La laïcité aujourd'hui





télécharger 16.28 Kb.
titreLa laïcité aujourd'hui
date de publication22.10.2016
taille16.28 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
La laïcité aujourd'hui. " Ce n'est pas une opinion, mais la liberté d'en avoir une".
Simiane, le 9/6/2016

Laïcité, un concept français souvent intraduisible dans d'autres langues. On a même parlé d'exception française. C'est vrai (sur la question de la séparation Eglises-Etat). Pourtant, si le concept parait exotique, dans son expression formelle, l'esprit de la laïcité est présent dans la plupart des pays démocratiques, pas seulement occidentaux.
A savoir que les constitutions démocratiques garantissent le droit de croire ou de ne pas croire, le choix de sa religion et de son exercice (cf Art 1 et 2 Loi 1905).
. Laïcité, c'est, à mes yeux la condition indispensable de la biodiversité culturelle, la condition de survie d'une société. A l'instar de la nature ou de tout corps vivant, toutes les sociétés ont besoin de biodiversité pour assurer leur survie. La disparition des chrétiens au Proche-Orient, par exemple, est non seulement une tragédie pour ces peuples qui y vivent depuis deux millénaires, mais c'est aussi un drame pour le cette région du monde où disparait le multiculturalisme.

La laïcité à la fois un enjeu majeur et un défi à relever, surtout aujourd'hui. Car elle est partout menacée.... Par la montée des intégrismes, des intolérances, des replis identitaires. Pas seulement l'islamisme, mais toutes nos religions ont leur tentations fondamentalistes, toutes subissent aussi les instrumentalisations politiques. Je pense que les lignes de fracture ne se situent pas au niveau des religions entre elles ou même entre la laïcité et les religions. Mais à l'intérieur de chacune de nos traditions religieuses ou familles de pensée.
Chrétiens, juifs, musulmans, hindouistes, et même athées ou laïques... nous avons tous nos tentations intégristes qui favorisent ce que Amin Maalouf appelle les identités meurtrières.
Cet écrivain franco-libanais (Académie française) affirme que toute identité qui se revendique unique a tendance à devenir totalitaire. Par ex, quand je me définis uniquement comme français ou seulement comme catholique, je réduis mon identité à une seule appartenance et rejette celui qui ne la partage pas en dehors de mon cercle d'humanité. Alors que nos cercles d'appartenance sont multiples.
Pour Maalouf, toute identité est plurielle et évolutive. Plurielle, évidemment : Moi par exemple, je peux me définir à la fois comme français, européen, occitan, chrétien, journaliste, laïque... Identité évolutive, car elle n'est pas figée à ma naissance, mais elle dépend aussi de mes engagements, de mes évolutions intellectuelles et politiques, de mes rencontres...

N'en déplaise aux nationalistes, mon identité est par définition métissée, comme celle de la France et celle de l'Europe. Et je rejoins le Pape François quand il déclare à La Croix du 17 mai : "J'entends parler des racines chrétiennes de l'Europe, j'en redoute parfois la tonalité qui peut être triomphaliste ou vengeresse. Cela devient alors du colonialisme."

Le pape dénonce en fait la revendication exclusiviste de certains et l'instrumentalisation xénophobe qu'ils veulent en faire. Mais il ne nie nullement ces racines chrétiennes qui ont forgé l'identité européenne, à côté de l'héritage gréco-romain, de l'humanisme de la Renaissance et celui du siècle des lumières. Mais, n'en déplaise à certains qui refusent de l'admettre, ces racines là existent bel et bien !

J'en viens maintenant à ma vision de la laïcité et à l'esprit de la loi de 1905. J'entends souvent dire (et c'est l'opinion de beaucoup de Français) : la religion doit rester une affaire privée, elle doit se tenir en dehors de l'espace public. L'Eglise catholique n'a pas à intervenir dans les débats de société.

Est-ce à dire que les Eglises menacent la République quand elles donnent leur opinion sur les questions éthiques, écologiques, sur la défense les Roms, les sans-droit, les sans-papiers ? La laïcité, signifierait-elle, par exemple, que le Secours catholique devrait s'abstenir de publier son rapport annuel sur la pauvreté ? Que la Cimade, organisme œcuménique, à l'origine protestant, ne doit plus s'engager dans la défense des réfugiés ? Que le pape François ne doit plus pousser de cri d'alarme sur les atteintes à la dignité humaine ou qu'il ne doit diffuser son encyclique sur la crise écologique qu'auprès des seuls catholiques ?
Sur ces questions qui rejoignent leurs combats, des laïques, disons de gauche, ne sont pas opposés à une parole publique des Eglises, mais ils dénonceront les atteintes à la laïcité à propos des prises de position concernant le mariage pour tous ou la parentalité, voire la fin de vie ou la bioéthique ? Et inversement à droite, on invoquera la laïcité pour refuser aux Eglises le droit de parler sur l'accueil des étrangers. Cela signifierait-il qu'il y aurait des paroles admises, à l'aune d'un politiquement correct, définies au gré des sensibilités politiques ? Une laïcité à géométrie variable, prise en somme en otage ?

Ce raidissement sur l'expression publique des Eglises vient, selon le président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, de la confusion entre sphère privée et droit privé. Dans un article de "Hommes et libertés" Jean-Pierre Dubois explique bien que la loi de 1905 a fait passer l'Eglise catholique du statut d'établissement public reconnu à celui d'association privée, au même titre que toutes les autres associations loi 1901. Et à même égalité de droit et liberté d'expression. Et il précise: " Par définition, la liberté s'exerce dans un espace visible." Que signifierait une liberté qui n'aurait droit de s'exprimer que dans l'intimité des alcôves et des cercles fermés ? Faut-il rappeler, qu'au nom de cette garantie de l'exercice public du culte, la loi de 1905 et notre constitution prévoient des aumôneries dans les hôpitaux, les casernes, les prisons, les lycées publics, ainsi que, plus récemment, des émissions religieuses dans le service public de la télévision.
En voulant enfermer les religions dans l'espace privé, on dévoie l'esprit de la laïcité et de la loi de 1905. Exagération ? A travers quatre exemples, je voudrais montrer que non.
1 - Débat sur le mariage pour tous, organisé par l'archevêché. Prévu à la fac de droit avec pluralité d'expressions, a été interdite après interventions et menaces de certains syndicats auprès du président de l'université, au nom de la laïcité. Et un collectif s'est même félicité dans un communiqué d'avoir "bouté les catholiques dans leur gourbi".
2- Refus souvent des universités d'accueillir des débats de société (avec des écrivains, universitaires, ministres... ) du journal chrétien La Vie, pourtant dans le groupe Le Monde. Alors que c'est possible pour d'autres titres du groupe (Monde diplo, Le Monde Télérama... ).
3- Principale de collège a dû enlever l'arbre de Noël dans le hall de son établissement, après la mise en demeure d'associations de parents d'élèves dites laïques.
4- Interdiction au directeur du Festival lyrique d'Aix - Bernard Focroule - de jouer de l'orgue à la messe des artistes du festival, dans la cathédrale.

Pour répondre à de réels et inquiétants raidissements identitaires, nous constatons un durcissement d'une "laïcité dite de combat", avec un certain côté doctrinaire; la laïcité est érigée parfois en dogme quasi sacré. Or, comme c'est écrit dans l' une des phrases qui ont défilé en exergue de ce débat "La laïcité n'est pas une philosophie, mais un mode d'organisation politique des institutions". La laïcité n'est pas non plus une doctrine, encore moins un ersatz de religion ou une sorte de religiophobie, ce serait la trahir. Mais c'est un état d'esprit et un cadre législatif : "le cadre qui rend praticables toutes les doctrines", dans le respect de chacune d'elles et des lois de la République.
Ces tendances au durcissement peuvent se traduire aussi par des maladresses qui vont produire l'inverse de l'effet recherché. Tel maire refusant à Chalons-sur-Saône un menu alternatif, les jours où l'on sert du porc à la cantine, fait-il avancer la compréhension de la laïcité ? Ou même, dans le débat sur les signes religieux dans les services publics et à l'école, il est question d'étendre ces interdictions dans les universités. D'où des mouvements divers, comme à Sciences Po où des étudiantes de toutes cultures qui ont décidé, dans un mouvement autant ludique que provocateur, de se voiler durant une journée.
Et par l'interdiction faite aux mères voilées d'accompagner leurs enfants aux sorties scolaires, ne renforce-ton pas les sentiments d'exclusion, souvent à l'origine de ces replis ? Si la loi sur les signes religieux ostentatoires est à peu près respectée dans l'espace scolaire, cela n'a pas fait diminuer le nombre de femmes qui portent le voile et même le hidjab dans la société française. Loin de là.
Alors, je me pose la question sans avoir de réponse péremptoire : Fallait-il une loi spécifique alors que notre code pénal prévoit des sanctions pour des personnes qui refusent de montrer leur visage à des contrôles d'identité ?

Mais ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Ce n'est pas, bien sûr, les dispositions laïques qui sont à l'origine des replis identitaires, mais croire que c'est par l'incantation républicaine, comme on la vu après les attentats du 13 novembre, avec le mot laïcité à fleur de lèvres (Marseillaise, éducation civique... à l'appui ) que l'on va les enrayer ces replis communautaristes. Impression d'être dans une sorte de spirale de surenchère : les revendications identitaires et les durcissements laïques semblent s'autoalimenter.

En conclusion, d'accord avec Bernard Cazeneuve, notre ministre de l'Intérieur, chargé des cultes. Dans une interview à La Croix du 20 janvier, il déclare : " La laïcité n'a pas à se durcir mais à s'affirmer." Et d'ajouter : "Certains ont longtemps estimé que la religion était l'opium du peuple. Mais l'opium le plus toxique est l'ignorance, y compris l'ignorance des religions de leur histoire et de leurs croyances."(1) Et c'est contraire à l'esprit laïque.

Au final, la laïcité pour moi, ce n'est pas une neutralité imposée qui conduirait à l'uniformité, mais c'est la condition indispensable du vivre ensemble dans une société, qui est par définition plurielle.

Jean-Claude Escaffit
Journaliste
Catholique par héritage assumé, chrétien et laïque par conviction

(1) Nous avons une relation complexée vis-à-vis de la culture judéo-chrétienne dans notre pays : Régis Debray, philosophe agnostique qui plaide pour un enseignement laïque du fait religieux dans les écoles, dénonce "un analphabétisme religieux lié à une laïcité d'ignorance ou d'incompétence". Peut-on en effet comprendre des pans entiers de notre patrimoine culturel, si l'on n'a pas un minimum de culture biblique ? Un poème de Victor Hugo, de Clément Marot ou de Paul Claudel ? Une œuvre de Bach, un requiem de Mozart ou de Berlioz ou encore un tableau de Chagall, Matisse, Rembrandt ou Delacroix ?

similaire:

La laïcité aujourd\Sujet n° 17 Quel sens donner à la laïcité en France aujourd’hui ? Plan

La laïcité aujourd\Valentine Zuber
«La laïcité est la possibilité de l’expression responsable de nos libertés», in Jean-Michel Ducomte et Pierre Tournemire (ed.), La...

La laïcité aujourd\Dessous des cartes Berlin : capitale inachevée ?
«Maison des ministères de la rda» est aujourd’hui le siège du ministère des Finances et l’ancien siège de la Cour suprême de la rda...

La laïcité aujourd\Ça c’est aujourd’hui, tant pis !

La laïcité aujourd\1 de la vitesse aujourd'hui aux origines de la notion

La laïcité aujourd\Que veut dire etre français aujourd’hui ?

La laïcité aujourd\1. 3 La professionnalisation des enseignants de primaire aujourd’hui 12

La laïcité aujourd\Marie chez le Père Chaminade et aujourd'hui

La laïcité aujourd\Nos sources (liste non exhaustive) : Pour la France et la Turquie
«La laïcité à l’épreuve des droits de l’homme» et «Brève histoire de la laïcité en France», in Jean Baubérot (dir), La laïcité à...

La laïcité aujourd\Sequence d’histoire: Du xvième à aujourd'hui, les problèmes de défense






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com