Un artiste au cœur de l’enfer, témoin de l’extermination à Auschwitz





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date de publication22.10.2016
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Les Inaptes au travail de David Olère , un artiste au cœur de l’enfer , témoin de l’extermination à Auschwitz

I / Présentation de l’œuvre
A / Fiche d’identité de l’œuvre


Les Inaptes au travail
Peinture de David Olère, années 1950 (le tableau n’est pas daté précisément), 131cm x 162cm, Mémorial de l’Héritage juif, New York
Domaine artistique : Arts du visuel (peinture)

Thématique : Arts, Etats et pouvoir

B / Présentation de l’auteur



David Olère, en 1982, dans la cuisine de

sa maison de Noisy-le-Grand devant un de

ses derniers tableaux.

David Olère ( 1902 – 1985 ) est un peintre et sculpteur polonais, naturalisé français en 1937.
David Olère est né le 19 janvier 1902 dans une famille juive de Varsovie. Il montre un talent précoce pour la peinture et entre à 13 ans à l’école des Beaux Arts de Varsovie. Il obtient une bourse et quitte la Pologne pour Berlin, trois ans plus tard. En 1921, il est engagé par le cinéaste Ernst Lubitch à l’Europaïsche Film Allianz comme peintre, maquettiste et décorateur de studio.
En 1923, il émigre à Paris. Il fréquente alors le Montparnasse des artistes et travaille dans l’industrie du film et notamment pour la Paramount sur des affiches de films et des décors. En 1930, il se marie avec une modiste parisienne avec qui il aura un fils, Alexandre. Il décide d’orthographier définitivement son nom en Olère ce qui semble pouvoir être interprété comme un choix profond et véritable de la France.
Naturalisé français en 1937, il est mobilisé en 1939. Il est démobilisé en 1940 après l’armistice. Il perd son emploi, la Paramount fermant ses portes, et est déchu de sa nationalité et astreint au statut des Juifs instauré par le Régime de Vichy.
Arrêté par la police française lors d’une rafle, le 20 février 1943, puis interné à Drancy, il est déporté à Auschwitz – Birkenau le 2 mars. A son arrivée au camp, il est sélectionné pour le travail comme terrassier puis est désigné pour faire partie du Sonderkommando (commando spécial) du Crématoire III, chargé du fonctionnement des chambres à gaz, de sortir les corps et de récupérer tout objet de valeur sur les cadavres avant de les brûler dans les crématoires. Les membres des Sonderkommandos, bien que relativement mieux traités que les autres prisonniers du camp, étaient régulièrement gazés eux-mêmes pour éviter toute possibilité de transmission d’informations sur la nature de l’extermination menée à Birkenau. David Olère échappe à ce sort grâce à ses talents d’illustrateur (il écrit pour les gardiens du camp des lettres dans une élégante calligraphie en y ajoutant des illustrations) et sa connaissance de plusieurs langues : polonais, russe, yiddish, français, anglais, allemand, qui le rendent utile aux SS.
En janvier 1945, devant l’avancée des Alliés, le camp d’Auschwitz est évacué et David Olère est emmené avec 50 000 déportés dans la « marche de la mort  » . Envoyé au camp de Mauthausen, il est libéré le 6 mai 1945 par l’armée américaine.
Revenu à Paris, il ne nourrira plus son art (dessins, peintures et sculptures) que dans une perspective de témoignage.
Il meurt à Paris le 21 août 1985, épouvanté selon son fils Alexandre, par la naissance des thèses négationnistes qui n’hésitent pas à mettre en doute son propre témoignage.


Sculpture de David Olère – Autoportrait en taille directe dans le granit

C / Pour comprendre l’œuvre de David Olère
A son retour en France, en 194 , David Olère décrit minutieusement son expérience des camps et les scènes atroces dont il a été le témoin, en quelques cinquante dessins qu’il exécute de mémoire et qui doivent servir de témoignage.

Le travail de David Olère est à la fois d’une grande valeur artistique et d’une grande valeur informative grâce à son incroyable précision jusque dans les détails. La série ressemble aux illustrations que l’on pouvait voir dans les publications populaires de l’époque. David Olère voulait que le message soit sans équivoque et puisse être lu et compris par tout le monde.

Ces dessins sont parfois les seuls documents visuels que nous possédions sur les chambres à gaz et les fours crématoires. Lorsque des photographies d’époque, faites par des SS, ont été trouvées plus tard, il s’est avéré qu’elles étaient superposables aux dessins de David Olère.
Il se représente souvent dans ses dessins, identifiable à son matricule. Il a dessiné les scènes de la sélection, du gazage, du travail dans les mines …












Ces dessins seront la base documentaire des peintures que David Olère réalisera quelques années plus tard. Ce changement de support et de matériau est une évolution dans son œuvre et dans son rapport intime au réel du camp. Il s’éloigne alors du témoignage - documentaire et s’oriente peu à peu vers une dimension de témoignage – allégorie.
II / Analyse de l’œuvre
A / Description de l’œuvre
Le tableau Les Inaptes au travail est emblématique de toute arrivée au camp de Birkenau. Il nous permet de comprendre les spécificités du camp d’Auschwitz par rapport aux autres camps de la mort. Il s’agit d’un camp mixte, d’extermination et de concentration. Une partie des déportés juifs est sélectionnée pour travailler dans les usines autour du camp ou dans le camp. Ils y rejoignent des non juifs (opposants politiques, prisonniers russes, criminels, etc.).

A l’arrivée des convois juifs, il y a donc une sélection. Les femmes avec enfants, les personnes âgées ou celles qui ne sont pas assez vigoureuses et qui, selon les nazis, ne seront pas assez efficaces pour travailler dans le camp, sont immédiatement gazées. Les autres Juifs sont conduits dans le camps de concentration. Le camps d’extermination a fonctionné jusqu’en 1945 alors que les autres camps d’extermination ont fermé en 1943 et en 1944 pour Maïdanek.
Le tableau représente une famille de déportés juifs destinés à la chambre à gaz car ils sont inaptes au travail (on reconnaît l’étoile de David marquée d’un J sur la poitrine de la vieille femme) . Cette vieille femme est accompagnée d’une femme et d’enfants. Ils sont pâles et semblent épuisés. Ils portent des bagages, des jouets, de la nourriture car on leur a dit qu’on allait les «  réinstaller à l’Est  ». Il n’y a pas d’hommes, qui eux, ont été conduits dans le camp de travail.

Le bras coupé à gauche est le bras d’un SS qui porte une arme. On y voit une tête de mort. Il représente le système nazi qui conduit les Juifs à la mort.
A l’arrière plan, on distingue à gauche une colonne de déportés décharnés, sans doute conduits dans les chambres à gaz ; à droite, le camp de travail avec ses gardiens. Des déportés tirent une charrette (avec des cadavres ?) , un autre est battu, un troisième est étendu au sol comme mort. C’est le camp avec ses horreurs. On distingue également les barbelés et les miradors qui entourent le camp et, au fond, les cheminées des fours crématoires qui brûlent les corps.
La mort est évoquée par les corps déjà décharnés des personnes au premier plan, leur extrême pâleur, leurs yeux vides, les cris d’effroi ou les râles qu’ils semblent émettre. La mort est aussi évoquée par la poupée inerte que tient le garçon à droite et qui semble préfigurer son sort. Mais la mort est surtout représentée par le cadavre qui flotte au-dessus d’eux et qui semble les emporter. Ce corps flottant est celui des morts qui, brûlés, partent en fumée. La mort est aussi évoquée par le ciel rouge qui symbolise le feu des crématoires. La fumée à l’arrière – plan dessine les deux lettres des coupables : les SS.
B / Explication et interprétation de l’œuvre
L’œuvre de David Olère s’inscrit dans un ensemble d’œuvres (littéraires ou picturales) qui témoignent directement de l’objectif nazi de l’anéantissement des Juifs dans les ghettos, par les fusillades de masse (action des Einsatzgruppen ) et dans les camps d’extermination. Après la guerre, David Olère comme les autres survivants du génocide a ressenti le besoin impératif d’extérioriser et d’exprimer sa douleur, pour pouvoir continuer à vivre, et celui de témoigner sur ce qu’il avait vécu afin de garder vivante la mémoire des disparus.
Rares sont ceux qui ont pu trouver de quoi dessiner à l’intérieur des ghettos ou des camps :


Dessin de Léo Haas
comme Léo Haas dans le ghetto de Theresienstadt ou Léon Delarbre qui dessina dans les camps et réussit à sauvegarder secrètement des dessins.


Dessin de Léon Delarbre

Le cas du peintre Félix Nussbaum ( 1904 – 1944 ), témoin et victime de la Solution finale
Félix Nussbaum naît en 1904 à Osnabrück (Allemagne). En mai 1940, il est interné dans le camp français de Saint – Cyprien en tant que Juif allemand. En septembre 1940, il parvient à s’échapper et se cache à Bruxelles. Il peint alors les images qui le hantent : un enfer marqué par la dégradation de l’être humain. Le 31 juillet 1944, il est arrêté sur dénonciation et déporté à Auschwitz où il meurt.
Félix Nussbaum , Autoportrait dans le camp , 1940
Point courant artistique
L’œuvre de Félix Nussbaum appartient à un courant artistique nommé la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit) apparu dans les années 1920 en Allemagne et qui succède à l’expressionnisme. Il se caractérise par une volonté de montrer la réalité froidement, de façon parfois cynique. L’art devient alors une arme pour dénoncer les tares de la société.


La plupart des témoignages ont été réalisés après la guerre :
Zoran Music , Nous ne sommes pas les derniers , 1970

Dessin d’ Isaac Celnikier

C’est avec l’art que des témoignages sur la Shoah (catastrophe en hébreu , terme utilisé pour désigner le génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale) ont été possibles . La Shoah a mis longtemps à être reconnue dans de nombreux pays. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, et la découverte des camps, beaucoup de personnes ont été choquées par les atrocités commises et ont voulu oublier cette période. C’est seulement dans les années 1970, avec une nouvelle génération à la recherche de la vérité, que l’on a pris conscience de la spécificité du génocide juif.
C / Pourquoi avoir choisi cette œuvre …
Cette partie est très personnelle. Vous pouvez avoir choisi de travailler sur cette œuvre parce qu’elle vous a touché(e), parce qu’elle parle d’une période sur laquelle vous vous posez de nombreuses questions, ou encore parce qu’elle a un lien avec votre histoire familiale … Dans tous les cas, n’hésitez pas à expliquer clairement votre choix qui, encore une fois ne peut être que personnel.


III / Mise en relation du tableau avec d’autres œuvres


L’œuvre de David Olère peut être mise en perspective avec le récit autobiographique de Primo Levi ( 1919 – 1987 ) Si c’est un homme, paru en 1947 et l’un des tout premiers témoignages sur l’horreur d’Auschwitz. Vous en trouverez un extrait dans votre manuel, page 99, qui fait directement écho au tableau Les Inaptes au travail.




Primo Levi, Juif italien, chimiste de formation, est arrêté comme résistant en décembre 1943 et déporté à Auschwitz où il est affecté à l’usine de caoutchouc de la Buna. Il parvient à survivre jusqu’à la libération du camp par les Soviétiques en janvier 1945.
De décembre 1945 à janvier 1947, il rédige Si c’est un homme, un témoignage «  à chaud  » sur ce qu’il nomme «  le trou noir d’Auschwitz  », sur la déshumanisation et l’extermination des Juifs par les nazis. A partir des années 1960, il mène une carrière d’écrivain. Il se suicide en 1987.
Comme de nombreux survivants, Primo Levi a été confronté à la difficulté de raconter un événement sans précédent, de ne pas trouver les mots pour en faire comprendre la signification : peu de déportés ont réussi à surmonter le traumatisme et beaucoup se sont heurtés à l’incrédulité des autres.

Si c’est un homme rappelle la nécessité de la transmission aux générations futures et du devoir de mémoire.

Le récit de Primo Levi est précédé d’une préface et d’un poème :
Couverture et extrait de la préface de l’ouvrage


Couverture de Si c’est un homme aux éditions Julliard, collection Pocket

«  Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme. [ … ]

Le besoin de raconter aux « autres », de faire participer les « autres », avait acquis chez nous, avant comme après notre libération, la violence d’une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les autres besoins élémentaires ; c’est pour répondre à un tel besoin que j’ai écrit mon livre ; c’est avant tout, en vue d’une libération intérieure. [ … ]

Il me semble inutile d’ajouter qu’aucun des faits n’y est inventé ; »

Primo Levi, Turin, janvier 1947
Poème «  Si c’est un homme  »
Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c’est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui pour un non.

Considérez si c’est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux

Et jusqu’à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N’oubliez pas que cela fut,

Non, ne l’oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre cœur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez-les à vos enfants.

Ou que votre maison s’écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.
Primo Levi, janvier 1946


Pour aller plus loin …
Paroles de la Shoah, Patrice Kleff, Garnier – Flammarion, 2002 (anthologie)

La Nuit, Elie Wiesel, Editions de Minuit, 1958 (témoignage)

Shoah, Claude Lanzmann, 1985 (documentaire)

Nuit et Brouillard, Alain Resnais, 1955 (documentaire)

La liste de Schindler, Steven Spielberg (film)

Mauss, un survivant raconte, Art Spiegelman, 1987 (bande dessinée)

Nuit et brouillard, Jean Ferrat, 1963 (chanson)

Auschwitz, Pascal Croci, Editions Emmanuel Proust, 2000 (bande dessinée)
D’autres ouvrages dans la bibliographie Troisième sur le site Gilgamesh …
Mémorial de la Shoah, Paris ( www.memorialdelashoah.org )

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