Chapitre 2 : Socialisme et mouvement ouvrier en Allemagne de 1875 à nos jours





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date de publication22.10.2016
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HISTOIRE : Thème 2 : idéologies, opinions, croyances…

Chapitre 2 : Socialisme et mouvement ouvrier en Allemagne de 1875 à nos jours.

Introduction :

L’Allemagne a marqué l’histoire du socialisme et du mouvement ouvrier mondial. C’est en 1848 que l’Allemand Karl Marx (1818-1883) fonde la branche du socialisme (=mouvement idéologique ayant pour but l’instauration d’une société égalitaire, par opposition au libéralisme capitaliste « bourgeois ») qui portera son nom : le MARXISME. A cette époque, l’Allemagne n’existe pas encore en tant qu’état unifié, et la classe ouvrière commence tout juste à apparaître sur la scène sociale et politique (« printemps des peuples européens » de 1848). Dans son ouvrage fondateur, Le Manifeste du Parti communiste, Marx veut faire de cette classe ouvrière exploitée et misérable, baptisée « prolétariat », le fer de lance d’une révolution en quatre étapes :

-organiser ce prolétariat en parti politique révolutionnaire, allié à d’autres partis du même type dans le monde industriel (une « internationale ouvrière », ou « socialiste »), pour mieux lutter contre la bourgeoisie et le système capitaliste.

-prendre le pouvoir, si nécessaire par la violence, et éradiquer les « ennemis de classe » (la bourgeoisie capitaliste).

-faire un Etat socialiste, qui doit s’approprier tous les moyens de production et répartir équitablement les richesses (« à chacun selon ses besoins et ses mérites »), selon des méthodes scientifiques.

-enfin, dans un futur indéterminé, atteindre la « société sans classes », parfaitement égalitaire, où l’Etat lui-même ne serait plus nécessaire pour maintenir l’ordre (car fin des tensions sociales liées à la lutte pour les richesses) = le COMMUNISME.

La 1ere internationale, créée à Londres en 1864, est un échec du fait de la rivalité entre marxistes et anarchistes (disciples du Français Proudhon, qui refusent l’idée d’un Etat fort). Mais entretemps, l’Allemagne évolue rapidement sous la houlette de l’Etat prussien, menée par Bismarck, « le chancelier de fer ». La Rhénanie s’industrialise de plus en plus, et l’armée prussienne peut vaincre plusieurs pays voisins (Danemark en 1864, Autriche en 1866, France en 1871) pour obtenir enfin l’unité allemande : c’est chose faite en 1871 avec la proclamation du IIe Reich, l’Empire allemand sur lequel règne le Kaiser Guillaume 1er.

C’est dans cet Empire à la structure fédérale, qui va se libéraliser très lentement, que le mouvement socialiste va prendre toute son ampleur à partir de 1875. Quelle sera son influence sur l’Allemagne (et le reste du monde) ?

Plan : -De 1875 à 1918, un mouvement qui monte en puissance malgré certaines divisions.

-De 1918 à 1945, un mouvement confronté à des changements de régimes politiques et à de fortes tensions.

-De 1945 à nos jours, un mouvement marqué par la guerre froide, puis le retour en force d’un capitalisme brutal.

I. Socialisme et mouvement ouvrier sous le IIe Reich (1871-1918)

A) La fondation du parti socialiste allemand et sa montée en puissance.

Doc 2 p 135. 1875 : congrès de Gotha = création du parti social-démocrate allemand (SPD), résultat de la fusion de plusieurs mouvements, dont un parti marxiste. Mais le SPD devient plus réformiste que franchement révolutionnaire sous l’influence d’Edvard Bernstein, dans les années 1890 (doc 2 p 136).

Par peur d’une révolution, le chancelier conservateur Bismarck s’efforce de séduire les ouvriers (35% de la population active du Reich) et leur accorde les droits sociaux les plus avancés d’Europe à la fin des années 1880. Par ailleurs, le SPD est interdit et ses dirigeants doivent s’exiler. Mais cela ne l’empêche pas de s’implanter dans le pays : une libéralisation relative lui permet de participer aux élections après le départ de Bismarck (1892) ; il devient le 1er parti au Reichstag (parlement national) en 1912. C’est aussi un modèle pour les autres partis socialistes étrangers, par son organisation politique structurée à tous les niveaux (usine, villes, Länder, Empire) et ses liens étroits avec la classe ouvrière, par le biais de syndicats, d’associations culturelles et sportives (doc 3 p 136)

B) Un syndicalisme puissant.

Autorisé à partir de 1878, les syndicats allemands s’organisent par branches professionnelles (métallurgie, mines, imprimerie, etc…) et choisissent un mode d’action réformiste : la négociation passe avant la grève, à laquelle on a recours en masse si nécessité absolue (ex : 400 000 grévistes dans la Ruhr en 1912). Ces syndicats se veulent indépendants des partis politiques, et comptent de plus en plus d’adhérents (280 000 en 1891, 2,5 millions en 1913 = un record mondial). Mais le plus puissant d’entre eux, l’association des métallurgistes, est très lié au SPD. Vers la même époque, l'Allemagne s'affirme comme la première puissance industrielle d'Europe, dépassant la Grande-Bretagne, et devancée par les seuls Etats-Unis en 1914.

C) Le mouvement ouvrier à l’épreuve de la 1ere GM.

En août 1914, le SPD fait passer le nationalisme allemand avant l’esprit révolutionnaire. Les appels de la IIe Internationale ouvrière ( fondée à Paris en 1889) et de Jean Jaurès à une grève générale contre la guerre « bourgeoise » sont ignorés : le SPD rejoint l’union sacrée face à l’ennemi français (la SFIO en fait autant en France contre l’impérialisme allemand), et vote les crédits de guerre.(doc 5 p 137)

Mais l’enlisement du conflit entraîne les 1eres divisions : en 1915, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont emprisonnés pour pacifisme, et exclus du SPD. Ils fondent la ligue spartakiste, ancêtre du futur parti communiste allemand (KPD).

II. Le mouvement ouvrier en Allemagne de 1918 à 1945 : entre tentatives de révolution et répression.

A)La République de Weimar face aux troubles révolutionnaires.(1918-1919)

Novembre 1918 : l’Allemagne, épuisée par 4 ans de guerre et de blocus maritime allié, s’effondre.

Des conseils révolutionnaires (sur le modèle des « soviets » russes) se constituent un partout dans le pays, tandis que le Kaiser Guillaume II abdique (le 9 novembre). Une république parlementaire se met en place à Weimar (sud de Berlin), soutenue par les libéraux et le SPD d’Ebert, qui devient chancelier.

Mais Liebknecht et les spartakistes ne l’entendent pas ainsi (doc 2 p 138).

La guerre civile éclate : grève générale et milices ouvrières communistes tentent de faire tomber le pouvoir « bourgeois », entre janvier et mai 1919. Mais Ebert les écrase avec l’aide des « corps francs », soldats revenus du front farouchement anticommunistes. Liebknecht et Luxemburg sont exécutés. Entre socialistes du SPD et communistes (KPD), le divorce est total.

B) Socialistes et communistes sous la République de Weimar (1919-1933)

Ayant perdu une partie de son électorat, le SPD ne participe plus au gouvernement après 1919, mais soutient le nouveau régime avec l’aide des centristes chrétiens (le « Zentrum »). Mais il remonte en puissance sur le terrain : en 1930, il compte un million d’adhérents, et son principal syndicat (l’AGDB) plus de huit millions. Le KPD dénombre alors 300 000 militants très disciplinés sous la tutelle de Moscou (IIIe internationale communiste).

La crise de 1929 touche durement l’Allemagne : la production industrielle chute de 20% entre 1930 et 1932, le chômage grimpe à 25% de la population active. Cela profite au KPD, mais aussi au NSDAP (parti national-socialiste des travailleurs allemands), qui mêle un discours social (antilibéral) à l’ultranationalisme, à l’antisémitisme et à l’anticommunisme (mythe du complot « judéo-bolchevique »). De violents combats de rue opposent KPD et NSDAP, malgré leur haine commune du régime de Weimar. En 1932, le KPD refuse toute alliance avec le SPD, ce qui permet au NSDAP de devenir le 1er parti du Reichstag. En 1933, Hitler devient chancelier.

C) Le mouvement ouvrier allemand sous le nazisme (1933-1945)

En février 1933, l’incendie criminel du Reichstag sert de prétexte pour faire interdire le KPD. Le SPD et les syndicats de gauche sont interdits au cours de l’été. Leurs dirigeants et cadres –du moins ceux qui n’ont pas pu fuir- sont les 1ers à goûter « aux joies » des camps de concentration (Dachau, Buchenwald…) Le NSDAP devient parti unique en 1934, alors qu’est proclamé le IIIe Reich.

Le nouveau régime entend « choyer » les ouvriers en les encadrant dans un système corporatiste (le « Front du Travail »), qui veille sur leur santé et leurs loisirs…et leur embrigadement politique.

En exil (Londres pour le SPD, Moscou pour le KPD), les dirigeants de gauche organisent des réseaux de résistance intérieure bien implantés chez les ouvriers (70% des tracts d’opposition interceptés par la Gestapo sous le IIIe Reich venaient de ces partis). Mais les communistes allemands paient cher le pacte germano-soviétique, entre 1939 et 1941 : certains cadres réfugiés en URSS sont livrés par Staline à Hitler.

  1. Le socialisme en Allemagne depuis 1945: comment la guerre froide, puis la réunification allemande, ont -elles influé sur le mouvement ouvrier allemand ?

En 1945, les puissances alliées divisent l'Allemagne en 4 zones d'occupation: 3 occidentales (RU, EU, F) et 1 orientale (URSS). Le déclenchement de la guerre froide (1947) et la 1ere crise de Berlin (1948-49) entraîne la création de 2 Etats allemands incarnant 2 modèles différents : à l'Ouest, la RFA libérale (capitale Bonn), à l'Est la RDA (capitale Berlin-est)

A) En RDA, le mouvement ouvrier est présenté comme « au coeur du régime »

Dans la zone soviétique, le SPD et le KPD fusionnent pour former le SED (Parti socialiste unifié d'Allemagne), qui devient parti unique de la RDA en 1949. Sa doctrine est inspirée du communisme soviétique, et Walter Ulbricht, son fondateur, met en place une sorte de « religion d'Etat socialiste » fondée sur le parti. (doc 3 p 141)

Les syndicats sont inféodés au SED, notamment la FDGB pour l'industrie (fédération libre des syndicats allemands). La RDA se veut « la patrie des ouvriers et des paysans allemands »: une majorité de la population active est employée dans l'industrie (notamment les « combinats », sur le modèle soviétique), organisée en « brigades de travail ». L'usine (et derrière elle l'Etat, qui contrôle tout) loge les ouvriers, organise les coopératives d'achat, structure la vie des enfants et des adultes (éducation, sports et loisirs).

Si les prix sont bas, les loyers faibles et l'énergie gratuite, la vie réelle est toutefois pénible : beaucoup de produits sont rationnés et de mauvaise qualité, les logements sont inconfortables (sauf pour les cadres du parti) et la Stasi (police politique) quadrille la population pour étouffer toute rébellion. En juin 1953, une révolte ouvrière éclate à Berlin-est (docs 3 et 4 p 143), et se répand dans une partie de la RDA. Les troupes soviétiques écrasent la révolte. Par la suite, si les conditions de vie s'améliorent un peu (la RDA se voulait « la vitrine » du bloc soviétique), cela ne suffit pas et beaucoup d'Est-allemands sont tentés de passer à l'ouest (les ouvriers moins que les autres néanmoins).

B) En RFA, le SPD renonce au marxisme et participe à l'élaboration d'un nouveau « modèle allemand ».

En RFA, le KPD est réduit à peu de choses (2,2% des voix en 1953). Interdit entre 1956 et 1968, il laisse le champ libre à gauche au SPD, reconstitué en 1946. Lors de son congrès de Bad Godesberg, en 1959, le SPD renonce au marxisme (docs pp 144-145)et entre pleinement dans le jeu politique ouest-allemand, en alternance avec la droite (CDU et CSU). En 1969, le SPD accède au pouvoir avec le chancelier Willy Brandt (ancien maire de Berlin-ouest), et y restera plus ou moins jusqu'en 1982 (victoire de la droite avec Helmut Kohl).

Le modèle social allemand s'affirme alors : cogestion des pouvoirs politiques et des syndicats (notamment le DGB, proche su SPD), négociations systématiques avant recours à la grève...la forte croissance économique ouest-allemande, fondée sur une industrie dynamique et des services adaptés, permet de soutenir un haut niveau de vie dont bénéficient les travailleurs, les ouvriers étant bien formés. Ce « miracle allemand » propulse la RFA au 1er rang des puissances économiques européennes en 1970, et au 3e rang mondial.

  1. La réunification allemande porte un rude coup au mouvement ouvrier.

La chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, puis la réunification des 2 Allemagne en 1990, ont des effets politiques immédiats. Si la capitale unique passe de Bonn à Berlin (1999), c'est la RFA qui absorbe l'ex-RDA. Le SED perd son statut de parti unique avec le multipartisme, et se rebaptise PSD (Parti du socialisme démocratique). Le syndicat unique FGDB s'auto-dissout, tandis que le SPD et le DGB s'implantent dans les Länder de l'Est. La chute du communisme favorise alors les idées libérales, voire ultra-libérales, et donne à la droite conservatrice une vigueur nouvelle.

En 1998, le SPD revient au pouvoir avec le chancelier Gerhardt Schröder, avec l'appui des Verts. Le nouveau chancelier, adepte du « social-libéralisme », lance un programme de réforme destiné à adapter l'Allemagne à une mondialisation rendue plus rude après la chute du bloc communiste : c'est « l'agenda 2010 », dont fait partie le plan « Hartz IV » de réduction des dépenses sociales. (docs 1 et 2 p 146). En 2005, le retour de la droite au pouvoir avec Angel Merkel ne change évidemment rien à cette politique (doc 3 p 146)

Les effets de ce virage libéral sont d'abord sociaux : la protection sociale est en recul, le nombre de travailleurs pauvres augmente. Les régions de l'Est, qui ont été soumises à une cure de capitalisme -et de fermetures d'usines et de mines-sont les plus touchées par la précarité et le chômage. Le tissu social allemand, fondé sur une logique de discipline et de devoirs collectifs, se déchire pour faire place à une société plus « américanisée ».

Sur le plan politique, une partie du SPD (avec Oskar Lafontaine) rejoint les ex-communistes est-allemands pour former un nouveau parti de gauche (Die Linke) Les contestation internes au sein du syndicat DGB se multiplient, ainsi que les grèves. Mais les socio-libéraux du SPD font bloc avec la droite, formant même un gouvernement de coalition entre 2005 et 2009.

Conclusion: En ce début de XXIe siècle, l'Allemagne réunifiée a retrouvé sa puissance économique d'avant la 1ere Guerre mondiale, dans des frontières plus réduites. Son industrie est toujours montrée en modèle, et la classe ouvrière allemande pèse encore 30% de la population active (contre 19% en France). Mais d'un point de vue de la pratique et de l'idéologie économiques, plus grand chose ne différencie le SPD de la CDU. D'un côté comme de l'autre, les ouvriers ne sont plus considérés que comme une « variable d'ajustement » de la mondialisation. De ce point de vue, cette évolution se retrouve dans bien d'autres partis « de gauche » européens (les Travaillistes au RU ou le PS en France).

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