Nous allons nous intéresser aujourd’hui à un personnage particulièrement emblématique du 19





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ADOLPHE THIERS

Nous allons nous intéresser aujourd’hui à un personnage particulièrement emblématique du 19ème siècle : Adolphe Thiers !
Pourquoi emblématique ?
Tout simplement parce que sa vie recouvra plus des trois-quarts de cette période et qu’une très grande partie de son activité fut politique.
Elle le fut d’abord en tant qu’observateur : Journaliste, chroniqueur et historien puis très vite en tant qu’acteur : Député, ministre, Président du Conseil et pour finir Président de la République…
Dès lors, on peut s’imaginer que cet homme va se retrouver en maintes occasions au cœur des grands évènements politiques de son époque,… évènements souvent tendus, parfois dramatiques.
Rappelons en les plus marquants…
D’abord, après le grand épisode impérial, c’est le retour des bourbons en 1815, avec Louis XVIII et Charles X…
Une Restauration dans un premier temps acceptée par des français fatigués de « Grandeur » mais qui s’est rapidement fourvoyée dans une politique ultra conservatrice inadaptée aux attentes du plus grand nombre. La Révolution et l’Empire étaient quand même passés par là.
Une première sanction tomba en 1830.

Le peuple « parisien » chassa le dernier bourbon Charles X, pour le remplacer par un vrai régime parlementaire... la Monarchie de Juillet.
Nous verrons qu’à cette occasion, Thiers joua déjà un rôle non négligeable dans l’avènement du dernier roi de France, Louis-Philippe.

Un rôle qui, par la suite, est allé croissant puisqu’il fut pendant une dizaine d’années l’un des chouchous de ce roi « bourgeois », qui le nomma plusieurs fois ministre, dont deux fois en tant que Président du conseil, l’équivalent de notre « Premier ministre » actuel…
Puis à partir de 1841, Thiers vécut une première « relative » traversée du désert…Louis-Philippe ne fait plus appel à lui… et nous verrons bien sur pourquoi.
Cela dit, jusqu’à la fin de la Monarchie de Juillet, son influence va rester significative et nous essaierons également d’en discerner la cause…
A compter de 1848, la France connaît de violents troubles qui s’achèvent par l’installation d’un nouveau régime – la Seconde République – et d’une nouvelle tête, Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de l’empereur.
Tout le monde pense alors, et Thiers le premier, que ce personnage falot ne sera qu’une marionnette mais le Prince-président, comme on l’appelle déjà, va se montrer moins naïf que prévu…
Non seulement ce dernier va réincarner un néo bonapartisme tout à fait surprenant mais aidé de son demi-frère, Charles de Morny, il va forcer son destin en réussissant à se maintenir au pouvoir au prix d’un coup d’Etat incroyable…débouchant sur un Second Empire encore plus inattendu que la République précédente…
Thiers comme beaucoup d’opposants sera même brièvement arrêté et vivra une seconde traversée du désert… plus obscure que la précédente.

Mais, amnistié et réélu député, il fera son grand retour en 1863.
A compter de cette date, notre homme va jouer un rôle croissant dans la vie politique française.

Pour faire simple, nous dirons qu’au fur et à mesure que le Second Empire se délite, Thiers va apparaître aux yeux d’un grand nombre de français comme l’homme providentiel…

Et de fait, c’est entre 1870 et 1873 qu’il va atteindre son apogée politique… au milieu d’une guerre franco-prussienne mal négociée, de la chute d’un Empire à l’agonie, d’une terrible répression des « communards » parisiens et de l’avènement d’une 3ème République née presque par hasard, dans des circonstances exceptionnelles.
Une période sur laquelle nous reviendrons plus en détail naturellement…
Mais commençons par le début.

Adolphe Thiers est un méridional bon teint…
Il est né à Marseille en 1797, là où il fera toutes ses études secondaires, dans le Lycée qui porte désormais son nom.

Quant à ses études supérieures, elles se feront à Aix tout simplement parce que c’est dans cette ville qu’on enseigne le droit.
Que dire de ses études et de ses capacités scolaires ?

Disons le tout net. Elles furent remarquables…

Le jeune Thiers était ce que l’on appelle un brillant sujet, raflant tous les prix aussi bien en composition française qu’en sciences…
Intellectuellement, il avait d’indéniables atouts : Beaucoup de mémoire, la parole facile, une grande vivacité d’esprit et une forte curiosité intellectuelle.

Tout l’intéressait, tout le stimulait…
En revanche, physiquement, c’était nettement moins bien.

Tout petit, la voix aigrelette, sans allure, il sera d’ailleurs souvent caricaturé, mais également une façon d’être un peu provocante, agaçante, parfois vulgaire…

Mais globalement, à l’âge adulte, c’est ce que l’on appelle une « belle mécanique intellectuelle ».
Très rapidement, la politique l’intéresse.

La politique…et l’histoire !!

N’oublions pas qu’en plein cœur du 1er empire, en 1810, notre héros avait déjà 13 ans.

C’est un fervent admirateur de l’empereur et dans sa tête, il se jure déjà d’en relater l’épopée plus tard…
Mais la politique, l’histoire, ce n’est pas en Provence qu’elle se fait mais naturellement un peu plus haut…à Paris…
Aussi, devenu avocat, il se lance tel le « Rastignac » de Balzac à la conquête de la capitale. Nous sommes alors en 1821. Il a 24 ans !!
Juste avant de s’installer à Paris, il a un peu plaidé mais très rapidement il sait déjà que là n’est pas son destin.

Un métier trop formaté,… où la grandiloquence n’est souvent qu’un « truc » de professionnel.
Aussi c’est vers le journalisme qu’il se dirige, là où ses connaissances encyclopédiques et son goût pour l’écriture peuvent être appréciées… et surtout recherchées.
Car naturellement Thiers est ce que l’on appelle « un arriviste ».

Un homme qui cherche à s’infiltrer dans tous les milieux possibles, celui de l’art, de la critique, des finances et bien sur de la politique….
Dans ce registre, il montre d’indéniables talents…

Il s’invite à des colloques, force la porte des uns, écrit aux autres, se fait présenter par des amis communs… et à ce petit jeu finit forcément par se faire remarquer.

La première personne qui lui met le pied à l’étrier est un député de Vendée, un certain Jacques Manuel, l’une des voix de l’époque à l’Assemblée…un libéral avancé.
C’est grâce à lui notamment qu’il va pénétrer deux milieux décisifs pour la suite de sa carrière, le journalisme politique en entrant à la rédaction du « Constitutionnel », le quotidien le plus vendu en France vers 1830, et le milieu des parlementaires, toujours avides de « papiers » de journalistes glorifiant leur action publique.….
Sur le fond, ce « Constitutionnel » est l’organe de ralliement à la fois des libéraux, des bonapartistes, et des anticléricaux.

Correspond-il aux idées de Thiers ? Pas complètement…
Notre homme est bien sur favorable au libéralisme mais uniquement en politique intérieure sinon c’est un protectionniste pur et dur…

De même, s’il admire Napoléon, il n’est pas bonapartiste et milite déjà pour une monarchie parlementaire.
Et bien sur, très vite, Thiers va devenir l’une des vedettes du « Constitutionnel » et même son rédacteur en chef.

Car comme déjà indiqué, c’est un « touche à tout » de génie.

Il est capable d’écrire sur tous les sujets avec une confondante facilité.

Il y a du Voltaire dans cet homme là…
Comme précisé également, il a du culot et n’hésite pas non plus à forcer la porte des plus grandes personnalités de l’époque
En Finances, il voit le baron Louis, en art militaire, les généraux retraités de l’Empire, en littérature, Mérimée et Stendhal et naturellement en politique, ce vieux renard de Talleyrand,… qui se prend d’amitié pour ce jeune méridional ambitieux.
Une amitié qui le conduit même à défendre notre jeune Rastignac contre les jalousies de certains… d’un trait dont il a le secret : « Monsieur Thiers n’est pas parvenu…il est déjà arrivé ! ».
Car non seulement, ses articles fleurissent au Constitutionnel et dans bien d’autres titres auxquels il collabore mais disposant d’une force de travail peu commune, Thiers se lance entre 1823 et 1827 dans sa première grande œuvre historique… « L’Histoire de la Révolution Française ».
Une somme considérable, terminée alors qu’il n’a pas trente ans, bientôt saluée par la critique, rééditée plusieurs fois, traduite même en anglais et en espagnol.
Un petit mot sur cette œuvre…

Que vaut-elle de nos jours ? Difficile d’être définitif…

Il faut savoir que Thiers est un homme qui aime se faire comprendre.

Aussi, a-t-il un goût prononcé pour la clarté du propos, quitte à simplifier l’évènement où à le présenter sous une forme littéraire un peu relâchée.
Mais la principale critique essuyée, et qui reste d’actualité, c’est que son « Histoire » est davantage narrative qu’analytique,…
En tous les cas, ce travail va contribuer à le projeter en pleine lumière.

Et de fait, en août 1829, qui n’a jamais entendu parler de Monsieur Thiers ??

Or, à cette date, Charles X durcit sa politique pourtant déjà très impopulaire depuis plusieurs mois.
Il nomme le prince de Polignac à la tête du gouvernement,… flanqué d’une brochette d’ultra royalistes.
Mauvaise réponse à une situation économique déjà tendue du fait de nombreuses faillites et de piètres récoltes…
Un pouvoir décrié et peu représentatif,… un peuple en colère !!...

Pour l’opposition, le moment est propice à un vrai changement.
Thiers, comme tous les partisans d’une monarchie parlementaire, à l’anglaise, où le « roi règne mais ne gouverne pas » s’active en coulisse…d’autant que Louis-Philippe d’Orléans semble disponible et intéressé au changement dynastique.
En janvier 1830, Thiers fonde alors son propre journal, « le National » financé à la fois par un banquier – Jacques Laffitte - et par Talleyrand qui milite pour ce type de régime depuis des lustres.
Naturellement, pour tous ces opposants, il n’est nullement question que ce changement se fasse dans la violence.
Il suffit que les prochaines élections envoient une majorité de libéraux à la Chambre, obligeant l’exécutif à démissionner et Charles X à se « soumettre où se démettre ».
Pour accélérer le processus, plus de 200 députés adressent au roi une

« motion de défiance » lui rappelant qu’il est le garant du bon fonctionnement de la Charte régissant le pays…
En réaction, Charles X, vexé, dissous la chambre entraînant à l’été 1830 de nouvelles élections favorables, comme prévu, à l’opposition libérale,…

La provocation des députés a parfaitement réussi !!…
Oui mais voilà,… ce qui n’était pas prévu…c’est la fuite en avant des battus,… du roi et de ses principaux ministres…
Sous le conseil peu avisé de Polignac, Charles X n’accepte pas le verdict des urnes et contresigne le 26 juillet 1830 quatre ordonnances dites de Saint-Cloud… qui vont mettre le feu aux poudres…
Sans rentrer dans le détail, ces ordonnances disaient à peu près ceci : Les élections sont à refaire, on augmente le cens pour éliminer une bonne partie des gens qui « votent mal » et on censure la presse pour que celle-ci ne relaie pas l’indignation des parisiens…
Dans un contexte social déjà difficile, alors que de façon circonstancielle Paris est assez mal protégé, ces ordonnances vont créer une situation explosive que les auteurs romantiques appelleront plus tard « Les trois Glorieuses ».
De fait, entre les 27 et 29 juillet 1830 - trois petits jours - on va passer d’une simple émeute parisienne à un vaste mouvement révolutionnaire se terminant par la chute de Charles X et l’émergence d’un nouveau régime,… la « Monarchie de Juillet ».
Dans cette affaire, beaucoup de protagonistes et d’évènements vont jouer un rôle…

Une révolution, cela ne se fait pas comme ça….
Mais si l’on s’en tient à l’action de Thiers, celle-ci fut l’une des plus décisives… Pourquoi ?

Parce qu’en deux circonstances, il s’engagea fermement…
D’abord en étant le chef de file des grands éditorialistes de la Place à appeler clairement, dans son journal, à la chute de Charles X.
Ensuite, parce qu’il fut l’un des plus assidus à tenter de convaincre Louis-Philippe de s’engager alors que celui-ci semblait hésiter à prendre le pouvoir dans de telles conditions.
Car il fallait aller vite !… une course de vitesse s’étant engagée avec les républicains modérés qui tentaient eux aussi d’imposer leur propre candidat,… le vieux marquis de La Fayette...
Mais le 31 juillet, c’est finalement ce dernier qui fait acclamer Louis-Philippe, ceint du drapeau tricolore, au balcon de l’Hôtel de ville.
Et quelques jours plus tard, la France entérine définitivement ce choix en plaçant sur le trône un monarque tirant désormais sa légitimité du peuple et non plus du droit divin…

Louis-Philippe 1er devient roi des Français,… ce sera le seul de la branche des Orléans….
Notre héros, Adolphe, est heureux.
Il est désormais député, s’est inscrit au parti du « Mouvement », représentant à l’Assemblée la tendance orléaniste de centre gauche, car, à cette époque, il s’est découvert une petite fibre sociale un peu surprenante…
D’ailleurs comme Thiers va passer très vite du statut d’observateur à celui d’acteur, cette petite fibre va s’effilocher assez rapidement...
Car notre jeune député entre déjà au gouvernement…

Comment a-t-il fait pour aller si vite ?
Et bien, comme d’habitude, en multipliant les contacts auprès des hommes politiques en place et notamment deux d’entre eux,… toujours les mêmes...
Jacques Laffitte, son banquier, nommé chef du 1er gouvernement de la « Monarchie de Juillet » et Talleyrand, son mentor, qui le soutient auprès de Louis-Philippe… qui lui-même se souvient très bien de ce journaliste talentueux l’ayant aidé à franchir le pas.
Très rapidement, Thiers va devenir un proche du roi… qui l’apprécie… et qui va lui confier différents portefeuilles… les Finances, le Commerce, la diplomatie …mais aussi et surtout, le très sensible ministère de l’Intérieur.
C’est une fonction où de tradition on ne se fait pas beaucoup d’amis et Thiers ne va pas déroger à la règle.
Car il va frapper…et fort !!

Sur sa droite d’abord avec l’arrestation en 1832 de la duchesse de Berry, la mère d’Henri d’Artois,… le petit-fils de Charles X, l’héritier des bourbons, celui qui devrait régner sous le nom d’Henri V.
Une duchesse exaltée et un brin romanesque qui avait tenté, en vain, de soulever la Vendée contre le régime de Louis-Philippe, « le roi des barricades » comme aiment à le caricaturer les légitimistes.
Pour le reste, c’est naturellement contre la gauche républicaine que Thiers va sévir, confirmant son goût pour l’ordre bourgeois,…
De fait, rapidement, il va s’opposer aux mouvements de rue qui vont se multiplier dans les grandes villes… au fur et à mesure de l’industrialisation du pays et de l’émergence d’une classe ouvrière…
Cette dernière, exclue des élections à cause du cens, interdite de grève et même de réunion, ne peut que manifester pour se faire entendre.
A intervalles réguliers, ces hommes souvent venus des campagnes, exploités par des patrons sans scrupules et ne bénéficiant d’aucunes couvertures sociales, se révoltent de façon violente et quelque peu désespérée…
Or Thiers,… malgré sa fibre, est avant tout un bourgeois.
Il vit à une époque où la classe dominante a très peu d’états d’âme concernant le monde ouvrier.
Il va donc réprimer avec l’aide de l’armée, sous les ordres du terrible général Bugeaud, les différentes manifestations auxquelles il sera confronté, notamment la seconde révolte des canuts de Lyon d’avril 1834, occasionnant 600 victimes et quelques 10 000 arrestations.
Et quand un an plus tard, Louis-Philippe échappe de justesse à un nouvel attentat particulièrement meurtrier, fomenté par un aventurier paranoïaque – Giuseppe Fieschi – Thiers en profite pour faire voter des lois encore plus répressives,…

Notamment contre la liberté de la presse, accusée de faire le lit du terrorisme par ses attaques incessantes contre la personne du roi et du régime.
Cela dit, il ne faut pas se tromper.
A l’Assemblée, Thiers n’est pas honni par ses pairs,… des bourgeois comme lui.

Les députés sont lassés de ces guérillas urbaines et favorables à toutes les mesures répressives proposées,… seules à même d’éviter l’anarchie.
D’ailleurs, Louis-Philippe est lui aussi très satisfait de son ministre.

En mai 1833, il le décore de la Légion d’honneur.

Mieux,… un mois plus tard, Thiers est élu, à 36 ans, membre de l’Académie Française pour son œuvre sur la Révolution…
C’est dans ce contexte que le gouvernement précédent chute sur une question financière.

La place de Président du Conseil est libre…

Pour le roi qui passe son temps à jouer des antagonismes des uns et des autres, c’est l’heure de tenter la solution Thiers…
Cependant, malgré l’amitié qu’il lui porte, Louis-Philippe hésite.

Il connaît son homme…

Thiers est un « sur actif », qui a une conception très personnelle du rôle du chef de gouvernement qui doit être le vrai responsable… n’ayant de comptes à rendre qu’à l’Assemblée…
C’est donc avec méfiance que le roi tente l’expérience… 

Le 22 février 1836, Thiers occupe le poste pour la première fois.

Un poste qu’il ne va pas garder bien longtemps puisque sept mois plus tard, il devra déjà démissionner…
Quelle est la raison de cet échec ?

Un différend de fond va naître entre les deux hommes à propos de notre voisin espagnol.
A la mort du roi Ferdinand VII, en 1833, s’est posé en effet un problème de succession dans le pays.
Sa fille Isabelle étant trop jeune pour régner, la régence a été confiée à son épouse, Marie-Christine de Bourbon…favorable à une Espagne plus libérale.

Une orientation rejetée par Don Carlos, le frère du défunt roi, garant de l’Espagne traditionnelle monarchique…
Bientôt, Marie-Christine, sous la pression de Don Carlos, demande un appui militaire à la France libérale de Louis-Philippe… .

Un appui que Thiers est bien disposé à lui accorder… mais certainement pas Louis-Philippe …moins belliqueux… et surtout soucieux de rester en bons termes avec l’Europe monarchique….
Après avoir joué tous les deux au chat et à la souris, Thiers comprend que le roi ne cédera pas…et donne sa démission fin 1836…

Un premier échec qui lui met déjà un doute sur la pertinence de ce type de régime…
Dès lors et en attendant des jours meilleurs, Thiers va s’adonner pendant quelques mois à ses deux passes temps favoris, les voyages en Europe, et l’écriture…

Il profite en effet de sa disponibilité forcée pour rassembler toutes les informations possibles destinées à la rédaction de sa seconde grande œuvre,… « L’Histoire du Consulat et de l’Empire »…
Mais le virus de la politique le reprend assez vite et, dès 1838, il entreprend à l’Assemblée, avec le soutien d’une presse acquise, une critique en règle du gouvernement en place…
Une critique qui oblige Louis-Philippe, sans réelle solution de rechange, à reprendre Thiers comme chef du gouvernement en mars 1840…
Mais cette seconde tentative ne se fait vraiment pas dans la concorde…
Car d’un côté, Thiers devient de plus en plus sur de lui, s’entoure de ministres peu connus et veut tout contrôler,… tout impulser…

De l’autre, Louis-Philippe attend son heure pour remettre au pouvoir des gens plus malléables,…
Un François Guizot par exemple,… un homme qui pense davantage qu’il n’agit… ou encore Nicolas Soult, un ancien maréchal d’Empire, rallié aux bourbons en 1815 avant de trouver satisfaisant la solution Orléans en 1830 …Un militaire conciliant en somme…
De fait, il n’y aura pas de surprises…
Pendant quelques mois, Thiers va de nouveau se comporter comme le véritable chef de l’exécutif, tentant de reléguer le roi à un simple rôle d’apparat, celui qui « règne mais ne gouverne pas »…
D’ailleurs, il est intéressant d’éclairer les mesures les plus notables de Thiers pendant cette période, celles qui vont nous permettre de mieux comprendre son action future.
D’abord, au plan social il confirme définitivement qu’il est le parfait représentant de l’ordre bourgeois.
« Abandonnées » les demandes de suffrage universel…le principe le plus pernicieux qui soit en présence d’une société instable,

« Retirées » certaines propositions de réformes sociales qui arrivent régulièrement sur son bureau,… bien trop « démagogiques » pour lui…

En revanche, « oui » a tout ce qui flatte la ferveur patriotique du pays.
Par exemple, le retour des cendres de Napoléon pour une inhumation aux Invalides,… en grandes pompes.
Ou encore la volonté de coloniser franchement l’Algérie en combattant son chef charismatique Abd-El-Kader,…
Ou enfin une alliance avec l’Egypte pour favoriser le commerce français dans la région… au détriment des intérêts anglais.
Un dernier dossier cependant qui va précipiter la seconde chute de Thiers.

Par un jeu diplomatique subtil, la France est en effet écartée en juillet 1840 d’un traité commercial signé entre l’Angleterre, la Russie et l’Egypte… au détriment des intérêts français…

L’arroseur arrosé en quelque sorte…
Une nouvelle fois, Thiers, furieux et vexé, va « sur réagir » en décrétant la mobilisation de certaines classes d’âge et en faisant débuter des travaux de fortification à Paris…
Naturellement, après que la presse populaire se soit calmée, Louis-Philippe n’aura aucun mal à convaincre l’Assemblée que les « moulinets guerriers » de monsieur Thiers ne sont pas raisonnables et qu’il doit partir.

Chose faite fin octobre 1840…
Thiers, meurtri, en tirera deux leçons qui lui serviront plus tard.

- Une République « conservatrice » est sans doute le seul régime qui puisse permettre à une bourgeoisie « éclairée » de gouverner…

- S’agiter pour faire la guerre quand la France n’est pas directement menacée n’est plus la bonne réponse… l’Empire c’est fini !!

De 1841 à 1845, Thiers va donc vivre sa première traversée du désert … une période féconde malgré tout…
D’abord, et cette fois-ci de façon intéressée, il va de nouveau parcourir l’Europe… et parvenir à se faire recevoir comme une personnalité politique d’avenir et non comme un « has been »,… toujours ce don de se mettre en avant,… cet arrivisme politique…
Ensuite, il va beaucoup travailler à sa gigantesque œuvre historique sur le Consulat et l’Empire……et commencer à éditer les premiers tomes… salués déjà par la critique.
Une nouvelle fois, ce travail considérable sert à le crédibiliser, à lui donner de l’épaisseur, à le faire passer pour un homme capable d’alterner la réflexion et l’action, l’analyse et la capacité de décider…
D’ailleurs, à partir de 1846, se sentant prêt, Thiers va reprendre son habit d’opposant,… pour crier avec les loups,… car le régime de Louis-Philippe est déjà en difficulté…
Son président du conseil, François Guizot, mène une politique conservatrice de plus en plus critiquée.

C’est un homme seul…
Par pure opportunisme, Thiers n’hésite pas à renfiler son habit de centre gauche, d’autant qu’une sévère crise économique frappe le pays… sans compter divers scandales politico-financiers qui sapent le régime.
Notre homme en est certain, son heure est enfin revenue… mais reste persuadé que cette crise va se dénouer à l’Assemblée,… que les voies légales suffiront…
Le problème, c’est qu’une fois de plus, ça ne se passe pas comme prévu…
Car Louis-Philippe et Guizot vont rester aveugles…

Ils ne voient pas que les demandes réitérées d’ouvrir le droit de vote, au moins aux classes moyennes, seraient un moindre mal,…et s’arc que boutent sur un conservatisme totalement inapproprié…
Car les opposants républicains, interdits de manifester, organisent désormais, depuis juillet 1847, de grands « banquets publics » ayant pour réel objectif de se transformer en meetings politiques…
Et ce qui devait arriver arriva…
Fin février 1848, l’une de ces grandes manifestations, programmée à Paris, est elle-même interdite par les autorités.
Les républicains s’enflamment…pactisent avec des membres de la Garde Nationale et parviennent à transformer une simple récrimination en véritable émeute… surtout après que la troupe régulière ait commis la terrible erreur de tirer sur la foule…
Mal protégé militairement, sans appui politique après qu’il ait renvoyé tardivement Guizot, et que Thiers pressenti se soit dérobé, Louis-Philippe est contraint d’abdiquer le 24 février 1848… au profit de son petit fils, le comte de Paris,… 9 ans seulement…
L’ex roi quitte immédiatement la France pour s’exiler en Angleterre tandis que sa belle-fille, veuve depuis quelques années, se rend courageusement au Palais-Bourbon pour tenter d’y faire investir son jeune fils.
Mais c’est déjà trop tard… Les députés doivent délibérer sous la pression physique des républicains… qui ne veulent pas se faire voler une seconde fois la victoire.
Dès le 25 février, un gouvernement provisoire se met en place qui proclame déjà la République… oralement sinon juridiquement.
Et notre héros, comment s’est-il comporté pendant ce nouvel épisode révolutionnaire, aussi bref qu’intense ?
Disons-le franchement…

Il est passé complètement à côté de l’évènement.

Jamais il n’a pensé que la situation pouvait dégénérer aussi vite…
Pire, comme il avait été pressenti par le roi pour succéder à Guizot, il n’est vraiment pas en odeur de sainteté chez les nouveaux dirigeants du gouvernement provisoire,… les Lamartine, Ledru-Rollin, Louis Blanc et autre général Cavaignac…
En avril 48, une Assemblée constituante sort des urnes qui proclame cette fois-ci officiellement la Seconde République…
Pendant deux mois, tout le monde va y croire…
Des ateliers nationaux s’ouvrent aux chômeurs, la liberté d’expression est rétablie, la durée de la journée du travail est limitée, le suffrage universel masculin est enfin accordé…
Thiers qui s’était fait un peu oublié repart au combat et parvient à redevenir député, mais en regard de l’effervescence brouillonne de l’époque se positionne franchement à droite,… au Parti de l’Ordre.

Au moins, cette fois-ci, c’est clair…
Et dans un premier temps, du moins jusqu’à l’élection présidentielle, cela va marcher…

Car il va devenir l’un des ténors des conservateurs.
Et que dit-il…faussement ingénu ?

Une République ?… pourquoi pas ?… mais une république modérée, bourgeoise, qui ne ferait pas le lit des « rouges »,… qui refuserait la « chienlit »…
Pour bien se faire comprendre, il publie un petit opuscule… « De la propriété »…qui se veut l’antidote de la théorie socialiste en vogue selon laquelle « La propriété, c’est du vol ».
C’est finalement en novembre 48 que sort la nouvelle Constitution du pays…

Un texte qui prévoit l’élection du Président, au suffrage universel, pour 4 ans seulement,… non immédiatement rééligible…

Un petit détail qui va avoir son importance un peu plus tard…
Thiers ne peut se présenter lui-même... Il a trop servi Louis-Philippe….Par ailleurs, on ne l’a pas vu en février 48…

Alors, sur qui miser ?
Lamartine ? Pas crédible politiquement…

Cavaignac, le chef de l’exécutif provisoire ?

Trop de sang sur les mains depuis qu’il a durement réprimé les ouvriers qui s’étaient révoltés pour protester contre la fermeture des Ateliers Nationaux,… une idée généreuse mais non rentable…

Les socialistes ? N’en parlons pas…
Alors, Thiers va faire comme beaucoup de républicains dits « du lendemain », il va s’engager pour un nom,… un homme que personne ne connaît,…Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de l’Empereur…
Et faute de concurrence, c’est bien ce « symbole » qui va émerger de la présidentielle de décembre 1848,… et même nettement…
Une aubaine pour Thiers, persuadé que cet homme est manipulable à l’envi…

Un homme étrange qui avait tenté sous la Monarchie de Juillet de prendre par deux fois le pouvoir, avec des moyens ridicules et dans l’indifférence la plus totale…
Oui mais voilà, une nouvelle fois, Thiers va se tromper...
D’abord, Louis-Napoléon n’est pas si sot qu’on ne le croit.

Ensuite, et très rapidement, il va s’entourer d’une cour de bonapartistes, emmenés par son demi-frère,… l’ambitieux duc de Morny…

Une cour qui va bientôt se transformer en garde prétorienne…
Pourtant, au début, Thiers a bien essayé d’intriguer dans l’entourage du nouveau Président,… mais ça n’a pas marché…

Dès lors, son retour au pouvoir devient problématique...

Alors, Thiers se lance dans une intense activité législative… et se flatte d’être de nouveau le poil à gratter de l’exécutif.
C’est grâce à lui notamment que deux lois importantes sont votées dans les premiers mois de 1850 :

L’une qui concerne « l’école »… quasiment mise entre les mains de la sphère catholique – la célèbre loi Falloux –,

L’autre qui s’emploie à limiter le suffrage universel,… qu’il juge toujours autant néfaste…
Cela n’empêche pas d’ailleurs qu’en 1851, certaines élections partielles restent défavorables au « Parti de l’Ordre »…

Cela conforte Thiers dans l’idée qu’il faut se débarrasser au plus vite de ce Président trop près des petites gens,… de la « vile multitude » comme il dit.

Enfin… 
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Nous allons nous intéresser aujourd’hui à un personnage particulièrement emblématique du 19 iconDiscours du mercredi 18 juin 2014
«nous allons continuer à nous battre aux cotés de l’Angleterre.» Mais l’importance politique de cet événement, je ne la voyais pas....

Nous allons nous intéresser aujourd’hui à un personnage particulièrement emblématique du 19 iconAllocution du roi d'espagne felipe VI dans l’assemblée nationale
«Je sais qui je suis», disait Cervantès par la bouche de Don Quichotte. Et bien nous, Français et Espagnols, savons qui nous sommes...

Nous allons nous intéresser aujourd’hui à un personnage particulièrement emblématique du 19 iconCéline Choulet Entraîneur de la ligue Rhône Alpes
«vraie» équipe voile handivalide. Nous étions 4 au commencement et IL suffit de regarder le team en place aujourd’hui pour juger...






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