Le drame hugolien sur les theatres de rouen





télécharger 98.87 Kb.
titreLe drame hugolien sur les theatres de rouen
page5/8
date de publication03.11.2017
taille98.87 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8

Angelo



L'interdiction de Lucrèce Borgia en octobre 1835 n'empêchera pas la représentation, six mois plus tard du nouveau drame de Hugo, Angelo, tyran de Padoue.
A cause de son succès dans la capitale, Angelo est très attendu à Rouen, d'autant plus que sa création fut retardée de plusieurs mois par un contretemps : c'est Mademoiselle Mars elle-même qui était chargée de présenter le drame au public à l'occasion d'une tournée mais une maladie empêcha au dernier moment sa venue.

La première d'Angelo au Théâtre des Arts, qui eut lieu le 12 avril 1836 et sans Mademoiselle Mars, semble s’être soldée par un échec, ou du moins a-t-elle été reçue assez froidement par le public. On trouve un témoignage contradictoire dans le seul article franchement enthousiaste pour la pièce, paru dans l'Echo de Rouen, où le chroniqueur met l'opposition faite au drame sur le compte des manifestations de quelques irréductibles : "Le succès de l'ouvrage a été contesté, mais on sait de reste que chez nous le drame a ses détracteurs par système, et ceux-là sans doute ne reviendront jamais de leur opinion".

Les critiques mettent la froideur de cet accueil sur le compte du fameux problème du rapport de Hugo à son public, souvent développé dans la critique parisienne. Ainsi, dans le compte-rendu du Journal de Rouen, on trouve cette affirmation péremptoire , "M. Hugo ne sait pas se mettre en communion avec son auditoire. Ses pièces sont des conversations de l'auteur avec lui-même". Et, de même, le chroniqueur du Boieldieu s'interroge en ces termes : "Qui des deux de Victor Hugo ou du public n'a pas compris l'autre? Nous ne toucherons pas cette grave question, seulement, nous rappellerons ce mot d'Adisson : il faut composer avec les sots comme avec un ennemi supérieur en nombre". Bien heureusement, Hugo ne s'est jamais abaissé à ce genre de concession. Et pourtant, cette justification de la réception de la pièce ne tient pas vraiment debout, quand on pense à l'accueil reçu par, les deux précédents drames. Car, de surcroît, Angelo est entre tous les drames de Hugo un drame de compromis. Pour justifier l'insuccès de la pièce, il faut plutôt aller voir du côté des acteurs. A Paris, la présence simultanée de deux grandes créatrices du drame, de deux grandes vedettes féminines que sont Marie Dorval et Mlle Mars a largement contribué au succès de la pièce. Aussi, le Journal de Rouen nous apprend que "Mme Wenzel nous a psalmodié le rôle de Catarina sur le ton le plus lamentable et le plus déconcertant". Le chroniqueur de la Revue de Rouen est lui aussi de cet avis : "Le rôle de Catarina ne peut être que sublime ou horriblement ridicule ; et l'on sait ce qu'il a été ici ! La Thisbé elle-même [incarnée par Mme Simonnet] n'a évité le ridicule qu'au moyen d'une grande froideur.", et, à propos du jeu du jeune premier Borsat, le critique remarque avec ironie : "L'inexplicable mystère du coeur des femmes peut seul expliquer l'amour de Catarina et de Thisbé pour le Rodolfo insipide et guindé que nous avons vu." Et c'est sans doute ce qui explique les rires du public qui, d'après l'article du Journal de Rouen, ont accompagné une bonne partie du spectacle.

Le Journal de Rouen23 et la Revue de Rouen24 s'accordent à supposer que les drames de Victor Hugo exigent la présence d'acteurs de grand talent que l'ont ne trouve qu'à Paris.

En outre, on sait quelle fut la réception de Lucrèce Borgia lors de sa reprise : une partie du public n'était pas vraiment dans de bonnes dispositions pour accueillir ce nouveau drame.
Et l'accueil réservé à la pièce par la critique est encore moins bienveillante que celui du public.

A Paris, comme le constate Anne Ubersfeld dans Le Roi et le bouffon, le succès populaire d'Angelo avait incité les critiques à édulcorer leurs réprobations. A Rouen c'est l'inverse. L'accueil mitigé de la pièce permet aux critiques d'attaquer de façon plus franche et virulente le drame de Hugo sans craindre de contrarier les lecteurs.

Le seul article élogieux est le compte-rendu donné par l'Echo de Rouen ; et contrairement à ses confrères, son auteur se montre plutôt optimiste quant à l'avenir de la pièce sur les théâtres de Rouen. Il est aussi le seul à louer sans réserves le travail des acteurs principaux.

Les autres compte-rendus développent principalement, comme nous l'avons vu précédemment, l'argument de l'incompréhension entre Hugo-dramaturge et le public. mise à part cela, on ne trouve presque aucune réflexion sur le drame d'Angelo en lui-même. Le Journal de Rouen avait déjà publié, à l'occasion de la première de la pièce à Paris, un feuilleton extrait du Bon Sens signé par Hippolyte Fortoul. Ce long article discréditant point par point l'ensemble de la pièce, on n'a pas jugé utile de revenir sur ces défauts, puisque la réception rouennaise de la pièce les a soi-disant justifiés.
Cette première représentation d'Angelo aurait aussi pu en être la dernière si Mme Volnys n'était pas venue, deux mois plus tard (les 16 et 19 juin 1836) réconcilier le public rouennais avec la pièce. C'est en effet Mme Volnys qui remplaça Marie Dorval dans le rôle de Catarina lors de la reprise du drame à Paris, Dorval étant chargée de remplacer Mlle Mars dans le rôle de la Tisbe. Même si son talent semble loin d'égaler celui de Dorval, cette artiste a le mérite d'avoir attiré la foule aux représentations et d'être parvenue, pour reprendre les termes employés dans le compte-rendu du Journal de Rouen, à "faire supporter une telle pièce".

Lors de la saison théâtrale suivante (1837-1838), Angelo est repris par Marie Dorval lors de ses représentations extraordinaires. Elle remplira d'abord le rôle de Catarina, le 27 septembre 1837 au Théâtre des Arts puis le ler octobre sur le second Théâtre. Et, elle tirera profit du fait d'avoir les deux rôles féminins du drame à son répertoire pour s'offrir aussi au public du Théâtre des Arts dans le rôle de la Tisbe, lors de la soirée du 6 octobre.

Il est intéressant de noter que les réceptions de la pièce, d'abord au Théâtre des Arts, puis au Théâtre Français, sont divergentes, comme le souligne la chronique du Journal de Rouen du 3 octobre 1837 : Il[ ... ]sur la rive gauche de la Seine [c'est à dire sur le second théâtre], Angelo a remporté un tout autre succès que sur la rive droite : il y a eu foule de spectateurs et d’applaudissements.

A propos de la première représentation, le 27 septembre, au Théâtre des Arts, l'Echo de Rouen publie un article des plus cruels. Cette fois, ce n'est pas directement Hugo et son drame que l'on attaque mais la comédienne elle-même en tant que représentante dégradée et dégradante d'un genre considéré comme vulgaire. Le chroniqueur la place en situation de "victime du drame moderne" après avoir dressé un tableau accablant du spectacle que la comédienne lui a offert : "La trivialité dans la voix, la trivialité dans le geste, la trivialité dans la tenue, dans la démarche, voilà ce que nous présente Madame Dorval. [... ] Madame Dorval a le talent de tout dépoétiser. [... 1 Le rôle de Catarina est écrit comme tous les autres, d'un détestable style ; mais, après tout, le rôle est une situation ; et cette situation Madame Dorval ne la comprend pas." La violence des attaques déployées dans tout l'article est très surprenante car il est plutôt de convention pour un quotidien de province de louer sans réserve un artiste de Paris en tournée, quelque soit la valeur réelle de son talent. Et dans le cas d'une artiste d'une telle renommée que Marie Dorval la franchise de l'opinion développée par ce chroniqueur est presque un acte d'héroïsme, acte toutefois rendu légitime par l'insuccès de la comédienne dans le cas précis de cette soirée. Et le critique conclut sa chronique sur ce constat accablant : "La pièce a fini dans un silence très-significatif. [... 1 même avant la fin bon nombre de spectateurs, baillant et endormis, avaient cru prudent de déserter la place.".

Il est intéressant de noter qu'au contraire, Dorval remportera quelques jours plus tard au Théâtre des Arts un grand succès dans Antony.

Ainsi, Hugo à qui l'on reproche de ne pas savoir se mettre à la portée du spectateur ordinaire, est contradictoirement mieux apprécié par le public populaire du second théâtre. D'ailleurs, après le départ de Dorval, les représentations d'Angelo données dans le courant de cette année théâtrale n'auront lieu que sur ce second théâtre.


1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconVoyage historique et pittoresque de Rouen au Havre sur

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconConnaissance et vie d’aujourd’hui rouen
«voir» les personnages, d’essayer de les comprendre et de les mesurer a naturellement débouché sur la biographie qui est une tentative...

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconVincent Broqua, upec et Christophe Lamiot-Enos, Université de Rouen
«Chant des Chants» bien sûr, plus traditionnellement considéré comme appartenant directement à la poésie

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconLa vision que nous avons de notre histoire est souvent le résultat...
«rois fainéants», tels qu'on peut les voir aussi sur les deux tableaux de la salle du jubé du musée des beaux arts de Rouen

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconLe pagus de Sens ou du Sénonais (pagus Senonensis), qui fait partie...
«Primatie» des Gaules sur les quatre provinces lyonnaises Lyon, Rouen, Tours et Sens, a été attachée par le même pontife à l’archevêché...

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconLa recherche historique concernant les Roms/Tsiganes a connu de solides...
«l'indifférence collective», disponible lui aussi sur ce site, Emmanuel Filhol signale l'occultation de ces évènements dans les manuels...

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconLa périodisation du romantisme théâtral
«tragédie domestique» et la «comédie sérieuse» menant au drame bourgeois. Ce n’est pas lui, non plus, qui a aboli l’unité de temps...

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconEntre invention archéologique et recherche romanesque
«archéologue par sympathie», de décrypter ces fragments d’Histoire auxquels se mêlent les indices du drame et les signes à peine...

Le drame hugolien sur les theatres de rouen icon7 Jeanne d’Arc le drame 1431

Le drame hugolien sur les theatres de rouen iconD françoise court perez responsable pédagogique Université de Rouen






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com