Le drame hugolien sur les theatres de rouen





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Marie Tudor



Le directeur du Théâtre des Arts, Louis Walter, avait fait preuve de prudence en censurant quelques passages de Lucrèce Borgia. Mais, en refusant de faire jouer Marie Tudor sur son théâtre, son excès de précaution va lui faire manquer une occasion de remplir sa caisse.
Ainsi, c'est au Théâtre Français, que, grâce à une heureuse initiative du sous-directeur, M. Houdard, la foule se bousculera pour assister aux représentations de ce nouveau drame.

La première eut lieu le 11 mars 1834, quelques quatre mois après sa première parisienne.
Des dépenses considérables ont été consacrées à cette représentation. Elles viennent compenser certaines faiblesses propres au Théâtre Français et notamment l'exiguïté de la salle, peu compatible avec le faste qui est généralement déployé à Paris pour les spectacles de Hugo. Rappelons aussi que les comédiens de la troupe du Théâtre Français sont pour la plupart des amateurs, habitués à jouer les rôles souvent superficiels des pièces "faciles" qui compose l'essentiel de leur répertoire, et la création d'un tel drame devait solliciter de leur part de studieux efforts.

Ainsi, tous les critiques dramatiques s'accordent sur la qualité de la représentation, exceptionnelle pour un théâtre secondaire. Un effort important a été fourni par M. Houdard, tant au niveau des décors et des costumes qu'au niveau du travail des comédiens.
Mais tous aussi regrettent qu'une pièce représentant un tel enjeu pour le "progrès" de l'art et sa diffusion à Rouen ait été soumise au jugement d'un public indigne d'en décider le sort. Cette attitude dénigrante et élitiste (au sens où les critiques se mettent en position de faire-valoir de la bourgeoisie) est particulièrement forte dans le compte-rendu de l'Echo de Rouen:

"[ ... ]le tribunal ne nous semblait pas proportionné à la grandeur et à la majesté de la cause. Nous souffrions à voir de si puissants intérêts défendus et jugés dans une si étroite enceinte ; nous regrettions ce concours imposant des grandes masses qui, seul, peut valider des arrêts trop souvent prononcés sans parfaite connaissance de cause. [... ] C'était sur le Grand Théâtre qu'il fallait présenter au public le dernier ouvrage de Victor Hugo, car on devait sentir que, pour un nom comme le sien, une chute éclatante était préférable peut-être à un succès obscur et surtout au malheureux ballottage qui, hier soir, a laissé l'affaire en litige."12

Le discours de ce chroniqueur est en effet truqué sous couvert de réclamer le jugement des "grandes masses", c'est celui de l'élite qu'il réclame.

Ce jugement de la critique est sévère mais prévisible à une époque où, dans le domaine de l'art, l'opposition entre le peuple et l'élite est très forte. Et cette appréciation témoigne d'une incompréhension - ou plutôt d'une compréhension biaisée - des intentions de Victor Hugo qui voulait justement un art total qui s'adresse à la fois à l'élite et au peuple, au public dans sa totalité. Et, comme nous l'avons déjà remarqué, un public comme celui du second théâtre est précisément le genre de public qu'Hugo affectionne particulièrement et cherche à atteindre.

Et, faute d'avoir pu toucher ces "grandes masses" qui composent le public du Théâtre des Arts, la pièce a au moins l'avantage d'avoir attiré une foule plus populaire et désireuse de pouvoir elle aussi goûter à l'art nouveau. Ainsi, ce même article de l'Echo s'ouvre sur ce constat : "une grande solennité dramatique attirait hier la foule à notre second théâtre ; un grand drame se jouait dans cette salle jusqu'ici consacrée à des ouvrages souvent frivoles.". Enfin le public populaire rouennais a accès à un art qui ne lui est pas exclusivement destiné.
Marie Tudor ne sera représentée sur le Théâtre des Arts qu'en 1839, le 19 et le 30 décembre, lors de représentations extraordinaires de Mademoiselle George. Sans le concours de cette grande créatrice du drame, la pièce n'aurait jamais été reprise à Rouen.
La critique se partage et s'équilibre en trois articles distincts : l'article de la légitimiste Gazette de Normandie13 condamne le drame sans réserve, celui du Journal de Rouen14 hésite entre l'éloge et le blâme, alors que dans le compte rendu de l'Echo de Rouen15, contrairement à celui que ce même quotidien avait publié sur Lucrèce Borgia16, le chroniqueur se place en position de partisan de la révolution théâtrale hugolienne.

Ce dernier voit en Marie Tudor le véritable instrument de cette révolution, et en vient même à suggérer aux directeurs des théâtres d'enchaîner sur une représentation d'Hernani pour que le public puisse pleinement se rendre compte des intentions de Victor Hugo. Il commence par reprendre ces lieux communs qui servent d'attaques contre Hugo mais pour en souligner le caractère superficiel : "[... ] si de graves reproches peuvent être adressés à l'oeuvre, si des expressions outrées, si des situations peu vraisemblables, si des pensées hasardées ou même fausses y viennent quelquefois blesser la raison sévère, et motiver en apparence un verdict de condamnation, vous devez ne point vous arrêter à ces premiers dehors [... ]". Et le critique soutient le combat mené par le poète : "Avant que la jeune littérature nous ait rapproché de ces grands maîtres dont la nature était l'unique modèle, tout sur notre scène était factice et de convention". Ainsi il soutient vigoureusement Victor Hugo dans ses intentions d'intégrer pleinement la vérité et la nature dans l'art.

Le chroniqueur du Journal de Rouen est nettement moins enthousiaste, mais sa critique reste modérée et hésitante : tout en condamnant le grotesque et le monstrueux, l'absence de vérité historique, l'invraisemblance et l'immoralité dans la pièce, il n'hésite pas à louer l'efficacité de l'action dramatique et les fortes émotions qu'elle fait naître chez le spectateur.

A la critique plutôt bienveillante proposée par ces deux quotidiens vient s'opposer la condamnation véhémente du chroniqueur de la Gazette de Normandie. Celui-ci n'hésite pas à affirmer que Marie Tudor est le "plus mauvais drame de Hugo". Comme cela était déjà le cas dans le compte-rendu de Lucrèce Borgia publié par ce même journal (mais pas rédigé par le même critique), ses accusations sont essentiellement d'ordre moral et politique. C'est pourquoi il s'exclame :

"Quel écart de génie que ce nouveau drame! ... et plût à Dieu que ce ne fut qu'un écart de génie! ... Mais c'est pire que cela ; pareille composition est une oeuvre coupable, c'est de la boue jetée à toutes les couronnes."

Et le dégoût tout particulier que lui inspire le personnage de la reine vient contaminer le jugement qu'il porte sur le jeu de l'actrice qui l'incarne, Mme Provence. Prenant pour prétexte que cette actrice est plutôt habituée à jouer des rôles grivois et frivoles, il fait ce constat :

"C'était chose curieuse que ces paroles vulgaires, à la Hugo, redites par une femme portant couronne, et parlant avec le ton des halles [... ].

Si le poète avait entendu madame Provence, je me figure qu'il l'eut applaudie, car elle faisait voir la royauté encore plus basse, plus vile, qu'il ne l'avait conçue."

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