Historiques de Tamié Quelques remises en question





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Historiques de Tamié
Quelques remises en question


Un certain nombre d’affirmations sont reprises par les différents historiens de l’Abbaye, se copiant l’un sur l’autre, sans toujours avoir un regard critique sur ce qui est dit. On pourrait relever plusieurs affirmations qui ne se trouvent que difficilement détaillées par des documents authentiques. En voici quelques exemples.

Étymologie du nom de Tamié

Lors de la donation du vallon, il a fallu rédiger un acte officiel en latin comportant le nom du lieu. Ce nom fut prononcé par les propriétaires ou les voisins, selon leurs habitudes de prononciation de leur langue locale. Le scripteur l’a entendu dans la phonétique de sa propre langue et lui a donné une transcription qu’il a ensuite mise en latin, laissant une large place à l’interprétation personnelle. Il serait plus prudent de dire que cette étymologie est inconnue.
Fondation de Tamié en 1132

Les seules copies de documents que nous possédions sur les origines de l'abbaye indiquent :

1132 : don du terrain par la famille de Chevron.

13 février 1133 : arrivée des moines venant de Bonnevaux pour habiter le monastère.

Une fondation dans le droit romain est la constitution d’un capital dont l’exploitation dégagera des revenus destinés à soutenir une entreprise. Ceci est purement économique. Pour une communauté monastique, la fondation correspond plus précisément au début de la célébration liturgique, donc à l’arrivée des moines.

Le col de Tamié choisi pour son isolement

Les membres de la famille de Chevron par la charte de donation du Vallon de Tamié donnait : « ce qu'ils possédaient sur le mont Tamié s'y étendant selon la direction que prend l'eau qui descend du sommet des montagnes sur l'un et l'autre versant jusqu'à la rivière qui coule au milieu de la vallée » avec toutefois des restrictions : « à l'exception de quelques fiefs, mas et fermes qui sont occupées par eux ». Ces fiefs, mas et fermes devaient être occupés par des exploitants agricoles déjà en place, le vallon n’était donc pas totalement désert. Le terrain ne comprenait vraisemblablement pas la zone du col ni la Ramaz.

L'histoire de l'abbaye de Tamié manque cruellement d'études sur son environnement Ainsi le 12° s. le climat présente un net radoucissement. Il y a une grande expansion démographique, nécessitant la mise en culture de nouvelles terres. Il est arrivé un moment où celles qu'on pouvait défricher étaient les dernières exploitables à cause de leur altitude, de leur exposition par exemple. Ainsi Tamié : l'abbaye n'a jamais été entourée d'habitations parce que le lieu ne s'y prêtait pas. À la différence des prieurés clunisiens établis un ou deux siècles plus tôt, dans des zones alors isolées mais encore favorables à l'établissement de cultivateurs. C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés quelques décennies après au centre d'une agglomération, ce qui n'était pas le cas au début. Cîteaux est arrivé au mauvais moment, les terrains disponibles étaient souvent les derniers et les monastères cisterciens furent souvent installés dans des endroits peu favorables. Les moines devaient défricher parce qu'avant eux personne ne l'avait fait depuis plusieurs générations et peu le feront après, vue que la nécessité ne s'en fera plus sentir du fait de la baisse de la pression démographique ou du progrès des rendements agricoles. Dans la deuxième moitié du 20° s. on assiste au phénomène inverse de façon spectaculaire, mais il y eu des alternances de flux et de reflux. (Population de Plancherine : 1804 : 352 habitants, 1822 : 320 hab.; 1837 : 340 hab.; 1891 : 294 hab.; 1953 : 182 hab. La dernière pointe date de 1830-1850.

Conclusion : Tamié a été choisi faute de mieux.

En 996 Plancherine et quelques paroisses environnantes faisaient parties du diocèse de Grenoble, comme la Combe de Savoie. Au siècle suivant elles feront parties de la mense du chapitre de Moûtiers. Peut-on émettre l'hypothèse que c'est lors du choix de Tamié pour installer l'abbaye qu'il y a eu modification de limites entre les deux diocèses ? N'ayant pas pu trouver directement dans le périmètre de sous sa juridiction de lieu favorable où mettre les moines, l'ancien cistercien y serait parvenu ainsi de façon détournée.
Le col de Tamié devint une route fréquentée

Pour aller de l'Italie par la Maurienne, à Annecy, il y a deux possibilités : par le col de Tamié ou en longeant l'Arly à flanc de coteaux par Marthod, Thénésol, Ugine. Il est difficile à dire quel itinéraire était privilégié à telle ou telle époque. Peut-être y a-t-il eu des alternances dans la fréquentation des itinéraires. De même pour aller du col de Tamié à Faverges, on pouvait passer par les gorges ou, de façon moins dangereuse, par Les Prières, devant Les Combes, Le Thertenoz, Frontenex, Verchères.
Les moines de Tamié ont établi un hospice pour venir en aide aux voyageurs empruntant le col.

On sait maintenant que le climat au 12° s. était plutôt doux, que la neige était peu abondante, l’hiver moins rude et moins long, permettant entre autre de cultiver des terres plus en altitude ou moins bien exposées, comme Tamié, ce qui ne sera pas le cas quelques décennies plus tard où s'établira ce qu'on a appelé 'le petit âge glaciaire' : la Seine gelait régulièrement à Paris. Le lac d'Annecy a gelé en 1573, 1681, 16832, 1684, 1709, 1789, 1799, 1829-30, l'hiver le plus rigoureux du siècle, 1891. En 1962-63, seules la baie de Talloires et la presqu'île de Duingt ont été prises. Pratiquement, le peu de neige rendait la route du col de Tamié pas très difficile : culminant à 900 m, rien de comparable avec le col du Mont-Cenis, montant à plus de 2 000 m, ni avec ce qui arrivait encore en 1825 à Tamié (Petit âge glaciaire) où François Favre de Malapalud parle encore de plusieurs piétons surpris par la tourmente au col, en mauvaise posture et certains y sont morts.

Au 12° s., y avait-il nécessité d'établir au col un hospice pour accueillir les voyageurs ? E. Burnier a écrit la première Histoire de l'abbaye de Tamié en 1865, à un moment où le souvenir de la présence des moines de Tamié émigrés au Mont-Cenis était très vivace. Ce qui y avait été fait, a été transposé à Tamié 700 ans plus tôt. Mais rien ne semble justifier la présence d'un hospice pour voyageurs en détresse au 12° s. au col de Tamié.

D'ailleurs ce fait est inscrit dans la géographie des lieux. Au col du Mont-Cenis l'hospice fut établit au bord de la route. A Tamié, la route romaine partant de Conflans passait par le collet de Tamié, descendait sous la Ramaz, au Pommaray et à côté de ce qui deviendra la Pierre des Trois-Évêques : elle restait sur le côté droit du vallon. Or l'abbaye fut construite sur le côté gauche de ce vallon, en un point où il fallait descendre puis remonter pour y parvenir. D'autre part la route passant depuis Trounon par le col rejoignant la route antique (romaine) au-dessous de La Ramaz, allait droit, tandis que celle allant à l'abbaye s'y branchait perpendiculairement, en traversant le ruisseau de Tré-Joie. De même du côté de la Cassine, la route descendant de l'abbaye arrivait à 90° sur celle de Faverges à l'endroit actuel du champ de La Cassine où une ferme était construite de chaque côté. Si l'abbaye avait été un hospice créé pour l'aide aux voyageurs, la route principale logiquement aurait passé à proximité et par la loi du moindre effort, à force de devoir bifurquer à angle droit, le croisement allant à l'abbaye serait devenu de plus en plus à angle aigu, jusqu'à devenir minimum. Ce ne fut pas le cas. La mappe de 1730 en fait foi.

Les voyageurs devaient trouver auprès des moines l'hospitalité et la paix nées de la prière du fondateur et de ses disciples

Si les voyageurs n'avaient pas besoin de trouver l’hospitalité auprès des moines, par contre, les pauvres ont pu assez rapidement y obtenir du secours : les biens de l'abbaye ayant été très vite importants et le 'Pain-de-Mai' établit à Moûtiers par l'ancien abbé de Tamié a dû avoir un précurseur à l'abbaye.

À la mi-avril 1793 un détachement de soldats occupa l'abbaye : les moines furent contraints de fuir.

Père Jérôme qui a transcrit vers 1862, cette page de souvenirs de ceux qui avaient entendu parler les témoins directs : Jean-François Favre né en 1793, qui tenait le récit de son père François Favre, n'a pas fait œuvre de critique.

Entre 1789 et 1792 l'abbé devait être au courant de ce qui se passait en France : la nationalisation des biens ecclésiastiques, la Constitution civile du clergé, sa condamnation très tardive par Rome, la fermeture des monastères, le départ de Augustin de Lestrange avec une partie de ses confrères pour la Suisse ; une petite colonie de moines de La Trappe était venue quelques mois à Saint-Baldoph…

Une fois les Français en Savoie, septembre 1792, les lois révolutionnaires votées à Chambéry, il fallait s'attendre à ce que le sort des monastères soit réglé de la même façon qu'en France. Les moines de Tamié ont pris un certain nombre de précautions : mis en lieu sûr d'un calice précieux dans le mur mitoyen de la grange Minoret au Bontey, (8 décembre 1793, une dénonciation est faite au district d'Annecy comme quoi les religieux avaient caché des objets dans leur monastère, avant leur départ) ; réserve d'argent liquide suffisante pour tenir 2 ans à payer la pension chez les Camaldules de Turin pour 15 personnes, alors que la Loi n'autorisait le départ qu'avec 6 livres par personne, demande de passeports pour émigrer conformément à la Loi, (Décret du 8 février 1793 : Art. 16, serment à prêter dans la huitaine. Art. 26 (Pour celui qui refusera de prêter le serment) il se présentera devant la direction du district ou la municipalité de sa résidence pour y déclarer le pays étranger dans lequel il entend se retirer et il lui sera délivré sur le champ un passeport qui tiendra sa déclaration, son signalement, la route qu'il doit tenir et le délai dans lequel il doit être sorti de la république. Art. 28. Ceux qui sortiront volontairement en exécution du présent décret, n'ayant ni pension ni revenu, obtiendront chacun 3 livres par journée de 10 lieues jusqu'au lieu de leur embarquement ou jusqu'aux frontières de la République pour subsister pendant leur route) prise de contacts avec les Camaldules à Turin pour avoir un point de chute. C'est chez ces Camaldules que dom Mouthon, dernier moine rentré à Tamié avait fait ses études. La chapelle du Mont-Cenis fut terminée en 1808. "Tous les vases sacrés étaient des débris de l'ancienne abbaye (de Tamié) … sauvés du naufrages, ainsi que les plus beaux ornements" selon un document de dom Gabet même (A.N.P. F 19 6292). Au Mont-Cenis la communauté utilisait l'office de Cîteaux ; à La Novalaise, en 1853 il y avait les antiphoniers, psautiers, graduels … Quand on sait le poids de chaque livre de chœur : 10 kg, le nombre qu'il fallait pour une communauté de 14-16, (1 de chaque pour 3 moines) qu'ils venaient de Tamié, on peut penser que dom Gabet avait fait partir ces documents avant eux pour ne pas être trop encombrés pour le voyage lui-même. Très rapidement après la nationalisation des biens ecclésiastiques des commissaires furent envoyés dans les établissements religieux pour veiller à la conservation des titres de propriété et des pièces justificatives des droits de la maison, ainsi que sur la gestion des anciens propriétaires auxquels était concédé l'usage des biens, mais non leur aliénation. A Tamié ce fut Antoine Desgrange à partir du 17 novembre 1792. Le 13 avril 1793 l'ancien procureur qui ne fut pas astreint au serment à cause de son âge et de ses infirmité et put rester sur place, signe un document en faveur d'Antoine Desgrange, laissant penser que les religieux sont partis ce jour-là.

La communauté a tenu le plus longtemps possible, sans doute dans l'espoir d'un retour offensif des armées du roi de Piémont-Sardaigne pour reconquérir la Savoie. Les conditions de voyage sur l'Italie étaient difficiles, outre la fermeture du Mont-Cenis, le Grand-Saint-Bernard étaient lui aussi difficile à franchir en hiver : la communauté de Tamié y a trouvé mort le curé de Saint-Ferréol. Il était sage d'attendre le plus possible l'avancée de la saison avant de se lancer dans l'aventure. Les décrets prévoyaient un délai de 8 jours pour sortir du département.

* Si un détachement armé s'est présenté à l'abbaye, ce fut peut-être pour en chasser les moines, mais pas obligatoirement. Ce ne pouvait être qu'un mouvement de troupe tout à fait indépendant, désirant loger chez l'habitant selon l'usage de l'époque. L'abbé, devant ce fait, a dû prendre la décision un peu brusquée de partir. Comme les biens du monastère appartenaient à la Nation et non plus à la communauté qui ne pouvait utiliser que ce dont elle avait besoin, il n'y avait pas à s'opposer à ce que les soldats profitassent des vivres. Le départ lui-même fut peut-être précipité, mais les détails avaient été préparés de longue date…

La réalité historique est moins anecdotique mais comporte une très réelle grandeur

* Le diocèse de Chambéry a eu une proportion de prêtres jureurs relativement faible, celui de Maurienne, très faible, alors que celui de Tarentaise, dont dépendait Tamié, très élevée. Or des prêtres de l'abbaye, seul dom Bernard Mouthon a prêté serment.

* Des 92 maisons religieuses de Savoie, une seule a choisi de s'exiler en restant groupée en communauté. Celle de La Trappe, en France, très nombreuse, s’est scindée ; une fraction s’est établit à La Valsainte, seule partie qui eut un avenir.

* Environ 4 années (1793-1797) les anciens moines de Tamié ont continué leur vie monastique, jusqu'à ce que des conditions difficiles : économiques entre autres, les contraignent à se disperser.

* Dès que possible, (1800-1801) Dom Gabet a saisi une occasion favorable pour réunir quelques volontaires autour de lui et reprendre la vie monastique.

* A la différence de dom Augustin de Lestrange, dom Gabet a accepté un statut de droit diocésain et des modifications profondes à la Règle nécessitées par la situation d'alors : hospitalité devenant prioritaire pour tous les membres. Il fut un temps le seul abbé de l'Empire, accepté par le gouvernement, même si Napoléon n'a jamais tapé sur l'épaule de dom Gabet pour lui signaler cette particularité, comme le souligne Francoz.

* Du fait de ces "compromissions", la communauté ne faisait plus partie de l'Ordre de Cîteaux et le Mont-Cenis reçu le titre d'une ancienne abbaye bénédictine du Piémont : La Selva. Par la suite, le communauté s'est agrégée à l'Ordre bénédictin dans la congrégation du Mont-Cassin .L'ancien Tamié cistercien, celui de saint Pierre de Tarentaise a dès lors juridiquement disparu.



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