Résumé : a partir d’un corpus de cinquante albums de chansons francophones produits entre 2000 et 2003, nous nous proposons de suivre les traces de transtextualité





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III. Identification des chanteurs chantés


1. Les chanteurs de notre corpus : présentation

Notre corpus est composé de quarante-quatre chanteurs, certains apparaissant avec deux albums (c’est le cas de Dominique A, Alizée, Benabar, Vincent Delerm, Jean-Louis Murat et Sanseverino). Nous les avons regroupés par ordre d’apparition, en les replaçant dans la décennie durant laquelle ils ont publié leur premier disque sous ce même nom.

  • les années quarante :

Henri Salvador

  • les années cinquante :

Juliette Gréco

  • les années soixante :

Alain Bashung, Jane Birkin, Christophe, Bernard Lavilliers

  • les années soixante-dix :

Louis Chedid, Renaud

  • les années quatre-vingt :

Axel Bauer, Daniel Darc, Thomas Fersen, Art Mengo, Jean-Louis Murat, Noir Désir, Têtes Raides, les Wampas

  • les années quatre-vingt-dix :

Dominique A, Benjamin Biolay, Mathieu Boogaerts, Calogero, Kana, M, Christophe Miossec, Pascal Obispo, Ol, Pierpoljak, Yann Tiersen, Tryo, Wallen, Zazie, Zebda

  • les années deux mille :

Alizée, Almaz, Benabar, Carla Bruni, Magyd Cherfi, Corneille, Vincent Delerm, Drôle de Sire, ENola, Paul Mahoni, Sanseverino, 6-9, Tarmac

On le voit, toutes les générations se côtoient dans le corpus et cette production actuelle paraît plus que jamais concilier racines et modernité :

« Plus qu’à l’avènement d’une nouvelle génération (Benabar, Agnès Bihl, Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal, Clarika, Vincent Delerm, les Elles, M, Sanseverino…), c’est à une véritable régénération de la chanson française que l’on assiste à la charnière des XXe et XXIe siècles. Une chanson qui retient les leçons de son histoire au lieu de les rejeter stérilement, mais une chanson à l’aise dans son époque, originale et des plus diversifiées (…) Une chanson qui a mis fin au conflit des générations ouvert dans les années 1960, où un Henri Salvador peut désormais revenir au premier plan (Jardin d’hiver…) grâce à un duo d’auteurs-compositeurs (Keren Ann et Benjamin Biolay) qui pourraient être ses petits-enfants49
2. Les chanteurs chantent les autres


  1. répartition francophone

Les chanteurs de notre corpus appartiennent à toutes les générations. Se réfèrent-ils à des chanteurs francophones ou non francophones ?









En termes d’occurrences, 78 % font référence à des chanteurs francophones, 11 % à des chanteurs non francophones et 11 % sont indéfinis (« les chanteurs », « une idole »,…).

En termes de fréquence (c’est-à-dire d’occurrences totales répétées), les chiffres sont quasi identiques : 79% de chanteurs francophones, 11% de chanteurs non francophones et 10% d’indéfinis.

Il semble aujourd’hui que la chanson française ait digéré ses complexes vis-à-vis de la langue anglo-saxonne et la loi des quotas à la radio n’y est sans doute pas étrangère : en 1996, sur proposition d’Yves Duteil, alors chargé de mission pour la chanson au ministère de la culture, une loi oblige les radios du territoire national à diffuser 40% de « chansons d’expression française » chantées par des « artistes français ou francophones », dont 50% de « nouveaux talents » ou de « nouvelles productions », à des « heures significatives d’écoute ». En juin 2000, l’Assemblée Nationale va réduire ces quotas en distinguant deux sortes de radios, celles dites « traditionnelles » (R.T.L., Europe 1, France Inter) qui diffuseront désormais 60% de « chansons francophones », dont 10% de « nouveaux talents » ou de « nouvelles productions » et les « jeunes » (les stations F.M.) qui seront tenus de passer 35% de « chansons françaises », dont 25% de « nouveaux talents ».

Cette loi sera fort décriée en raison de la manière dont les diffuseurs interprèteront la notion floue de « nouveaux talents » ou « nouvelles productions » et Jean Ferrat dénonce à juste titre les limites de cette loi, qui « n’a pour effet, le plus souvent, que de multiplier les diffusions d’artistes qui le sont déjà largement sans cela »50. Notons cependant que cette loi, bien qu’imparfaite, aura sans doute contribué à relancer la chanson française puisque avant son instauration certaines radios françaises diffusaient moins de 10% de chanson francophone 51.

b. répartition générationnelle

  • les chanteurs non francophones

P
armi les chanteurs non francophones cités, plus de la moitié relève des années 1960 et 1970 : ce sont Neil Young, Sonny and Cher, les Beatles, Carlos Santana, Genesis et David Bowie pour les années 1960 et Joe Jackson, The Cure, Duran Duran, Joy Division, AC/DC, Freddy Mercury et Patti Smith pour les années 1970. Les chiffres varient peu en termes de fréquence.





Il est intéressant de noter qu’aucun de ces artistes non francophones n’est évoqué par plusieurs chanteurs. Les chanteurs de notre corpus à l’origine de ces références sont Almaz, Mathieu Boogaerts, Vincent Delerm, Jean-Louis Murat, Sanseverino, le 6-9 et les Wampas, soient des artistes des années 1980, 1990 et 2000. Il semblerait donc que les artistes de notre corpus se réfèrent à un passé récent, sans doute aux artistes qu’ils écoutaient durant leur jeunesse.

-
les chanteurs francophones

L
es références francophones, quant à elles, remontent bien au-delà dans le passé, puisqu’elles vont jusqu’à puiser dans le patrimoine du XVIIIe siècle : Bernard Lavilliers évoque « La complainte de Mandrin » et Magyd Cherfi le chant révolutionnaire « Ça ira ». Le XIXe siècle est également présent avec « La chanson de Gavroche » citée par Benabar et « L’Internationale » par le 6-9. Quant au XXe siècle, il apparaît dès ses premières décennies, avec notamment l’évocation de « Quand Madelon… » chantée par Benabar et Jean-Louis Murat, puis de Mistinguett et Aristide Bruant cités par Bernard Lavilliers, Renaud et Sanseverino.

On le voit, les références ne se limitent pas aux chanteurs écoutés durant l’adolescence (comme c’était le cas pour les chanteurs anglophones) mais vont puiser bien au-delà, dans un patrimoine commun qui date de plusieurs siècles. La présence notoire des chansons enfantines vient corroborer ce fait :





six chanteurs de notre corpus (Alizee, Kana, Mahoni, Jean-Louis Murat, Pierpoljak et Zebda) empruntent à ces comptines atemporelles, qui ont bercé l’enfance de toute génération : ce sont « Promenons-nous dans les bois », « Colchiques dans les prés », « Ainsi font font font », « Au clair de la lune », « A la claire fontaine », « Un kilomètre à pied » et « Une poule sur un mur ».

Ainsi, sans vouloir tomber dans des travers nationalistes, il semblerait que ce patrimoine chanté constitue un ciment, une connivence identitaire, et il est intéressant de noter que Magyd Cherfi, en solo ou bien avec son groupe Zebda, entre dans cette grande ronde lorsqu’il évoque lui aussi une chanson enfantine (« Une poule sur un mur ») ou des chansons liées à des époques lointaines (« Ça ira », « Le chant des partisans »), comme pour revendiquer une origine commune qu’on lui refuse :

Usé des quêtes sans Graal, moi, j’aimais pousser l’idée qu’on était gaulois pur sucre et point à la ligne. Ça simplifiait tout. Mémède, ça l’irritait. Il cherchait, lui, d’improbables nuances. Il essayait de repousser à plus tard ce qui m’apparaissait comme l’évidence. On puait le terroir52
En termes d’occurrences et de fréquences, deux catégories se détachent cependant des autres : ce sont les années 1950 et l’industrie de la chanson (atemporelle).

Les années 1950 occupent quasiment le tiers de toutes les occurrences retenues. Si l’on observe de plus près cette décennie, il apparaît que la raison de cette omniprésence est due à un chanteur : Serge Gainsbourg.






Serge Gainsbourg est sans contexte l’artiste le plus cité dans notre corpus, que ce soit en termes d’occurrences, de fréquence, ou de variété de sources (pas moins de six sources différentes : Alizee, Benabar, Boogaerts, Renaud, Sanseverino et Zazie).

Il détrône ainsi Charles Trenet, longtemps considéré comme « le père » de la chanson française, mais aussi Léo Ferré, Jacques Brel et Georges Brassens, autres piliers incontournables. Il faut reconnaître que « l’homme à la tête de chou » a su ne pas laisser indifférent : un physique peu banal, un personnage sulfureux alliant la provocation, l’autodestruction, le cynisme et la vulnérabilité. Côté textes, ils sont « dignes d’un vrai et important poète classique préoccupé par la femme, se jouant des mots anglais dont il fit grand usage. L’inspiration vient directement de Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud, des dadaïstes, des surréalistes, mais aussi de Cole Porter, le célèbre auteur-compositeur de Broadway. Ses fameuses allitérations, rejets et néologismes, appréciés des spécialistes, sont descendus dans la rue53.» Côté musique, en grand musicien et mélomane confirmé, « il a constamment su attraper les nouveaux sons et se les approprier : latino, jazz, afro, psychédélique, pop, glam’rock, reggae, funk54

En somme, une grande figure de la chanson française et le fait que son portrait serve de couverture à deux anthologies de la chanson française55 n’est sans doute pas le fruit du hasard.

L’industrie de la chanson est la deuxième catégorie à se démarquer, elle est quant à elle intemporelle puisqu’on ne peut attribuer de date à « une star » ou « un directeur artistique » mais n’en est pas pour autant nouvelle : en 1973, déjà, Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré l’évoquent non sans mépris :

« Ne chantez pas la mort, c’est un sujet morbide

Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit

Les gens du « show-business » vous prédiront le « bide »

C’est un sujet tabou…pour un poète maudit »56
Trois chanteurs de notre corpus (Boogaerts, Chedid et Pierpoljak) se moquent quant à eux de ce désir partagé par tant de personnes d’être une « star », une « vedette », une « idole » :

« Bientôt tout le monde aura son heure de gloire

Passera à la télé passera dans les canards

Tout le monde strass paillettes

L’hiver à Las Vegas l’été sur la croisette

Tout le monde tout le monde tout le monde

Sortira de l’ombre

Tout le monde sera une star » (Louis Chedid, Tout le monde, 2004)

Alors que Corneille, lui, justifie son ambition par des objectifs plus nobles :
« On me reproche entre autres

De n’avoir la tête qu’à mes poches et pas assez aux autres

Ce qui est dommage c’est qu’on réalise pas

Que le but de ma démarche est plus grand que ça

Moi je parle ici pour mes sœurs et frères

Qui se battent jour et nuit contre l’ordinaire

Y’a mille façons de faire, moi j’ai choisi le show (…)

Ils sont fous mais j’y crois (mes rêves de star)

Je ne vis que pour ça (mes rêves de star) (Corneille, Rêves de star, 2002)
Ce désir de sortir de l’ombre, d’entrer dans le vedettariat ne date pas d’aujourd’hui : dans les années soixante, une importante firme de disques, Pathé-Marconi organise un concours « Vous savez chanter, devenez une vedette » ; elle invite chaque jeudi (jour de congé scolaire) les jeunes à se présenter devant les portes du studio d’enregistrement où ont lieu les essais : c’est alors une foule de jeunes (accompagnés de leurs parents) qui se presse au rendez-vous, des « rêves de star » plein la tête57.

Ce qui par contre est nouveau, ce sont les émissions de télé-réalité de type « Star Academy », très décriées dans la presse spécialisée : « des émissions bidonnées de A à Z »58, dans lesquelles apparaissent des « artistes « d’élevage » entièrement formatés »59, « d’éphémères vaches à lait, malléables à merci »60, en un mot, des « staracadébiles »61.

Trois chanteurs de notre corpus, Renaud, Tryo et le 6-9 vont joindre leur voix pour dénoncer ce genre de programme :

« Loin des conversations minables

Sur les charmes surfabriqués

De quelques ados improbables

Dans un loft télévisé

Très loin des stars académiques

Et des popstars de mes deux

Qui sont un peu à la musique

Ce que le diable est au bon dieu (Renaud, Je vis caché, 2002)
« Tu peux choisir la musique

Avoir un père directeur artistique

Connaître Senti et ses indics

Qui feront de toi une star académique

Tu peux choisir la musique » (Tryo, Ta réalité, 2003)
Tout porte à croire que la représentativité de la création musicale dans les médias ne cesse de s’affaiblir : la naissance du « formatage » des chansons, l’établissement de « play-list » ont pour conséquence une perte de 71 % de titres et de 83 % du nombre d’artistes sur les trente radios principales entre 1995 et 200162. Aujourd’hui la seule chance accordée aux nouveaux artistes reste la scène, et c’est sans doute cette démarche, longue, coûteuse mais valorisante, qui est mise en opposition à celle beaucoup plus rapide mais factice et illusoire des programmes de télé-réalité :

« Ce ne sont pas les radios ni la télé qui ont « fait » Bénabar, Cali, Cherhal, Delerm, Lemay, M ou Sanseverino. C’est le public chaque fois plus nombreux et enthousiaste grâce au bouche à oreille, qui a forcé les médias à se mettre au diapason de leur succès. Vieille histoire : on a déjà connu ça avec les Béranger, Higelin, Lavilliers, Renaud ou Ribeiro des années 70 qui, à leurs débuts, étaient ignorés (voire occultés délibérément) par les médias63
Il nous reste maintenant à savoir sous quelle forme et à quel dessein les artistes de notre corpus citent les autres artistes, en grande partie francophones.
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