Brève biographie de Saint Dominique





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4°/ De la prédication à la fondation de l'Ordre des Prêcheurs
La mort de l'évêque d'Osma représenta une coupure, non seulement dans la mission en Narbonnaise, mais dans la vie de Dominique. Personne sans doute, n'eût reproché à celui-ci de regagner à son tour son église d'Osma. La Prédication de Jésus-Christ était si affaiblie par le départ des cisterciens qu'il était douteux qu'on pût la poursuivre; sur ces entrefaites le légat Pierre de Castelnau fut assassiné par un familier du comte Raimond de Toulouse, et ce crime présageait une guerre, la longue " guerre des albigeois " au cours de laquelle la prédication, oeuvre de paix, aurait encore moins de chances de réussir. Il resta toutefois à Prouille et, malgré les hostilités, maintint fermement la Prédication de Jésus-Christ. Il résidait à Fanjeaux, à quelque vingt minutes à pied du couvent de Prouille, dont il était prieur. Sa mission de prédication le conduisit en tous sens à travers les diocèses de Toulouse et de Carcassonne, et parfois dans des régions purement albigeoises. Certes, il ne pouvait s'absenter trop longtemps de Prouille, car le couvent se trouvait assez souvent dans la zone des combats. Par les relations contemporaines et par le procès de béatification, nous connaissons les noms d'hérétiques qu'il ramena à la foi de l'Église. Sa tâche était déjà difficile auparavant, elle dut l'être d'autant plus du fait de la guerre.

Son plus grand souci était assurément la prédication et la recherche de nouveaux compagnons pour la mission. Il était bien intégré alors dans l'Église du midi de la France et nous savons qu'il parlait bien la langue d'oc. Il était donc normal qu'outre la Prédication de Jésus-Christ, d'autres charges lui fussent confiées. En 1213, l'évêque de Carcassonne fit de lui son vicaire pour le remplacer dans les questions spirituelles (mais sans pouvoirs judiciaires ni administratifs). Au cours de la même année on lui proposa deux fois un évêché; il refusa chaque fois, estimant que sa tâche de prédicateur était plus pressante. Dès le début de la mission, il ne se fit plus appeler sous-prieur, mais seulement " frère Dominique ". Il continua à habiter avec quatre ou cinq collaborateurs dans une maison située derrière l'église de Fanjeaux, et bien que la petite communauté ait reçu de Simon de Montfort de quoi subvenir à ses besoins, elle vivait volontairement dans la pauvreté: ils distribuaient des secours aux habitants dont beaucoup, du fait de la guerre et des impôts, avaient à peine le minimum vital. Dans leurs tournées de prédication ils ne prenaient pas d'argent avec eux, mais se contentaient de ce qu'on leur donnait sur la route ou dans le lieu de la prédication.

Nous savons, par le procès de béatification et par d'autres sources, que dès Palencia et Osma Dominique était ardent à la prière, passant souvent des nuits entières à veiller et à prier. Lorsqu'il s'adonna à la prédication, sa prière se fit surtout apostolique: il demandait à Dieu la conversion des cathares et des vaudois. Il progressa en même temps dans la prière apostolique et dans la prédication, qui formaient pour lui une unité. A coup sûr, il avait toutes dispositions humaines pour être un bon prédicateur une solide formation théologique et surtout une connaissance approfondie des Écritures, une élocution claire, une parole qui savait émouvoir, encourager. Ce n'était pas un prédicateur qui " remuait les masses ", comme l'avait été Bernard de Clairvaux prêchant la croisade vers la Terre sainte, ou comme le serait plus tard Bernardin de Sienne dans ses sermons appelant à la pénitence. Quand ses compagnons et lui arrivaient dans un village ou une ville, souvent peu de gens s'arrêtaient, sur une place ou devant l'église, pour écouter la première prédication. A la deuxième ou à la troisième prédication, il y avait un plus grand nombre d'auditeurs. Comme le thème choisi était destiné à contredire l'enseignement des cathares et des vaudois, les partisans de ceux-ci interrompaient les prêcheurs, discutaient avec eux. L'ambiance était sans doute davantage celle du " coin des orateurs " à Hyde Park que celle d'un sermon solennel prononcé en chaire par un Bossuet.

Des biographes postérieurs ont peut-être eu raison de parler de " milliers d'hérétiques " ramenés à l'Église par la parole de Dominique: mais ces " milliers " se répartissent sur plus de dix ans de prédication et en de nombreux endroits. La " conversion " dont il s'agissait alors était tout autre chose qu'un élan du cœur ou qu'une décision de la volonté amenant à changer de vie. La " réconciliation " qui permettait de faire à nouveau partie de l'Église était un fait juridique, noté par écrit et lié à des œuvres de pénitence. Au sermon qui donnait l'impulsion première succédaient des entretiens particuliers qui amenaient à recevoir le sacrement de pénitence. Lorsque ses anciens biographes nous disent que dans sa prière il " combattait pour le salut des âmes ", n'y voyons pas une figure de rhétorique : l'expression révèle le sérieux, le don de soi qui animaient Dominique et ses compagnons lorsqu'ils s'efforçaient de reconquérir les hérétiques.

On s'est demandé pourquoi Dominique avait tenu à obtenir pour sa communauté de prédicateurs le statut d'un ordre reconnu par le pape. La plupart des historiens sont d'accord pour penser que, dès son installation à Toulouse, il songeait à la fondation d'un ordre de prêcheurs élargi aux dimensions de l'Église. Mais il y avait aussi des motivations plus pratiques et immédiates. Son évêque, Foulques, était certes un protecteur aux vues larges, mais dès qu'il aurait un successeur, celui-ci, se référant à la tradition, pouvait abolir les innovations du prédécesseur et retirer ainsi à la communauté de Toulouse les bases mêmes de son existence.

La convocation à Rome, pour 1215, du IVe concile de Latran offrit l'occasion d'obtenir l'approbation du pape. Lorsque Innocent III convoqua ce concile, il était politiquement au faîte de sa puissance. Ses interventions auprès des souverains en Allemagne, en Angleterre et (dans une moindre mesure) en France avaient consolidé la position de la papauté et obtenu satisfaction pour les prétentions de l'Église. En convoquant un concile œcuménique, il voulait travailler à la réforme intérieure de l'Église et préparer une nouvelle croisade. Sans vouloir mentionner tout ce qui fut débattu et décidé dans ce concile, nous retiendrons celles de ses conclusions qui concernent l'action de Dominique et qui ont influencé la fondation de l'ordre des prêcheurs.

Dominique revint à Toulouse, et la communauté se décida pour la règle de saint Augustin. Un tel choix était prévisible: Dominique lui-même était " chanoine régulier ", pratiquant cette règle depuis son entrée au chapitre d'Osma, cette règle était l'une des plus répandues à l'époque, et enfin (beaucoup moins précise dans ce qu'elle ordonnait que la règle bénédictine) elle se bornait à poser les principes de la vie religieuse communautaire: pauvreté personnelle, charité fraternelle, obéissance à l'égard des supérieurs ; la façon de mettre en œuvre concrètement ces principes était laissée à la discrétion de chaque ordre.

Après cette décision, les frères s'attachèrent à rédiger les statuts qui compléteraient la règle et leur donnèrent le titre général de consuetudines : l'expression était empruntée au droit coutumier de l'époque et désignait donc des " coutumes " ayant une sorte de valeur juridique. Ces premières " coutumes " furent simplement des prescriptions concernant la vie quotidienne (heures fixées pour les offices, le repas, le sommeil) et ascétique (silence, recueillement, jeûne, exercices de pénitence...). Elles étaient inspirées plus ou moins des observances rigoureuses des prémontrés fondés par saint Norbert en 1120 - eux-mêmes chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Ce règlement minutieux de la vie quotidienne peut apparaître aujourd'hui comme une limite à la liberté individuelle, mais l'homme du Moyen Age ne ressentait pas les choses ainsi. La vie des clercs était normalement réglée par des prescriptions ecclésiastiques, et celle des laïcs l'était aussi par des ordonnances concernant le vêtement, par les corporations pour les gens de métier, par les " coutumes " qu'observaient les ruraux aussi exactement que si elles avaient force de loi. Dans un tel ordre on se sentait à l'abri, protégé. La notion d'ordre n'était pas en contradiction avec l'idée de liberté, mais avec l'idée de chaos, avec les forces de la nature qui semblaient désordonnées, démoniaques: on les redoutait, on s'en protégeait en établissant des règlements. Il faut comprendre ainsi le mot souvent cité de saint Augustin: " Garde la règle pour que la règle te garde! "

A la fin de 1216, Dominique se rendit de nouveau à Rome, accompagné de quelques frères, pour recevoir la confirmation de son ordre, que le pape lui avait promise. Mais en juillet, Innocent III était mort. Son successeur Honorius n'éleva toutefois aucune objection et, le 22 décembre 1216, il fit rédiger la bulle de confirmation qui faisait de la communauté de Toulouse un ordre autonome. Le nom de cet ordre allait presque de soi. Les frères étaient connus comme frères de la Prédication de Toulouse. La mission de prédication en Languedoc était devenue " ordre des prêcheurs ".

5°/ L'envoi des frères par saint Dominique
La Pentecôte 1217 fut une date déterminante pour la vie de saint Dominique et pour l'histoire de l'Ordre. Jourdain de Saxe raconte ainsi l'événement: " Il invoqua le Saint-Esprit, convoqua tous les frères et leur dit qu'il avait pris dans son cœur la décision de les envoyer tous à travers le monde, en dépit de leur petit nombre [...]. Chacun s'étonna de l'entendre prononcer catégoriquement une décision si rapidement prise. Mais l'autorité manifeste que lui donnait la sainteté les animait si bien qu'ils acquiescèrent avec assez de facilité. "

Il ne semble pourtant pas qu'ils se soient mis d'accord si aisément... Les objections les plus justifiées furent assurément celles qui vinrent de la communauté elle-même. C'était, et c'est toujours, contraire à toute expérience humaine que de disperser et semer à tout vent les membres d'une petite communauté récemment fondée. A quoi bon avoir prescrit des observances bien pesées, à quoi bon avoir rédigé des instructions pour le maître des novices, si ceux qui les avaient décidées n'avaient pas la possibilité de les mettre à l'épreuve, au moins pendant quelque temps ? Si l'on se bornait à considérer l'expérience, le plan de Dominique devait paraître inconsidéré, dangereux. Effectivement, quelques-unes des intentions fondamentales de Dominique échouèrent tout d'abord. Cela ne doit pas surprendre. Dans ce petit groupe, il n'y avait guère de personnalités dominantes. Le père Vicaire, dont le travail sur Dominique et l'origine de l'ordre est exhaustif, note, à ce propos, que les premiers frères étaient " simples en général et faiblement instruits pour la plupart. Il en est qui ont peur des sacrifices, d'autres qui perdent pied dans les difficultés matérielles ". Pour eux un temps de probation assez prolongé sous la direction de Dominique eût été précieux. Mais le fondateur ne fut pas ébranlé, et il répondit aux objections des frères: " Ne vous opposez pas à moi, je sais ce que je fais. "

C'était là un argument d'autorité. N'essayons pas de justifier cette attitude en remarquant que " l'histoire lui a donné raison ". On peut toujours commenter a posteriori les décisions historiques, bonnes ou mauvaises. Dans ce cas la décision prise ne peut s'expliquer que par ce qu'on appelle, en langage chrétien, " charisme " et " inspiration " ; nous pénétrons là dans les secrets d'une relation intime entre Dieu qui donne ce charisme, cette inspiration et celui qui les reçoit. Quand on est à l'extérieur on ne peut que pressentir - à la seule condition d'être ouvert à cette dimension de la foi - leur présence chez celui qui les a reçus. Les frères y étaient certainement ouverts, et c'est ainsi qu'il faut comprendre la conclusion de Jourdain de Saxe: les frères étaient " pleins d'espoir quant à l'heureuse issue de cette décision ".

A l'Assomption, le petite groupe se réunit une dernière fois pour célébrer la messe ensemble. Puis ils se séparèrent. Un certain nombre, parmi eux, ne se revirent plus. Deux groupes se dirigèrent séparément vers Paris pour s'y établir. Un autre groupe fit route vers Madrid. Un autre encore se dirigea vers l'Espagne, mais il abandonna bientôt. Dans le couvent de Toulouse restaient seulement quelques frères originaires de la ville ou de ses environs immédiats.

Alors commença pour Dominique une période de voyages qu'il fit à pied, en tant que prédicateur apostolique. Comme aux établissements d'Espagne et de France s'ajoutèrent bientôt des fondations en Italie, il était constamment sur les routes de ces pays. D'après les dépositions de ses frères, dans aucun de ces couvents il n'avait de cellule personnelle: il couchait dans la cellule d'un frère absent ou simplement sur une litière de paille dans un coin d'une pièce vide; et d'ailleurs il passait une partie de ses nuits en prière dans la chapelle ou l'église du couvent. Comme il allait à pied, il ne prenait que le strict nécessaire. Certes, il recevait dans les couvents ce qu'il lui fallait. Mais à longueur d'année ce renoncement au minimum de biens personnels dont chacun, à vrai dire, a besoin pour pouvoir à l'occasion s'en servir faisait partie de sa conception personnelle de la pauvreté apostolique, qu'il n'imposa sans doute jamais à ses frères à ce point.

Dans les quelques années qui lui restaient encore à vivre, il se consacra surtout aux couvents nouvellement fondés. Non seulement il visitait les établissements déjà existants, mais il préparait aussi le terrain pour de nouvelles fondations. Ainsi il est probable que la fondation du couvent de Bologne fut due à son initiative lorsque, au cours de l'hiver 1217, il alla de Toulouse à Rome, où il devait demander, et recevoir, de nouvelles lettres de recommandation du pape pour l'ordre des prêcheurs. Ces bulles étaient très importantes: d'abord, en dehors de la région de Toulouse et de Narbonne, le nouvel ordre était encore tout à fait inconnu; ensuite, cette forme de vie conventuelle et surtout cette activité de prédication, de la part de clercs qui n'étaient pas des prélats (auxquels auparavant le soin de prêcher était réservé), devaient, évidemment, rencontrer les réticences et la méfiance des évêques et du clergé local.

Durant l'été 1218, il en fut de même lors de son voyage en Espagne. Treize ans auparavant, à la suite de l'évêque d'Osma, il avait, en se dirigeant vers la France et le Danemark, traversé à cheval les Pyrénées: c'est ce que peut nous évoquer, sur le sarcophage du saint évêque Pedro dans la salle du chapitre d'Osma, la chevauchée d'un chanoine accompagné d'un serviteur (voir planche 14). Cette fois, avec un de ses frères, Dominique franchit à pied les montagnes, prêchant dans les villes et les villages et vivant des aumônes qu'on leur accordait.

A Madrid, il rendit visite aux deux frères qu'il y avait envoyés l'année précédente et fonda le premier couvent espagnol de moniales dominicaines. Ces religieuses reçurent une lettre de lui qui a été conservée: c'est le seul document que nous connaissions écrit de sa main. Rédigée en style très sobre, elle donne des avertissements d'ordre pratique et d'ordre spirituel, entre autres celui-ci qui pourrait provenir des instructions aux maîtres des novices que nous avons citées: " Ne bavardez pas entre vous et ne perdez pas votre temps à des rencontres. " Pas un mot de trop, pas une de ces fleurs de rhétorique pieuse dont les lettres d'édification sont si riches au Moyen Age.

A Ségovie on donna à Dominique une maison. Quelques frères s'y installèrent et en firent un couvent. (C'est ainsi que naquirent bien d'autres couvents en Espagne, en France, en Italie et en Allemagne.) Vers le mois de mai 1219, Dominique faisait route vers Toulouse pour visiter le couvent Saint-Romain. Là, le frère Bertrand l'attendait avec des nouvelles de Paris. Et tous deux repartirent pour cette ville.

Quelques semaines ne s'étaient pas écoulées que Dominique repartait pour Bologne. Là, sous la direction du frère Réginald d'Orléans, en peu de temps, d'un misérable hospice on avait fait un couvent, près de l'église S. Niccolô. Comme à Paris ce furent surtout de jeunes étudiants de l'université qui entrèrent dans l'ordre, mais des professeurs aussi demandèrent à s'y agréger et, à leur tour, lui amenèrent de nouvelles recrues. Évidemment, dans une communauté qui avait grandi aussi vite et dont les racines étaient aussi diverses, il y eut des crises. Plusieurs des jeunes gens qui étaient entrés avec enthousiasme capitulèrent devant les exigences sévères de la pauvreté apostolique. Et Réginald dut avoir plus d'une fois recours à toute son éloquence et à toute son autorité pour éviter des divisions à l'intérieur de la communauté.

Dominique décida de s'établir définitivement à Bologne. Selon Jourdain de Saxe, ce fut pour veiller sur les jeunes frères qui s'y trouvaient déjà nombreux, pour " façonner l'enfance encore tendre de la nouvelle pépinière ". D'autres motifs ont pu jouer, et notamment l'état de sa santé. Mous savons que depuis des années il souffrait de l'estomac et de l'intestin. Il n'en disait rien, continuait sa vie ascétique et consacrait de longues heures à la prière nocturne dans l'église. Mais l'épuisement dû à de longues marches, les voyages avec tout ce qu'ils entraînaient d'imprévu et d'incommodités altéraient sa santé à la longue. Comme la situation du couvent de Paris restait aussi difficile, il y envoya le frère Réginald. Il pensait que celui-ci, français, était le plus désigné pour triompher des résistances, d'autant plus qu'avant d'entrer dans l'ordre il avait été professeur à l'université de Paris et doyen à Orléans. Mais peu de temps après son arrivée à Paris, Réginald mourut.

Réginald était non seulement un éminent théologien, mais un remarquable prédicateur qui, à Bologne, enthousiasmait ses auditeurs. Jourdain en parle comme d'un " nouvel Élie " et dit qu'il " mettait tout Bologne en effervescence ". Des étudiants qu'il avait conquis pour l'ordre dans cette ville, il était aimé et honoré, et quand Dominique, à regret, l'envoya à Paris, chacun des jeunes frères " pleura de se voir si tôt arraché au sein aimant d'une mère à laquelle ils étaient accoutumés ". L'expression peut sembler un peu trop imagée, mais elle caractérise bien cette aptitude à aimer qui était chez lui un charisme particulier. Jourdain raconte aussi à son sujet qu'un certain frère, qui l'avait connu dans le monde " vaniteux et difficile dans sa délicatesse, l'interrogea avec étonnement : "N'éprouvez-vous pas quelque répugnance, Maître, à cet habit que vous avez pris ?" Mais lui, en baissant la tête: "Je crois n'avoir aucun mérite à vivre dans cet ordre, car j'y ai toujours trouvé trop de joie." " Sur le tombeau de Dominique à Bologne, Nicola Pisano a immortalisé cette amitié en montrant Réginald faisant profession entre les mains du fondateur.

Réginald ne fut pas le seul à quitter Bologne: Dominique partit bientôt, lui aussi, pour se rendre à Viterbe où, à la suite d'une émeute à Rome, la cour pontificale s'était installée. Il voulait obtenir du pape de nouvelles lettres de recommandation pour l'ordre, en particulier pour le couvent de Paris. Honorius acquiesça à toutes ses demandes, fit envoyer aux évêques de nouvelles bulles de recommandation et obtint finalement pour les frères de Paris le droit de prêcher dans leur chapelle. Dominique demeura à Viterbe et à Rome plus longtemps que prévu, et ses contacts avec le pape, au cours de l'hiver 1219-1220, furent de plus en plus étroits et confiants. Honorius III n'avait sans doute pas les capacités politiques de son prédécesseur Innocent III et il ne conçut pas d'autre réforme de l'Église que celle qu'Innocent avait exposée au concile de Latran, mais il appuya cette réforme avec prudence et contribua à son exécution. Non seulement il se montra ouvert aux idées de Dominique, mais il les soutint partout où il le put. Il lui confia une nouvelle tâche qui entrait dans ce plan de réforme et correspondait, d'ailleurs, aux intentions du fondateur des prêcheurs; celle de réformer, à Rome, certains monastères de femmes.

Il s'agissait de couvents tombés en décadence temporellement et spirituellement. Dominique forma le projet de rassembler les moniales de plusieurs couvents dans le monastère de Saint-Sixte, que peu de mois auparavant le pape Honorius III lui avait cédé et qui à force de travail était devenu habitable pour quelques frères. Ce projet rencontra, comme on pouvait 's'y attendre, une forte résistance de la part des religieuses - pour la plupart issues de la noblesse romaine -, car il s'agissait d'abandonner des lieux honorés de longue date. En outre, Saint-Sixte était situé dans un quartier marécageux, et donc malsain. Enfin, on n'appréciait pas du tout le projet de Dominique: faire venir des religieuses de Prouille pour veiller à ce que la réforme soit observée. A force d'entretiens et d'exhortations, Dominique réussit enfin à persuader les moniales de la nécessité de ce changement, malgré leur répugnance à accepter la clôture stricte qu'il impliquait et à laquelle elles n'étaient pas habituées. Il y eut, certes, des réactions violentes de la part de leurs familles qui essayèrent de les retenir par la force. Mais en fin de compte, en avril 1220, Dominique put recevoir dans la clôture le dernier groupe de moniales.

A cette installation se rattache une légende. Dans le monastère Sainte-Marie-in-Tempulo se trouvait une image vénérée de la Madone, qu'on prétendait avoir été peinte par saint Luc. On affirmait que cette image ne se laisserait jamais emporter ailleurs. Les sœurs posèrent donc comme condition qu'elles pourraient revenir dans leur ancien couvent au cas où l'image miraculeuse " résisterait " à son transfert à Saint-Sixte. Dominique en fut d'accord. Comme on craignait un soulèvement de la population romaine, l'image fut transportée de nuit en procession solennelle. Elle ne manifesta nullement l'intention de retourner à l'emplacement primitif : les sœurs restèrent donc à Saint-Sixte, et l'image se trouve toujours dans le couvent qui a succédé à celui des sœurs de Saint-Sixte, au même endroit, sur le Monte Mario.

Pour les frères qui jusqu'alors étaient installés à Saint-Sixte, il fallait obtenir une nouvelle résidence: elle se trouva à Sainte-Sabine, sur l'Aventin. Près de la célèbre basilique du Ve siècle, les frères purent installer un modeste couvent. Aujourd'hui, ce couvent de Sainte-Sabine est le siège du maître de l'ordre des prêcheurs, et il n'est pour ainsi dire personne, parmi les nombreux dominicains qui se rendent à Rome au cours de leur vie religieuse, qui néglige d'aller prier dans la cellule étroite et basse que Dominique, quand il séjournait dans la ville, utilisait pour y passer la nuit.
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