Le drame hugolien sur les theatres de rouen





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Les débuts du drame romantique à Rouen



A l'instar du public parisien, le public rouennais a pu assister à ce préliminaire au drame romantique qu'a représenté la tournée des comédiens anglais. Leur réception à Rouen, en août-septembre 1828, fut tout aussi enthousiaste qu'à Paris.
Le drame romantique avait fait ses débuts à Paris avec Henri III et sa cour d'Alexandre Dumas. Malgré son énorme succès, la pièce, bien que prévue dans le répertoire pour la saison 1829-1830, ne fut pas représentée à Rouen.

Pour ce qui est d'Hernani, il semble qu'il n'a jamais été question pour les directeurs des théâtres de créer cette pièce à Rouen.

En 1830, la presse locale ne rend quasiment pas compte des événements liés aux représentations de ce drame. Pourtant un grand quotidien tel que le Journal de Rouen, se doit de faire l'écho des événements les plus marquants qui ont lieu dans la capitale.

L'absence de traces de ces événements dans le Journal de Rouen est significatif si l'on songe qu'une partie de ses lecteurs était abonnée simultanément à un journal parisien. En fait, le grand quotidien, en tant que représentant d'une bourgeoisie ennemie du scandale, semble s'être donné pour principe de ne pas rendre compte de telles "dérives".

Par conséquent, le public rouennais n'a que peu d'échos de cette révolution théâtrale, à moins de suivre assidûment les débats qu'elle occasionne dans la presse parisienne, et seuls les lecteurs de la presse nationale parisienne sont à môme de se rendre compte de l'enjeu esthétique et idéologique lié à la bataille d'Hernani.
Cette absence d'Hernani est presque de l'ordre de l'autocensure tant de la part de la presse que de la part de la direction des théâtres. Le désordre engendré par la pièce à Paris fait sans doute peur et personne ne tient à ce que de tels événements soient reproduits à Rouen. La politique de la direction est basée sur le règne de l'ordre lors des représentations et sur l'assurance du succès d'une pièce dès sa première représentation. Et, par conséquent, elle tient compte de la réception par le public parisien : le succès doit être complet à Paris pour qu'une pièce ait sa place dans le répertoire du Théâtre des Arts, ce qui est loin d'être le cas d'Hernani.
Marion Delorme ne sera pas non plus représentée à Rouen, car son succès à Paris fut trop peu retentissant.

Et, de toute évidence, Le Roi s'amuse, n'aura pas non plus sa place dans le répertoire du Théâtre des Arts.

Durant cette période de la Monarchie de Juillet, seulement quatre des drames de Hugo seront représentés à Rouen : Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Angelo, tyran de Padoue et Ruy Blas.
Le drame romantique ne fera son apparition sur le Théâtre des Arts qu'en décembre 1831, avec l'Antony de Dumas. Et c'est cette pièce qui fut à Rouen l'objet d'une bataille sans précédent. Cette année-là, Antony n'eut que deux représentations : la pièce fit en effet scandale et fut violemment rejetée par le public. Cette "bataille d'Antony", que l'on peut considérer comme l'équivalent rouennais de la "bataille d'Hernani", aura une suite, moins violente toutefois, durant les deux premières représentations de Richard Darlington, en février 1832, qui se solderont cette fois par une victoire du drame nouveau


Lucrèce Borgia



Le drame hugolien ne fera sa première apparition à Rouen que le 25 mars 1833 avec Lucrèce Borgia, un peu plus d'un mois après sa première représentation parisienne, et on comprend bien que cette première est vécue comme un grand événement aux yeux du public rouennais.

Le succès de la première semble avoir été activement soutenu par la présence de partisans de Victor Hugo. Le chroniqueur du Journal de Rouen parle "des clameurs et des trépignements de nos jeunes-france après la chute du rideau. Ce vacarme, qui s'est prolongé plus d'une demi-heure, serait capable de provoquer des réactions, si la partie calme du public était susceptible de rancune"7. Ce critique qualifie ironiquement d"'excellents travailleurs" ces partisans, concentrés dans le parterre, et les accuse d'avoir compromis le succès de la pièce en applaudissant vigoureusement les passages où selon lui, le mauvais goût de Hugo excelle.

Le chroniqueur du quotidien orléaniste l’Echo de Rouen signale lui aussi ces "applaudissements intempestifs du parterre" auxquels sont venus se mêler "quelques sifflets vengeurs de la réputation des papes »8 ; car selon lui, ce qui a surtout choqué les quelques opposants qui se sont manifestés pendant la représentation, ce sont les allusions dévalorisantes au pape Alexandre VI.
Achille Larive, dans la Revue de Rouen, ignore ce semblant de lutte entre classiques et romantiques pour ne constater que l'essentiel, c'est à dire l'effet produit sur le public dans sa globalité ; il insiste sur "l'impression électrique que toute la salle a ressentie", sur la "terreur continuelle que ce grand drame a répandue dans tout le cours de sa marche"9. Ainsi, et c'est là l'essentiel, Lucrèce Borgia a fait sensation ce soir-là.

Mais, ce même compte-rendu nous informe que le directeur du Théâtre des Arts, Louis Walter, a effectué des coupures dans le texte. Ces coupures sont essentiellement d'ordre idéologique et relèvent de cette peur du scandale qui hante les institutions rouennaises, mais aussi de la peur de sifflets susceptibles de faire échouer la pièce. Par exemple, on a supprimé cette réplique de Gubetta à Dona Lucrezia, réplique grotesque jugée sans doute de trop mauvais goût par Louis Walter : "C'est qu'il faut que la queue du diable lui soit soudée, chevillée et vissée à l'échine d'une façon bien triomphante, pour qu'elle résiste à l'innombrable multitude de gens qui la tire perpétuellement." (acte II, partie II, scène 1). Le directeur semble avoir voulu gommer cette surabondance du mauvais goût et de l'horreur qui avait offusquée une partie de la critique parisienne. Le chroniqueur de la Revue de Rouen signale une autre coupure:

"Je ne sais pourquoi on a supprimé cette partie de scène où un homme à cheveux blancs, maigre, chancelant, passe dans le fond du théâtre, et justifie son apparition par ces paroles de Maffio :

Ou bien, un homme tombe tout à coup en langueur ; sa peau se ride, ses yeux se cavent, ses cheveux blanchissent, ses dents se brisent comme verre sur pain ; il ne marche plus, il se traîne ; il ne respire plus, il râle, il ne rit plus, il ne dort plus, il grelotte au soleil en plein midi ; jeune homme, il a l'air d'un vieillard, il agonise ainsi quelque temps ; enfin il meurt, et alors on se souvient quel y a six mois ou un an, il a bu un vin de Chypre chez un Borgia." (acte I, partie II, scène 3)

Cette description des plus macabres de l'agonie d’une des nombreuses victimes du pape Alexandre VI dévoile trop physiquement l’extrême violence et l’extrême férocité de ce personnage. Le directeur considérant cette scène comme trop choquante pour ne pas provoquer des remous dans la salle, a jugé prudent de la censurer.

Ces suppressions sont donc la conséquence d'une grande prudence de la part de l'administration théâtrale, de la crainte que quelques passages de la pièce jugés trop choquants puisse compromettre son succès. Elles sont aussi la preuve d'une volonté de résistance contre le mauvais goût romantique, par opposition au bon goût classique.
Les jugements portés sur ce drame dans la presse locale, en 1833, reprennent de près ou de loin les principaux arguments développés un mois auparavant par la critique parisienne. Deux hypothèses différentes étaient émises par la critique antiromantique pour justifier le triomphe inattendu de la pièce : soit parce que Lucrèce Borgia était un pièce classique, soit parce qu'elle était proche du mélodrame. Le chroniqueur de l'Echo de Rouen reprend ces deux idées en les fusionnant et conclut ainsi sa critique : la pièce est une "espèce de milieu entre la tragédie et le mélodrame". Cet article apparemment plutôt élogieux, est en fait faussement favorable au drame de Hugo au sens où il ne le considère pas comme appartenant au genre romantique, et cet extrait nous le prouve:

"En faisant la part de ce qui est dû à quelques travers du moment, à l'influence du Boulevard, la pièce de Victor Hugo, au lieu de faire un pas de plus dans la direction de la nouvelle école, nous semble plutôt rentrer dans les anciennes traditions classiques. »10
Ce chroniqueur fait donc preuve de sournoiserie en ôtant à Hugo à la fois le mérite de la novation et celui de la noblesse, de la dignité classique. Ce même article s'attache ensuite à développer la presque inévitable comparaison de la pièce avec La Tour de Nesle et souligne que ce qui la différencie essentiellement de cette dernière, c'est sa moralité. La pièce n'est donc pas jugée immorale et au contraire, ce même chroniqueur a été, de ce point de vue, agréablement surpris : "Le nom de Borgia rappelle une telle complication d'atrocités et de profanation, que l'on s'attendait généralement à voir tenter le dernier effort de l'immoralité comme moyen de succès théâtral mais la de représentation est venue faire évanouir les espérances des amis comme les craintes des ennemis du scandale." Tout l'article se situe donc de manière biaisée entre "amis" et "ennemis" de Victor Hugo.

Quant au chroniqueur du modéré Journal de Rouen, il fait grâce à la pièce des accusations d'invraisemblance et de mauvais goût pour s'attacher plutôt à ses qualités proprement dramatiques, et il avoue trouver ce drame "attachant11. Il se refuse lui aussi à toute condamnation pour immoralité et affirme avec indulgence que l' «on ne peut pas accuser l'auteur d'avoir calomnié la fille d'Alexandre VI, car la fable de M. Hugo n'est rien auprès des forfaits que l'histoire lui impute."

Donc, globalement, la critique locale fait preuve de modération et se garde d'adresser des reproches politiques et moraux pour s'attacher plutôt à l'aspect proprement dramatique de Lucrèce Borgia.


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