Résumé En partant de l’observation de quatre situations de promotion d’un commerce équitable local, l’article décrit les opérations concrètes par lesquelles





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I. Quatre situations de promotion d’un commerce équitable local

1. L’inscription du commerce équitable Nord-Nord à l’agenda de la Fédération Artisans du Monde


En 2004, le conseil d’administration de la Fédération Artisans du Monde (FADM)2 a engagé un processus de consultation de ses militants visant à rédiger le Projet associatif d’Artisans du Monde. Cette consultation intervenait dans un contexte de crise, principalement en raison de profonds désaccords concernant la stratégie commerciale de la centrale d’importation du réseau, Solidar’Monde. A l’époque, la FADM ne possédait que 24 % du capital de sa centrale d’importation et la majorité était détenue par le Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement (CCFD). Ce dernier envisageait d’introduire quelques produits de la gamme de Solidar’Monde en grandes surfaces, mais cette proposition était catégoriquement refusée par les administrateurs de la Fédération. La consultation a débouché sur un vote, lors de l’assemblée générale de 2005, par lequel les représentants des groupes Artisans du Monde se sont prononcés pour un refus strict de ce mode de commercialisation et pour un rachat des actions de Solidar’Monde détenues par le CCFD.

Dans le cadre de cette consultation, d’autres questionnements ont été introduits. Les administrateurs de la FADM ont ainsi défendu l’inscription de la promotion d’un commerce équitable avec des producteurs des pays du Nord à l’agenda du mouvement. Ils plaidaient pour que le mouvement s’inspire d’initiatives de commercialisation en circuits courts et se rapproche d’organisations favorables à une « agriculture durable », telles que la Confédération paysanne, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique et la Fédération Nationale des CIVAM (Centre d’Initiatives et pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural).3 Lors de l’assemblée générale de 2005, cette question a été beaucoup moins débattue que celle de la stratégie commerciale, mais elle a tout de même fait l’objet de l’adoption à la quasi-unanimité d’une motion favorable à la « promotion d’un commerce local équitable et solidaire au Nord ». L’année suivante, une section du Plan d’activité associatif a également été consacrée à ce point et a établi la possibilité pour les boutiques de vendre des produits locaux à concurrence de 10 % de leur chiffre d’affaires. Enfin, un salarié a été embauché pour accompagner les groupes Artisans du Monde dans leurs démarches et la Fédération dans ses réflexions.

Cette orientation a été extrêmement rapide. Pourtant, la question d’un commerce équitable Nord-Nord avait déjà été posée par le passé, mais autant lors de l’assemblée générale de 1988 que de celle de 1995, il avait été avancé qu’un tel positionnement risquerait de détourner le mouvement de sa mission première de soutien aux producteurs du Tiers-Monde et aucune suite favorable n’avait été donnée. La thématique du commerce équitable Nord-Nord n’est donc peut-être pas aussi évidente que ne le laisse supposer la quasi-unanimité qui a présidé à son inscription au Projet associatif d’Artisans du Monde.

2. La campagne « Pour un commerce équitable partout ! Changeons la loi ! »


« Pour un commerce équitable partout ! Changeons la loi ! » est le nom d’une campagne nationale lancée en 2006 par Breizh Ha Reizh, Minga et la Confédération paysanne dans le but de contester l’article 60 de la loi sur les PME du 2 août 2005 définissant le commerce équitable comme des « échanges de biens et de services entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en développement » (je souligne).

Minga et Breizh Ha Reizh sont deux collectifs d’acteurs du commerce équitable, revendiquant en 2008 respectivement 70 et 25 organisations adhérentes (généralement de petites structures commerciales, importateurs et/ou détaillants spécialisés dans le commerce équitable), réparties sur le territoire national pour le premier, en Bretagne pour le second. Minga et Breizh Ha Reizh défendent une conception du commerce équitable en rupture avec la stratégie de commercialisation en grandes surfaces de Max Havelaar France, on y reviendra, mais sont également critiques à l’égard de la présence de bénévoles dans le réseau Artisans du Monde, qu’ils perçoivent comme une source de concurrence déloyale et comme une entrave à l’établissement d’un commerce réellement équitable d’un bout à l’autre de la filière. Enfin, une dernière spécificité de Minga et de Breizh Ha Reizh est d’avoir été parmi les premiers à clairement plaider pour une définition du commerce équitable incluant des relations Nord-Nord.

En amont de la campagne « Pour un commerce équitable partout ! », Minga et Breizh Ha Reizh avaient ainsi participé à plusieurs réunions d’une commission de l’Agence Française de Normalisation (AFNOR) dédiée au commerce équitable. Cette commission avait débouché au printemps 2005 sur la publication d’un « fascicule de documentation » dans lequel les représentants de Minga et de Breizh Ha Reizh avaient obtenu que des relations établies avec des producteurs locaux puissent se revendiquer du commerce équitable si leurs situations économiques le justifiaient. Cependant, notamment sous la pression de Max Havelaar France et de la FADM qui voyaient dans d’autres passages du texte une définition « au rabais » du commerce équitable, le fascicule n’avait ensuite pas été validé. Un rapport parlementaire avait alors été commandé par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin au député du Bas-Rhin Antoine Herth et, quelques semaines plus tard, un amendement sur le commerce équitable était voté dans le cadre de la loi sur les PME. Ce texte est court et laisse en suspens beaucoup de questions mais, contrairement à celui du fascicule de l’AFNOR, il propose une définition qui est fermée aux relations Nord-Nord.

La campagne « Pour un commerce équitable partout ! Changeons la loi » a été initiée à la suite de ces épisodes. Au moment de son lancement, Minga et Breizh Ha Reizh ont obtenu que la Confédération paysanne cosigne l’appel. Cet engagement a été vécu comme une opportunité d’ancrer les revendications de la campagne au-delà de questions propres au commerce équitable et d’en assurer la résonance dans le monde agricole français. Pour autant, sur ces deux points, la campagne a plutôt échoué. La Confédération paysanne ne s’est guère impliquée et a très peu relayé l’information auprès de ses adhérents et sympathisants.

3. Des actions en faveur d’un commerce équitable local en Bretagne


Deux initiatives, menées en Bretagne à partir de 2004-2005, peuvent également être détaillées. La première a été portée par Ingalan, une association de promotion du commerce équitable dont le fondateur, Hervé Legal, a par ailleurs eu un rôle central dans la création de Breizh Ha Reizh et a représenté cette dernière lors des négociations de l’AFNOR. En 2005, Ingalan a initié un collectif nommé « Agir en Bretagne pour développer le commerce équitable local et international, moteur d’une économie sociale et solidaire », qui a réuni des acteurs du commerce équitable, par ailleurs membres de Breizh Ha Reizh, et trois organisations du monde agricole breton, la Confédération paysanne du Morbihan, le Groupement d’Agriculture Biologique du Morbihan et la Fédération des CIVAM de Bretagne. Des discussions ont alors été engagées pour l’élaboration d’une « Charte du commerce équitable local en Bretagne » et la création d’un identifiant qui permettrait de distinguer les circuits de commercialisation et les produits se référant à cette démarche. La même année, Ingalan a fait appel à un élève ingénieur agronome pour un stage de fin d’étude consistant à repérer une première série d’initiatives allant dans ce sens. Ce travail a permis la rédaction d’un tract identifiant sur la Bretagne une dizaine de démarches de commercialisation en circuits courts qualifiées de « commerce équitable local ».

A la même époque, la Coordination des Associations de Solidarité Internationale (CASI) de Bretagne éditait un guide « des acteurs et des pratiques du commerce équitable en Bretagne » recensant 53 organisations et distinguant les démarches relevant d’un commerce équitable Nord-Sud, celles mêlant Nord-Nord et Nord-Sud, et celles s’inscrivant exclusivement dans le Nord-Nord. Dans ce dernier cadre, le guide citait Bro An Are, un magasin tenu par une dizaine d’agriculteurs des Monts d’Arrée. Le fait qu’un tel guide, édité par un collectif d’associations de solidarité internationale, fasse référence à un magasin fermier mérite une attention particulière. Un élément important est qu’à l’époque, Gilles Maréchal, le président de la CASI était un militant d’une association de solidarité avec le Brésil mais aussi, à titre professionnel, coordinateur de la Fédération des CIVAM de Bretagne. Il était donc un interlocuteur particulièrement capable de porter la thématique du commerce équitable Nord-Nord auprès des acteurs de la solidarité internationale, mais aussi auprès des agriculteurs engagés en circuits courts dont les CIVAM soutiennent les démarches.

Ces situations illustrent la possibilité d’établir autour de l’idée de commerce équitable local des relations entre les acteurs du commerce équitable et des circuits courts. Pour autant, les difficultés rencontrées ne doivent pas être négligées. Ainsi, le collectif mis en place par Ingalan a rapidement cessé de se réunir et n’est pas parvenu à produire la charte et l’identifiant pour lequel il avait été constitué. La CASI de Bretagne ne s’est pas non plus imposée comme l’instance motrice de collaborations entre acteurs du commerce équitable et du monde agricole. A partir de 2006, elle est même devenue le lieu de vifs débats internes aux militants bretons du commerce équitable, opposant des membres de Breizh Ha Reizh et de Max Havelaar Bretagne, les premiers défendant une définition ouverte du commerce équitable, les seconds entendant accorder la priorité aux producteurs des pays du Sud. Un paradoxe de cette situation est que les agriculteurs bretons directement concernés par les questions posées n’ont pas pris part aux débats. Les discussions se sont plus refermées sur des enjeux internes au monde du commerce équitable qu’elles ne se sont ouvertes vers l’extérieur.

4. Différentes formes de collaborations entre militants d’Artisans du Monde et agriculteurs locaux


On a vu que la FADM a inscrit à son agenda la promotion d’un commerce équitable Nord-Nord, mais qu’en est-il au niveau des associations locales ? Un premier constat est que la plupart d’entre elles entretiennent des collaborations avec des agriculteurs locaux, mais que ces collaborations demeurent relativement distantes. Par exemple, il est fréquent que des groupes Artisans du Monde tiennent un stand lors de manifestations organisées par des organisations paysannes, revendent un ou deux produits d’un agriculteur local ou servent de lieu de dépôt pour une AMAP. Toutes ces actions ne font pas l’objet de débats mais, de façon symptomatique, elles tendent à s’arrêter aux premières tracasseries d’ordre pratique (comptabilité, livraison) ou dès que le bénévole qui en a la charge cesse de s’en occuper. Quelques groupes Artisans du Monde ont cependant développé des collaborations avancées avec des collectifs d’agriculteurs. Deux cas riches d’enseignements méritent d’être exposés.

La Halte fermière est un magasin fermier qui a ouvert ses portes en 2005 à Voiron, en région grenobloise, suite au travail de neuf agriculteurs et d’une bénévole du groupe Artisans du Monde de la ville, par ailleurs salariée de la Chambre d’agriculture de l’Isère. Au moment où je m’y suis rendu, en 2007, le magasin proposait une large gamme de produits alimentaires issus du commerce équitable, trois membres d’Artisans du Monde participaient à tour de rôle aux permanences de vente et un d’entre eux prenait part à titre consultatif au conseil d’administration. Ce partenariat était donc avancé, mais il ne se faisait pas sans heurts. Malgré deux années de collaboration, une partie des neuf agriculteurs ne trouvait toujours pas de points communs entre leur démarche et celle du commerce équitable. Ils acceptaient la présence des produits des pays du Sud comme un utile complément de gamme, mais se sentaient très mal à l’aise pour en parler et refusaient formellement que le magasin communique en ne distinguant pas clairement les démarches fermière et équitable.

Dans le centre-ville de Grenoble, la boutique Soli’gren a été initiée en 2006, dans le cadre d’un projet impliquant de nombreux partenaires, au premier rang desquels le groupe local d’Artisans du Monde. Cette boutique vend des produits du commerce équitable et des produits alimentaires achetés auprès de producteurs locaux. Pour autant, au moment de mon enquête, les rapports entre militants du commerce équitable et agriculteurs locaux étaient très ténus. Les premiers ne se sentaient pas capables de vendre les produits des seconds et les seconds ne participaient pas à la vie de la boutique (ni aux réunions, ni aux permanences, certains n’assurant même pas la livraison de leur marchandise). Il se posait également la question de la concurrence entre produits issus du commerce équitable et produits locaux. Dans le cadre de magasins fermiers (comme la Halte fermière), les produits issus du commerce équitable qui viendraient concurrencer les produits locaux (miel, vin, confitures, jus de fruits), ne sont généralement pas proposés. A Soli’gren, le choix a été fait de conserver les deux gammes, quitte à exposer sur une même étagère une confiture de l’Isère vendue 50 % plus chère qu’une confiture du Laos. Certes, comme me l’ont expliqué les responsables de Soli’gren, cette situation invite à réfléchir à la mondialisation économique et la décomposition des prix. Mais, on comprend aussi que les producteurs locaux qui voient leurs produits ainsi concurrencés n’acceptent pas forcément cette invitation avec le sourire.
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