Roger bourgarel





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date de publication03.11.2017
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ROGER BOURGAREL. --Il fut le premier Noir à jouer en Afrique du Sud, en 1971, avec l'équipe de France. Avant de choisir le rugby des séries et de devenir charpentier au bout d'un parcours atypique

Le prix de la liberté









Expérience. « J'ai mesuré combien il était difficile de trouver du boulot en étant noir »
PHOTO THIERRY DAVID
TOULOUSE
Un matin de chantier, à Castelmaurou, en banlieue toulousaine. Bonnet de laine enfoncé sur les oreilles, scie en main, le petit charpentier est à l'ouvrage. Scène anodine du quotidien de Roger Bourgarel, 58 ans et des copeaux. Un nom inscrit à jamais dans l'histoire du rugby. En 1971, le trois-quart aile du Stade Toulousain était le premier Noir à fouler une pelouse d'Afrique du Sud. Ce fils d'une Lorraine et d'un Guadeloupéen bravait l'apartheid alors en cours au pays des Boers.
« Vous voulez me voir ? Avec plaisir. Venez un vendredi, le boulot sera bien avancé. Déjeuner ? Non merci, pas le temps. On se verra sur le chantier. » A l'heure de la gamelle donc, dans une résidence en proie à tous les vents. Ainsi va la vie de Roger Bourgarel. Loin du rugby de haut niveau qui reste la passion de sa vie, qu'il suit chaque samedi à la télé, éteignant le poste, étranglé par le stress, quand son Stade est en danger.
« Vas-y Bourgarel ! », entendait-on au bord de toutes les mains courantes dans les années 70 quand déboulait un joueur de couleur. Serge Blanco n'allait pas tarder à percer, certes, mais le rugby restait surtout un sport de Blancs.


Déception béglaise. « Vas-y " Boubou " ! » Ce que lui criaient aussi ses amis du lycée Bellevue de Toulouse, quand il courait le 100 mètres en 10'5 à 17 ans. Jusqu'à ce que l'un d'eux l'invite au rugby. « Six mois après, j'étais international scolaire à l'aile. Puis titulaire en première au Stade en 1965, à 18 ans », résume Bourgarel, allumant une Gauloise, assis sur la glacière.
Titulaire inamovible, « Boubou » travaille à la Banque populaire. Pas besoin du rugby pour viatique : le bac « sciences expérimentales » suffit. Et se régale sur le terrain. « A Toulouse, déjà, on attaquait tous les ballons à la main. Même si on n'a pas remporté de titre. » Effectivement, rien entre 1947 et 1985. Il s'en fallut pourtant d'un cheveu, le 18 mai 1969, contre Bègles. Le match de la célèbre interception de Jean Trillo entre Jean-Louis Bérot et Pierre Villepreux... « L'arbitre m'a volé », rumine encore Bourgarel. « Je grille la politesse à tout le monde sur 60 mètres, et, seulement quand je suis dans l'en-but, il siffle un en-avant qu'il est le seul à avoir vu. Ma plus grande déception... »
Rien n'est plus fort qu'un titre de champion de France. Pas même une sélection, fut-ce la première, contre les Roumains, en 1969. « La vraie " cap ", c'était face aux Britanniques. » Le cas pour Ecosse-France en 1970. « Un drôle de match. J'étais content d'y être mais j'ai fait 500 kilomètres sans toucher le ballon. Que des coups de pieds... »


L'essai de Johannesburg. De loin, son meilleur souvenir reste l'Afrique du Sud en 1971. Pas les deux tests qu'il a joués mais un match de provinces à Johannesburg, dans un stade glacial où le pouvoir blanc imposait un ordre de fer. « Tout à coup, je marque un essai face à la tribune où étaient parqués les Noirs. Ils étaient derrière des barbelés, gardés par un cordon de policiers avec des chiens. Ils dansaient de joie ! J'ai caché ma joie mais c'était très fort. Quelques minutes plus tard, je tombe sous un crampon sud'af : dix points de suture. Pas parce que j'étais black, parce que leur jeu était dur. »
Une tournée qui fera date. La grande histoire retiendra le symbole de la sélection de Bourgarel. En oubliant le bon coup du président Ferrasse qui donnait un gage à la communauté internationale pour aider son homologue et ami sud-africain Danie Craven.
« Que je parte là-bas n'a plu à personne. J'ai reçu des menaces des mouvements antiracistes qui me reprochaient de cautionner l'apartheid. Tandis que des ségrégationnistes m'ont insulté. Dans l'euphorie, je n'ai pas réfléchi. J'étais omnubilé par l'équipe de France, je suis parti là-bas la fleur au fusil. »
Là-bas où tout s'est bien passé avec le blazzer frappé du coq. « L'accueil était faux, mais parfait ». Sauf hors du giron. « Un soir, en boîte, les portiers me refusent l'entrée. Les gars de l'équipe disent : " Dans ce cas, on n'entre pas non plus ". Ca m'a fait chaud au coeur. Finalement, ma sélection n'a rien changé. Il a fallu attendre vingt ans pour qu'un Noir joue sous le maillot des Boks » (1).


Coup de tête. Curieusement, Bourgarel disparaît des tablettes internationales dès 1973. Et quitte la même année le Stade Toulousain, à 26 ans. Sourire gêné... « Une tournée se préparait pour la Nouvelle-Zélande. Je livre un super-match à Montauban. Tout le monde vient me dire : " C'est bon, tu y es ". Au retour, dans le bus, on écoute la radio : ils m'avaient oublié... J'ai pris mon sac, je suis rentré chez moi. Définitivement. »
Bourgarel signe alors à Miramas, dans les Bouches-du-Rhône, en Honneur. Puis à Châteaurenard, entraîneur-joueur avec le Lourdais Roland Cancée. Avant le retour en pays toulousain où il crée le club de Cornebarrieu, en 4e série. Il finira à Caraman, en Honneur, à 45 ans. « De belles années ! Moi qui voulais quitter mon aile, j'ai été servi ! J'ai joué à tous les postes excepté seconde ligne. Même pilier une fois... »
Professionnellement, ce fut plus dur. Fabrication d'alimentation pour bétail, cafetier, vendeur d'assurances, de voitures, monteur de placo-plâtres... et le chômage. « Au début des années 80, quand le nom Bourgarel ne parlait plus à grand monde, j'ai mesuré combien il était difficile de trouver du boulot en étant noir... » Gérard Crouzat, patron de la société qui l'emploie aujourd'hui, lui a tendu la main il y a vingt ans. « J'aime ce métier, le travail du bois. Souvent, les clients ne cachent pas leur étonnement quand ils discutent avec moi et s'aperçoivent que je suis pas trop con. Et alors ? Un type du bâtiment doit-il forcément être un abruti ? »


L'appel de Ferrasse. Homme libre et il le concède un peu entêté, Roger Bourgarel n'a jamais rien demandé à la grande « famille » du rugby. « J'en ai connu qui l'ont fait. Ils se sont fait manger ça, puis ça », montre-t-il d'un mouvement de la main. « Moi, je peux me regarder dans la glace. »
A l'autre bout du chantier, Gérard Crouzat raconte : « Un soir, je reçois un coup de téléphone. Ferrasse ! Qui me dit : " Bourgarel charpentier ! Un scandale, un ancien international... Donnez-moi son numéro, je vais lui trouver autre chose. " Je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire qu'il était gonflé, lui, un marchand de matériaux ! Et je lui ai passé le numéro de Roger. »
Gérard Crouzat n'a plus jamais entendu parler de Ferrasse. Et Bourgarel est devenu l'un de ses plus solides chefs d'équipe. Grâce à son travail, à la solidarité des collègues, « Boubou » a construit sa maison. Près d'un étang où il va pêcher le dimanche. Là, dans la quiétude du matin, lui reviennent en mémoire la finale volée et l'essai de Johannesburg.

(1) Chester Williams, international de 1993 à 2000, vainqueur de la Coupe du Monde 1995.

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