La sportivisation de l’EP





télécharger 24.44 Kb.
titreLa sportivisation de l’EP
date de publication03.11.2017
taille24.44 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
Travaillot : 1958 – 1967

La sportivisation de l’EP

De Gaulle arrive au pouvoir suite à l’effondrement de la IVe république due aux guerres coloniales et à la crise intérieure qu’elles engendrent dans le pays. La Véme république est officiellement en marche le 1er janvier 1959. De Gaulle veut moderniser la France et mener une politique de « grandeur nationale ». Il veut rendre à la France sa pleine souveraineté sur la scène internationale. L’état est dans une situation très précaire et le principal objectif est de devenir indépendant vis-à-vis du monde. (Fin de la décolonisation, quitte l’OTAN…).

Le système éducatif est frappé de plein fouet également par cette politique Gaullienne. La France à besoin de cadres bien formés… Le système pyramidal, qui suggère une démocratisation, apparaît alors comme une bonne solution. Il faut élargir la base pour élargir l’élite et ne pas se priver de talents. Les réformes Berthoin de 1959(école obligatoire jusqu’à 16 ans, CEG) et Fouchet en 1963 (CES) vont dans le sens de la démocratisation du système scolaire. «Les statistiques disponibles « témoignent d’une démocratisation engagée à tous les niveaux du système éducatif » (A.Prost ; L’enseignement s’est il démocratisé ? ; 1992). De nombreux CES mixtes sont construits à cette époque, le budget de L’EN augmente considérablement, le recrutement des enseignants explose.

En 1958 est créée le Haut Commissariat à La Jeunesse et aux Sports avec à sa tête M.Herzog. Cet organe est rattaché au MEN. L’objectif de Herzog est de mettre la jeunesse et le sport au service du renouveau de la France. Cette modernisation de la France passe par une politique sportive scolaire (et extra scolaire), allant de la masse au haut niveau (pyramide). « Si la France brille à l’étranger par ses penseurs, ses savants, ses artistes, elle doit aussi rayonner grâce ses sportifs ». (M.Herzog ; 1959). « La place de la France dans le sport mondial est liée de toute évidence au développement d’une conscience sportive dans la formation des jeunes Français ». (M.Herzog ; 1961). L’EP « se trouve brusquement propulsée au rang d’instrument principal d’une politique ambitieuse ». (J-L.Martin ; Revue EPS n°260 ; 1996).

Herzog charge l’IG de rédiger de nouvelles I.O. A la tête de l’IG on retrouve des membres liés à LFEP, tel que Marchand. Ces personnes ne veulent pas rompre avec le passé de l’EP et le schéma de la leçon. Ils trouvent dans les travaux de Seurin un appui pour la rédaction de ces I.O. Il faut que les objectifs de l’EP, santé et développement des qualités physiques, soient atteints par la mise en œuvre d’une EP rationnellement organisée. La leçon reste composée de deux parties : la gym construite et la gym fonctionnelle. Ces instructions marquées par la rigueur et l’ordre, peuvent être considérée comme une remise en ordre d’une EP trop éclectique et devenue trop ouverte aux pratiques sportives. « Le texte ne se pas révolutionnaire, ni même novateur, il se veut restaurateur de ce qui avait été pensé à la fin de la guerre. C’est en définitive, un coup de frein au développement de la pratiques des disciplines sportives dans les écoles de la république que l’on cherche à donner ». (M.Herr ; Les textes officiels et l’histoire ; 1989). « C’est au cours du plein air que trouveront place l’entraînement sportif et les rencontres sportives ». (J-L.Martin ; 1999). Herzog n’est pas satisfait de ce texte mais au lieu de le désavouer, en signal en introduction leur caractère provisoire. Ces I.O sont une sorte de compromis entre la tradition et la modernité souhaitée par Herzog. Une avancée est remarquable cependant : apparition d’une épreuve d’EPS obligatoire au BAC en 1959 (Gym ; Athlé ; Corde). En devenant obligatoire au BAC, l’EPS devient sportive. Selon Andrieu c’est le sport total guidé par la performance qui sert de référence. En agissant sur l’évaluation, Herzog détient le pouvoir de rénover les contenus, puisqu’il faut enseigner ce que l’on évalue.

A partir de cette époque on assista à la mise en place d’une véritable politique sportive. Les JO de Rome en 160 sont l’occasion d’affrontement de nations plutôt que d’athlètes en cette période de guerre froide. Les jeux sont qualifiés de débâcle pour la France avec 5 médailles dont aucune d’or. Les jeux de Rome sont donc une opportunité que Herzog saisit pour accélérer la mise en œuvre de sa politique sportive. Les premiers B.E sont créés en 1963. Le budget consacré a Jeunesse et sports augmente de façon considérable et l’état met en place une politique de construction d’équipements sportifs.

Pour que la France brille dans les compétitions internationales Herzog est convaincu qu’il faut que la jeunesse française s‘adonne en masse aux pratiques sportives. Il faut élargir la base des pratiquants en EPS et sélectionner parmi eux les futurs champions. Le nombre de postes au CAPEPS croît. (x2 entre 1958 et 1969 : « âge d’or du recrutement » J-L.Martin ; 1999). Cette orientation sportive de l’EPS est officialisée par des circulaires, plus simples à rédiger et à mettre en œuvre. Le 1er Janvier 1961 la ½ journée de plein air devient la ½ journée de sport. Cette ½ journée est le lieu de préparation et d’organisation des compétitions sportives. Le 21 août 1962 signale que « les gestes sportifs font partie de la leçon d’EP ». L’initiation trouve sa place dans les 2 heures hebdomadaires, l’entraînement est possible dans la ½ journée de sport et la compétition est placée dans le cadre de l’AS. « Ces instructions ne sont que la claire et sèche traduction d’une volonté politique ». (J-L.Martin ; La politique de l’EP sous la Véme République ; PUF ; 1999). Entre la ½ journée de sport et l’AS la distanciation s’estompe. Le 21 décembre 1961 l’ASSU remplace l’OSSU et devient un maillon entre l’école et les clubs civils. Les instructions de 1962 encouragent le glissement de l’école vers le club, ce glissement étant souvent permis par la double fonction des enseignants. (G.Andrieu ; Enjeux et débats en EP : une histoire contemporaine ; Actio ; 1990). De plus une série de textes évince progressivement la gym du BAC. La finalité principale n’est plus la santé mais la préparation par le sport d’hommes d’actions prêts à vaincre. « L’école devient l’annexe du club » (G.Andrieu ; ibid.)

En juin 1965 P.Trincal est chargé de réfléchir à de nouvelles I.O. Herzog (Portée morale du sport ; 1963) avec l’appui de l’UNESCO (Manifeste sur le sport) et de Borotra (Essai de doctrine du sport) insiste sur les valeurs morales que le sport est à même de promouvoir : persévérance, goût de l’effort gratuit, fair-play, performance, compétition… . Cette politique sportive porte ses fruits malgré les questions relatives au dopage. Les Français brillent dans les compétitions internationales (Jazzy, Killy, Caron, Besson…).

Dans ce contexte les enseignants risquent d’être confondus avec les animateurs ou entraîneurs de clubs. Pour Herzog tous participent à la même œuvre. Cependant les syndicats et en particulier le SNEP revendiquent une EP scolaire qui, si elle utilise le sport, s’en distingue malgré tout. Dans le SNEP se dégage une minorité communiste qui pense que « la motricité ne peut être pensée indépendamment de ses manifestations sociales les plus élaborées, les APS ». « Il convient de passer d’une EPS abstraite à une EPS concrète basée sur l’enseignement sportif, afin de respecter cette réalité sociale … ». (J-P.Clement ; Sports et pouvoirs au XXème siècle ; 1994). Cette pensée marxiste consiste à concilier l’éducation de la personne avec la socialisation du sujet par le sport affranchi de ses dérives bourgeoises.

A cette époque et pour aller dans le sens de cette sportivisation sont mises en place des expérimentations novatrices qui prend le sport comme base de l’EP. J.De Rette, publie un article intitulé « La gymnastique de grand père est morte » dans la revue EPS. Ces expédiences menées à Corbeil Essonne et à Calais (République des sports). Ces expériences placent le sport au centre de l’EP. Les classes sont divisées en équipes qui s’affrontent lors de compétitions inter classes, inter établissements. Il y a une alternance entre les cycles d’entraînements et les compétitions. La compétition met à jour des problèmes, l’entraînement cherche à les résoudre.

Pour Arnaud ces méthodes si elle se veulent novatrices ne sont que le reflet dans leur application des gyms construites. On s’inspire encore d’une pédagogie du modèle qui cherche à transmettre le bon geste, celui du plus haut niveau. Les gyms construite se fondent sur un recueil d’exercices, le sport veut donner à l’élève un bagage technique. « La somme des cycles sur l’ensemble de la scolarité aboutit à juxtaposer ces savoirs techniques selon une logique encyclopédique ». (P.Arnaud ; Techniques sportives et culture scolaire ; 1996). Cependant des enseignants tentent de travailler sur une EP spécifiquement scolaire. Certains comme baquet pense que l’appropriation des techniques doit être active. C’est par ajustements successifs que le passage du débutant au haut niveau s’effectue. Il faut donc analyser les mécanismes sous jacents à ces réajustements. Les travaux de psychologie de Piaget et de Wallon servent d’appui à cette théorie. Tessié quant à lui propose une pédagogie du milieu pour rompre avec la pédagogie du modèle. Il s’agit d’aménager le milieu pour susciter chez l’élève des réactions d’adaptation, génératrices de transformations de comportements. On envisage le progrès technique comme une adaptation à une situation particulière et non plus comme une copie d’un geste de haut niveau. (C.Pociello ; Revue EPS n°67 ; 1963).

Cl : Ces réflexions permettent de justifier que si l’EPS utilise le sport c’est pour atteindre des finalités éducatives qui le dépassent. L’EP à l’école ce n’est pas seulement une initiation pour attirer les jeunes dans les clubs.
Dans la société les loisirs prennent une place de plus en plus importante. Le loisir devient un phénomène culturel à part entière suite à de nombreuses transformations de la société. La croissance économique est importante, le niveau de vie augmente, les salaires et le pouvoir d’achat également. On assiste à un véritable exode rural et à une tertiarisation de l’emploi, secteur tertiaire particulièrement investit par les femmes. Ces bouleversements sociaux entraînent l’émergence d’une classe moyenne urbaine (Cf. J-P.Clement). L’augmentation du temps libre du à la diminution du temps de travail et aux semaines de congés payés supplémentaires (3éme semaine en 1956 et 4éme en 1969). Les pratiques sportives sont considérées pleinement comme activités de loisirs. On assiste à une massification du sport dans la société. Le taux de licenciés double entre 1958 et 1968 et le taux de féminisation augmente. Dés lors l’EP se trouve légitimé d’enseigner le sport car il est représentatif de la société et prépare à la future intégration. « Fonder l’EP sur la science physiologique et psychologique est insuffisant. Elle doit également s’appuyer sur la sociologie des besoins de la civilisation industrielle et urbaine, et particulièrement sur la sociologie du loisir ». (J.Dumazedier ; EP, sport et sociologie ; Revue EPS n°69 ; 1964).
La fin de la tutelle médicale

Seurin perd énormément d’écho durant cette période car il continue à défendre une EP rationnelle et méthodique. Il rejette la compétition sportive car elle est liée à un contexte passionnel et à des intérêts financiers qui rejettent au dernier plan les soucis éducatifs.

Le Boulch propose également à cette époque une méthode rationnelle basée sur les sciences physiologiques. Il est contre une spécialisation sportive trop précoce. Il cherche au travers d’une conception fonctionnelle de l’EP à développer les qualités biologiques, motrices et psycho motrices des élèves pour qu’ils s’adaptent au milieu social et biologique. On doit donc développer « la maîtrise corporelle et l’intelligence motrice ». Pour Le Boulch la perception motrice est un axe de travail important que doit cherche à développer l’enseignant. Il ne peut se limiter à l’apprentissage de gestes, mais doit solliciter et développer au travers d’exercices, différents facteurs de la conduite motrice. L’adaptation aux conditions changeantes du milieu devant être le souci central de l’enseignant d’EP. Il propose des exercices de perception temporelle, de prise de conscience segmentaire, de la respiration sous formes de situations problèmes. L’élève cherche la réponse par essais erreurs. Cette psycho cinétique doit servir d’ « éducation de base ». Le Boulch nous propose donc selon ces propres termes une EP résolument novatrice qu ne se confond ni avec le sport ni avec l’hygiène. (L’avenir d’une EP scientifique ; 1962). Il se heurte cependant à de nombreux opposant car il est considéré comme hors de « l’air du temps » ce qui le poussera à démissionner de son poste d’enseignant d’EPS.
Les Instruction officielles de 1967

Le 8 janvier 1966 Herzog est remplacé par Missoffe. Ce dernier confie à Haby, son directeur de cabinet, le chantier des I.O. Les I.O de 1967 institutionnalisent la pratique du sport en EP. L’EP se dote donc d’une dimension sportive et apparaît pour la 1ére fois comme EPS. Ces I.O reprennent les grandes lignes de la Doctrine du sport et dotent l’EPS de finalités culturelles légitimant l’utilisation du sport, car ce dernier possède des valeurs éducatives. Le sport prend une place hégémonique dans les horaires d’enseignement car il a de nombreuses vertus (courage, générosité, loyauté, désir de vaincre…). Les APS dont la « portée éducative peut être considérable », constituent l’essentiel des « moyens » des séances de l’EP. La santé reste ne priorité de l’EP mais pas la principale et sa définition est révisée (accoutumance à l’effort, dépassement de soi).

Les liens entre les enseignant d’EPS et le MEN semblent donc se distendre (rattachement à la Direction des sports en 1967). Cependant ces I.O marque une certaine distanciation avec le sport dans le sens où elles affirment que « l’EP ne doit plus être confondue avec certains des moyens qu’elle utilise ». On assiste à un « changement d’orientation » (J-L.Martin ; Du projet politique aux I.O d’EPS en France ; 1997). Les APS sont classées en fonction de type de maîtrise qu’elles développent (Milieu, corps, amélioration des qualités physiologiques, rapport à autrui). « Les I.O de 1967 apparaissent ainsi comme l’aboutissement le plus lisible de ce projet (sportivisation) et en même temps comme la première étape de son déclin ». (E.Combeau-Mari ; Les années Herzog et la sportivisation de l’EP ; 1998). On passe d’un sport vrai qui favorise la compétition à un sport aseptisé qui n’est qu’un enseignement de techniques sportives, qui n’est plus du sport, mais un sport « sans âme ». (G.Andrieu ; Le sport et l’EP demain ; 1995).

Les I.O de 1967 peuvent être considérées comme un consensus aux références éclectiques. Les intentions éducatives sont proches des conceptions psychomotrices et les activités support sont proches du courant culturaliste.
Conclusion

Cette période est une période charnière dans l’histoire de l’EP. L’EP trouve dans le sport la représentativité culturelle qui lui manquait. De plus l’EP se « débarrasse » de l’influence des médecins pour être gérée de l’intérieur par les enseignants. Cela entraîne de nombreuses nouvelles conceptions de l’élève et du rôle de l’enseignant. On cherche à pallier aux manques des élèves et non plus à faire acquérir un geste. Les I.O de 1967 marginalise le courant traditionnel et scientifique au bénéfice du courant sportif. A cette période le sport est consacré en EPS car il a des valeurs éducatives. Cependant sont utilisation sera souvent abusive et aboutira à des dérives technicistes. On ne perçoit plus clairement la limite entre l’enseignant et l’animateur de club.

similaire:

La sportivisation de l’EP iconHistoire – cm de G. Veziers Licence 3 Chapitre n°6 Document de prise...
«américain» de l’expansion économique. La croissance de la production, la rentabilité, l’investissement, la productivité, la compétitivité...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com