Les pouvoirs urbains à Tunis à la fin de l’époque ottomane : la persistance de l’Ancien régime





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Les pouvoirs urbains à Tunis à la fin de l’époque ottomane : la persistance de l’Ancien régime




Nora Lafi


Publié dans : Lafi (Nora) (dir.), Municipalités méditerranéennes. Les réformes urbaines ottomanes au miroir d'une histoire comparée (Moyen-Orient, Maghreb, Europe méridionale), Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 2005, 370p., p.229-254.
Merci de citer comme tel.

Le cas de Tunis est particulièrement intéressant pour l’étude des pouvoirs urbains entre fin de la période ottomane et colonisation. La ville est, en effet, au moment de la conception et de l’application des réformes, dans une situation particulière : elle commence déjà à échapper au pouvoir central ottoman, sous l’influence de la pression impérialiste européenne. Autant pour Tripoli1, il est encore temps, pour les réformateurs, de réorganiser pleinement les pouvoirs urbains afin de reprendre la main dans le jeu des factions de notables face aux prémisses d’influence clientéliste européenne, autant pour Tunis le processus est déjà engagé fort avant. Cette constatation ne signifie nullement que l’esprit des réformes n’est pas appliqué à Tunis avec tout le zèle nécessaire à l’espoir d’une réussite, ni qu’on puisse dire en 1860 que le sort de la ville dans les années 1880 est scellé. Elle explique seulement certaines limites à l’application des réformes et à la fin de l’Ancien régime urbain, que l’on tentera ci-dessous de commencer d’analyser.

Le titre du présent article est une référence aux travaux, pour d’autres aires géographiques et d’autres domaines de la recherche historique, d’Arno Mayer2. Cet auteur s’est en effet attaché à étudier comment, de nombreuses décennies après la Révolution française, jusqu’au moment de la Première Guerre mondiale, des réseaux sociaux issus de l’ordre ancien parvenaient à assurer la survie de leurs modes de fonctionnement et à influer sur le cours des choses dans le nouveau régime. Pour le cas de Tunis, certains indices invitent à commencer d’avancer l’hypothèse suivante : il existait avant les réformes ottomanes du milieu du XIXe siècle un système de gestion urbaine traditionnelle, de type d’Ancien régime. Ce système a constitué le fondement de la municipalité ottomane réformée. Mais sous l’effet de forces sociales antagonistes, le système ancien est arrivé à maintenir des pans entiers de son organisation. Les réformateurs ne sont pas parvenus à intégrer tout à fait le jeu des factions de notables dans le fonctionnement nouveau. Une part des luttes politiques au sein de la notabilité s’est donc jouée hors du système nouveau, permettant une poursuite de l’approfondissement de l’influence clientéliste européenne, que justement voulaient éviter les réformes.

Chef-lieu de province ottomane depuis le XVIe siècle, au même titre que ses voisines Alger et Tripoli, Tunis a connu durant cette période des moments d’allégeance plus ou moins forte à la Sublime Porte. Dès le début du XVIIe siècle, les Husseinites, fondateurs d’une dynastie autonome, s’emparent du pouvoir. Mais la régence reste toujours sous suzeraineté ottomane3. A la fin du premier tiers du XIXe siècle, face à la montée des prétentions européennes sur la ville, la Porte ne parvient pas cependant à évincer la dynastie au profit d’un retour à une gestion directe, comme elle le fait à Tripoli en 1835. Le XIXe siècle est donc marqué, pour ce qui concerne les structures étatiques, par une situation ambiguë, dans laquelle une dynastie locale vassale de l’Empire ottoman joue des visées européennes pour confirmer sa relative autonomie vis-à-vis de la Porte4. Le gouvernement urbain est également marqué par ce caractère particulier, et son étude pour le XIXe siècle doit tenir compte à la fois des données locales et des enjeux plus vastes liés à la diplomatie méditerranéenne.

Les archives concernant la ville de Tunis sont nombreuses. Comme pour les autres villes ottomanes, il existe de nombreux fonds en Turquie, qui concernent l’administration de la province, essentiellement en osmali et en arabe. Ils n’ont malheureusement pas vraiment été exploités. Il a fallu attendre le dernier tiers du XXe siècle pour que l’histoire ottomane de cette région commence à être prise en considération. C’est dans ce contexte que de nombreux historiens se sont intéressés à Tunis. Les archives locales disponibles dans cette ville sont également nombreuses. Les cartons ici exploités proviennent essentiellement des archives nationales de Tunis, ainsi que des archives centrales de l’Empire ottoman à Istanbul. Certaines archives privées ont également pu être consultées. De nombreuses chroniques en arabe sont par ailleurs disponibles, qui font allusion aux modes de gouvernement urbain5.

Tunis, plus encore qu’Alger et Tripoli, est une ville très étudiée par les historiens, sociologues, architectes et géographes tunisiens et européens. De nombreux ouvrages traitent de l’histoire urbaine, mais se concentrent essentiellement sur la période coloniale. L’histoire ottomane de la ville a longtemps été délaissée. Pour ce qui concerne l’histoire urbaine, quelques travaux tentent cependant d’en éclairer certains points. M. El Aziz Ben Achour a étudié de nombreux aspects de la gestion urbaine6. W. Cleveland s’est quant à lui intéressé à la municipalité, mais sans en rattacher l’étude à un contexte ottoman, ni à l’héritage des institutions anciennes7. A. Saadaoui a par ailleurs consacré un ouvrage à la ville de Tunis sous domination ottomane8. Mais l’essentiel de son propos concerne les aspects monumentaux et architecturaux. On dispose aussi de précieuses études sur les réformateurs, essentiellement Khereddine9, ainsi que des travaux de Jean Ganiage10. Par le présent article, fondé essentiellement sur des recherches aux Archives nationales tunisiennes et la fréquentation des fonds stambouliotes, j’entends exposer certains points essentiels de l’évolution des pouvoirs urbains à Tunis au XIXe siècle, et essayer de proposer quelques pistes d’interprétation dans ce panorama. Par cette tentative d’évaluation des changements dans le mode de gouvernement urbain à la fin de la période ottomane, j’entends apporter au débat général sur le passage à la modernité municipale dans les villes arabes des éléments de réflexion, tirés d’un cas tunisois singulier, surtout à cause de la chronologie d’une colonisation qui intervient après l’application des premières réformes, mais avant que l’ordre urbain nouveau ne soit tout à fait affermi.

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