1 La Première Maison de Neuchâtel





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Le décès du Roi d’Espagne Charles II, le dernier des Habsbourg d’Espagne, le 1er Novembre 1700 et l’avènement de Philippe Duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme Roi d’Espagne sous le nom de Philippe V en vertu du testament de Charles II, entraîna en 1701 la formation d’une coalition contre la France regroupant l’Empereur, l’Angleterre, les Pays Bas, la Prusse, la Savoie et le Portugal et le démarrage de la « Guerre de Succession d’Espagne » qui devait durer jusqu’en 1713. Guillaume III étant ainsi en guerre contre lui, Louis XIV n’avait plus de raison de le ménager et il reprit donc un intérêt actif au soutien des candidatures Françaises à Neuchâtel.



En 1702, le décès de Guillaume III vit Frédéric 1er de Prusse lui succéder comme prétendant à Neuchâtel. La succession d’Angleterre se fit dans la maison Stuart (Anne succédant comme Reine à sa sœur aînée Marie II, décédée en 1695, et à Guillaume III) qui n’avait pas de lien direct avec Neuchâtel.
4.3. Le Procès de 1707 pour la Succession de Marie de Nemours à Neuchâtel [8]
Marie de Nemours mourut le 16 Juin 1707, ce qui ouvrit effectivement la succession de Neuchâtel.
Les prétendants à la succession étaient au nombre de 15, mais 9 seulement furent retenus comme ayant des prétentions valables ; ils se rangeaient en trois catégories :

. Ceux qui invoquaient un testament (la validité de leur prétention supposait que l’on cassât le principe d’inaliénabilité affirmé par le tribunal des Trois Etats) : Le Prince de Conti (par testament de l’Abbé d’Orléans-Longueville) et la Angélique-Cunégonde de Montmorency, veuve du Chevalier de Soissons (par testament de Marie de Nemours) ;

. Ceux qui évoquaient le droit du sang : Jacques, Comte de Matignon et Paule-Françoise de Gondy, Duchesse de Lesdiguières comme descendants directs de deux filles de Léonor d’Orléans-Longueville, ainsi que le Prince Emmanuel-Philibert-Amédée de Carignan-Savoie comme plus proche parent (cousin germain) de Marie de Nemours ;

. Ceux qui se réclamaient au titre de successeurs, dans ses droits, de la maison de Chalon : Frédéric 1er de Prusse, mais aussi Jeanne de Mouchy, Marquise de Mailly de Nesle, Yves, Marquis d’Allègre et Léopold-Eberhard, Duc de Wurtemberg-Montbéliard ;
Le procès en investiture s’ouvrit devant le Tribunal des Trois Etats composé des 12 juges suivants :

. Au titre du 1er Etat (Conseil d’Etat) : Louis Guy, doyen du Conseil d’Etat, J. J. Sandoz, beau-frère de Jonas Hory, Samuel de Chambrier, Chancelier, Samuel de Marval, beau-frère de Samuel de Chambrier,

. Au titre du 2ème Etat (Châtelains et Officiers de juridiction) : Jonas Hory, châtelain de Boudry, Conseiller d’Etat et beau-père d’Emmanuel de Bondeli, Simon Chevalier, châtelain de Thielle, Conseiller d’Etat, François de Chambrier, maire de Neuchâtel, Conseiller d’Etat et François Perrochet, lieutenant du Landeron,

. Au titre du Tiers-Etat (bourgeoisie de Neuchâtel) : David Buloz, premier maître-bourgeois, Frédéric de Chambrier, maître-bourgeois et lieutenant de Neuchâtel, neveu du Chancelier Samuel, Henri Petitpierre, maître-bourgeois et gendre de Samuel Marval, et J.H. de Pierre.

Notons la prépondérance du Conseil d’Etat (7 juges sur 12) dans ce tribunal.
Frédéric 1er pouvait compter, dans le 1er Etat, sur Louis Guy et J.J. Sandoz ; les deux autres juges étaient favorables aux candidats apparentés aux Orléans-Longueville. Dans le 2ème état, Frédéric 1er pouvait compter sur Jonas Hory et Simon Chevalier ; les deux autres juges étaient partisans de la France, mais pas d’un candidat en particulier Le cas du tiers-état était particulier en ce sens que c’était le Conseil de Ville qui devait décider du vote et missionner les 4 juges pour se conformer à son choix ; ce dernier semblait assez partagé avec une légère majorité relative pour le Prince de Conti.
L’issue du procès s’avérait très incertaine. Les principaux facteurs qui vont faire la décision sont les suivants :

. La candidature de Frédéric 1er, préparée de longue date (comme nous l’avons vu), bénéficie d’un soutien diplomatique de premier ordre :

  • Le Comte de Metternich, envoyé du Roi de Prusse, est un excellent diplomate et il dispose d’un budget important pour soutenir la candidature ;

  • François-Louis de Pesme de Saint-Saphorin, sujet Bernois mais envoyé de l’Empereur travaillait très efficacement depuis plusieurs années en faveur de la candidature de Frédéric 1er. Il arriva à persuader la Cour de Vienne du bien fondé de cette action et le Prince de Carignan-Savoie d’entrer aussi dans ses vues tout en maintenant sa propre candidature pour s’assurer que Frédéric ne risque pas de rester seul candidat en lice ;

  • Abraham Stanian, envoyé de la Reine d’Angleterre et neveu par alliance de Siméon et Emmanuel de Bondeli, travaille aussi activement en faveur de la candidature de Frédéric ;

  • A Berne, les « bien-intentionnés », soutenant la candidature Prussienne, dominent la scène politique, mais ils savent rester dans les limites de la prudence pour ne pas provoquer Louis XIV et ses partisans.

. Depuis le début de la guerre de succession d’Espagne, Louis XIV fait combattre par son ambassadeur, le Marquis de Puyzieulx, la candidature de Frédéric 1er. Mais il entend ainsi favoriser l’ensemble des candidats Français, il ne se résout pas à pousser particulièrement l’un d’entre eux, et il fait même part de cette position au Conseil d’Etat de Neuchâtel ; toutefois Michel de Chamillart, son principal ministre, incline pour le Comte de Matignon et se montre hostile au Prince de Conti.
Le Prince de Conti, déçu de l’ambiance peu favorable qu’il rencontrait à Neuchâtel et du manque de soutien du Roi, renonça à sa candidature et quitta Neuchâtel le 7 Septembre 1707. Ceci détermina le Conseil de Ville, et donc les juges du tiers-état, en faveur de Frédéric 1er, d’autant plus que le Prince de Conti, en se retirant, a conseillé à certains de ses partisans de se rallier à la candidature Prussienne. Les autres candidats Français, sentant la partie perdue, renoncent à défendre leur candidature en Octobre. Seul le Prince de Carignan-Savoie se maintient, poussé par Saint-Saphorin, jusqu’au bout pour éviter à Frédéric 1er de demeurer seul candidat.
La sentence finale du Tribunal, conférant l’investiture à Frédéric 1er, est prononcée le 3 Novembre 1707.


  1. La Période « Prussienne » jusqu’à la fin de l’Ancienne Confédération (1707 – 1797)


5.1. Les Institutions durant la Période Prussienne
Les institutions ne furent pas modifiées (et demeurèrent pratiquement inchangées jusqu’à la fin de la Principauté en 1848) et la Principauté conserva son indépendance, sans aucun autre lien avec le gouvernement Prussien que la communauté du souverain.
Le Conseil d’Etat affirma sa primauté sur le gouvernement de la Principauté et son rôle ne fut plus jamais contesté ou contrebalancé par la Ville de Neuchâtel, comme cela s’était produit précédemment.
Trois séries d’ »Articles » furent rédigés et signés par le Frédéric 1er (la plupart des autres prétendants avaient aussi consentis à souscrire à ces articles en cas d’investiture) pour préciser les privilèges et libertés des différents corps constitués :

. Articles Généraux, concernant les corps et communautés de l’Etat,

. Articles Particuliers de la Ville et Bourgeoisie de Neuchâtel,

. Articles Particuliers de la Bourgeoisie de Valangin.
5.2. Le Règne de Frédéric 1er (1707 – 1713)
Louis XIV refuse de reconnaître l’investiture de Frédéric 1er. Il ordonne le blocus économique de la Principauté, et il concentre des troupes aux ordres du Maréchal de Villars en Franche-Comté. En réaction à cela, Berne fait occuper, pour la protéger, la Principauté par un contingent de 4000 hommes renforcé de quelques troupes fournies par Zürich et Genève. Les cantons catholiques refusèrent leur aide et se joignirent à Louis XIV pour contester l’investiture de Frédéric 1er. Stanyan et Saint-Saphorin poussaient à la guerre contre Louis XIV. Le cabinet Anglais était à la pointe des bellicistes souhaitant une offensive de Berne en Franche-Comté, mais les autres puissances alliées contre la France n’étaient pas chaudes pour cela ; les Provinces Unies y étaient franchement hostiles, et la Prusse très hésitante. Louis XIV, de son côté, se rendit compte de l’absolue nécessité de ne pas risquer la rupture des capitulations lui assurant le concours indispensable des régiments Suisses en France. Des négociations s’engagèrent à Aarau en 1708, et c’est Jean-Frédéric de Willading qui trouva la formule acceptée par Louis XIV par laquelle celui-ci accordait à Neuchâtel le bénéfice de la paix perpétuelle de 1516 et de l’alliance de 1663, tout en refusant l’éventualité que Neuchâtel entre dans la Confédération contrairement aux vœux d’une majorité de Neuchâtelois et de Frédéric 1er. Les termes de cet accord furent entérinés par le Petit Conseil de Berne et par Frédéric 1er et ce succès valut à Jean-Frédéric de Willading d’accéder à la charge d’Avoyer de Berne en remplacement de Jean-Rodolphe de Sinner, décédé en 1706. Mais cet accord sera mal appliqué par Louis XIV, Louis XV et Louis XVI : Ils refuseront toujours par la suite de mentionner Neuchâtel parmi les alliés des Confédérés, et Louis XVI ira même jusqu’à refuser la mention de Neuchâtel dans le renouvellement de l’alliance avec les Confédérés en 1777. De plus les commerçants Neuchâtelois sont exclus des privilèges accordés aux commerçants Suisses et alliés.
Un autre problème qui se posa d’emblée était la nomination d’un Gouverneur :

. Le poste avait été promis par lettre patente de 1694, signée par Guillaume III et Frédéric, à Siméon ou Emmanuel de Bondeli en cas de succès de la candidature. Mais la nomination d’un gouverneur Bernois semblait maintenant peu appropriée.

. Par ailleurs, la reconduction du Gouverneur nommé par Marie de Nemours en 1699, François-Henri d’Estavayer-Mollondin, n’était pas envisageable, car il s’était montré hostile jusqu’au bout à la candidature Prussienne, et l’on n’avait pas d’autre candidat notable. Il s’ensuivit que le Comte de Metternich resta à Neuchâtel jusqu’en 1709 comme envoyé de Frédéric 1er , qui renonça à nommer un gouverneur.
En 1712, l’ouverture d’hostilités entre cantons protestants et catholiques lors de la « Deuxième Guerre de Villmergen » plaça Neuchâtel dans la même situation critique que lors de la « Première Guerre de Villmergen » en 1656 (cf. section 3.6). Bien que les traités de combourgeoisie avec Soleure, Fribourg et Lucerne n’aient pas été renouvelés, le Conseil d’Etat, gardant des espoirs en cette matière, tenait à ménager ces cantons ; aussi n’accepta-t-il qu’avec réticence le concours de 800 hommes réclamé par Berne. Il chercha à nouveau à négocier avec Berne la restriction d’emploi du contingent Neuchâtelois à la protection du territoire Bernois en arguant, justement, qu’il n’avait pas d’instruction du Prince et que Fribourg, Soleure et le Prince-Evêque de Bâle procédaient à des armements qui pouvaient menacer directement la Principauté, mais il ne put éviter la participation des troupes Neuchâteloises à la nouvelle bataille de Villmergen, qui s’avéra une victoire décisive. Pour Neuchâtel, toutefois, cette campagne se terminait tristement car Berne et le Prince Frédéric 1er envoyèrent au Conseil d’Etat de Neuchâtel des lettres désavouant son attitude prudente et insistant sur le devoir de Neuchâtel de prêter assistance sans réserve à Berne.
Lors de la négociation des traités mettant fin à la Guerre de Succession d’Espagne, le Conseil d’Etat de Neuchâtel s’employa activement à essayer d’obtenir de la France la reconnaissance de Neuchâtel comme principauté souveraine et alliée de la Confédération Helvétique. Ceci fut obtenu en 1713 dans la partie du traité d’Utrecht signée entre la France et la Prusse, mais la France refusa ensuite de mentionner Neuchâtel parmi les alliés des Suisses dans le traité final de Baden signé le 7 Septembre 1714 avec l’Empereur.

5.3. Le Règne de Frédéric-Guillaume 1er (1713 – 1740)
En 1714, Frédéric-Guillaume 1er rétablit la fonction de Gouverneur en nommant le Colonel François de Langes de Lubières. Il fut l’un des principaux meneurs de l’émigration des protestants Français. Comme lui, une majorité relative de ses successeurs sera issue de ce milieu.
Quelques soubresauts intérieurs (conflits entre le Conseil d’Etat et la Vénérable Classe, récriminations des bourgeois de Valangin tentés de se séparer de Neuchâtel dont la bourgeoisie a le monopole de la gestion de l’état, …) amènent le Conseil d’Etat à demander au Prince l’envoi d’un ministre plénipotentiaire en 1724 –1725.
D’autres affaires troublèrent quelques peu la quiétude de la Principauté :

. Conflits avec Berne à propos de restrictions émises par Berne à l’importation des vins de Neuchâtel (1718 – 1719) et d’un différend sur le bornage de la frontière avec le baillage commun Bernois-Fribourgeois de Grandson (1714 – 1721),

. Frictions avec la France, notamment à propos de prétentions sur la Principauté du Duc de Bourbon et du Marquis de Mailly-Nesles soutenues par quelques Neuchâtelois. Conjointement à l’éclatement de la Guerre de Succession de Pologne, dans laquelle la France soutenait contre l’Empereur la candidature de Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, elles amenèrent le Prince et le Conseil d’Etat à solliciter l’appui de Berne en 1733, mais l’ambassadeur de France, le Marquis de Bonnac, assura les Bernois que la France n’avait aucune visée hostile contre Neuchâtel et la Suisse en dépit de mouvements de troupes en Franche-Comté.
1731 voit l’apparition de l’enseignement supérieur à Neuchâtel (création de chaires de philosophie et de mathématique).
5.4. Le Règne de Frédéric II (1740 – 1786)
Ce long règne est marqué par le passage de deux Gouverneurs remarquables, le comte Georges Keith, Maréchal héréditaire d’Ecosse (1686 – 1778) et le Lieutenant-Général Louis-Théophile de Béville (1734 – 1816), et par l’occurrence de deux affaires retentissantes.
Le Maréchal Georges Keith fut Gouverneur de Neuchâtel de 1754 à 1768. Originaire d’Ecosse où il fit une carrière militaire, il entra ensuite au service de Frédéric II et il fut notamment son ministre en France de 1751 à 1754. Il put obtenir, grâce à des fonds accordés par Frédéric II et à des amitiés personnelles dans ce canton, le renouvellement de la combourgeoisie avec Soleure le 26 Février 1756. Malgré une volonté jamais démentie du Conseil d’Etat depuis 1707 de se rapprocher des Confédérés et un courant d’opinion publique dans la Principauté très favorable à cela, c’est le seul succès tangible obtenu par Neuchâtel en ce sens dans la période qui va de 1707 à la chute de l’ancienne Confédération. L’opposition déterminée de certains cantons catholiques, au nombre desquels il faut inclure l’ancien combourgeois Lucerne ulcéré de la participation de Neuchâtel dans le clan adverse à la seconde guerre de Vilmergen, et la mauvaise volonté du Roi de France et de son ambassadeur ont été une constante durant toute cette période.
Louis-Théophile Le Chenevix de Béville (1734 – 1816) appartenait à une famille protestante originaire de Lorraine et établie dans le Brandebourg dès 1681. Il fut nommé Gouverneur de Neuchâtel par Frédéric II en 1779 et il le restera jusqu’à l’abandon de la Principauté par Frédéric-Guillaume III en 1806. Il laissa un bon souvenir de son passage dans cette fonction, mais ses grandes qualités d’homme d’état eurent surtout à s’exprimer dans la très difficile période marquée par la révolution et la chute de Berne et de l’ancienne Confédération.
Les deux affaires retentissantes du règne furent les suivantes :
. L’affaire du Pasteur Ferdinand-Olivier Petitpierre (1722 – 1790) :

Ce pasteur prêcha à partir de 1755 dans la région des Ponts-de-Martel la doctrine de la « non-éternité des peines » selon laquelle il considérait que la condamnation du pécheur non-repenti ne pouvait être éternelle. Blâmé par la « Vénérable Classe », il se soumet en 1758 et rentre dans le rang. Le considérant effectivement « rangé », on lui confie en 1759 l’importante cure de la Chaux-de-Fonds. Mais il recommence alors à prêcher la doctrine condamnée et ses paroissiens prennent en majorité fait et cause pour lui. La Vénérable Classe le destitue en 1760 et ses paroissiens adressent alors un recours au Conseil d’Etat et au Prince refusant la nomination de son successeur, le pasteur Bréguet. Il s’ensuit alors un incroyable imbroglio politico-religieux dans lequel on voit même deux Conseillers d’Etat être destitués de leur bourgeoisie de Neuchâtel. Le Maréchal Keith parvient finalement à calmer le jeu en 1762 ; le pasteur Bréguet peut être installé à la Chaux-de-Fonds et Ferdinand-Olivier Petitpierre s’en va poursuivre sa carrière à Londres.
. L’affaire de la ferme des impôts (1766 – 1768) :

Jusqu’alors les dîmes et cens fonciers dus au Prince sont perçus selon le système de « régie ». Un receveur est chargé de percevoir à la fois les dîmes et redevances en nature sur les fruits du sol ainsi que les impôts fonciers payables en espèces. Pour éviter d’avoir à engranger des produits de la terre et du vin, on a établi depuis 1501 une sorte d’équivalence financière des redevances en nature, l’ »abris » pour les grains et la « vente » pour le raisin ; ces deux taux sont fixés chaque année par le Conseil d’Etat sur la base du coût général des denrées. Le receveur verse à la caisse du Prince le produit total des redevances qu’il a collectée et il en retient 15 %pour son traitement auquel s’ajoute le bénéfice des ventes de grains et vendanges qu’il a pris en dépôt chez lui. Pour le Prince, l’inconvénient de c e système est l’irrégularité des revenus qu’il procure, fonction des cours et aléas saisonniers.

Frédéric II envoi en mission à Neuchâtel en 1747 – 1748 un conseiller, Rhode, chargé d’étudier une réorganisation complète des finances de la Principauté. Il préconise de remplacer le système décrit ci-dessus par celui de la « ferme des impôts ». Selon ce principe les revenus de ces impôts indirects sont mis aux enchères. L’enchérisseur le mieux disant devient fermier-receveur pour une période déterminée et il doit payer au Prince chaque année le montant de redevances pour lequel il a enchéri, à charge pour lui de récupérer les fonds correspondants (plus le bénéfice qu’il escompte) auprès des redevables. De plus l’abris et la vente sont abolis, et tous les paiements doivent se faire en espèce. Ce système est mis en place effectivement dès 1748. Le gouvernement proteste contre la suppression de l’abris et de la vente et le Prince accepte de proroger la vente, mais non l’abris.

Cette décision est fort mal perçue par les bourgeois de Valangin et certaines communautés des Montagnes qui produisent des céréales mais n’ont pas de vignes et ils présentent au Prince des requêtes pour le rétablissement de l’abris en 1752, 1755 et 1756 sans jamais obtenir gain de cause.

En Mai 1766, on renouvelle les baux des fermiers et le Prince fixe alors très haut la mise à prix pour les enchères. Personne ne se porte candidat à ces enchères pour aucune des 16 fermes de la Principauté. Frédéric II délègue alors à Neuchâtel deux commissaires royaux chargés de trouver une solution. Les relations de ces deux commissaires avec le Conseil d’Etat s’enveniment rapidement. Trois Conseillers d’Etat sont destitués par le Prince, mais la Ville, emmenée par les Quatre-Ministraux se rebiffe et réclame le rétablissement immédiat de la régie et de l’abris, arguant que leur suppression est contraire aux Articles Généraux (cf. section 5.1). Dans les premiers mois de 1767, le Prince en appelle à l’arbitrage de Berne. Le procureur général Claude Gaudot représente le Prince et la Bourgeoisie de Neuchâtel représente l’ensemble des communautés du pays. Le 23 Janvier 1768, le Grand Conseil de Berne statue en faveur du Prince et enjoint à la Ville de Neuchâtel de se soumettre. L’agitation qui s’ensuit est telle que le Prince demande à Berne d’occuper militairement la Principauté. Berne fixe un ultimatum pour le 24 Avril et mobilise une armée de 9000 hommes sur la frontière orientale de la Principauté. Mais les Bourgeoisies de Neuchâtel et Valangin cèdent quelques jours avant l’échéance de l’ultimatum. Frédéric II nomme alors malheureusement Claude Gaudot lieutenant-gouverneur et celui-ci rentre à Neuchâtel le jour même de l’échéance de l’ultimatum. Cela provoque une émeute et Claude Gaudot est assassiné dans sa maison sans que les autorités de la Ville ne réagissent. Le 21 Mai suivant, 600 hommes en armes provenant de Berne, Soleure et des deux autres anciens combourgeois, Fribourg et Lucerne, occupent Neuchâtel pour y rester jusqu’en Août, mais cela se fait pacifiquement car, entre temps la Bourgeoisie a pris la résolution de se soumettre totalement. Au début de 1768, le général Bernois Robert-Scipion de Lentulus, est nommé Gouverneur en remplacement du Maréchal Keith, trop âgé et usé par ces évènements. Il sera , à son tour, remplacé par le Général de Béville en 1779, comme nous l’avons vu plus haut. Cette affaire montre que le Prince et l’Etat ont maintenant la primauté totale et que la ville de Neuchâtel ne peut plus leur faire contre-poids.
Ce règne a aussi été marqué par un accroissement important de la population, passant de 32.000 à 42.000 habitants environ, alimenté en bonne partie par de l’immigration. Cet accroissement, appelé à se poursuivre, est dû à l’amélioration des conditions sanitaires, de l’agriculture et au décollage de l’industrie (« indiennes » sur le littoral du lac et horlogerie dans la seigneurie de Valangin).

L’ édition et la vie littéraire et mondaine se développent aussi beaucoup. Neuchâtel devient aussi un lieu de séjour pour de nombreux Suisses et étrangers.
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