1 La Première Maison de Neuchâtel





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L’Ere des Orléans-Longueville (1504 – 1694)


3.1. Louis d’Orléans-Longueville comte de Neuchâtel (1504 – 1512)
Jeanne de Hochberg (1480 – 1543) épousa le 2 Octobre 1504 Louis d’Orléans-Longueville qui devint ainsi Comte de Neuchâtel. Les Ducs d’Orléans-Longueville sont issus de Jean, Comte de Dunois et de Longueville (1403 –1468), bâtard de Louis, Duc d’Orléans, fils de Charles V, roi de France et compagnon de Jeanne d’Arc. Après son mariage Louis d’Orléans-Longueville, très pris par ses hautes fonctions de gouverneur et grand sénéchal de Provence, se contente de renouveler les traités de combourgeoisie et d’affermer l’administration du Comté à la Ville de Neuchâtel, dont les Quatre-Ministraux deviennent ainsi les véritables maîtres du Comté. En 1507, l’Empereur s’empare du Château de Joux, que Louis XI avait donné en 1480 au Comte Philippe de Hochberg, et le Comté de Neuchâtel est ainsi directement menacé, puisque cette forteresse contrôle directement l’accès au comté.
Louis XII n’avait pas renouvelé, à son expiration en 1509, l’alliance avec les Confédérés à qui il devait pourtant en partie ses conquêtes en Italie. L’hostilité contre la France et ses positions en Italie monta alors dans la Confédération, surtout dans les Waldstatten, et ce parti anti-Français trouva, pour l’animer, une personnalité de tout premier plan en la personne du Cardinal Mathieu Schiner, Prince-Evêque de Sion.

En 1509, un autre Valaisan à forte personnalité, Georges Supersaxo, partisan de la France, s’élève contre la politique du Cardinal Schiner avec qui il entre dans une période de conflits et de rivalités appelée à durer vingt ans. En 1511,Georges Supersaxo, poursuivi en Valais puis emprisonné à Fribourg, s’évade et se réfugie à Neuchâtel. Le comte et la ville de Neuchâtel ne peuvent ni l’héberger (ce qui irait à l’encontre des traités de combourgeoisie), ni l’extrader vers Fribourg (Louis d’Orléans-Longueville ne peut pas livrer un partisan de la France à ses ennemis). Berne propose alors opportunément de recevoir Georges Supersaxo, ce que Neuchâtel s’empresse d’accepter.
3.2. Occupation du Comté par les Confédérés (1512 – 1529)
Au printemps 1512 les Confédérés lèvent une armée pour partir en campagne contre Louis XII dans le Milanais. Louis d’Orléans-Longueville, de son côté, participe, au côté de Louis XII, à cette campagne d’Italie. Les quatre combourgeois, emmenés par Berne, ne peuvent laisser le comté aux mains d’un ennemi des Confédérés et ils procèdent à son occupation le 21 Juin 1512. Cette occupation se fait de manière pacifique car les Quatre-Ministraux l’acceptent de bonne grâce moyennant que les occupants garantissent les anciennes franchises.

Le 3 Mars 1514, l’occupation du Comté de Neuchâtel par Berne aidée des trois autres combourgeois est transformée en une occupation au nom de l’ensemble des Confédérés et le comté est administré comme un baillage commun des Confédérés, mais ceux-ci se gardent de proclamer officiellement Neuchâtel baillage commun des Confédérés, considérant leur administration comme provisoire, et le Comté garde donc son statut de souveraineté.
Durant cette occupation, qui dure jusqu’en 1529, les cantons ne s’écartent en rien de la politique poursuivie jusqu’alors par les Comtes de Neuchâtel. En 1522 est créé, à côté du « Conseil des Vingt-Quatre » un « Conseil des Quarante » consulté pour toute question concernant le patrimoine public (bâtiments, ventes, prêts …).
Le 27 Novembre 1516 une « paix perpétuelle » est signée entre François 1er, roi de France depuis Janvier 1515, et les Confédérés. L’élection, en 1519, du Roi d’Espagne, Charles 1er, à la dignité impériale (Charles V ou Charles Quint) amènera même les Confédérés à fournir un effort militaire considérable pour soutenir François 1er contre l’ambition hégémonique, dangereuse aussi bien pour la Suisse que pour la France, de Charles Quint. L’occupation du Comté de Neuchâtel par les Confédérés, désormais à nouveau alliés du Roi de France, ne se justifie donc plus. Louis d’Orléans-Longueville étant décédé en 1516, c’est Jeanne de Hochberg qui entreprend, en Avril 1517, auprès des Confédérés les démarches visant à se faire restituer le Comté ; elle est appuyée en cela par François 1er. Berne, Soleure et Lucerne se montrent vite favorables à la restitution, mais les autres Confédérés sont réticents. Le sujet fut débattu lors de la tenue de plusieurs Diètes successives et ce n’est finalement qu’en Mai 1529 que la restitution fut décidée par les Confédérés (nonobstant la persistance de l’opposition d’Uri) et accomplie.
3.3. La Réforme à Neuchâtel
Le principal artisan de la Réforme à Neuchâtel est Guillaume Farel (1489 – 1565). Après avoir prêché la Réforme en Dauphiné et à Meaux, il se fixe à Bâle en Décembre 1523. De caractère bouillant et assez éloigné de l’esprit humaniste, il se brouille avec Erasme et le Conseil de Bâle l’expulse en Juillet 1524. Il séjourne avec plus de succès à Strasbourg jusqu’en 1526, puis il à Aigle (1526 - 1530), où il implante la Réforme avec succès. Il participe à la dispute théologique de Berne en 1528. En 1530, il s’établit à Morat, mais il consacre le second semestre de 1530 à la Réforme de Neuchâtel. Sa violence (il pousse à la destruction d’ornements d’église) inquiète tout d’abord Berne et le Conseil de Ville qui prononce un magnifique édit de tolérance le 8 Août 1530. Mais G. Farel entraîne les Neuchâtelois dans une forme violente de Réforme qui conduit au sac de la Collégiale le 24 Octobre. Dans les jours qui suivent, le Conseil des Vingt-Quatre se prononce pour la Réforme et le Gouverneur Georges de Rive a grand peine à maintenir l’ordre. G. Farel regagne Morat au début de 1531 alors que Neuchâtel semble acquise à la réforme.
François d’Orléans-Longueville, Marquis de Rothelin, l’un des fils de la comtesse Jeanne, arrive à Neuchâtel à la fin de Mars 1531. Il y séjourne jusqu’en Mai et il s’efforce avec succès de calmer la situation en favorisant plutôt la consolidation de la Réforme. Celle-ci gagna progressivement tout le Comté et fut complètement achevée en 1536. Le Landeron et Lignières restent cependant catholiques.
Pierre de Vingle, un imprimeur Picard qui avait déjà travaillé à Lyon et Genève, s’installe à Neuchâtel en Août 1533 pour y développer une active imprimerie protestante dont l’œuvre majeure fut la publication en Juin 1535 d’une traduction de la Bible en Français due à Pierre-Robert Olivetan, un parent de Calvin.
En 1538, après avoir grandement contribué à la réforme en pays de Vaud et à Genève, G. Farel revint comme pasteur à Neuchâtel où il resta jusqu’à la fin de sa vie. Cette période est caractérisée par la création de la « Classe » des pasteurs qui exercera une influence importante sur la vie du comté, notamment pour un développement de l’école et un contrôle plus strict des mœurs.
3.4. La Fin du Règne de Jeanne de Hochberg
Après l’extinction de la maison suzeraine de Chalon en 1530, Jeanne de Hochberg, elle-même descendante de cette maison comme petite-fille d’Alix de Chalon, put se considérer comme Comtesse souveraine de Neuchâtel.
Jeanne de Hochberg, avec l’occupation du Comté de Neuchâtel par les Suisses et la perte des possessions Allemandes des Hochberg dont le Margrave Christophe de Bade s’était saisi, avait vu fondre ses revenus. Comme elle était fort dépensière et piètre gestionnaire elle s’avèra incapable de redresser ses finances et elle compromit même l’héritage, pourtant considérable, des Orléans-Longueville et cela amena François 1er en Avril 1540 à la faire interdire en France et à déclarer nulles les aliénations qu’elle pourrait y accepter. Dès 1537, elle chercha à liquider le Comté de Neuchâtel et le Marquisat de Rothelin (seule terre Allemande qu’il lui restait). Fribourg, Lucerne et Soleure se montrèrent intéressées par l’acquisition éventuelle. Les Bernois, tout en se prétendant intéressés aussi, ébruitèrent les négociations et exigèrent l’approbation de François 1er. Cela suscita une forte résistance de la part des Neuchâtelois et de la famille d’Orléans-Longueville. Jeanne dut renoncer à ses projets de vente et elle mourut en 1543. Elle avait toutefois contracté auprès de René de Challant, Seigneur de Valangin et de Boudevilliers, un emprunt de 6000 écus assorti de l’engagement de renoncer à tous droits sur ces seigneuries si le remboursement n’était pas effectué dans les trois ans ; la Comtesse de Neuchâtel perdit ainsi, pour un temps, tout droit de suzeraineté sur ces seigneuries.
3.5. Suite du Règne des Orléans-Longueville :

François III, Léonor, Henri 1er (1565 – 1595)
A la mort de Jeanne, c’est François III d’Orléans-Longueville (1535 – 1551), petit-fils de Louis et Jeanne, l’héritier. Un autre de ses grands-pères, le Duc de Guise est son tuteur. Il recommence en 1550 des négociations pour la vente du comté. La Ville de Neuchâtel s’ajoute aux cantons combourgeois comme candidat acquéreur. Les manœuvres des candidats les uns contre les autres et les morts du Duc de Guise et de François III en 1551 firent capoter les négociations.
En 1551, il y a deux héritiers : Léonor d’Orléans-Longueville (1540 – 1573), cousin germain de François III et fils du Marquis de Rothelin, dont il a été question plus haut et Jacques de Savoie, Duc de Nemours, fils de Charlotte d’Orléans-Longueville et de Philippe de Savoie (plus une troisième prétendante, Marie, reine douairière d’Ecosse, mère de François III). Le Tribunal des Trois Etats rendit un premier jugement en investiture en 1551. Il fût cassé en appel par les « Audiences Générales » en 1552. Le résultat de cette procédure attribue l’investiture du Comté aux Ducs d ‘Orléans-Longueville et de Nemours en leur imposant de donner un seul maître au comté. Ceci ne fut pas respecté et le Duc de Nemours demanda le partage du Comté, ce qui y suscita une forte réaction.En Août 1557, un jugement arbitral de Berne attribua le Comté à Léonor d’Orléans-Longueville et une indemnité à Jacques de Savoie. Ceci assura définitivement le principe d’indivisibilité du Comté. Jacqueline de Rohan, mère de Léonor, fût nommée tutrice ; elle sera la seule souveraine protestante de la lignée des Orléans-Longueville et aussi l’une des rares à résider effectivement à Neuchâtel (pendant trois ans de 1573 à 1576). A sa majorité, Léonor règne personnellement quelques années. Il achète la Seigneurie de Colombier aux Watteville en 1564. En 1565, René de Challant, Seigneur de Valangin, meurt sans héritier mâle et ses deux filles se disputent la succession. Léonor d’Orléans accepte en 1572 la médiation des cantons Suisses sur cette affaire ; mais rien n’est encore réglé à son décès en 1573.
En 1573, le nouvel héritier est Henri 1er d’Orléans – Longueville (1568 – 1595), fils de Léonor et de Marie de Bourbon. Cette dernière est sa tutrice jusqu’à sa majorité. Elle entreprit à partir de 1576 de nouvelles démarches auprès des Confédérés pour le règlement de la succession de Valangin. Elle racheta en 1579 une importante créance de Berne sur la seigneurie, mais elle se heurta encore à l’hostilité de l’une des deux sœurs Challant, Isabelle, et ce n’est qu ‘en 1584 qu’une sentence de la Diète à Baden lui confirme sa suzeraineté sur Valangin ainsi que la possession de la Seigneurie tant qu’elle n’aurait pas recouvré la créance rachetée à Berne. Marie et Henri 1er purent finalement rattacher Valangin au Comté de Neuchâtel en 1592 après avoir racheté ses droits sur la Seigneurie au Comte Frédéric de Montbéliard qui les avait lui-même acquis d’Isabelle de Challant en 1586. Valangin resta cependant une entité propre avec son administration particulière. Il y eut encore des réclamations sur Valangin de la part des héritiers d’Isabelle jusqu’en 1635. Nous étions alors en pleine guerre de Trente-Ans et l’Empereur exigea la restitution de Valangin au Marquis d’Ogliani, héritier d’Isabelle, menaçant de faire intervenir une armée commandée par le Duc de Lorraine. Le Conseil d’Etat ordonna la mobilisation de 5000 hommes sur la frontière du Doubs (la guerre sévissant en Franche-Comté voisine) et demanda l’appui de Berne. Mais cette alerte ne se matérialisa pas et ce fut la dernière en ce qui concerne Valangin.
3.6. Le Règne d’Henri II (1595 – 1663)
A la mort d’Henri 1er en 1595, c’est sa mère, Marie de Bourbon, qui reprend le pouvoir comme tutrice de son petit fils Henri II (1595 – 1663). La veuve d’Henri 1er et mère d’Henri II, Catherine de Gonzague, succède à sa belle-mère qui décède en 1601. Henri II reprit en 1617 des mains de sa mère le gouvernement du pays de Neuchâtel. Le règne d’Henri II fût assez mouvementé et il connut plusieurs affaires retentissantes :
. Les « bourgeois externes » de Neuchâtel : En 1599, les « bourgeois externes » (résidant en-dehors de la ville) ont un différend de quarante ans avec les Quatre-Ministraux qui ne leur reconnaissent pas les mêmes droits qu’aux bourgeois résidant dans la cité. Ils se plaignent aussi d’être écartés des Conseils où siégent une majorité de conseillers appartenant à une oligarchie d’aristocrates. Ils portent le différend devant le Conseil d’Etat et renoncent à leur bourgeoisie. Comme ils représentaient un tiers des bourgeois, ceci affaiblit beaucoup la position de la Ville de Neuchâtel et des Quatre-Ministraux. Marie de Bourbon accepte la renonciation. Berne voit dans cette renonciation une infraction au traité de combourgeoisie. Un interminable procès allait ainsi opposer la Ville, soutenue par Berne, et ces bourgeois renoncés, soutenu par les souverains. L’affaire vient même devant les Diètes en 1618, puis à Paris. Le conflit ne devait être définitivement réglé qu’en 1832 !
. En 1617 Henri II et sa mère, Catherine de Gonzague, vinrent pour deux ans à Neuchâtel. Dans cette période se situe une tentative d’empoisonnement d’Henri II dans laquelle la Ville fût impliquée par calomnie et qui tourna finalement au procès en sorcellerie (très à la mode à l’époque à Neuchâtel).
. Jean et Madeleine Hory : Jean Hory, institué Seigneur de Lignières en 1625 après que l’évêque de Bâle eût restitué à Henri II les droits qu’il partageait avec lui sur cette seigneurie, Chancelier de Neuchâtel de 1601 à 1611 et Lieutenant de Gouverneur en 1623, était une forte personnalité. En 1625, il semble être à l’origine du projet d’Henri II de fonder une nouvelle ville, Henripolis, dans la plaine de Thielle, pour en faire, à la sortie du lac, un port franc qui puisse devenir une place de commerce fluvial importante. Ce projet suscita une forte opposition dans la Ville de Neuchâtel et il réclamait des capitaux importants qui ne purent être réunis ; il ne fut donc jamais réalisé. Les ennemis de Jean Hory obtinrent en 1630 sa disgrâce (Henri II lui reprit alors la seigneurie de Lignières), sa condamnation et son bannissement, et même, en 1640, la condamnation de son épouse, Madeleine, pour sorcellerie et parricide sur sa mère. Madeleine fut exécutée, mais Jean put finalement rentrer à Neuchâtel pour y finir ses jours en 1656.
Henri II épousa en premières noces Louise de Bourbon-Soissons dont il eût une fille, Marie, future Duchesse de Nemours et dernière souveraine à Neuchâtel de sa maison. Il épousa en secondes noces Anne-Geneviève de Bourbon dont il eût deux fils : Jean-Louis-Charles et Charles-Paris. Il vint à Neuchâtel une dernière fois en 1657 et la fin de son règne se déroula assez paisiblement.
Henri II joua un grand rôle lors de la négociation de la paix de Westphalie mettant fin à la Guerre de Trente Ans (sauf pour les hostilités entre la France et l’Espagne). Membre du Conseil de Régence de Louis XIV, il y fut nommé plénipotentiaire Français et il obtint la levée de l’opposition de l’ambassadeur de France auprès des Confédérés, Caumartin, à ce que ceux-ci y envoient aussi un plénipotentiaire en la personne de Jean-Rodolphe Wettstein, Bourgmestre de Bâle. Henri II appuya Wettstein au Congrès. Les Suisses durent y accepter la mainmise Française sur l’Alsace, mais il s’y virent reconnaître l’indépendance et la souveraineté de la Confédération que l’Empereur n’avait, auparavant, jamais admise formellement. Pour lui-même, Henri II obtint, au début des négociations en 1642, de se faire reconnaître comme Prince Souverain de Neuchâtel par des lettres patentes de Louis XIII datées du 30 Septembre sans susciter d’opposition de la part des autres puissances Européennes ; Neuchâtel était ainsi tacitement détaché de l’Empire.
En 1652 la Confédération accorde sa protection au Prince-Evêque de Bâle alors très menacé par les bandes armées qui ravageaient l’Alsace dans le cadre des guerres de la Fronde. Henri II y vit une occasion propice de demander, avec l’appui du Bourgmestre Wettstein, l’intégration de Neuchâtel à la Confédération. Il pensait par là tout à la fois renforcer la sécurité de Neuchâtel, échapper à la tutelle Bernoise et renforcer l’autorité de l’Etat vis-à-vis des prétentions de la ville de Neuchâtel. Il obtint l’appui de Louis XIV et il désigna comme plénipotentiaire pour ces négociations d’adhésion le Gouverneur de Neuchâtel Jacques d’Estavayer-Mollondin, secondé par le Chancelier Jérémie Stenglin. Mais l’affaire ne put aboutir ; Berne s’y montra assez hostile et comme il y avait déjà 140 ans qu’aucun canton nouveau n’avait été admis, la Diète ne se montra pas favorable à cette démarche. Enfin, la montée de l’hostilité entre cantons catholiques et protestants allait en compromettre définitivement les chances de succès.
En 1653, une importante révolte paysanne affecta plusieurs cantons, dont Berne. Cette révolte ne s’étendit pas aux pays romands (Vaud, Neuchâtel …), mais Berne invoqua les traités de combourgeoisie pour demander un secours militaire au Prince et à la ville de Neuchâtel. Mille hommes environ furent mobilisés et mis à disposition de Berne. Ils se comportèrent honorablement, mais n’eurent l’occasion de se battre effectivement que dans le dernier mois (Juin 1653) de cette guerre.
L’ouverture d’hostilités entre cantons protestants et catholiques lors de la « Première Guerre de Villmergen » en 1656 plaçait Neuchâtel dans une situation très critique : Berne demanda à nouveau un soutien militaire au Prince et à la Ville, mais Neuchâtel était liée aussi à trois cantons catholiques (Soleure, Fribourg, Lucerne) et Louis XIV, après avoir tenté une médiation, s’était déclaré en faveur des cantons catholiques. Soleure et Fribourg demeurèrent à l’écart du conflit armé, mais Lucerne participait effectivement aux hostilités contre Zürich et Berne. Neuchâtel réussit à temporiser, puis, après la défaite Bernoise de Villmergen (24 Janvier 1656), envoya à Berne un contingent de 400 hommes sous condition qu’ils n’aient pas à combattre Lucerne, Fribourg ou Soleure ; Berne les affecta, en conséquence, au renforcement de la garnison de la ville de Berne. Au début Mars, la guerre était terminée et ces troupes rentrèrent à Neuchâtel.
Henri II obtient en Juin 1657 de Louis XIV une capitulation stipulant que Neuchâtel soit traitée dans ses rapports avec la France sur le même pieds que les Confédérés, que les Neuchâtelois jouissent en France des mêmes privilèges que les Confédérés et que Neuchâtel fournisse deux compagnies au régiment des Gardes Suisses. Il vient ensuite à Neuchâtel en Juillet –Août 1657 et il s’emploie alors à resserrer les liens avec les Confédérés. Son influence semble primer, pour un temps, celle de l’ambassadeur de France, La Barde, qui est un fidèle du Cardinal Mazarin avec qui Henri II entretient des relations assez conflictuelles (il s’était rangé quelques temps au rang de ses adversaires dans la guerre de la Fronde).
Henri II mourut en 1663, quelques mois avant le renouvellement de l’alliance entre Louis XIV et les Confédérés. Sa mort ne permit pas que Neuchâtel fût incluse explicitement dans cette alliance comme il en avait l’ambition.
3.7. Les Institutions Neuchâteloises au XVIIème Siècle
Elles n’ont pas beaucoup évolué depuis le milieu du XVème siècle (cf. section 1.4).
Henri II est reconnu officiellement comme Prince Souverain par Louis XIII en 1642 (cf. section 3.6) sans que cela soulève d’objection de la part de l’Empereur ou des Confédérés. Le Comté était d’ailleurs déjà considéré comme souverain depuis 1530 (cf. section 3.4) et un attribut important de la souveraineté, l’indivisibilité, avait été reconnu en 1557 (cf. section 3.5). La qualité de Prince Souverain est confirmée par les puissances Européennes aux traités de Westphalie en 1648.
Le Gouverneur (autrefois « Lieutenant ») représente le Prince, qui est le plus souvent absent. Il est choisi dans les grandes maisons des cantons combourgeois catholiques (Fribourg et Soleure) avec le cas exceptionnel de Jean-Jacques de Bonstetten, Bernois et protestant, nommé par Jacqueline de Rohan, elle-même protestante.
Le Gouverneur est assisté par un Conseil, établi définitivement en 1530. Il reçoit l’appellation de « Conseil d’Etat » à partir de 1580 environ. Jeanne de Hochberg constitua le Conseil en 1530 avec des hommes d’église, des châtelains et des nobles. Suite à la Réforme, les bourgeois de Neuchâtel imposèrent à Jeanne de Hochberg le retrait des gens d’église. Dès lors, l’église, réformée et gouvernée par une « Classe » de pasteurs, devint indépendante de l’état. La noblesse d’extraction disparut progressivement du Conseil par extinction (rachat de la Seigneurie de Colombier en 1564, extinction des maisons de Diesse en 1626 et de Neuchâtel (batarde) en 1641…) et elle fût remplacée par des bourgeois de Neuchâtel, choisis dans un nombre restreint de familles, souvent anoblies et déjà au service du souverain dans un office de maire ou de châtelain. Les Conseillers d’Etat sont nommés à vie. De nouveaux conseillers sont nommés lorsque les rangs s’éclaircissent trop (l’effectif du Conseil d’Etat oscilla entre 3 et 14 conseillers, mais l’effectif moyen était de l’ordre de 10). Le Conseil d’Etat détient le pouvoir exécutif, il administre les revenus du comté et il a aussi des attributions judiciaires importantes (surveillance des tribunaux, instance de recours et d’arbitrage…). Il assure la défense du comté, mais il n’a pas seul le pouvoir d’envoyer des troupes à l’extérieur en soutien des alliés (roi de France, combourgeois …).
Un service de rédaction et d’expédition des actes du Gouverneur et du Conseil d’Etat se mit en place progressivement au XVIème siècle. Son responsable prend d’abord le titre de « Secrétaire d’Etat », puis de « Chancelier » ; il devient lui-même membre du Conseil d’Etat. D’autres officiers de l’administration centrale ne sont pas automatiquement membres du Conseil d’Etat ; ce sont essentiellement : le Procureur Général et le Procureur de Valangin, chargés de la défense des droits du Prince, le Commissaire Général, chargé de la conservation des droits fonciers du Prince, le Receveur des Parties Casuelles et le Receveur Général des Finances, l’Intendant des Bâtiments, l’Intendant des Eaux et Fôrets et l’Architecte du Prince.
L’administration régionale (Châtellenies et Mairies) est toujours celle qui avait été mise en place aux XIVème et XVème siècles (cf. section 1.4). Les seules nouveautés vraiment notables étant la création des Mairies de la Chaux-d’Etalières (la Brévine) en 1624 et de la Chaux-de-Fonds en 1656.
Le Tribunal des Trois Etats, fondé à la fin du XVème siécle, supplante peu à peu les « Audiences Générales », qui disparurent après 1618, comme tribunal suprême. Les Trois Etats, autrefois clergé, noblesse et tiers-état (bourgeoisie de Neuchâtel) sont, depuis la Réforme, le Conseil d’Etat, les Châtelains et grands officiers et les bourgeois. Le Tribunal des Trois Etats comprend 4 juges de chacun des Etats. En fait, le Conseil d’Etat y prédomine, car il ajoute à ses 4 juges propres d’autres juges dans les deux autres états qui ont aussi la qualité de Conseiller d’Etat.

Ce tribunal a surtout marqué l’histoire par le fait qu’il a eu à se prononcer cinq fois sur l’investiture du Comte, puis Prince lors de la survenue d’un problème successoral en 1551 (mais les « Audiences Générales » cassèrent le jugement), 1602, 1672, 1694 et 1707.
Les institutions de la Ville de Neuchâtel sont restées les mêmes depuis le moyen-âge (cf. section 1.4). Ce sont les « Quatre-Ministraux », maintenant au nombre de sept bien qu’ils aient conservé leur appellation initiale, qui exercent le pouvoir effectif et personnifient la Ville et la Bourgeoisie. Ce pouvoir a souvent tendance à contre-balancer celui du Prince et de l’Etat, particulièrement aux époques où ce dernier se trouve en position de faiblesse, et Neuchâtel peut être considérée d’une certaine manière comme une entité bicéphale (le Prince et la Ville).
En raison de cette dualité des pouvoirs, et aussi de l’indépendance de l’église gouvernée par la « Classe » des pasteurs, le principe de la « souveraineté absolue » n’a pas cours à Neuchâtel contrairement au cas de la plupart des pays de l’Europe continentale (états confédérés inclus).
3.8. La fin de l’Ere des Orléans-Longueville
A sa mort en 1663, Henri II laisse une fille d’un premier lit, Marie, Duchesse de Nemours (1625 – 1707), une veuve, Anne-Geneviève de Bourbon-Condé (1619 – 1679) et les deux fils mineurs de cette dernière, Jean-Louis-Charles, Comte de Dunois (1646 – 1694) et Charles-Paris, Comte de Saint-Pol (1649 – 1672). Les deux fils sont tout d’abord co-souverains sous l’autorité de leur mère qui gouverne effectivement.
En 1667 la « Guerre de Dévolution » éclate entre la France et l’Espagne. L’armée Française, avec le Roi, le Prince de Condé et le Comte de Saint-Pol, envahit la Franche-Comté en Janvier 1668, pour l’abandonner de nouveau à l’Espagne peu de temps après. Ceci agite beaucoup la Suisse, car les cantons catholiques sont liés par traité à l’Espagne. La Diète réunie à Baden appuie Berne et l’ambassadeur de France, Mouslier, dans leur proposition que la Suisse reste neutre en Franche-Comté contre une protection fédérale appuyée par la France étendue au Pays de Vaud (auquel la Savoie n’avait pas définitivement renoncé).
En 1668 le Prince de Condé pousse le Comte de Dunois, dont la santé mentale et physique laisse beaucoup à désirer, à abandonner ses droits au Comte de Saint-Pol. Il se décide alors à se vouer à l’église (il sera dès lors connu comme « l’Abbé d’Orléans-Longueville ») et il établit un testament précisant qu’en cas de mort du Comte de Saint-Pol sans héritier, la Principauté devait revenir à leur mère, puis, après la mort de celle-ci, à leur cousin le Prince de Conti. Peu de temps après, un nouveau testament substitue, dans des conditions contestables, la Duchesse de Nemours à la Duchesse d’Orléans-Longueville.
Le Comte de Saint-Pol fait campagne pour Louis XIV et il se porte aussi candidat à la couronne (élective) Polonaise. Il est élu Roi de Pologne en 1672, mais il est presque aussitôt tué sur le Rhin, le 12 Juin 1672, lors de la première campagne de Hollande.
Anne-Geneviève de Bourbon-Condé réclame alors l’héritage de Neuchâtel au nom de l’Abbé d’Orléans-Longueville et le Tribunal des Trois-Etats se prononce en sa faveur, mais Marie de Nemours, forte de l’appui de Berne, conteste la sentence en arguant de la démence de l’abbé et de l’interdiction civile prononcée à son endroit par un arrêt du Conseil du Roi. En 1673, elle vient même aux abords de la principauté puis elle entre au Landeron, où elle a de nombreux partisans. Pour éviter des troubles, Louis XIV la rappelle alors auprès de lui et rend un arbitrage en faveur d’Anne-Geneviève et de l’Abbé en Avril 1674. C’est la première fois qu’un litige à Neuchâtel est réglé par l’arbitrage du Roi de France plutôt que par celui de Berne.
En 1673, la guerre éclate de nouveau entre la France d’une part, la Hollande, l’Espagne et l’Empereur d’autre part. La position Suisse de neutralité dégagée en 1668 est confirmée, ce qui conduit à la conquête et à l’annexion définitive de la Franche-Comté par la France (Paix de Nimègue en 1678). Neuchâtel a alors une frontière commune avec la France.
En 1679 Anne-Geneviève d’Orléans-Longueville décède et Louis XIV accorde la curatelle de Neuchâtel à la Duchesse de Nemours en l’assujettissant à un conseil de régence. Marie de Nemours cherchant à gouverner seule, elle se vit dépouiller par Louis XIV de la curatelle en 1682 au profit du Prince de Condé et du Duc de Bourbon. Neuchâtel semble ainsi être passé nettement sous l’emprise Française.
En 1685, Louis XIV signe l’Edit de Fontainebleau révoquant l’Edit de Nantes par lequel il interdit l’exercice de la religion réformée et proscrit tous les protestants de France qui doivent abjurer ou s’exiler. C’est un choc considérable dans les cantons protestants et à Neuchâtel qui voient arriver une masse importante de protestants Français exilés. Il y a un véritable divorce entre Neuchâtel et la France et, à l’inverse, les liens avec Berne se resserrent à nouveau.


  1. L’Affaire de la Succession – Marie de Nemours

(1694 – 1707)
4.1. 1694 : Marie de Nemours Succède à l’Abbé d’Orléans-Longueville – Contestation du Prince de Conti Appuyé par Louis XIV
En 1694 l’Abbé d’Orléans-Longueville décède laissant deux prétendants à la succession de la Principauté : Marie de Nemours, sa demi-sœur, et le Prince de Conti, en faveur de qui l’abbé avait établi un testament en 1668. Le Prince de Conti a le soutien de Louis XIV qui n’apprécie pas Marie de Nemours, très indépendante et ancienne « frondeuse ». Berne, et Lucerne aussi, estiment que le Prince de Conti représente un danger d’annexion de la Principauté par la France. Berne envoie en mission à Neuchâtel le Conseiller Jean-Frédéric de Willading, futur Avoyer et pilier du parti anti-Français au Petit Conseil de Berne. Mais Fribourg et Soleure sont plutôt favorables au Prince de Conti. A Neuchâtel les notables sont divisés, mais la population, sous l’influence des pasteurs, se montre favorable à Marie de Nemours.
Le Tribunal des Trois Etats déclara alors la Principauté « inaliénable ». Ceci avait pour effet d’investir automatiquement Marie de Nemours, plus proche héritière par le sang (puisque le testament de l’abbé, aliénant la principauté en faveur d’un parent plus éloigné, le Prince de Conti, violait ce principe d’inaliénabilité), et de lui interdire d’en disposer elle-même par testament (elle avait l’intention de tester en faveur du Chevalier de Soissons, fils illégitime de l’un de ses oncles).
Le Prince de Conti,fort de l’appui de Louis XIV, ne s’avouait pas vaincu et il recourut au Parlement de Paris. De son côté, Willading proposa secrètement aux Neuchâtelois de les aider à racheter la Principauté et de solliciter l’admission de Neuchâtel dans la Confédération. C’était évidemment un revirement complet de la politique Bernoise par rapport à 1652 (cf.section 3.6), mais la situation géostratégique était complètement différente : Maintenant que la Franche-Comté était Française et que Louis XIV faisait la chasse aux Réformés, il importait essentiellement que Neuchâtel ne tombât pas dans l’orbite Française et Berne jugeait que cette position ne pouvait être défendue efficacement qu’avec l’appui des Confédérés.
En 1698, le Parlement de Paris attribue la Principauté au Prince de Conti qui, entre temps, avait été candidat malheureux au trône (électif) de Pologne en 1697. Le 9 Janvier 1699, Louis XIV ordonna que la sentence du Parlement de Paris fût exécutée. Il concentra des troupes à la frontière Neuchâteloise et envoya à Neuchâtel le Marquis de Puysieux, ambassadeur de France auprès des Confédérés. Le Prince de Conti lui-même se rendit à Neuchâtel. Berne, de son côté, leva des troupes et envoya une compagnie de 200 hommes à Neuchâtel. Pour la première fois depuis l’époque de Louis XII, on se dirigeait vers un affrontement entre les Confédérés et la France. Berne dut tout d’abord reculer, n’ayant pu obtenir un soutien résolu que de Lucerne, et elle retira sa compagnie de Neuchâtel où les partisans de Conti, dès lors, relevèrent la tête. Mais le ministre d’Angleterre auprès des Cantons, Philibert Herwart, fit alors connaître les prétentions du Roi Guillaume III sur Neuchâtel (cf. section 4.2). Louis XIV, à la veille d’être confronté au grave problème de la succession d’Espagne, estima qu ‘il n’était pas bon de s’aliéner Londres ; il retira ses troupes et Conti dut rentrer à Paris laissant Marie de Nemours en possession de Neuchâtel.
4.2. La Candidature de Guillaume III d’Orange-Nassau, Roi d’Angleterre et Stathouder des Provinces Unies, et de Frédéric de Hohenzollern, Margrave de Brandebourg, puis Roi de Prusse, à la Principauté de Neuchâtel
Marie de Nemours était la dernière représentante de la maison d’Orléans-Longueville et elle n’avait pas de descendance. Les prétendants à la Principauté de Neuchâtel sur le principe de la filiation à sa maison n’étaient que des cousins.
Le Prince de Conti basait ses prétentions sur le testament en sa faveur de l’Abbé d’Orléans-Longueville en 1668. Ces prétentions étaient doublement contestables : La santé mentale, déjà précaire en 1668, de l’Abbé rendait le testament contestable. De plus, la proclamation par le Tribunal des Trois Etats de l’ »inaliénabilité » de la Principauté rend un tel testament à postériori irrecevable.
Guillaume III basait ses prétentions de la manière suivante :

Comme nous l’avons vu à la section 1.2, au XIIIème siècle, le Comté de Neuchâtel jouissait de l’immédiateté impériale. En 1288, Rollin, Comte de Neuchâtel, dut résigner son comté entre les mains de l’Empereur, Rodolphe de Habsbourg. Celui-ci en investit Jean II de Chalon-Arlay, duquel Rollin le reprit aussitôt comme arrière-fief de l’Empire. Dès lors les Comtes de Neuchâtel furent vassaux des Comtes de Chalon.

Les Comtes de Fribourg en Brisgau héritèrent du Comté de Neuchâtel toujours inféodé au Comte de Chalon. A l’extinction des Comtes de Fribourg en 1457 (cf. section2), une première affaire de succession de Neuchâtel opposa la maison suzeraine, devenue par mariage Chalon-Orange, et un cousin du dernier Comte de Fribourg, Rodolphe de Baden-Hochberg. Principalement grâce à l’appui de Berne, hostile aux Chalon-Orange, proches alliés des Ducs de Bourgogne, trop puissants voisins, Rodolphe de Baden-Hochberg fut investi du Comté de Neuchâtel qui fût affranchi de fait de la suzeraineté des Chalon-Orange.

La maison d’Orléans-Longueville hérita du Comté de Neuchâtel par mariage en 1503 de Louis d’Orléans avec la dernière Hochberg, Jeanne (cf. section 3.1) ;

De leur côté, les Chalon-Orange s’éteignirent en 1530 et Henri II de Nassau hérita de leurs biens en tant qu’époux de Claudia de Chalon-Orange. Leur fils René, puis son cousin et légataire Guillaume, dit «le Taciturne», sont ainsi à l’origine de la maison des Princes d’Orange Nassau. Guillaume le Taciturne fût le principal instigateur de la Réforme et de l’indépendance aux Pays-Bas, même s’il ne put réaliser ce double but de son vivant. Guillaume III était le fils de Guillaume II d’Orange-Nassau, descendant direct de Guillaume le Taciturne, Stathouder des Provinces Unies et de Henriette-Marie Stuart, fille du Roi Charles 1er d’Angleterre. Guillaume III épousa Marie II Stuart, fille du Roi Jacques II d’Angleterre, et ce couple accéda conjointement au trône d’Angleterre lorsque Jacques II en fût écarté.

Guillaume III était ainsi le (lointain) successeur légitime de Jean II de Chalon-Arlay et prétendait à la succession de Neuchâtel sur le fait qu’à l’extinction de la maison qui tenait Neuchâtel, celle-ci devait faire retour au suzerain qu’il était comme successeur de Jean II de Chalon-Arlay.
Les frères Siméon et Emmanuel de Bondeli, de Berne, semblent être à l’origine de la candidature de Frédéric de Hohenzollern [(8) pp. 272-273] :

Siméon de Bondeli entra au service de son père, le « Grand Electeur » Frédéric-Guillaume (1620 – 1688), comme camérier, puis conseiller secret vers 1680.

Emmanuel de Bondeli fut nommé très jeune professeur de philosophie à Lausanne en 1682, puis à Berne en 1684. Il épousa en 1685 Barbara Hory, dernière représentante de cette vieille famille Neuchâteloise dont il a déjà été question plus haut (cf. section 3.6) et fille de Jonas, Châtelain de Boudry, Conseiller d’Etat et membre du Tribunal des Trois Etats. Les frères Bondeli déterminèrent Guillaume III à céder ses prétentions sur Neuchâtel à Frédéric de Hohenzollern (Guillaume III et Marie II n’avaient pas d’enfant, et la sœur de Guillaume, Louise-Henriette, était l’épouse du « Grand-Electeur » et donc la mère de Frédéric, qui était ainsi, comme neveu, le plus proche héritier par le sang de Guillaume). Ils furent aussi les premiers intermédiaires, sur cette affaire, entre la cour de Berlin et Berne. Ce montage semble avoir pris corps dès l’avènement au trône d’Angleterre de Guillaume III et Marie II en 1689 ; il est donc assez remarquable (ou chanceux !) que l’on ait pu le faire « redécouvrir » bien à propos à Louis XIV en 1699 (cf. section 4.1). Emmanuel de Bondeli accomplit par la suite le travail de recherche et de compilation visant à argumenter la validité de la candidature.
Berne soutint vraiment cette affaire à partir de 1694, année marquée par le décès de l’abbé d’Orléans-Longueville, la défaite infligée au Prince de Conti dans la candidature et la proclamation de l’inaliénabilité de Neuchâtel, et l’élection au Petit Conseil de Berne de Jean-Frédéric de Willading, futur Avoyer, qui y sera le premier et plus fidèle soutien des Bondeli, de la double candidature de Guillaume et Frédéric à Neuchâtel, et du parti dit « des bien-intentionnés », hostile à Louis XIV. L’Avoyer Jean-Rodolphe de Sinner et le Banneret Nicolas Daxelhofer furent les deux autres membres du Petit Conseil les plus influents dans cette mouvance politique. Trois autres sujets Bernois s’impliquèrent fortement pour le soutien de la candidature de Frédéric de Hohenzollern : Les frères Christophe, futur Avoyer de Berne, et Sigismond de Steiger (noirs) et François-Louis de Pesme de Saint-Saphorin, un très habile diplomate au service de l’Empereur (qu’il parviendra à gagner à la cause de Frédéric de Hohenzollern, devenu le Roi Frédéric 1er de Prusse en 1700).

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