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Sauvons les mots, cycle 1

LA MAISON




SOMMAIRE


La maison dans les ouvrages de littérature jeunesse

Mémoire, université de Lille 3



L'architecture, un jeu d'enfant ?




Il était une fois l’architecture

extraits choisis d’un ouvrage à destination du jeune public



Bibliographie sur le thème de la maison

Site atoulire



Bibliographie sur le thème de la maison

Site ricochet



Pour aller plus loin






LA MAISON DANS LES OUVRAGES DE LITTERATURE DE JEUNESSE


Par Peeren, Brice

http://jeunet.univ-lille3.fr/article.php3?id_article=603

24 mars 2006

Introduction


Comme la famille, la maison est un concept chargé de symbolique. Dans son sens le plus courant, une maison est un bâtiment dans lequel des gens habitent, un lieu de vie plus ou moins permanent. Le mot « maison » fait aussi souvent référence à une habitation individuelle, qu’il faut comprendre comme un lieu protecteur pour maman, papa, et les enfants. Il est clair que cette acception du mot est profondément réductrice. D’abord qu’est-ce qu’une famille ? La maison iroquoise d’il y a deux siècles était, elle aussi, une maison individuelle. Mais la famille, chez les Iroquois, se composait de tous les membres féminins descendants de la femme la plus âgée, avec leurs maris et leurs enfants non mariés. Rien à voir avec les familles réduites telles que nous les concevons aujourd’hui. Notre mode de vie actuel étonnerait grandement la plupart de nos ancêtres. Il ne s’agit pas ici de traiter de l’évolution de la famille mais de se demander en quoi la maison est le lieu privilégié de l’apprentissage et de l’imagination dans les livres jeunesse. Le travail effectué ne consiste pas en une critique mais plutôt en une typologie sous la forme d’un panorama des représentations de la maison dans les livres illustrés que sont les documentaires, les imagiers et bien entendu les albums. Les BD et les romans ne faisant que reprendre le plus souvent les maisons comme élément de décor, ils seront laissés de côté. Le mot « maison » est donc considéré, dans ce travail, dans son sens le plus large, c’est-à-dire un bâtiment construit par l’homme pour y vivre. Cependant, les ouvrages illustrés en rapport avec la maison occupent de multiples fonctions que nous allons voir dès maintenant.

La maison et l’apprentissage


L’enfant, dès son plus jeune âge, a besoin d’observer, de manipuler et de comprendre le monde qui l’entoure. En même temps que la découverte de la maison, le bébé va peu à peu assimiler des mots, ceux-là même qu’utilisent ses parents pour communiquer. Il est possible de concilier ses deux notions grâce aux imagiers. Ils consistent en la présentation des différentes pièces qui composent la maison, comprenant pour chacune d’entre elles des éléments que les auteurs ont jugé courants. Mise à part quelques exceptions, les représentations des pièces sont très semblables d’un auteur à l’autre. Il faut avouer que les raisons de ces similitudes sont assez obscures. Demander à un enfant de dessiner une maison et vous le verrez faire ce que tous ses camarades et nous-mêmes avons reproduit : un carré pour les murs avec une porte et une ou deux fenêtres, un triangle pour le toit avec une cheminée et de la fumée qui sort et des fleurs tout autour de la bâtisse. Pourquoi ? Les psychologues détiennent peut-être la réponse. On pourrait dire la même chose de nos auteurs, car il est singulier de voir que dans nombre d’albums, les maisons sont quasi-identiques alors que tout le monde n’a pas chez soi de lave-vaisselle, de cheminée, de baignoire, de cave ou de grenier,... Cependant, aucun lecteur n’est gêné, pour quelle raison ?

La maison vue de l’extérieur est ceinturée d’une haie. Une allée traverse un gazon, avec quelques fleurs et un bosquet (le potager est caché derrière le bâtiment, dans le fond du jardin), et mène vers la porte d’entrée. Le domicile comprend deux étages, le premier servant pour les chambres, le deuxième pour le grenier. Le plus souvent, le garage est compris dans la bâtisse ou le jouxte (Dans notre maison, il y a ... ; Enfin la paix ; Mes premières images). Le salon est reconnaissable à sa table, son canapé, ses tapis et ses plantes d’intérieur, son buffet et l’inévitable poste de télévision avec magnétoscope et chaîne hi-fi. Pour la chambre des enfants, on a le lit, le coffre à jouets dont la moitié du contenu est réparti par terre, l’armoire, le bureau, la lampe de chevet et les dessins. Un album fait exception : Max et les maximonstres, où la chambre est digne des cellules monastiques : un lit, une plante sur une table et un tapis. En rapport avec la chambre des parents, dans Petibou : debout là-dedans ! et Enfin la paix, des points communs se dégagent. Si la chambre des enfants est toujours dans un état de désordre et de gaîté, la chambre des parents est très stricte, étant donné que le mobilier se réduit à un lit pour deux, deux tables de chevet et les lampes qui vont avec, un réveil et un tableau ou deux, la garde-robe et le réveil. Ceci n’empêchant pas cela, les vêtements du papa traînent toujours par terre, comme quoi les albums reprennent très bien les stéréotypes sociaux de nos sociétés... Dans la salle de bains, on y déniche la petite armoire murale qui contient les produits cosmétiques (flacons de parfum, dentifrice,...), la baignoire et/ou la douche, la balance, le lavabo. Dans la cave, rarement mise en valeur dans les albums, il y a la faune locale (qu’on retrouve dans le grenier) tels que les araignées et les souris, mais aussi les sacs de pommes de terre, les outils ménagers (balai, poubelles, seaux), les cartons de déménagement et les pots de peinture. Le grenier possède inévitablement son vieux coffre rempli de vêtements extravagants (éventail, chapeau à larges bords) et de livres âgés. Enfin, le potager avec ses fleurs, ses outils de jardinage comme l’arrosoir, la bêche, la brouette,... et ses légumes : radis, carottes, salades,... Cet inventaire n’étonne pas outre mesure, et pourtant aucun lecteur n’habite l’exacte réplique d’une maison telle qu’elle est présentée dans un album. On ne possède pas tous un garage, ni un grenier ou une cave. Rien ne nous oblige à avoir chez nous un lave-vaisselle ou un vieux coffre. Dans notre maison, il y a... l’illustrateur pousse jusqu’à l’excès la description des pièces et des activités qui s’y exercent. Toutes les pièces sont « pleines de jolies choses » qui permettent un nombre stupéfiant d’actions. Sans en faire la liste, on peut autant épousseter les meubles, changer l’ampoule électrique, tricoter un pull, regarder la télévision ou jouer du violoncelle ( ?!) dans le salon, qu’essuyer la vaisselle, préparer la liste des courses, faire cuire le dîner dans la cuisine, et ainsi de suite dans le garage, la salle de bains et la chambre. Quoi qu’il en soit, dans certains imagiers, les fonctions des pièces ainsi que des meubles y sont décrites. Dans Les petits secrets de la maison, les lecteurs apprennent entres autres qu’on prend les repas dans la salle à manger, que dans la chambre, il y a les jouets pour s’amuser et le bureau pour travailler ou que dans la salle de bains, on trouve tout pour se laver. Dans chaque lieu des questions : par exemple, dans quoi fait-on cuire les gâteaux et les rôtis ? Où range-t-on la voiture ? Ou encore, grâce à quoi regarde-t-on les cassettes sur le poste de télévision ? Notons que les imagiers prennent en compte tout ce qui constitue les objets d’aujourd’hui. Peut-être y verrons nous dans quelques années les télévisions à écran plat, les lecteurs DVD, les robots multifonctions,... Par ailleurs, des gestes simples sont enseignés comme se laver les dents. Dans Mimi prend son bain, il s’agit de suivre étape par étape la façon de procéder afin de prendre, comme le titre l’indique, un bon bain. Les robinets doivent être ouverts, le savon moussant versé. Bien entendu, le canard en plastique ne doit pas être oublié. Enfin, il ne reste plus qu’à retirer ses vêtements pour se glisser dans l’eau chaude. Les imagiers utilisant le foyer pour remplir un rôle pédagogique ne sont pas l’effet d’une mode. Déjà en 1953 (Les images et les mots), ce genre d’ouvrage présentait l’intérieur de la maison (certes le mobilier d’époque était ce qu’il était mais même encore aujourd’hui, il reste présent). On retrouve les canapés, les placards, les rideaux, les tables,... L’éducation de l’enfant passe aussi par l’imitation des activités de ses parents. Avec T’choupi jardine, notre héros éponyme veut planter à l’image son père. Celui-ci conseille à son fils d’utiliser des outils comme une pelle, un râteau et un arrosoir. Au fil des pages, le lecteur apprend que l’on ratisse avant de creuser un trou. Ensuite, on « plante » les graines, on recouvre de terre. Il ne reste plus qu’à arroser et à enseigner la patience. T’choupi, comme tous les enfants en bas âge, aime voir les conséquences immédiates de ses actions et s’étonne que les premières pousses ne sortent pas. Son père lui explique qu’il faut attendre plusieurs jours. Passé ce délai, le résultat est là, et T’choupi est heureux. Un autre exemple, en rapport avec l’imitation des parents : Eliot et Zoé, dans le périodique Toupie, se servent de la cuisine pour préparer un gâteau au chocolat, et se chamailler. Il existe des ouvrages qui nous présentent la maison sous un autre angle. Dans les documentaires illustrés, tel que Construire une maison, le lecteur suit pas à pas la « mise en place » de cette bâtisse, de l’aplanissement du sol à la peinture des portes et des encadrements de maison en passant par la maçonnerie et la pose de la tuyauterie. De plus, les foyers ont aussi leur histoire et leur géographie, que ce soit les mégarons de Mycènes, les maisons à colombage, les immeubles de Le Corbusier ou les favelas du Rio de Janeiro (Le livre des maisons du monde). Ces types d’habitats aussi divers s’expliquent par les modes architecturaux à travers l’histoire (le classicisme, les façades à pignon,...), les ressources naturelles (en Afrique noire par exemple, les matériaux de construction sont le bois, l’argile, la terre et les végétaux, principalement les palmes. En Papouasie, dans les cités lacustres, c’est le bois et les roseaux. Au Pôle Nord, ce sont des blocs de glace), les coutumes (chez les Dogons, la maison du chef est à l’écart du village et est la plus décorée. Les habitations, les greniers communautaires, les autels sont disposés selon un plan précis) et les influences de la géographie du terrain (les maisons troglodytes en Cappadoce et les maisons sur l’eau de Venise). Dans le même ordre d’idées, Maisons à travers les images nous emmène dans un voyage à travers le temps et l’espace à la découverte de notre diversité architecturale et culturelle, et ce, qu’il s’agisse des villas de la Rome impériale, des cellules monacales ou des stations orbitales. Le rangement d’une pièce va être source d’apprentissage. Le plus souvent l’histoire débute alors que le héros recherche un objet spécifique. Dans Franklin est désordonné, notre tortue ne sait plus où se trouve son épée en bois. En farfouillant, il tombe sur des objets qu’il croyait perdus tels que sa casquette préférée, un sac de billes. Quand sa mère lui conseille de mettre de l’ordre, il s’exécute très sommairement (par exemple, il met ses livres dans le placard). Mais ses parents ne sont pas dupes et quand les jouets du placard lui dégringolent sur la carapace et que son épée se brise, il n’y a plus qu’une solution, « s’organiser ». Quand Titou range sa chambre, le héros éponyme se donne pour but de retrouver son ours dans ladite pièce. Cet acte anodin emmène le petit lecteur à découvrir les noms de ses jouets ou de ses meubles. Alors qu’il « cherche » sa peluche, il retrouve son éléphant, son train qui était égaré depuis longtemps, sa voiture, son ballon...sous le lit, dans sa garde-robe ou dans le coffre à jouets, etc. Et c’est en remettant en place l’ensemble de ses « jouets » qu’il retrouve son doudou. Par ailleurs, cet objet qu’est le doudou, si important dans la vie d’un enfant de par le sentiment de réconfort et de sécurité qu’il procure, est à l’origine de nombreuses histoires : T’choupi a perdu son doudou, Quand j’avais peur du noir pour ne citer que ces deux albums. Le doudou est souvent lié à la chambre et plus précisément au lit puisqu’il fait office de gardien protecteur contre les mauvais cauchemars.

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