Figure 65 : Naissance de la responsabilité, naissance du risque





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LES CATASTROPHES NATURELLES GÉOLOGIQUES

(Tremblement de terre, Tsunami, Glissement de terrain et avalanche, Éruption volcanique)

Quelques semaines après le tremblement de terre et tsunami de Lisbonne en 1755, le géographe Buache est venu présenté à l’Académie des Sciences la première carte des risques sismiques en France. Pour les catastrophes naturelles géologiques, il s’agit de l’une des deux grandes césures qui peuvent être ainsi repérées. Il faut cependant clarifiant les rôles respectifs de chacune d’entr’elles.
Naissance du risque

A la suite de l’historien de la Révolution industrielle Joel Mokyr1, il peut être distingué trois types de situations : existence ou non d’un savoir prescriptif, et enfin articulation d’un savoir prescriptif sur un savoir propositionnel.. Schématiquement donc : trois types de sociétés, des sociétés sans accumulation, mais avec une connaissance située de leur environnement, des sociétés avec accumultaion de biens et des savoirs presciptifs et enfin des sociétés avec une développement de savoirs propositionnels fédérant des savoirs prescriptifs.

Figure 65 : Naissance de la responsabilité, naissance du risque

Connaissance située des chasseurs cueilleurs

Néolithisation : naissance de la responsabilité

Savoirs prescriptifs des sociétés agricoles traditionnelles

Industrialisation : naissance du risque

Savoirs propositionnels des sociétés modernes



Les sociétés de chasseurs-cueilleurs présentent généralement une très faible vulnérabilité devant les tremblements de terre : ils ont un habitat léger, du type yourte, très bien adapté à un risque sismique. Pour les risques géologiques en règle générale, la stratégie des chasseurs-cueilleurs est une stratégie d’évitement : ils ne cherchent pas à se maintenir dans un endroit qui s’est révélé dangereux, ils vont s’installer ailleurs. La connaissance des particularités d’un territoire est très développée, et transmise à travers des récits légendaires. Ces sociétés sont basées sur une très forte préférence pour le présent et une absence d’accumulation. Lz mémoire est fortement territorialisée, difficilement transmissible en dehors de ce territoire.

La néolithisation se traduit par un regroupement d’édifices autour d’un sanctuaire qui peut comprendre colonnes ou voûtes : la vulnérabilité au risque sismique peut devenir alors très importante. Pendant quelques générations, des procédés parasismiques peuvent être utilisées, puis abandonnés, comme en témoignent les fouilles archéologiques. Les savoirs prescriptifs ont une mémoire faillible : une succession de secousses sismiques a pu faire rentrer dans l’état du métier de maçon des procédés parasismiques, puis ceux-ci par un intervalle trop long entre deux séismes ont pu être oubliés.

La néolithisation débute avec l’architecture et l’aménagement hydraulique. Ce passage de la prédation à l’aménagement se fait dans un allongement des horizons décisionnels : les sociétés agricoles traditionnelles s’inscrivent dans un temps long, une succession renouvelée et régulière des saisons, et des générations humaines. Il existe des « me » disent les textes sumériens, des savoirs prescriptifs qui permettent de se tirer d’affaire. Cependant la vulnérabilité est bien plus importante que pour les sociétés de chassuers-cueilleurs, et la dynamique obtenue par ces premières sociétés basées sur l’aménagement est de type cahotique. Des périodes de prospérité permettent une petite accumulation de biens, dissipée lors d’un épisode de désolation, si bien qu’à long terme la croissance est à peu près nulle. La conception de la responsabilité est très pesante, peut être en lien avec cet échec fondamental d’un premier aménagement : les victimes y sont toujours pour quelque chose. Dans la France d’Ancien régime, une fissure d’origine sismique dans l’édifice indique le plus souvent une faute du propriétaire qu’il a entièrement la charge de réparer.

A la question «  Qu’est-ce que les Lumières ? », des réponses inadéquates sont souvent apportées : le dix-huitième siècle aurait été ce moment charnière, privilégiant un idéal d’assujettissement du monde naturel, prélude aux catastrophes du monde industriel. Ce la revient à rapprocher dans des temps historiques relativement proches, des évènements comme le début des catastrophes technologiques, une plus grande vulnérabilité aux catastrophes naturelles, une politique volontaire d’aménagement, qui caractérisent le processus de néolithisation. Les grands déboisements qui apportent les extrema de pertes des indicateurs de développement durable, comme par exemple, la biodiversité, caractérisent la néolithisation. L’industrialisation est lié à un redémarrage de l’accroissement de la surface des forêts.

L historiographie naïve des Lumières et de l’industrialisation est battue en brèche dans l’ouvrage de Grégory Quenet consacré à la naissance d’un risque, le risque sismique. Grégory Quenet est un historien qui a travaillé à la vérification des données historiques pour les bases de données sismiques pour la France2. Il a choisi de concentrer son travail de recherches sur la période 1550-1780, période où le risque sismique devient, en France, un risque émergent. Avant 1740, l’objet « tremblement de terre » est peu construit en France. Le désastre de Lisbonne en 1755 est l’événement qui l’instaure pleinement. Un peu paradoxalement : aujourd’hui cette catastrophe serait plutôt rapprochée des situations de tsunami. En effet, Lisbonne n’est pas le seul endroit touché, le phénomène destructeur de 1755 a frappé durement les côtes du Maroc, de l’Espagne et du Portugal. Le phénomène du tsunami était connu, mais cela n’était pas encore un risque émergent pour le dix-huitième siècle.

Grégory Quenet cite un auteur provençal du début du XVIIème siècle, Louis Du Thoum, qui dans son ouvrage paru en 1616, Le Tremble-Terre, recommande en Provence de ne pas construire près de la mer « qu’à cause des inondations, qu’arrivent souvent devant ou après tels remuemens de terre »3 , se basant sur l’expérience d’un séisme survenu en 1564. Séismes et tsunamis posent la question de savoir comment s’adapter à un événement rare, sans se laisser surprendre. La France présente une sismicité modeste, avec des dégâts matériels principalement (27 séismes en France ont causé entre 1600 et 1800 des dommages matériels ; ils ont fait en tout 20 morts). En France, comme dans la plupart des pays du Monde, «  la sismicité n’est pas assez forte pour devenir régulière dans le vécu des populations » 4(Quenet, p.44). Le « Big One » peut y être d’autant plus terrible. Dans certaines régions sismiques, des cultures techniques locales intègrent des procédés de construction parasismique. Ces cultures techniques sont attestées depuis l’époque néolithique. Elles ont probablement été instituées à l’occasion d’un désastre majeur, ou d’une succession de séismes, mais n’ont pas duré au-delà d’un nombre relativement limité de générations humaines. L’archéologue trouve ainsi des procédés de construction parasismique en Crète à l’Age de Bronze, ou en Campanie après le grand séisme de 1688, mais peut témoigner aussi de l’abandon au bout de quelques générations de ces savoirs techniques. Ce qui naît, le « risque », vers 1740, n’a pourtant pas grand chose à voir avec ces cultures locales d’adaptation.

Revenons-en à notre historiographie naïve basée sur l’opposition entre un monde agricole supposé paisible et l’irruption d’un programme rationalisateur : en fait, les sociétés agricoles traditionnelles sont basées sur un programme de domestication du monde naturel, et c’est bien pour cela que le tremblement de terre y est assez mal défini. Elles en sont d’autant plus démunies, et les archives témoignent des efforts des collectivités locales d’alors pour essayer de réparer à partir de leurs ressources propres les dommages d’un tremblement de terre. Cultures techniques locales, finances locales, dans une mémoire orale : c’est en fait avec cette configuration que va rompre les Lumières, basées sur un usage public de la raison et une capitalisation raisonnée des savoir faire et connaissances.

En France, les années 1740 fournissent le point de basculement pour l’émergence du risque sismique. Ce point de basculement correspond à la stabilisation du lectorat des premiers journaux dans les différentes régions de France. Avant 1740, l’objet « risque sismique » est peu construit. Dans la période des premiers « canards », ces premières feuilles imprimées à la parution épisodique qui transmettaient les informations, le tremblement de terre reste un signe céleste parmi bien d’autres qu’il s’agit d’interpréter. Pour Jérome Cardan, en 1557, « les grands tremblements de terre annoncent la guerre, l’épidémie ou la tyrannie », ils ne suffisent pas à eux-mêmes, et ne prendront leur véritable signification que dans une plus grande catastrophe à venir.

A partir de 1660, une politique de communication rationnelle est mise en place. Une presse officielle étroitement surveillée ne mentionne plus les séismes en France, mais seulement ceux qui ont lieu à l’étranger. Il s’agit d’une politique délibérée du futur Louis XIV, interdisant de faire publiquement mention d’un tremblement de terre dans son royaume. Les tremblements de terre ne sont pas une calamité en France : cette conception sera consacrée dans l’ouvrage populaire de l’abbé Pluche paru en 1720, « Le Spectacle de la Nature ». Il ne subsiste dans les archives de la période 1660-1730 que des relations manuscrites d’administrateurs communaux tentant de collecter quelques fonds pour reconstruire les bâtiments et ouvrages d’art détruits, comme c’est le cas pour le séisme de Manosque en 1708. Si l’église du village a un air penché, cela indique la mauvaise gestion du recteur et de ses paroissiens, et l’explication du clocher penché à cause d’un tremblement de terre n’est pas jugée recevable : les juristes parleraient d’un régime de responsabilité pour négligence à propos des infrastructures locales. L’Etat n’intervient ni lors des secours d’urgence, ni lors de la reconstruction.

Le tournant se situe un peu avant l’événement majeur de 1755, le séisme et tsunami de Lisbonne, une grande vague qui a emporté le cœur d’une des capitales européennes.Vers 1740, La presse commence à être mieux diffusée dans tout le royaume, les prêtres ont été mieux formés, une partie de la population lit et écrit au quotidien. Les séminaires, souvent influencés par le courant janséniste, sont très critiques devant la pastorale de la peur, qui présente les désastres comme des colères divines. Puisque les victimes des séismes sont maintenant des infortunés, et non des pécheurs ou des gestionnaires négligents, les secours, privé ou royal, se développent. Les notions de « risque » et de « victime » se sont donc construites ensemble dans le cas du séisme. Le tremblement de terre se conçoit autour d’un minima de concepts, de mesures et de relevés statistiques : le géographe Buache présente un mois après la catastrophe de Lisbonne une première carte de la sismicité en Europe.

Le débat sur la catastrophe de Lisbonne amène à remplacer la question traditionnelle «  quelle est la justice divine ? », par la question de l’économie des relations entre les générations. L’abbé Montignot, dans un article sur Lisbonne dans le Mercure de France de février 1756 pose la question suivante : «  Prenons-nous assez d’intérêt au bonheur des siècles futurs pour sacrifier un bien présent à un mal éloigné, et qui perd une partie de sa réalité par l’éloignement dans lequel on se le représente ? » (c’est-à-dire en tenant compte d’un taux d’actualisation, dirait-on aujourd’hui). Les vocables de « Précaution » et de « Soutenabilité » ont été apportés par les forestiers allemands du dix-huitième siècle, à la même époque où une approche en terme de « risque » s’est affirmée.

Au total, l’étude de Grégory Quenet suggère deux régimes différents, tout comme l’historien de l’industrialisation Joel Mokyr : d’un côté, il existe des cultures techniques issues la mémoire des évènements, qui procèdent par des modifications de routine. Ces cultures ne sont pas assez durables pour les évènements aussi rares que des séismes dans des zones de sismicité faible ou modérée, et cette instabilité contribue à une toujours problématique prise en compte des risques par les concepteurs de bâtiments. Ce régime apparaît distinct de celui du « risque » qui se fixe à partir de questions largement débattues autour d’évènements partagés en dehors d’un simple « pays » sismique. Pour Quenet, Les Lumières ne marquent pas la transition entre une Société traditionnelle de la catastrophe subie, et une société bien plus volontaire du risque. Le séisme est pur évènement, secousse instantanée : il n’existe pas vraiment dans des sociétés agricoles traditionnelles structurées autour de rites construisant un temps cyclique de l’Eternel Retour. Son émergence aux Lumières indique que celles-ci sont convaincues d’un lien entre nature et culture, et qu’elles s’interdisent, au contraire des sociétés agricoles traditionnelles, une culture détachée de toute nature.


Caractéristiques de l’aléa géologique

Il a été proposé de voir dans l’existence de documents techniques, tels que les microzonages et les normes de construction, une conséquence d’externalités propres aux risques naturels géologiques5. Les microzonages sont établis localement par un ensemble de parties prenantes. La procédure de microzonage actuellement appliquée en France est celle des Plans de prévention des risques naturels6. Une commission d’ingénieurs a élaboré le guide de construction Eurocode 8, guide relatif aux bonnes pratiques pour la construction en zone sismique7. Ces documents articulent savoirs prescriptifs et savoirs propositionnels et sont destinés à un public spécifique, les habitants et les professionnels de la construction d’une agglomération possédant un aléa sismique. L’existence du phénomène de contagion fait qu’il est pleinement justifié d’indiquer le rôle majeur des externalités dans le cas desrisques majeurs biologiques. Quelques dispositions des codes techniques peuvent venir à l’appui d’une invocation des externalités comme justification de ces documents : par exemple, toutes les dispositions spécifiques aux bâtiments mitoyens. Mais le caractère spécifique de ces dispositions indique le caractère limité des externalités en règle générale pour les risques majeurs géologiques.

Ce qui semble plus spécifique au risque majeur géologique, ce sont deux caractéristiques :

  1. Une inscription assez précise dans une approche cartographique. Les lignes de fracture sont en règle générale avec un tracé assez bien connu. De même pour des risques comme les glissements de terrain, une cartographie assez fine du danger est le plus souvent possible. Les phénomènes hydrométéorologiques ont une cartographie plus diffuse, et concernent toutes les parties d’un territoire, au contraire des risques majeurs géologiques, plus polarisés par des sites déterminés, et absents d’un grande partie des territoires.

  2. Les phénomènes géologiques ne semblent pas limités en taille : les planètes portent traces d’événements géologiques de taille gigantesque, chute de très grosses météorites, éruptions volcaniques de très grande ampleur.


Figure 66 : Quelques caractéristiques des catégories de risques majeurs naturels


Catégorie de risque naturel

Dimension géométrique

Comportement individuel

Problèmes spécifiques

Biologique

Sans

Auto-protection : on peut diminuer la probabilité d’occurrence

Externalités liées à la contagion

Géologique

Lignes finies et localisées de fractures sur la carte topographique

Auto-assurance : on ne peut pas baisser la probabilité d’occurrence

Phénomènes de très grande ampleur

Hydrométéorologique

Surface d’étendue aléatoire (zone inondée, zone dévastée par une tempête…)

Plutôt auto-assurance : la probabilité de l’occurrence est plus rigide à la mitigation que le montant des dégats

Transfert de dommage : un aménagement peut déporter les effets par exemple d’une inondation sur un territoire voisin



Il existe des situations de transfert de dommages pour les risques géologiques : cependant , là aussi, cela correspond à des situations particulières. Ainsi, un procès récent a opposé deux communes partageant un couloir d’avalanche. L temps de retour du phènomène avalancheux y est d’environ 18 mois. L’avalanche va vers un hameau de la commune A, qui a installé un épi détournant l’avalanche suivante vers un hameau de la commune B. Cette dernière a également installé un épi, qui fait que l’avalanche suivante est revenue vers le hameau de la commune A, qui a de ce fait construit un plus grand dispositif de protection contre l’avalanche8. Cela reste une situation exceptionnelle pour les risques géologiques majeurs : il est rare qu’un dispositif technique puisse ainsi détourner à volonté un tel aléa. D’autre part, les deux protagonistes occupent une situation équivalente, ce qui favorise les concours pour les aménagements concertés, ou le recours à un juge.

Du fait de l’existence de très grands phènomènes, comme l’exceptionnel tsunami du 26 décembre 2004 dans l’Océan Indien, valeurs extrêmes et valeurs médianes sont très éloignées les unes des autres. Les valeurs médianes reflètent mieux cependant l’activité liée aux alertes internationales dans une année quelconque. La part relative des catastrophes géologiques est en diminution : les seismes et autres aléas géologiques ont doublé ces dernières années, ce qui est une croissance beaucoup moins forte que pour les autres catastrophes. Cette progression des risques majeurs géologiques est un plus importante que celle attendue à partir de la seule croissance démographique . Le supplément est expliqué à partir d’une théorie de la criticalité auto-organisée, théorie développée par Per Bak et d’autres physiciens9.

Per Bak utilise l’image d’un tas de sable pour introduire la notion d’un état critique auto-organisé. Supposons une trémie avec une legère ouverture laissant tomber des grains de sable. Le tas va grandir. Sa pente va progressivement s’accroître. Il n’y a pas de modification graduelle, et bientôt de petites avalanches se déclenchent spontanément sur les flancs du tas de sable. Le système est passé par trois étapes : une phase de grande stabilité, une phase critique où des avalanches sont susceptibles de se produire, et enfin l’éboulement proprement dit. L’état critique est auto-organisé parce qu’il est entretenu (par l’apport de grains de sables) et qu’il résiste aux changements possibles, c’est-à-dire qu’il possède des propriétés d’auto-entretien qui n’existe pour d’autres états critiques rencontrés en physique, qui ont un caractère transitoire dépendant d’une petite plage de variation d’un paramètre, par exemple.

L’image du tapis roulant est celle qui peut être utilisée pour introduire la géométrie spécifique aux risques majeurs géologiques. Les dorsales océaniques forment au milieu des grands océans des fonds océaniques nouveaux qui vont s’éloigner de chaque côté d’un fossé central appelé le rift. Les fonds océaniques avancent vers les continents à une vitesse qui varie entre 1 à 15 centimètres par an. Lorsque la plaque océanique rencontre la plaque continentale, elle s’enfonce sous cette dernière, un peu comme au bout d’un tapis roulant. La plaque océanique est constituée de roches plus lourdes que celle des continents, ce pourquoi elle s’enfoonce sous un angle qui peut varier de 20 à 80°. Le phénomène peut aussi produire des collisions entre plaques continentales, qui produisent des plissements comme la chaîne de l’Himalaya, dressée par la plaque indienne en collision avec la plaque eurasiatique à cet endroit.

Les zones sismiques et volcaniques principales sont les zones de subduction. Il existe deux ceinture qui concentrent séissmes et volcans : la plus importante est la ceinture du Pacifique, la deuxième en importance est la ceinture transasiatique qui part de l’Indonésie pour arriver en Espagne. Il existe des déformations intra-continentales, particulièrement en Chine en conséquence de la collision himalayenne. Les dorsales médio-océaniques répresentent environ 5 % de l’ ensemble de l’activité volcanique et sismique.

Les surfaces concernées par les aléas hydrométéorologiques sont importantes : 3 communes sur 4 en France ont fait au moins une déclaration d’inondation ces vingt dernières années. Dans la même période, toujours pour la France métropolitaine, il y a eu un seul séisme ayant causé des dégats importants, à Annecy. L’aléa géologique a une plus petite dimension que l’aléa hydrométéorologique : son élément de base est représenté par une ligne présentant des discontinuités, la faille, alors que l’aléa hydrométéorologique a pour élément géométrique, une surface, par exemple le lit majeur d’une rivière10.

Les super-catastrophes sont basées sur des aléas géologiques. Les très grandes énergies peuvent provenir de l’extérieur de la planète, par la chute d’une météorite de grande taille. Les phénomènes hydrométéorologiques ont des plages de variations mieux délimitées : des valeurs très élevées de vent sont trouvées sur des planètes autres que la terre, mais ne peuvent pas y être atteint de par les caractéristiques propres à l’atmosphère terrestre. Dans les scénarii des extinctions de masse, l’aléa géologique (chute d’une grosse météorite, trapps – il s’agit de coulées de basalte sur de très grandes surfaces) est l’élément déclencheur. La plus grande extinction d’espèces vivantes est celle de la fin de l’ère primaire, il y a environ 250 millions d’années. Elle aurait été causée par les conséquences climatiques issues des trapps de Sibérie, gigantesque éruption volcanique. Les vagues scélérates sont les plus hautes vagues connues, supérieures à 30 mètres, elles proviennent de la combinaison de plusieurs vagues orientées différemment dans une tempête. Des valeurs bien plus élevées sont observées indirectement et interprétées comme traces probables d’un paléo-tsunami aux îles Hawaï , il y a 105 000 ans. L’aléa géologique permet ces plus grandes valeurs extrêmes, supérieures à celles des aléas hydrométéorologiques.

Le maximum possible de l’aléa géologique dépend de la période de temps considéré. Pour un risque technologique, le maximum possible dépend de l’énergie libérable dans un site industriel donné, et est indépendant de l’intervalle de temps considéré généralement. Les valeurs considérables du maximum de l’aléa géologique ne sont obtenues qu’en considérant des intervalles de temps eux-mêmes considérables. A échelle géologique, avec un pas de 100 millions d’années, l’aléa de la météorite géante est à prendre en compte. A échelle humaine, le météorite maximal possible ne peut que causer des dégats très localisés. Seulement quelques météorites dépassent le poids de 100 kilogrammes chaque année sur l’ensemble de la planète.

La magnitude sismique caractérise de façon générale un séisme et dépend de façon exponentielle de l’énergie du phénomène. Il existe une relation linéaire entre le logarithme de la fréquence annuelle et cette magnitude des séismes :
Y = - 0.85 M + 7
Où Y désigne le logarithme de la fréquence annuelle et M la magnitude du séisme.

Cela équivaut à un séisme de magnitude 8 et plus par an ; 18 entre 7 et 7,9 ; 120 entre 6 et 6,9 ; 800 entre 5 et 5,9. Les plus grands séismes connus ont une magnitude de 9 à 9,6 . L’échelle de magnitude étant exponentielle, il est suggéré qu’une valeur de 10 environ corresponde au plus grand séisme possible sans apport d’énergie extérieure à la planète terre (chute de grosse météorite). Cette équivalence bien vérifiée pour l’aléa géologique entre des lois puissances selon l’intensité et selon l’intervalle de temps considéré justifie une pratique d’indication du sinistre maximal selon un intervalle de temps.

Figure 67 : Valeurs médianes pour les catastrophes naturelles géologiques




Nombre médian/an




Décès

Blessés

Affectés

19

Tremblements de terre

6

89

7 000

11

Glissements de terrain, avalanches

28

0

9

5

Eruptions volcaniques

0

0

4 000

1 tous les deux ans

Tsunami

11

0

200

Source : données 1975-2001, tous pays, EM-DAT
Ces valeurs maximales ouvertes des aléas géologiques font qu’elles peuvent être très éloignées des valeurs centrales, la médiane des distributions pouvant seule être utilisée dans ce cas, vu la volatilité de l’importance des phénomènes et un exposant inférieur à 1 de la loi de distribution. Les variables géographiques suivent souvent des distributions de Pareto, ces distributions se situent généralement avec une valeur de paramètre principal entre 0 et 2, la plage entre 0 et 1 correspond à des distributions qui n’ont ni moyenne, ni variance, entre 1 et 2, elles sont trop volatiles pour avoir une variance finie, mais elles conservent cependant une moyenne. Toutefois des propriétés de stabilité de valeur centrale existent pour la médiane, valeur effectivement prise par la distribution séparant des ensembles de même taille d’événements plus grands et plus petits. Il n’y a pas de tremblement de terre « moyen », ou de tsunami « moyen », mais il y a un tremblement de terre « médian » et un tsunami « médian » qui correspondent à des caractéristiques de vrais tremblement de terre et tsunami.

Ces valeurs médianes calculées à partir des statistiques des appels à l’aide internationale sont intéressantes pour les équipes opérationnels. Elle fournit un élément de référence pour les tâaches à effectuer : soit une alerte pour une éruption volcanique, je n’aurais pas besoin d’unités médicalisées (pas de blessés dans l’événement médian) , par contre j’aurais à mettre en place un plan d’évacuation qui affectera 4 000 personnes environ. De plus, je sais que ce type de situation se produit environ 5 fois dans une année pour l’ensemble de la planète. Les indications sur les tsunamis fournit un bon exemple de l’écart pouvant exister entre la « bonne » valeur centrale, un événement médian affectant 200 personnes et faisant onze victimes décédées, et la présence d’événement géant comme le tsunami du 26 décembre 2004.

Le tremblement de terre est l’aléa géologique qui entraîne un grand nombre de blessés, et donc des engagements très rapides d’équipes médicales. C’est aussi celui qui affecte le plus grand nombre de personnes. Avalanches et glissements de terrain se révèlent toujours particulièrement meurtriers. Le tsunami reste relativement peu fréquent, même à l’échelle planétaire .

L’éruption volcanique fait en règle générale une évacuation sans victimes. Les seules victimes enregistrées aujourd’hui le sont à partir d’une évacuation préparée, mais pas réalisée comme pour le Nevado del Ruiz en 1985, ou pour des laisser passer dans le périmètre de sécurité trop généreusement accordés, comme dans le cas du Mont Unzen au Japon en 1991. Cela avait déjà été le cas pour la Montagne Pelée en 1902 : les populations des villages environnant avaient eu pour point de regroupement l’hôpital de Saint-Pierre, situé au plus près de l’axe de sortie des phénomènes volcaniques. La plus ou moins bonne réalisation des opérations d’évacuation se lit directement dans les statistiques des éruptions volcaniques. Le total de ces fiascos, de Pompei au Mont Unzen, fait cependant moins de victimes que le seul tsunami du 26 décembre 2004.
Figure 68 : Nombres d’alertes récentes pour les catastrophes naturelles géologiques
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