par une élite bourgeoise, admiratrice de Corneille et de Scribe, et par un public plus populaire, donc plus ouvert à la nouveauté mais en même temps enfermé dans le cadre rigide et plus directement intelligible du genre mélodramatique.
Les théâtres provinciaux ne font, le plus souvent, que "reproduire" les spectacles à grand succès importés de la capitale. Le personnel des théâtres a recours, pour monter une pièce, aux retranscriptions des détails de mises en scènes (décors, costumes, placements des acteurs sur scène) que leur offrent certains petits journaux parisiens spécialisés dans l'art du spectacle.

Et on sait à quel point Victor Hugo attachait de l'importance à la mise en scène de ses pièces. Il était conscient des conséquences que pouvaient avoir son absence des scènes de province sur la qualité de représentations exigeant le respect des moindre détails ; et c'est pour cela qu'il prit soin d'ajouter à la fin de l'édition de la plupart de ses pièces une note à l'attention des directeurs des théâtres de province. Dans ces notes, il incite ces derniers à reproduire de près la mise en scène telle qu'elle a été effectuée à Paris et, par la même occasion, il invite les acteurs à modeler leur jeu sur celui des créateurs parisiens en énumérant les qualités déployées par ceux-ci dans l’interprétation de leurs rôles.
Or, il ne faut pas pour autant s'imaginer que les spectacles donnés en province sont strictement similaires à leurs modèles. Les représentations n'ont pas lieu, d'une part, dans les mêmes conditions matérielles et, d'autre part, la direction du théâtre peut se permettre de prendre des libertés par rapport au spectacle tel qu'il a lieu à Paris. Ainsi, à Rouen, on ne se contente pas toujours des coupures imposées par Paris : nous verrons plus loin que cela est le cas, notamment, pour Lucrèce Borgia.

En outre, il est difficile pour des comédiens de province de parvenir à un résultat similaire à celui auquel les créateurs parisiens des drames étaient parvenus. On sait en effet combien Victor Hugo-"metteur en scène" accordait de soins à la direction du jeu des acteurs lors des répétitions. Or, les théâtres de province ne bénéficient pas de cette participation personnelle active de l'auteur à la mise en scène. Et cette absence de l'auteur peut avoir des conséquences parfois néfastes sur la qualité du spectacle, car le drame hugolien exige des comédiens de grand talent et un long et rigoureux travail de répétition dont les théâtres de province ne peuvent pas toujours bénéficier.


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