Panorama de presse 07/09/2010 cgt sommaire





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Mardi 7 Septembre 2010
France
La réforme des retraites
Jouer sur l'âge de départ pour effacer les déficits
Pour le gouvernement, la logique de la réforme se fonde sur une prolongation de la vie active, conséquence de l'allongement de la durée de la vie.


LOGIQUE, responsable et inéluctable. Depuis la présentation, au printemps, des perspectives financières de l'assurance-vieillesse par le Conseil d'orientation des retraites (COR), le gouvernement a eu le temps de roder son argumentaire. Celui qu'il opposera une fois encore, dès cet après-midi, aux députés de gauche, et ce soir aux manifestants.

Pour l'exécutif, il est logique de fonder la réforme des retraites sur une prolongation de la vie active, car la cause profonde des déséquilibres financiers est l'allongement de la durée de la vie. C'est aussi responsable, car les autres options consisteraient à réduire les pensions - personne ne le propose - ou à augmenter les prélèvements, au risque d'asphyxier un peu plus la croissance et l'emploi. C'est enfin inéluctable, car la crise, en amputant les régimes de retraite d'une partie de leurs recettes, a accéléré la dégradation des comptes : les déficits ont une dizaine d'années d'« avance » par rapport aux prévisions antérieures.

Voilà pourquoi les « mesures d'âge » représentent le coeur du projet gouvernemental, et doivent contribuer pour une petite moitié à la réduction des déficits. Le choix de relever l'âge dit légal (celui à partir duquel chaque assuré peut demander à toucher une pension) de 60 à 62 ans est un choix d'efficacité : c'est le plus « rentable » pour les caisses de retraite, dans un premier temps. Ce report se fera au rythme de quatre mois par an, pour rétablir les comptes rapidement - en huit ans, c'est le pari du gouvernement, partant d'un besoin de financement annuel de 30 milliards d'euros aujourd'hui pour l'ensemble du système de retraites. Il s'accompagnera d'un report parallèle de l'âge à partir duquel toute décote est effacée sur le montant de la pension, même pour ceux qui n'ont pas cotisé « tous leurs trimestres » : cette borne passera de 65 à 67 ans à partir de 2016.

Les limites d'âge des « catégories actives » de fonctionnaires (pompiers, policiers, aiguilleurs du ciel...) seront aussi relevées de deux ans. Tout comme celle des régimes spéciaux, mais six années plus tard que pour toutes les autres catégories d'actifs (2017), le temps que la réforme en cours, lancée fin 2007, soit terminée.

Même si la mesure est passée au second plan, l'allongement de la durée de cotisation au coeur de la réforme Fillon de 2003 se poursuivra : il faudra 41 ans un quart pour une retraite à taux plein à partir de la génération 1953, et sans doute 41 ans et demi pour les personnes nées à partir de 1960.

Mais tout cela ne suffira pas. Et pour cause ! Le COR calculait, en avril, que jouer sur la seule durée de la carrière nécessiterait de partir en retraite cinq ans plus tard dès 2020... Pour boucler sa réforme, le gouvernement fera donc appel à de nouveaux prélèvements, ciblés sur les entreprises (réaménagement de la « niche sociale » sur les bas salaires), les épargnants (fiscalité des plus-values et des dividendes) et les ménages aisés (hausse de 1 % de la tranche supérieure d'impôt sur le revenu, hors bouclier fiscal). Les mesures « d'équité » entre public et privé, à commencer par l'alignement en dix ans du taux de cotisation retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, auront aussi pour effet secondaire de rapporter quelques milliards annuels...

Le jour de la présentation de ce rapport, mi-juin, François Chérèque (CFDT) se montrait critique : « Le gouvernement justifie cette réforme par la crise, mais il refuse de toucher aux hauts revenus et aux revenus du capital. 85 % de l'effort est supporté par les salariés » via les mesures d'âge et les cotisations supplémentaires pour les fonctionnaires. D'accord avec ce constat, le PS propose plutôt de réduire les déficits en faisant prioritairement appel à de nouvelles ressources : 45 milliards d'ici à 2025 (taxation des stock-options, des bonus, hausse des cotisations salariales et patronales...). « Un choc fiscal, pas une réforme des retraites » , répond Éric Woerth.

Le ministre du Travail souligne que le recul de l'âge légal sera atténué par des mesures en faveur de ceux qu'il pénalise le plus : extension du dispositif « carrières longues » aux personnes ayant commencé à travailler à 17 ans, et instauration d'un dispositif « pénibilité » (départ à 60 ans pour les personnes reconnues en invalidité à au moins 20 %, après un accident du travail ou une maladie professionnelle). Il se dit prêt à aller plus loin sur ces deux thèmes, même si les syndicats s'agacent de cette « ouverture » maintes fois annoncée mais pas encore concrétisée. Pour autant - n'en déplaise à Bernard Thibault (CGT), pour qui, si la journée de grèves et de manifestations « est exceptionnelle, on peut être à un tournant » -, pas question de retoucher à l'équilibre financier global de la réforme, prévient l'exécutif.

Sauf peut-être sur un point : François Chérèque a demandé un sursis au report de la borne d'âge des 65 ans. Éric Woerth s'y est montré plutôt défavorable mais s'est gardé de l'exclure formellement. « Bien sûr, l'objectif de la réforme, c'est de tenir les équilibres financiers. En même temps (...), il faut qu'elle soit la plus équitable possible. François Chérèque a fait une proposition. Il faut qu'on la chiffre, qu'on l'analyse », a ajouté hier le président du Sénat, Gérard Larcher, dans Le Monde . Les manifestants d'aujourd'hui chercheront à mettre leur pied dans cette porte.


Olivier Auguste



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Mardi 7 Septembre 2010
France
La réforme des Retraites
Nicolas Sarkozy déterminé à faire aboutir sa réforme
Le chef de l'État ne cédera rien sur le passage de l'âge légal à 62 ans, même si le gouvernement est prêt à des concessions sur la pénibilité.


ÉLYSÉEEt maintenant, la grève. Ce matin, le long round d'observation entre l'Élysée et les partenaires sociaux laisse enfin place au face à face tant attendu entre la rue et le président. « S'il n'y avait pas de grande manifestation quand il y a une réforme des retraites, je ne vois pas quand elle pourrait avoir lieu ! » , lance, d'humeur badine, un proche conseiller de Nicolas Sarkozy. Au sommet de l'État, on affiche en tout cas le calme des vieilles troupes. Jusqu'à ce jour, le mano a mano organisé entre les syndicats et le président de la République a parfaitement fonctionné. L'Élysée s'est interdit de les prendre par surprise en accélérant le rythme. Les partenaires ont maintenu une ligne protestataire, sans surenchère.

Nicolas Sarkozy a pris acte de cette prudence. Son entourage se plaît à souligner que les partenaires sociaux sont « entre deux feux » . « Ils veulent mobiliser, sans surenchérir, car ils redoutent de déclencher des actions dont ils perdraient le contrôle. Et ils ne font pas trop grimper les enchères, au cas où cela tournerait au fiasco » , note un conseiller.

Tout au long de l'été, l'Élysée a paru optimiste sur l'issue de la réforme, dont tous les sondages du printemps ont montré que les Français en comprenaient la nécessité. Le chef de l'État n'est donc pas impressionné par les sondages récents qui indiquent que les Français soutiennent les manifestations. Les notes qui circulent en interne soulignent que les Français « considèrent que le projet est clair dans ses grandes lignes » , mais qu'ils veulent « plus d'explications » . « Il y a eu un parasitage du fond par la forme » , admet-on, en faisant allusion à l'affaire Woerth-Bettencourt. « Dans l'esprit des Français, la détermination du gouvernement est acquise » , soulignent les notes élyséennes. « Plus des deux tiers des Français sont convaincus que nous irons jusqu'au bout » , argumente encore un conseiller.

Malgré cette sérénité de façade, Nicolas Sarkozy se présente le dos au mur. Dans cet affrontement, il doit sauver sa crédibilité réformatrice, sans être sûr de regagner des points dans l'opinion, puisque l'allongement de la durée du travail est par définition impopulaire.

Il doit aussi tenir compte de l'interminable affaire Woerth-Bettencourt. C'est le seul grain de sable qui s'est glissé dans la belle mécanique de la préparation de cette réforme, qui jusque-là avait été habilement présentée. Un fidèle du président admet qu'Éric Woerth, malgré toute sa détermination, « est bien un maillon faible » qu'il faudra soutenir à bout de bras jusqu'en novembre : « Que diront les banderoles sur Woerth ? » , se demande-t-il. On a beau louer le courage du ministre, dans l'entourage du président, on constate aussi l'usure psychique provoquée par les attaques. « En tout cas, le président ne l'a pas lâché. Il n'a pas eu l'attitude d'un Mitterrand avec Bérégovoy. Humainement, il aura tout fait pour le soutenir » , souligne un proche du chef de l'État, qui redoute que le ministre du Travail atteigne son point de rupture.

« Une logique en soi »

Mais quelles que soient les inquiétudes à l'égard d'Éric Woerth, l'Élysée réaffirme que la réforme sera votée. « La réforme a une logique en soi, indépendamment de celui qui la porte » , a jugé Claude Guéant, dimanche. Restent les concessions. Elles porteront, comme prévu, sur la pénibilité. « Étant donné que personne n'est d'accord pour définir ce qu'est la pénibilité, cela entraînera de longues négociations » , note un proche du chef de l'État. L'essentiel étant de ne rien céder sur le reste. En tout cas, le président s'abstiendra de tout commentaire à la fin de la manifestation. Aucun communiqué n'est prévu. « C'est Éric Woerth qui s'exprimera » , conclut Franck Louvrier, le conseiller en communication de Sarkozy.


Charles Jaigu



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Mardi 7 Septembre 2010
France
Les socialistes veulent prendre le relais de la contestation dans l'Hémicycle


ILS MANIFESTENT aujourd'hui. Sur le bord de la route certes, mais les socialistes sont tout aussi remontés que les syndicats. C'est devant le Cirque d'Hiver à Paris que la direction du PS a prévu de regarder passer le cortège des manifestants venus dire leur opposition à la réforme des retraites. La manifestation étant à l'initiative des syndicats, les socialistes ne défileront pas dans le carré de tête. C'est la tradition.

Mais à l'Assemblée nationale, ce sont bien les députés PS qui prendront le relais du bras de fer engagé dans la rue contre la réforme des retraites. Avec l'espoir d'offrir un débouché politique au conflit social et de lourdes arrière-pensées en vue de 2012. Hier, Jean-Christophe Cambadélis, s'est dit « persuadé » que si la gauche gagnait la présidentielle, elle rétablierait la retraite à 60 ans. « On ne pourra pas faire autrement », a-t-il assuré sur i-Télé.

Dans l'Hémicycle et dans le débat public, les socialistes se sentiront d'autant plus forts que les cortèges seront fournis. Ségolène Royal a prévenu hier sur Europe 1 : « Si les Français sont très nombreux à descendre dans la rue, le gouvernement doit en tenir compte, c'est-à-dire retirer cette mauvaise réforme, écouter les propositions intelligentes qui sont faites. »

Un climat de division

Benoît Hamon l'a assuré hier : « Il y a moyen de faire reculer le gouvernement. » Et pour appeler à la mobilisation, le porte-parole du PS a donné « quatre bonnes raisons de descendre dans la rue » . D'abord, l'impact de la réforme sur le pouvoir d'achat. Puis, l'aggravation des inégalités entre les femmes et les hommes. Ensuite, le refus du gouvernement de prendre en compte la pénibilité, en dépit des assurances exprimées dimanche par Claude Guéant. Enfin, l'assurance que le projet alternatif du PS est « beaucoup plus crédible et plus efficace pour assurer la pérennité du système par répartition » .

Le projet des socialistes prévoit de faire appel à de nouvelles sources de financement comme la taxation des stock-options ou des profits des banques. Les députés socialistes le défendront face à Éric Woerth qu'ils jugent largement affaibli. Officiellement, le PS, en tant que parti, ne demande pas la démission du ministre du Travail. Mais tous les socialistes ont la requête sur le bout de la langue. Certains, à l'instar de Claude Bartolone, l'ont déjà formulée. D'autres, comme Benoît Hamon et la direction du parti, estiment que demander la démission d'Éric Woerth reviendrait à « faire un cadeau à Sarkozy » qui pourrait alors demander le départ de son ministre pour prendre l'opposition à revers.

« Notre objectif n'est pas d'avoir la tête de M. Woerth, mais de combattre son projet , assure Hamon. Mais il est avéré qu'il a menti et des soupçons pèsent sur ses déclarations sur tous les autres aspects du dossier »Woerth-Bettencourt* . Cela en fait un homme affaibli et trop fragile pour pouvoir raisonnablement porter ce dossier », a-t-il estimé avant d'ajouter qu'il appartient au chef de l'État et au premier ministre de dire si Éric Woerth peut « parler devant l'Assemblée nationale et le Sénat » de la réforme.

« Ce qui fait rester Éric Woerth, c'est plus sa qualité d'ex-trésorier de l'UMP que celle de bon connaisseur du dossier » , assure un cadre de la direction socialiste. C'est un ministre « affaibli, démonétisé, décrédibilisé » que les députés PS s'apprêtent donc à affronter, dans un climat de division à l'UMP. En connaisseur, Benoît Hamon ajoute : « Quand on est dans une telle ambiance, il est très dur d'en sortir. La droite est aujourd'hui anémiée, elle n'a plus d'oxygène. » - F.-X. B.


F.-X. B.



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Mardi 7 Septembre 2010
France
Copé : « Aucun responsable politique ne peut esquiver la réalité de la situation »


PROPOS RECUEILLIS PARPhilippe Goulliaud, Sophie Huet et Judith Waintraub

LE PRÉSIDENT du groupe UMP à l'Assemblée met au défi les socialistes de restaurer l'âge légal à 60 ans en cas de victoire à la présidentielle.

LE FIGARO. - Le report de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans est-il inéluctable ?

Jean-François COPÉ. -C'est la seule attitude possible. L'enjeu de cette réforme, c'est l'avenir de tout le système de retraite de notre pays. Si nous ne faisons rien, le déficit sera de 20 milliards d'euros en 2010, 45 en 2020 et probablement 70 en 2030. Tous les rapports concluent à cette impasse, et tous les autres pays européens ont fait face à ce défi en relevant l'âge légal de départ à la retraite à 65 voire à 67 ans, comme en Allemagne, dans les pays scandinaves ou en Espagne. Je ne vois pas quel responsable politique digne de ce nom pourrait esquiver cette réalité. Je comprends que cela puisse susciter des inquiétudes et des agacements, mais il y a des faits qu'on ne peut ignorer.

Sur quels points le projet du gouvernement peut-il être amélioré ?

La pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés sont les trois domaines où il y a des avancées possibles. Nous avons mis en exergue le problème de la pénibilité et celle du travail des seniors lors d'un forum de Génération France sur le thème « Travailler mieux pour gagner plus ensemble ». La pénibilité n'est pas une question que l'on traite le jour du départ à la retraite mais tout au long de la vie. Si on repousse l'âge de départ à la retraite à 62 ans, c'est un nouveau rapport de la société française au travail qu'il faut instaurer. Les employeurs publics comme privés vont devoir imaginer une nouvelle étape dans la carrière et non pas une préretraite.

La gauche et les syndicats affirment qu'Éric Woerth n'est pas en état de défendre cette réforme. Que leur répondez-vous ?

Je suis absolument scandalisé par les attaques dont Éric Woerth est victime. Je ne lui ai jamais ménagé mon soutien. Il est l'homme du dossier. Nous avons besoin de lui. Je regrette beaucoup que les syndicats aient estimé qu'Éric Woerth n'avait pas la disponibilité nécessaire pour conduire la réforme. Je n'ai pas compris cette position qui n'est pas conforme à la tradition syndicale en France. Pour notre part, nous serons extrêmement mobilisés. Je réunis dès ce matin les députés UMP pour montrer notre détermination totale. La question centrale, que je poserai tout au long des débats, est simple : dans l'hypothèse où la gauche arriverait au pouvoir en 2012, reviendrait-elle, comme l'a dit Martine Aubry, à l'âge légal à 60 ans ?

Jean-Marc Ayrault, le patron des députés PS, affirme qu'il veut débattre « projet contre projet »...

Je n'y crois pas. Je n'ai entendu qu'une seule proposition au sein du PS, celle d'augmenter les impôts et les taxes de 40 milliards d'euros pour financer les retraites.

Claude Guéant voit un acte d'« allégeance » dans la tribune que vous avez publiée samedi dans Le Figaroavec François Baroin, Bruno Le Maire et Christian Jacob. Êtes-vous d'accord ?

Ce n'est pas le mot que j'aurais choisi. Je préfère parler d'engagement. Nous voulons contribuer au maximum à la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012, en travaillant pour lui et avec lui sur les messages de fond qu'il va devoir envoyer aux Français.

Dans ce texte, vous prônez tout de même un changement de gouvernance...

Ce n'est pas une critique. Il me paraît intéressant de réfléchir à une méthode qui nous permettrait de sortir de ce climat dans lequel tout changement est vécu de manière frontale, clivante, agressive. Nous allons d'ailleurs consacrer un forum de Génération France à ce thème en novembre. L'une des pistes est de favoriser une approche participative, grâce aux nouveaux outils de communication comme le Net. Il faut aussi repenser le fonctionnement des relais que sont les partis politiques. Actuellement, ils sont beaucoup trop centralisés.

Vous avez souhaité que l'UMP soit « redynamisée ». C'est un acte de candidature au poste de secrétaire général ?

C'est une offre de services que j'ai faite à Nicolas Sarkozy, en lui précisant que, quelles que soient les fonctions que j'exerce ou que j'exercerai, je m'engagerai totalement auprès de lui pour sa réélection. Avec beaucoup de nos amis députés, nous voulons faire plus et mieux pour lui, notamment au sein du parti, qui fonctionne de façon un peu séparée. Mais cela n'a de sens que si le président le souhaite.

Vous avez critiqué la distance prise par François Fillon avec les nouvelles mesures de lutte contre la délinquance. Vous en êtes-vous expliqué avec lui ?

Il ne faut pas en rajouter. Mais ce n'est pas banal qu'un premier ministre dise qu'il n'aurait pas choisi les mêmes mots alors que durant tout l'été, ce sont les mots qui ont fait polémique.

Sur la sécurité, d'autres dans la majorité ont exprimé des réticences...

Je n'ai pas de problème avec ceux qui expriment leurs différences. Les 316 députés UMP ont chacun leur expérience, leur vision. J'ai toujours veillé à ce que tous puissent s'exprimer au sein du groupe, mais à une condition, c'est que sur l'essentiel, tout le monde soit rassemblé. En revanche, c'est plus étonnant et toujours plus compliqué quand les ministres expriment leurs différences.

Et quand c'est Alain Juppé ?

Il a dit qu'il aurait pu signer notre tribune et j'ai été extrêmement sensible à sa déclaration. Nous avons beaucoup de convergences, même si sur la sécurité nous ne sommes pas tout à fait sur la même ligne. Notre droit a longtemps prévu la possibilité de déchoir de la nationalité française les auteurs de crimes graves. La gauche avait limité cette possibilité aux seuls actes de terrorisme. Je ne suis pas hostile à ce que cette mesure soit étendue à ceux qui portent gravement atteinte aux dépositaires de l'autorité publique que sont notamment les gendarmes et les policiers. Quant à la politique vis-à-vis des Roms, je rappelle que les exclusions résultent de décisions de justice visant des gens en situation irrégulière et qui occupent illégalement des terrains. Au nom de quoi ces personnes seraient-elles traitées différemment des autres personnes en situation irrégulière ? Il est temps de mettre fin au festival d'hypocrisie de cet été ! -

La pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés sont les trois domaines où il y a des avancées possibles


PROPOS RECUEILLIS PAR Philippe Goulliaud, Sophie Huet et Judith Waintraub



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Mardi 7 Septembre 2010
Le Monde Economie
" Il faudrait unifier la retraite par répartition, aujourd'hui divisée entre 38 régimes ! "
Antoine Bozio, économiste, chercheur à l'Institute for Fiscal Studies (IFS) de Londres



Jusqu'à quand le financement des retraites est-il assuré par la réforme présentée au Parlement français ?YLa principale source d'économie provient de l'allongement rapide de l'âge minimum de départ en retraite de 60 à 62 ans, à l'horizon de six ans. Selon les simulations du Conseil d'orientation des retraites, le système arriverait à l'équilibre en 2018, mais la situation se détériorerait à nouveau ensuite. La question restera donc posée de 2020 à 2050. Il s'agit d'une énième réforme " paramétrique " - changer l'âge légal ou la durée de cotisation.
Vous préconisez, dans un ouvrage écrit avec Thomas Piketty, " Pour un nouveau système de retraite " (éd. Rue d'Ulm, 2008), une " réforme systémique ".Nous proposons un effort coordonné pour unifier le système de retraite par répartition, divisé aujourd'hui entre 38 régimes ! Un salarié du privé cotise au régime général, qui fonctionne en annuités, puis au régime complémentaire de l'Arrco, en points, puis à -l'Agirc s'il est cadre... La mobilité professionnelle fait que chacun accumule des petits bouts de retraite dans des systèmes différents.
Nous proposons de créer un système public, obligatoire et uniquement basé sur la répartition, ce qui allégerait les coûts de gestion. Chacun accumulerait des droits liés aux cotisations sur un compte notionnel individuel libellé en euros. La revalorisation de ces droits dépendrait - c'est le principe d'un régime de répartition - de la croissance de l'économie, alors que la capitalisation repose sur le rendement des marchés financiers. Le montant des pensions serait calculé en fonction de l'espérance de vie en retraite de chaque génération. Ce système est financièrement soutenable sur le long terme. Il a aussi l'avantage de clarifier les choix politiques : si l'on souhaite augmenter les retraites, il faut augmenter les cotisations.
Cela permettrait de partir à nouveau à 60 ans ?On pourrait théoriquement partir en retraite à 58 ans comme à 70 ans : l'âge minimum ne serait plus un paramètre. Il vaudrait mieux définir un niveau minimum de retraite. Les seniors pourraient travailler plus facilement à temps partiel, en cumulant avec leur pension, tout en pouvant revenir à plein temps si l'occasion se présente, afin de cotiser davantage et d'améliorer leur pension future.
Ce système serait-il juste ?Si les cotisations sociales ouvrent des droits proportionnels aux contributions, la solidarité doit, elle, s'exercer par l'impôt. Pour compléter les pensions de ceux qui ont eu les plus bas salaires ou ont été touchés par des accidents de carrière, la fiscalité doit venir financer des droits non contributifs, eux aussi inscrits sur ces comptes individuels de retraite. En ciblant ceux qui en ont vraiment besoin, la solidarité est à la fois plus juste et plus efficace.
Propos recueillis par Adrien de Tricornot



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Mardi 7 Septembre 2010
Débats
Ne sacrifiez pas la jeunesse !
Il faut placer la solidarité entre les générations au coeur de la justice sociale



Qui va payer la réforme des retraites ? La gauche et les syndicats l'ont martelé, et ils ont raison : les salariés modestes. La réforme est marquée du sceau de l'injustice sociale. Mais - on l'a moins entendu - elle est aussi injuste pour les jeunes générations. Elles vont payer trois fois. Cotiser plus, avec le recul de l'âge légal. Percevoir des retraites plus faibles, avec la montée en puissance des réformes Fillon et Balladur. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement siphonne les 34 milliards d'euros du Fonds de réserve des retraites qui leur étaient destinés : on prend ainsi aux actifs de demain pour donner aux retraités d'aujourd'hui...
A l'inverse, les retraités d'aujourd'hui voient, seuls, leur pouvoir d'achat préservé. Il y avait pourtant légitimité à leur demander de contribuer à proportion de leurs ressources, comme tous les autres, au bouclage financier du système : leur niveau de vie est désormais (légèrement) supérieur, en moyenne, à celui des actifs. Et il y avait un moyen juste : l'alignement de la fiscalité dérogatoire des retraités aisés sur celle des actifs. Est-il juste qu'Antoine Zacharias - ancien PDG de Vinci - , titulaire d'une retraite chapeau de 2,5 millions d'euros par an, paie une CSG minorée (6,6 %), inférieure à celle du salarié au smic (7,5 %) ?
Il s'agirait d'un épiphénomène si cette iniquité entre générations était un cas isolé. Elle est au contraire une nouvelle manifestation de notre renoncement à investir dans l'avenir. Le gouvernement sacrifie les jeunes générations qui n'ont pas voté pour lui et les générations futures au profit des générations actuelles. Toutes les politiques publiques en témoignent, et la mascarade du RSA jeunes ne saurait masquer cet état de fait.
Retraite, dépendance, santé : la collectivité investit toutes ses marges de manoeuvre financières dans des réformes au profit des générations âgées. Sans sous-estimer l'importance de ces sujets, est-il vraiment sain que la réforme des retraites soit " la réforme majeure du quinquennat " , comme l'a dit Eric Woerth ? La même semaine où le premier ministre confirmait que la réforme des retraites ne concernerait en rien les retraités actuels, y compris les plus aisés, le ministre de l'éducation diffusait une circulaire suggérant aux recteurs de réduire la scolarisation des enfants de 2 ans, d'augmenter le nombre d'élèves par classe, de mettre en oeuvre la suppression des intervenants en langues étrangères, etc.
Nous n'investissons plus dans les générations futures. Nous n'avons toujours pas démocratisé notre enseignement supérieur : à peine 30 % d'une classe d'âge sort diplômée de l'enseignement supérieur en France, contre plus de 50 % aux Etats-Unis, 80 % dans les pays les plus avancés - pays nordiques, Corée du Sud, Japon. Nous consacrons peu de financements à la recherche et au développement, à peine 2 % du PIB contre un objectif de 3 % prévu par l'Union européenne, plus de 3 % aux Etats-Unis, près de 4 % en Suède. Pire, l'effort éducatif global de la nation recule : 6,5 % du PIB en 2010, contre 7,5 % il y a dix ans - une baisse de près de 15 % !
La politique de l'emploi prend comme variable d'ajustement les moins de 30 ans. Face au chômage de masse, on a sacrifié les flux d'entrants pour préserver les stocks d' insiders. Résultat : un taux de chômage des jeunes exceptionnellement élevé (25 %), la multiplication des stages et des emplois précaires. Et une baisse des prétentions salariales : en moyenne, en 1975, les salariés de 50 ans gagnaient 15 % de plus que les salariés de 30 ans ; l'écart est aujourd'hui de 40 %. Depuis deux ans, ce sont d'abord les jeunes qui subissent les conséquences de la crise.
La politique du logement a aussi évincé les jeunes. L'immobilier a été capté par les générations âgées. 76 % des retraités sont propriétaires de leur logement. Par rapport à 1984, les jeunes d'aujourd'hui doivent travailler deux fois plus longtemps pour acheter ou louer la même surface dans le même quartier.
La politique fiscale est plus discrète mais encore plus inique : c'est une essoreuse à pouvoir d'achat pour les jeunes. Le quotient conjugal et le quotient familial sont des niches fiscales qui redistribuent 37 milliards d'euros par an des célibataires sans enfants (les jeunes, pour l'essentiel) vers les couples et les familles nombreuses. Le quotient familial organise une redistribution vers les familles les plus aisées. Lionel Jospin avait eu le courage de le plafonner. La déclaration par foyer fiscal (" quotient conjugal ") est une exception française : le passage à un paiement individualisé de l'impôt, comme partout ailleurs dans l'OCDE, redistribuerait 24 milliards d'euros par an vers les célibataires.
La dette publique achève de préempter l'avenir des jeunes, et donc de la société française dans son ensemble. 97 % du budget de l'Etat est consacré au fonctionnement. Autrement dit, la dette ne sert pas à préparer l'avenir mais à soutenir artificiellement le train de vie des générations actuelles. On a souvent dit que les générations futures paieraient. Ce n'est plus exact : le surendettement guette, on ne peut plus continuer cette cavalerie, ce sont donc les jeunes générations qui vont régler la facture : 1 700 milliards d'euros fin 2010, soit 27 000 euros par habitant.
On rétorque souvent que les inégalités générationnelles sont moins importantes que les inégalités sociales ou de genre. Sans doute. Mais cela ne justifie pas de les ignorer. D'autant plus qu'inégalités sociales, inégalités entre les sexes et inégalités entre les générations tendent à se confondre : le taux de pauvreté des hommes âgés de 60-69 ans était en 2007 de 8,3 % et de 8,8 % pour les femmes tandis qu'il est de 17,2 % chez les jeunes garçons de 18 à 24 ans et 19,7 % chez les jeunes filles. Notre société a fait de la jeune femme seule avec enfant la figure moderne du nouveau pauvre, avec, dans ces conditions, toutes les chances de le rester.
A la veille d'une réforme à la hussarde des retraites et à la hache du financement de la dépendance qui devrait être largement confié aux assurances privées, nous voulons réaffirmer la valeur et l'importance de la solidarité intergénérationnelle comme coeur de la solidarité nationale. On ne peut continuer à diviser ainsi la société, en opposant toujours les intérêts des uns à ceux des autres : il n'y aura ni réforme juste sur le plan social ni respect de l'intérêt général sans un nouvel esprit de justice entre les générations, car c'est tous ensemble, ou pas du tout, que nous construirons la France de demain.
Nous appelons donc à une rénovation copernicienne des politiques publiques. Avec comme priorité une politique d'investissement social dans les générations futures : petite enfance, éducation, université, politique active de premier emploi, fiscalité et politique sociale projeunes... Investir dans notre capital humain est un impératif humaniste plus encore qu'économique : c'est ainsi que le pays s'est reconstruit après la seconde guerre mondiale. Une société qui, tel Cronos, dévore ses enfants, est une société qui signe son déclin et sa perte.
Bruno Palier Najat Vallaud-Belkacem

Enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris, membre du conseil scientifique de Terra Nova
et auteur de " La Réforme des retraites " (PUF, 2010, 128 p., 9 ¤)
Adjointe au maire de Lyon, conseillère générale du Rhône, secrétaire nationale du PS chargée des questions de société




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Mardi 7 Septembre 2010
Politique
Des aménagements sont envisagés pour les carrières longues et la pénibilité
Le débat à l'Assemblée nationale commence mardi 7 septembre



Près de 700 amendements au projet de loi sur les retraites ont été déposés vendredi 3 septembre à l'Assemblée. Quelque 360 émanent de l'opposition, dont 230 du PS. La grande majorité d'entre eux, y compris ceux de l'UMP, devraient être repoussés en séance publique, l'exécutif étant désireux de préserver l'équilibre général du texte.
Pour assainir les comptes publics, le gouvernement se propose de réduire à zéro en 2018 le besoin de financement des retraites, porté par la crise et le papy-boom à 32 milliards d'euros. Pour ce faire, il met fin au droit au départ à 60 ans, un acquis du premier septennat de François Mitterrand. Les bornes d'âge de la retraite - 60 ans pour l'âge légal, 65 ans pour celui du taux plein ou de la pension sans décote - seront portées à 62 ans et à 67 ans en 2018. A cette date, cela permettrait de couvrir près de 44 % du déficit. La durée de cotisation passera à 41,5 ans en 2020.
Les salariés du privé et les fonctionnaires travailleront plus longtemps dès 2011 ; ceux des régimes spéciaux à partir de 2017. Comme en 2003, le recul des âges de la retraite sera progressif. Les personnes nées entre le 1er juillet et le 31 décembre 1951 devront travailler quatre mois de plus en 2011. Celles nées au second semestre de 1952 feront huit mois de plus, etc., jusqu'en 2018. Les voisins européens de la France, -engagés sur la voie de la retraite à 65, 67 ou 68 ans, ont en général pris plus de temps pour appliquer leur -réforme.
Ajustements
Lancée en 2003, la convergence public-privé sera poursuivie. Le taux de cotisation des fonctionnaires passera de 7,85 % à 10,55 % en dix ans. Quant au droit au départ anticipé sans condition d'âge des parents de trois enfants ayant quinze ans de service dans la fonction publique, il sera peu à peu fermé. Ces mesures rapporteront grosso modo 4 milliards en 2018, l'Etat devant continuer de verser 15,6 milliards de pension aux fonctionnaires retraités.
Les régimes de retraite bénéficieront de 4,6 milliards de recettes nouvelles en 2018, grâce au passage de 40 % à 41 % du taux de la tranche la plus élevée de l'impôt sur le revenu, d'une hausse de la taxation des -revenus du capital - non prise en compte dans le bouclier fiscal - et de l'annualisation du calcul des charges -patronales.
Pour atténuer l'impact de la réforme, le dispositif carrières longues est prolongé, mais sévèrement ajusté. Toutes les personnes ayant commencé à travailler avant 18 ans pourront partir au maximum à 60 ans si elles ont assez cotisé : 90 000 salariés par an seraient concernés dès 2015. Le droit au départ anticipé à 60 ans avec une pension complète sera ouvert aux assurés justifiant d'une incapacité égale ou supérieure à 20 %. 10 000 personnes en -bénéficieraient.
Les syndicats veulent un élargissement de ces dispositifs. Ils les jugent en l'état insuffisants pour compenser les effets du relèvement de l'âge de la retraite, qui frappe inégalement les cadres et les ouvriers en raison de leur écart d'espérance de vie et/ou de leur exposition au chômage. Ils réclament une prise en compte, techniquement délicate, de la pénibilité à effet différé, celle qui provoque l'apparition de pathologies plusieurs années après la retraite, et des mesures pour les poly-pensionnés.
Claire Guélaud



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Mardi 7 Septembre 2010
Idées
PIERRE FERRACCI ET JACKY FAYOLLE
La pression du court terme ne doit pas fausser la réforme des retraites




Nous entrons, avec la tortueuse sortie de crise, dans un monde particulièrement incertain. A horizon décennal, il est possible d'imaginer des scénarios fort contrastés pour la croissance, l'emploi, la cohésion sociale, en France comme en Europe. Les renversements de pouvoir économique à l'échelle du monde, l'absence de récupération spontanée des pertes d'activité consécutives à la récession, la difficulté structurelle à remettre le système financier sur de bons rails, la défiance nouvelle envers la solvabilité des institutions publiques : autant de facteurs qui nourrissent cette incertitude.

Faire le gros dos en attendant que le pire soit passé n'est sûrement pas la bonne méthode. Ce serait une paralysie sousestimant la densité structurelle des problèmes à régler. Mais la précipitation n'est pas non plus bonne conseillère : elle conduit à prendre des décisions qui ont une finalité de long terme mais dont le contenu est à l'excès marqué par les circonstances. Ces décisions ne sont pas à retarder mais à calibrer de manière à prendre en compte l'évolution de paramètres clefs au fur et à mesure que le brouillard se dissipe. L'action publique doit s'efforcer d'infléchir cette évolution dans le sens souhaité et se corriger en fonction des informations nouvelles sur l'évolution effective. Ainsi, nombre de décisions publiques seront conditionnées par la trajectoire à venir de l'emploi, selon qu'il reste au plancher hérité de la crise ou retrouve une pente franchement croissante.

La réforme des retraites n'est pas engagée à cet égard dans de bonnes conditions. L'échéance et les orientations imposées par le gouvernement portent la marque de la fébrilité face à la pression des marchés, inquiets de la solvabilité de l'ensemble des comptes publics, au risque de perdre de vue les conditions de long terme d'un équilibre financier et intergénérationnel convenable des régimes de retraite. La Commission européenne publie un rapport périodique consacré à la soutenabilité des finances publiques des pays membres. Ce rapport présente un indicateur à long terme : de combien, en proportion du PIB, faudrait-il augmenter de manière permanente dans l'avenir l'excédent public structurel primaire pour garantir la soutenabilité de la dette publique, c'est-à-dire le fait qu'elle reste limitée par une borne supérieure ? L'ampleur de cet indicateur révèle la vulnérabilité de chaque pays ; la France est à proximité de la moyenne européenne. Il est décomposé en deux éléments : la distance initiale par rapport à l'excédent structurel primaire permettant la stabilisation de la dette ; l'ajustement à réaliser pour prendre en compte l'impact à venir du vieillissement démographique sur les dépenses publiques (retraites, santé, dépendance, éducation). Entre l'édition de 2006 et celle de septembre 2009, la dégradation sensible de l'indicateur français n'est due qu'à la première composante, qui traduit l'impact de la crise.

Pour ne pas être otage des marchés, la France doit s'engager dans la résorption, selon un rythme à la fois résolu et réaliste, des déficits structurels qui nourrissent la dette. Afin de consolider les perspectives immédiates et lointaines de croissance, un principe de sélectivité sévère des dépenses est à mettre en oeuvre : privilégier les dépenses publiques d'investissement matériel et immatériel - dont la formation, à tout âge -, qui contribuent aux perspectives de croissance. En particulier le financement intégral du programme du Grenelle de l'environnement, qui combine les vertus écologique et contracyclique, est à garantir. L'action publique doit se concentrer sur le redressement de l'activité productive. On ne peut pas espérer que la croissance revienne spontanément à hauteur de 3 % à l'horizon de la fin de la décennie si les dégâts de la crise sur le tissu productif ne font pas l'objet d'une action correctrice rapide et suffisante.

Si cette action porte ses fruits, le terrain sera dégagé pour traiter plus sereinement les enjeux liés à l'impact du vieillissement sur les dépenses publiques (retraites mais aussi santé), dont les paramètres démographiques, bien connus, n'ont pas été révisés défavorablement au cours des dernières années. Si la France dispose, comparativement à d'autres pays européens, d'un relatif atout démographique, elle souffre d'un handicap : un âge effectif de sortie de l'activité très bas. L'effort doit d'abord se concentrer là-dessus mais serait parfaitement inefficace si l'activité restait au point mort. La consolidation de la reprise, les politiques de maintien des seniors en emploi, le changement de comportement des entreprises sont à mener de front. Miser prioritairement sur le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite revient à croire à l'excès à la supériorité de la loi sur les comportements. C'est certes un moyen de faire porter rapidement, d'ici à 2020, les économies de dépenses publiques sur celles et ceux qui, parmi les nouveaux retraités, seront en mal de faire valoir des durées d'activité suffisantes. Mais le retour résolu à plus de justice fiscale aurait un rendement financier tout aussi immédiat.

Sollicitée de toute part (les banques, l'industrie, le social...), l'intervention publique donne des signes d'épuisement dont l'anxiété sur la dette publique est le symptôme. Sa bonne interaction, aux différents niveaux, avec le dialogue social est décisive pour lui redonner du souffle : c'est aussi important qu'une règle budgétaire à prétention constitutionnelle. De son côté, le dialogue social, pour être crédible, a besoin d'une obligation de résultat, ce qui suppose des acteurs ayant la capacité de s'engager. Bref on aurait besoin d'un « accord de méthode national ». Inaugurée dans les entreprises, cette pratique pourrait donner quelques idées à plus large échelle. Les retraites en seraient un excellent terrain d'application, au travers de rendez-vous réguliers, annoncés et respectés, permettant d'ajuster l'équilibrage et la cohérence des régimes dans la concertation, en faisant la part du circonstanciel et celle du fondamental grâce à un usage pertinent de l'information la plus récente.

PIERRE FERRACCI ET JACKY FAYOLLE SONT RESPECTIVEMENT PRÉSIDENT ET DIRECTEUR DU CENTRE D'ÉTUDES ET PROSPECTIVE DU GROUPE ALPHA.





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Mardi 7 Septembre 2010
France
62 ans, 67 ans, pénibilité : les principaux points de blocage

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