Présentation du livre de Léon Bourgeois : Solidarité (1896)





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Blais 05/10/2017

Présentation du livre de Léon Bourgeois : Solidarité (1896)
par Marie-Claude Blais

"Le mot de solidarité est partout aujourd'hui. Est-il plein de sens ou vide de contenu ? Quelle est la portée, quelles sont les conséquences de cette idée ?". Ces paroles, prononcées en 1901 par Léon Bourgeois, pourraient encore être les nôtres, un siècle plus tard. Qu'il s'agisse d'assistance aux déshérités, de justice sociale ou encore d'équilibre mondial, la notion est sans cesse invoquée comme allant de soi. Elle a acquis le statut d'un principe républicain incontesté. Mais que veut-elle dire au juste ? L'engouement pour un vocable aussi ambigu ne peut manquer de susciter l'interrogation. Peut-il servir de guide à l'action publique ou ne traduit-il qu'un vague devoir moral d'entraide, une laïcisation de la charité ? Récemment, une cinquantaine de sociologues, se sont donné la tâche immense de "repenser la solidarité", face à la mondialisation économique et à la précarisation du travail, ces défis nouveaux du XXIe siècle1.

Repenser. Elle aurait donc déjà été pensée ? On se réfère parfois à la fameuse distinction proposée par Durkheim, en 1893 dans la Division du travail social, entre solidarité mécanique et solidarité organique. C'est plus discrètement que l'on évoque l'ouvrage éponyme publié en 1896 par Léon Bourgeois (1851-1925), cette grande figure de la République radicale dont la vie fut un combat de tout instant pour la coopération et pour la paix. C'est pourtant celui-ci qui, en élaborant "une théorie d'ensemble des droits et des devoirs de l'homme dans la société", fit entrer l'idée de solidarité dans le droit public et dans la vie politique. C'est sans aucun doute à lui qu'il faut revenir si l'on veut comprendre le regain actuel de cette idée après tant d'années de demi-oubli, mais aussi en saisir la puissance et les limites.

Car son tout petit livre expose une véritable doctrine, et une doctrine qui fut livrée à la discussion et à la confrontation, ne cessant de s'enrichir des objections qui lui ont été faites2. Le "congrès ininterrompu" qui s'ensuivit, selon l'expression de Célestin Bouglé, donne une idée du sérieux avec lequel, dès son lancement, les difficultés de la doctrine furent examinées. Si certaines de ces difficultés sont spécifiques à la période, beaucoup d'entre elles sont encore les nôtres : L'État républicain peut-il intervenir dans la répartition des richesses sans empiéter sur la liberté des individus ? Et si oui dans quelle mesure ? La République peut-elle être sociale tout en étant libérale ? Comment concilier l'assistance sociale et la responsabilité individuelle ? Au surplus, la lucidité et la précision avec lesquelles l'auteur et ses interlocuteurs affrontent ces problèmes donnent la mesure de l'intensité des réflexions de l'époque sur ces questions que la Revue de Métaphysique et de Morale, créée l'année même de la publication de Solidarité, nommera les "questions pratiques", celles que la plus haute philosophie se doit de prendre en charge. Nous assistons là à une tentative remarquable d'élaboration conceptuelle de ce modèle républicain démocratique et libéral auquel nous revenons aujourd'hui. En ce sens, ces débats autour d'un "socialisme libéral" non exempt de contradictions et peut-être même d'apories représentent un moment clé de notre histoire politique et intellectuelle.

Solidarité sort chez Armand Colin en novembre 1896. Léon Bourgeois avait déjà publié ce texte en feuilleton dans La Nouvelle Revue de son amie Juliette Adam entre mars et juin 1895 sous le titre : "Lettres sur le mouvement social", avec en sous-titre : "La doctrine de la solidarité". Il le reprend à l'identique, en y ajoutant un court préambule. Cette fois, l'œuvre ne peut passer inaperçue, car son auteur est un homme d'État qui vient de passer six mois à la tête du Conseil des ministres et s'est fait renverser par le Sénat. Après cet épisode, le texte, bien qu'inchangé, prend une autre dimension. Il ne s'agit plus seulement d'une "doctrine", selon le sous-titre de la première version, c'est aussi un mot d'ordre, une devise, une invitation pressante à l'action. Avec ce petit livre au titre lapidaire, l'idée fort ancienne de solidarité mutuelle entre tous les hommes acquiert une signification nouvelle : elle ne décrit plus la réalité objective de l'interdépendance humaine avec ses conséquences psychologiques et morales, ni même un idéal altruiste appelé à remplacer la charité chrétienne. Elle se présente comme une doctrine à la fois scientifique et pratique, susceptible de fonder une législation politique. Léon Bourgeois, connu auparavant pour ses talents d'arbitre et son dévouement à la chose publique, devient un meneur d'opinion, un chef de parti en puissance3.

Le succès du livre est immédiat. Le 3 décembre de la même année, Ferdinand Buisson, ancien bras droit de Jules Ferry à l'Instruction publique, fait résonner l'idée en Sorbonne, dans l'ouverture de son cours de Science de l'Éducation. Il rend certes hommage, comme le veut l'usage, à son prédécesseur Henri Marion, l'auteur d'un ouvrage de "psychologie appliquée" intitulé : De la Solidarité morale4. Mais c'est bien à Léon Bourgeois qu'il se réfère lorsqu'il proclame que nous sommes tous débiteurs de la société : "De tous les sentiments nouveaux qui ont germé en silence depuis une ou deux générations au fond de la conscience publique, et dont l'éclosion un de ces jours étonnera ceux qui n'ont rien appris, n'ayant rien observé, le plus fort et le plus profond, c'est le sentiment du devoir social, disons mieux, de la dette sociale qui pèse sur chacun de nous, et dont pendant longtemps nous semblions n'avoir pas plus conscience que de la pression de l'air qui nous enveloppe"5.

Avec cette notion de "dette sociale", une obligation nouvelle apparaît, qui était totalement inconnue jusque là : le devoir strict de chacun à l'égard de la collectivité, ou solidarité sociale. Le grand responsable de cette apparition, c'est cet homme qui vient de démissionner de la présidence du Conseil, un juriste de surcroît : Léon Bourgeois. Par la suite, beaucoup de républicains, y compris parmi les socialistes, adopteront la doctrine. L'exposition universelle qui se tiendra à Paris en 1900 sera placée sous le signe de la Solidarité. Alexandre Millerand, alors ministre du commerce et futur président de la République, y proclamera : "La science livre aux hommes le secret de la grandeur matérielle et morale des sociétés - qui tient en un mot : Solidarité." 6

L'ouvrage est très lu et abondamment commenté. Les rééditions se succèdent (la septième, celle que nous présentons, en 1912), chacune augmentée de conférences données par l'auteur et des approfondissements suggérés par les objections. La République sociale a trouvé à la fois son "mot" et sa doctrine. Quels sont les ingrédients de ce succès ? Cette présentation se propose, sans masquer ni les faiblesses de la doctrine ni les hésitations de ses adeptes, de dégager quelques éléments de cette réussite. La personnalité de son inventeur, radical modéré au parcours politique exceptionnel, n'en étant pas la moindre, il faut commencer par en dire quelque mots.


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